15.08.2011

Cette Europe qui saigne la Grèce pour rien

La nouvelle est tombée discrètement la semaine dernière : le PIB de la Grèce a baissé de 6.9% au second trimestre 2011. Encore une information qui démontre que les plans européens ne résolvent rien et ne font qu’aggraver une situation au lieu de s’améliorer.

Athènes dans une impasse

Il y a trois mois, les statistiques indiquaient pourtant que le PIB de la Grèce avait progressé au premier trimestre. En réalité, les chiffres ont été révisé et sur un an, le PIB de la Grèce reculait de 8.1%. Au second trimestre, la première estimation fait état d’une baisse de 6.9%. Bref, la récession est sauvage et met à mal les prévisions beaucoup trop optimistes de la troïka bureaucratique qui comptait sur une progression du PIB en 2012 dans les plans arrêtés ces derniers mois…

The Economist est revenu sur la situation de la Grèce et dresse un constat extrêmement négatif puisque, chose dont personne ne parle en France, le déficit budgétaire a dérapé de 30% au premier semestre par rapport à l’année passée. Sans les plans d’austérité, le dérapage aurait été de 60% ! En clair, l’effet de la récession économique est deux fois plus important que ceux des plans d’austérité. Du coup, le déficit de la Grèce devrait au mieux rester autour de 10% du PIB en 2011, comme en 2010.

En clair, les politiques suivies sont totalement absurdes, car, comme on pouvait le prévoir, l’austérité est tellement brutale que les économies réalisées sont plus que contrebalancées par la récession sauvage qu’elle provoque. La situation de la Grèce empire avec le temps, le fardeau de sa dette augmentant alors que l’économie se contracte. Il y aura bien un défaut sévère du pays dans les années à venir, quoiqu’en disent les technocrates européens.

Honte sur l’Europe !

Les politiques imposées à la Grèce sont vraiment révoltantes car elles provoquent une immense régression sociale : officiellement, le chômage a atteint 15.9% en avril, les salaires baissent, tout comme les prestations sociales. Et tout cela pour rien. Car même avec le plan décidé le 21 juillet dernier, il est bien évident que la situation d’Athènes est intenable. Dans deux ou trois ans, la dette pourrait bien approcher 200% du PIB et le pays sera alors contraint de faire défaut, comme l’Argentine.

Cette saignée est d’autant plus choquante qu’entre temps, les créanciers privés auront réussi à faire récupérer plus de 200 milliards d’euros de créances sur ce pays aux pays européens et au FMI (et donc, in fine, aux contribuables européens), qui devront alors assumer le futur défaut. S’il est normal de gérer rigoureusement l’argent public, il est totalement absurde d’imposer une telle austérité qui empire la situation au lieu de résoudre les problèmes.

A ce titre, je suis particulièrement fier de défendre Nicolas Dupont-Aignan, l’un des seuls parlementaires qui a eu l’intelligence d’alerter l’opinion publique Française sur l’absurdité de ces plans, dès le printemps 2010. Que la France aide la Grèce, c’est souhaitable. Mais là, nous ne faisons qu’aider les créanciers du pays et participons à une saignée inutile de la population. Combien faudra-t-il de temps à nos dirigeants pour enfin admettre que la politique qu’ils suivent est absurde ?

Il n’y a pas trente-six solutions. Comme on pouvait l’anticiper dès décembre 2009, la Grèce finira tôt ou tard par sortir de l’euro et faire défaut. La population ne pourra pas accepter indéfiniment ces politiques absurdes et le bradage du pays. La question aujourd’hui est seulement de savoir quand.

21.07.2011

Europe : folie française et technocratique contre responsabilité allemande

Aujourd’hui a lieu un nouveau sommet européen pour finaliser le second plan pour les créanciers de la Grèce et l’euro. Heureusement, il semblerait que l’Allemagne ait réussi à imposer une participation des créanciers privés, contre l’avis initial de la BCE et de la France.

L’Allemagne a raison !

