05.06.2009

Européennes : un débat effroyable

À la fin du débat hier soir, Arlette Chabot, dépitée, a sous-entendu que la triste image donnée par l’émission risquait au final de favoriser l’abstention. Ce sera sans doute sa meilleure remarque de l’ensemble d’un débat aussi confus qu’agressif et malhonnête.

Un débat biaisé

Ce n’est pas un débat qu’il fallait organiser, mais sans doute deux, pour permettre à chacun de davantage s’exprimer. Les débats à 8 sont rarement très réussis car il y a trop de monde pour s’exprimer. Pire, France 2 avait sciemment décidé de zapper deux partis présentant pourtant des listes dans toute la France : Lutte Ouvrière (qui présente un candidat aux élections présidentielles depuis 1974) et Debout la République, sur la foi de sondages dont les limites sont pourtant exposées tous les jours.

Comment ne pas voir une claire intention politique, en ligne avec les souhaits de l’Elysée, derrière l’élimination de ces deux partis ? En laissant Olivier Besancenot seul, le NPA est favorisé par rapport à Lutte Ouvrière, pour éviter un trop grand émiettement de l’électorat d’extrême gauche. Et en refusant d’inviter Nicolas Dupont-Aignan, cela laisse le champ libre à Philippe de Villiers. En outre, on sentait bien dans le ton d’Arlette Chabot qui elle appréciait ou pas.

Un débat mal tenu

Si la plupart des résumés du débat se concentrent sur la bien peu glorieuse passe d’armes entre François Bayrou et Daniel Cohn-Bendit, l’atmosphère générale était déplorable. Ce débat a été un festival de comportements irrespectueux de la plupart des candidats  et de coupages de parole agressif, ce qui a souvent rendu les échanges inaudibles. Daniel Cohn Bendit n’écoutait guère ses contradicteurs et leur coupait volontiers la parole, comme Philippe de Villiers ou Marine Le Pen.

La sortie de François Bayrou sur le leader écologiste démontre une nouvelle fois toutes les limites du président du Modem, guère à l’aise dans un débat européen où il doit assumer un parcours très proche du PS et de l’UMP. Ses attaques n’auraient pas dû trouver place dans un tel débat. Curieusement, Olivier Besancenot a été un des candidats les plus polis, respectant davantage que la plupart la parole de ses opposants. Globalement, Arlette Chabot n’a pas su animer le débat.

Un festival de mauvaise foi

Mais outre une organisation et une forme déplorables, ce débat a également été l’occasion d’un concours de mauvaise foi assez incroyable. Et là, ce sont les chefs des deux principaux partis qui ont battu des records. Xavier Bertrand et Martine Aubry n’ont cessé de plaider pour changer une Europe dont ils ont pourtant accepté toutes les étapes de la construction depuis 25 ans, et notamment en 2008, lors de la ratification du traité de Lisbonne. On aurait aimé qu’Arlette Chabot les place devant leurs contradictions…

Martine Aubry a continué à plaider pour une majorité de gauche au Parlement Européen, ignorant totalement les réalités électorales du continent, qui devraient montrer un recul historique du PSE, ainsi que l’accord de 30 ans entre gauche et droite pour se partager le pouvoir. Quant à Xavier Bertrand, il continue à soutenir la ligne improbable de Nicolas Sarkozy, contre l’entrée de la Turquie à Paris, mais qui ouvre des chapitres de négociation à Bruxelles et a levé le verrou du référendum l’an dernier.

Cette soirée a sans doute été un des pires débats électoraux de l’histoire politique récente de notre pays. À défaut d’y avoir participé (ce qui était anormal), il reste à espérer que le show pathétique donné par l’émission pousse les électeurs à voter pour un des grands absents : Nicolas Dupont-Aignan.

Source : http://europeennes.blog.lemonde.fr/2009/06/04/europeennes...