Cela fait maintenant un mois que le gouvernement allemand et la Bundesbank mettent la pression sur leurs partenaires pour faire contribuer le secteur privé au second plan grec. En effet, les plans actuels sont avant tout des plans à destination des créanciers de la Grèce, qui permettent jusqu’à présent le remboursement intégral des créances d’Athènes. Pour ce faire, les autres pays européens empruntent de l’argent et le peuple grec doit subir une austérité sauvage.

Du coup, il apparaît comme totalement justifié et complètement normal que les créanciers participent à l’effort collectif. Cela est d’autant plus logique qu’en absence d’accord, la Grèce ferait défaut et ne rembourserait pas les prêts qui lui ont été accordés. En outre, les institutions financières empochent de grosses primes de risque et il paraît plus que légitime qu’elles assument une partie de ces risques en compensation de ces énormes bénéfices.

En fait, ne pas faire contribuer les institutions financières serait moralement inacceptable. Quelque soit le jugement des agences de notation, il serait scandaleux que les peuples paient la note sans que les créanciers ne soient mis à contribution. En ce sens, la position intransigeante de l’Allemagne est parfaitement justifiable. Elle l’est d’autant plus que l’Allemagne est le premier contributeur et que l’Europe lui demande des centaines de milliards.

L’irresponsabilité française et technocratique

A l’opposé, la France et les bureaucrates de la BCE ou de la Commission semblent toujours prêts à engager des centaines de milliards d’argent public pour venir à l’aide de ces pauvres créanciers, sans même leur demander la moindre contribution. Une telle position est d’autant plus hallucinante que les « technocrates apatrides et irresponsables » de Bruxelles et Francfort ne sont jamais les derniers pour demander des sacrifices aux peuples européens.

Bref, avec eux, il y a deux types d’argent public. L’argent public à destination des peuples, dont il faut absolument contenir la dépense. Et l’argent public à destination des créanciers des pays en difficulté ou des banques, à disposition de manière quasiment illimitée, comme l’ont illustré les mécanismes d’aide au secteur financier pendant la crise de l’automne 2008 ou encore les engagements colossaux pris par la BCE depuis la crise, comme le dénonce justement Der Spiegel.

Bien sûr, les agences de notation refusent tout défaut ou même toute restructuration de la dette grecque. Mais il est révoltant de voir la BCE et la Commission défendre sans la moindre nuance les intérêts de la finance sans sembler penser une seconde aux intérêts des peuples. On voit où ces bureaucrates placent l’intérêt général européen et cela montre surtout qu’il serait suicidaire de continuer de confier à ces fonctionnaires les clés du pouvoir en Europe.

Malheureusement, la France a apporté une grande contribution à ces politiques supranationales et ne servant que les intérêts de la finance. Heureusement que l’Allemagne bloque depuis quinze mois toute nouvelle dérive. Merci Berlin ! Merci Angela ! Tenez bon !

30.06.2011

Grèce : le parlement choisit l’austérité

C’est fait : par une courte majorité, le Parlement grec a voté le plan d’austérité du gouvernement. Ce choix devrait permettre le versement des fonds du FMI et de l’Europe et ouvre la voie à un nouveau plan. Rien n’est réglé mais l’euro et les créanciers du pays sont temporairement sauvés.

« Sauver les grecs de la faillite » ?

Le traitement de beaucoup de médias est stupéfiant : les pays européens et le FMI aideraient la Grèce à éviter la faillite. Cette présentation des faits est totalement abusive. Tout d’abord, un Etat ne fait pas faillite, dans la mesure où il ne cesse pas son activité comme une entreprise. Un Etat peut faire défaut sur sa dette (ne pas la rembourser), partiellement ou totalement, comme cela a été le cas de l’Argentine en 2002 quand elle a cassé le lien entre peso et dollar.

Ensuite, dire que nous sauvons la Grèce ou les Grecs paraît tout de même un peu abusif quand on constate à quelles extrémités les plans d’austérité demandés par l’Europe et le FMI poussent le gouvernement. Nous assistons à une immense régression sociale que ce papier du Monde met bien en lumière. En général, un sauvetage est moins sanglant et moins violent pour les personnes qui sont sauvées. En fait, ce ne sont pas les Grecs qui sont sauvés par ces plans.

Ce sont bien les créanciers de la Grèce et l’euro qui sont sauvés. Dans le cas des créanciers, c’est d’autant plus choquant que ce sont les Etats (directement ou à travers le FMI) qui se substituent aux institutions financières privées pour assumer le risque d’un défaut que l’immense majorité des analystes estime très probable. Et c’est aussi l’euro qui est sauvé dans la mesure où une sortie de la Grèce aurait probablement un effet domino destructeur pour la monnaie unique.

Une coûteuse perte de temps

Bien sûr, il ne faut pas se voiler la face, l’option de refuser l’aider internationale, de sortir de la monnaie unique, de dévaluer et de faire défaut partiellement ou totalement sur la dette ne serait pas une sinécure pour la Grèce et les Grecs. Le pays n’aurait plus accès aux marchés des capitaux et devrait donc brutalement équilibrer ses échanges. Parallèlement, le prix des produits importés s’envolerait. Il faudrait sans doute introduire un contrôle des changes strict.

Mais, le cas de l’Argentine, qui n’était pas dans une situation moins périlleuse, démontre qu’après quelques mois difficiles, la dévaluation est un puissant outil pour relancer l’économie. A peine un an après le défaut, la croissance reprenait à un rythme vigoureux (plus de 7% par an), la production industrielle s’envolait, le chômage et la pauvreté baissaient fortement, comme le montre Yann. Bien sûr, l’économie argentine souffre encore d’inflation, mais les choix de 2002 étaient les bons.

Le plus incroyable demeure le déni complet de réalité de la troïka qui fait comme si la Grèce pourrait un jour rembourser sa dette. Pire, plus nous attendons, plus la restructuration devra être importante. Mais, entre temps, les Etats (et donc les contribuables) se seront substitués aux banques privées et les Grecs auront beaucoup souffert. L’incapacité des Etats à adopter une solution durable est navrante. Cela tient peut être au fait qu’il est impossible d’en construire une dans le cadre de l’euro.

Une telle décision était malheureusement prévisible : la Grèce n’a pas envie de dire « non »  à une Europe qui l’a beaucoup aidé et la sortie de l’euro n’est pas une solution revendiquée par les opposants. Mais comme à Buenos Aires, l’austérité sauvage pourrait bien faire changer les Grecs d’opinion…

28.06.2011

Grèce : y a-t-il un plan B à la sortie de l’euro ?

Alors qu’un nouveau prix Nobel vient de critiquer la monnaie unique, qui n’aurait jamais du être mise en place selon lui, la Grèce est sur le point d’accepter un nouveau plan d’austérité sauvage qui devrait débloquer la dernière tranche d’aide et déclencher un nouveau plan.

Austérité et plan de financement

C’est pour l’instant la voie choisie par la troïka technocratique BCE / Commission / FMI. La Grèce doit réduire drastiquement son déficit (pour viser l’équilibre en 2015) et réduire son rythme d’endettement. En échange, la communauté internationale finance l’intégralité de son besoin de trésorerie (premier plan de 110 milliards d’euros). L’idée est que la meilleure gestion du pays pourrait permettre à Athènes de pouvoir à terme faire face à ses obligations.

Mais cette voie apparaît comme totalement illusoire pour la plupart des économistes. En effet, la Grèce est insolvable et sera incapable de rembourser une dette qui pourrait bien atteindre 180 ou 200% du PIB dans trois ans. En effet, la radicalité des plans d’austérité a plongé l’économie dans une violente récession, qui, en réduisant la richesse nationale, alourdit encore le poids de la dette. Pire, les Etats, le FMI et la BCE se substituent aux investisseurs privés, assurant le risque de défaut.

Austérité et restructuration

C’est pour cela que de nombreux économistes appellent à une restructuration de la dette grecque qui semble aujourd’hui inévitable. Le très sérieux The Economist recommande cette semaine une réduction de 50%, qui correspond à l’évaluation actuelle des marchés. Les banques européennes pourraient absorber une telle somme. Il faudrait en revanche recapitaliser les banques grecques, dont l’exposition est trop forte pour une telle restructuration.

Cela laisserait la Grèce avec une dette d’un peu moins de 80% du PIB, une réduction automatique de son déficit de 3,5 à 4 points de PIB (économie d’intérêt) et diminuerait nettement son besoin de financement pour les années à venir (le déficit 2011 étant divisé par deux par exemple). Un tel scénario permettrait de grandement limiter le coût du plan à venir. On peut estimer que le besoin serait au minimum divisé par deux (moins de 50 milliards au lieu de 100).

La question de la compétitivité

Il est bien évident qu’une telle solution permettrait de grandement réduire la pression sur le gouvernement grec et donnerait sans doute une bouffée d’air dans cette crise sans fin de l’euro en réduisant fortement la pression sur Athènes. Cependant, tout ne serait pas réglé. Le pays ne serait pas pour autant tiré d’affaire car il présente un énorme déficit de sa balance commerciale et de ses paiements : il manque tous les ans 5 à 10% du PIB pour équilibrer ses comptes extérieurs.

Paradoxalement, la restructuration de la dette freinerait le rééquilibrage de la balance des comptes courants car la Grèce se retrouverait dans trois ans avec un budget à l’équilibre mais des comptes courants dans le rouge, nécessitant toujours une l’injection d’argent de l’étranger… En effet, le pays souffre cruellement d’un manque de compétitivité qui plombe ses exportations. Bref, la situation resterait instable à moyen terme, à moins d’un transfert permanent de 5 à 10% du PIB…

Du coup, la seule solution, évoquée par Patrick Artus dans une de ses notes, serait une dévaluation interne, une baisse des salaires pour retrouver de la compétitivité. Cela a déjà été entamé, mais l’économiste en chef de Natixis évoquait le chiffre de 35% ! Une telle évolution serait un cataclysme économique qui provoquerait des années de récession économique qui remettraient en cause le remboursement de la dette, même après un ajustement de 50%.

A moins d’accepter des transferts colossaux pour combler le déficit de la balance des paiements, les deux options qui se présentent pour la Grèce, en complément d’une restructuration de la dette, sont une baisse d’un tiers des salaires ou une sortie de l’euro. La deuxième n’est-elle pas plus humaine ?

01.01.2011

Solutions pour l’Europe : réponse à Malakine

Hier, Malakine a signé un second papier consacré à l’Europe. Si je partageais le constat de son premier article, je ne suis pas totalement d’accord avec celui-ci. Voici pourquoi.

Monétisation et défaut

Malakine prend curieusement position en faveur de la monétisation par rachat des créances douteuses des banques par les banques centrales. En effet, à la différence de la recapitalisation, qui assure un certain contrôle sur les banques, le rachat de créances est l’option préférée des banquiers et des financiers dans la mesure où elle leur laisse toute autonomie dans la gestion de leurs établissements, tout en utilisant l’Etat à discrétion pour recycler leurs créances pourries…

La monétisation des dettes publiques, impossible dans l’Europe actuelle, le convainc moyennement car cela exigerait un rétablissement de la balance des paiements et il faudrait veiller à ne pas creuser davantage les déficits commerciaux en stimulant la demande de produits importés. Toutes ces remarques sont justes, mais il faut noter que le protectionnisme et la TVA Sociale sont des moyens de répondre à  ces objections. En revanche, il note justement que le risque inflationniste est aujourd’hui limité.

A ma surprise, il soutient que le défaut est une « fausse bonne idée ». Si je ne suis pas partisan d’un défaut généralisé en Europe, je crois que cette option ne peut pas être ignorée pour certains pays de la périphérie du continent. Avec une dette à 140% du PIB, une dépression économique et une forte perte de compétitivité, la Grèce est dans la situation de l’Argentine avant 2002. Naturellement, cette solution est extrême mais pour au moins un pays, elle s’imposera. Et le plus tôt serait le mieux.

La sortie de l’euro, solution de choc

Mais le cœur du débat porte sur la sortie de l’euro. Insister sur cette proposition ne signifie pas que j’oublie l’analyse de la situation, le besoin de protectionnisme ou la réglementation de la finance. D’ailleurs, en avril dernier, j’avais replacé cette sortie comme une solution parmi d’autres. Si je parle beaucoup d’euro, c’est parce que c’est le sujet qui fait débat aujourd’hui et que j’ai moins de choses nouvelles à dire sur les deux autre sujets. Cela ne signifie pas non plus que c’est le remède à tous nos problèmes.

S’il est juste de dire que la dévaluation s’assimile à un défaut partiel sur les dettes (si elles sont converties), ce ne serait pas le cas pour la France. Certes, il y aura un appauvrissement momentané (et encore, limité pour notre pays), comme dans toute dévaluation, mais ne vaut-il mieux pas un appauvrissement momentané suivi d’un rebond plutôt qu’un lent et long appauvrissement  sans issue ? En outre, il faut tout de même souligner que la plupart des dévaluations aboutissent à une reprise économique…

La hausse des taux longs est hypothétique pour la France : a-t-on assisté à une envolée des taux longs en Grande-Bretagne et en Suède quand ces pays ont laissé leur monnaie se déprécier ? En outre, la monétisation permet de régler ce problème. Notre croissance serait dynamisée par le commerce avec l’Allemagne, les Etats-Unis ou l’Asie… Et la TVA sociale, un prix de soutien aux produits agricoles ou d’autres mesures limiteraient les perturbations venues d’Espagne ou d’Italie.

Cette critique du retour au franc présente deux angles morts. Elle ne met pas suffisamment en balance les problèmes que posent l’euro, que souligne pourtant Malakine (surévaluation, baisse des salaires, politique unique inadaptée à des réalités nationales disparates). En outre, il ne considère que les aspects négatifs d’une dévaluation. Après le protectionnisme, les dévaluations semblent être le nouveau tabou économique.

Si dévaluer une monnaie a des inconvénients (renchérissement des importations et des créances en monnaies étrangères…), il y a aussi des avantages réels, comme rééquilibrer la balance commerciale (notre pays n’est pas un désert industriel non plus) et redynamiser la croissance. L’histoire économique récente me semble davantage remplie de dévaluations réussies que ratées…

Bref, si je partage pleinement la dernière partie du papier, sur le protectionnisme et le nécessaire retour à une politique industrielle forte, en revanche, la critique des solutions non traditionnelles ne me convainc pas, et surtout celle de la sortie de l’euro qui présente de sérieux angles morts…

25.12.2010

La Grèce prend le chemin de l’Argentine

Cette semaine, le Parlement Grec a adopté un énième plan d’austérité pour suivre les recommandations du FMI et de la Commission Européenne, malgré les protestations de la population. Personne ne semble voir que ces plans sont vains et sans issue. La Grèce glisse dans la situation de l’Argentine.

Une cure d’austérité illusoire

Certes, la Grèce est en partie là du fait des fautes du gouvernement précédent. Mais, ce n’est pas en acceptant de se voir imposer une cure d’austérité aussi sévère aussi longtemps qu’Athènes parviendra à assainir la situation. En effet, la sévérité des mesures (baisse cumulée de 15% des salaires des fonctionnaires, hausse des impôts…) provoque une baisse du PIB suicidaire. Car la baisse de la richesse nationale alourdit le poids de la dette, qui, elle, continue à croître.

C’est ainsi qu’en 2013, la Grèce devrait avoir une dette publique supérieure à 140% du PIB. Le paiement des intérêts de la dette devrait donc représenter 7% de la richesse nationale annuelle (en prenant l’hypothèse d’un taux de 5%). La moindre tension sur les taux d’intérêt enverra irrémédiablement le pays au défaut car il y a une limite à ce qu’un Etat peut payer chaque année pour honorer le service de sa dette dans un système où il ne lui est pas possible de monétiser.

Quand l’euro aggrave les choses

La complexité de la situation Grecque tient à ce que le pays cumule une double crise : une crise de ses finances publiques avec une crise plus globale de perte de compétitivité puisque ses coûts salariaux ont progressé plus rapidement que la moyenne. Le problème est que la Grèce se retrouve dans une union monétaire qui ne lui permet pas de dévaluer pour retrouver de la compétitivité. Résultat, elle essaie d’organiser une dévaluation interne par la baisse des salaires et des prix.

Mais, outre le fait que cela est extrêmement difficile à faire, la déflation contribue encore à réduire la richesse nationale, ce qui alourdit plus encore le poids de la dette. Bref, la restauration de la compétitivité du pays complique plus encore sa situation financière. Si la Grèce avait encore la drachme, elle aurait pu procéder à une dévaluation et utiliser la monétisation pour essayer de résoudre les deux problèmes de concert sans qu’une action ne parasite l’autre.

Un air de tango règne à Athènes

Résultat, et c’est une évidence que les eurocrates refusent malheureusement d’admettre, la Grèce est dans une situation proche de celle l’Argentine de 1999 qui avait essayé de retrouver sa compétitivité perdue face au Brésil ou aux pays Asiatiques en organisant une déflation. Il faut rappeler que cela avait aboutit à une baisse de 10% du PIB de 1998 à 2001 puis à la grave crise de 2002, la dévaluation et le défaut, mais, ultimement, au redressement de l’économie Argentine.

Bref, l’issue probable pour la Grèce est un défaut partiel sur sa dette car la déflation qu’elle accepte de se voir imposer la rend in remboursable, ainsi qu’une sortie de l’euro et une dévaluation de la drachme. La question n’est pas de savoir si cela arrivera, mais quand. Le plus tôt sera le mieux car l’ajustement sera alors moins brutal. Si la Grèce était sortie de l’euro cette année, elle n’aurait qu’à restructurer une dette de 110% du PIB. En 2013, ce sera une dette de 140%.

Mais voilà, les autorités veulent absolument sauver un euro mal conçu, quitte à faire suer sang et eau au peuple grec. Ils ne font qu’acheter du temps (payé par les Grecs) sans sembler se rendre compte qu’à retarder la crise, ils ne font qu’en amplifier les conséquences…

24.12.2010

Ce que la crise Argentine dit de la crise de l’euro

Le débat progresse et est subtilement passé des raisons pour lesquelles il faut en sortir aux modalités de la sortie et à ses conséquences. Les opposants au retour aux monnaies nationales font feu de tout bois sur le sujet, évoquant souvent le spectre de l’Argentine. Retour sur le cas de ce pays.

Rappel historique

En 1991, l’Argentine décide de fixer définitivement la parité de sa monnaie par rapport au dollar pour mettre fin à l’hyper inflation chronique dont souffre le pays. Malheureusement, les prix continuent à augmenter plus vite qu’aux Etats-Unis et le pays perd petit à petit en compétitivité. La situation s’aggrave brutalement avec la hausse du dollar conjuguée à la dévaluation du real Brésilien et des monnaies asiatiques en 1998. Le pays rentre en récession dès 1999, avec une baisse de son PIB de 4%.

Le personnel politique, qui ne souhaite pas casser la parité avec le dollar, intégrée dans tous les contrats, et notamment pour la dette, décide de suivre les recommandations du FMI et tente d’organiser une dévaluation interne, à savoir une déflation. Le PIB chute de 10% de 1998 à 2001, le chômage et la pauvreté augmentent fortement. Les importations brésiliennes, moins chères envahissent le marché. Les capitaux finissent par fuir et le gouvernement recourt à la planche à billets.

Le 1er décembre 2001, le gouvernement restreint fortement les retraits des banques et interdit l’envoi de fonds à l’étranger. Cela déclenche une grave crise qui  prendra fin début 2002, avec une dévaluation du peso de 72%. L’Argentine fait défaut et le PIB recule de 10% cette année. Mais à partir de 2003, le pays connaît une très forte croissance (plus de 8% par an pendant trois ans) qui lui permet de faire reculer fortement le chômage et la pauvreté, tout en faisant aussi reprendre l’inflation.

Leçons d’outre-Atlantique

Choisir le cas Argentin est assez habile de la part des opposants à une fin de l’euro. En effet, la très grave crise qu’a traversée le pays peut entretenir la peur d’un retour aux monnaies nationales. Mais on peut y répondre de plusieurs manières. Tout d’abord, le cas est très extrême puisque le peso a perdu plus de deux tiers de sa valeur et a fait défaut. Ce ne serait pas le cas de la France, qui ne dévaluerait pas par rapport à l’euro (le franc gagnant sur la lire et la peseta ce qu’il perdrait sur le mark).

Ensuite, comment ne pas voir des similitudes dans la situation de l’Argentine de 1999 à 2001 avec celle des pays périphériques de l’Europe aujourd’hui ? Manque de compétitivité consécutif à une union monétaire ne pouvant être soldé par une dévaluation, recul du PIB, hausse du chômage, plan de rigueur imposé par le FMI. Les parallèles ne manquent pas et on peut attribuer à cette union monétaire contre-nature la récession Argentine, contrastant avec les bons résultats d’un Brésil qui avait dévalué.

Le cas Argentin montre le danger d’une union monétaire rigide. En effet, il faut souligner que ce n’est pas la dévaluation qui a causé la crise, qui remontait en fait à 1999, mais que l’abandon du lien avec le dollar en a été la conséquence et a permis à l’économie de repartir (en accentuant la crise dans un premier temps, il est vrai). Et c’est bien la dévaluation qui a permis aux exportations alimentaires et industrielles de quasiment doubler de 2002 à 2006 et à l’économie de repartir fortement.

Bien sûr, certains agitent le cas Argentin pour souligner les désordres potentiels d’une sortie de l’euro. Mais ils oublient de préciser que le pays était en crise bien avant la fin du lien peso-dollar et que c’est justement ce lien (comparable à celui d’une monnaie unique) qui avait provoqué l’asphyxie de l’économie Argentine. C’est justement parce que l’Argentine est restée trop longtemps dans cette union monétaire que la crise a été si violente. Et c’est sa sortie qui lui a permis de s’en sortir.

Le cas Argentin n’a rien à voir avec la situation de la France car nous ne dévaluerions pas par rapport à l’euro, comme le reconnaissent même certains partisans de la monnaie unique. En revanche, on peut y voir une triste répétition de ce qui se passe aujourd’hui en Grèce, j’y reviendrai demain.

28.11.2010

Le défaut sur les dettes souveraines est-il une option ?

Notre continent semble aujourd’hui dans une impasse économique majeure, son modèle de développement économique cassé par une déréglementation incontrôlée et ses finances publiques laminées par la crise économique. Et si le défaut était une option pas si déraisonnable ?

Le cas Argentin

En effet, le débat commence à apparaître depuis que l’Allemagne a poussé cette idée comme une alternative au plan de soutien. Car un pays ne fait pas faillite. Un pays ne peut pas être liquidé. Un pays qui n’honore plus ses engagements financiers fait « seulement » défaut et le problème passe sur ses créanciers. Bien sûr, un tel scénario représente un extrême qu’il vaut mieux éviter tant les conséquences sur le système financier peuvent être importantes.

Néanmoins, il y a défaut et défaut. Il y a l’option Argentine, où le pays cesse purement et simplement d’honorer ses engagements puis, dans un second temps, négocie avec ses créanciers une décote sur sa dette. Cette solution n’a plutôt pas mal réussi au pays, qui s’est fortement redressé grâce au défaut et à la dévaluation très forte de sa monnaie. On peut d’ailleurs voir des similitudes entre la situation Argentine et celle de la Grèce et de l’Irlande aujourd’hui.

En effet, l’Argentine s’était enfermée volontairement dans une forme d’union monétaire avec les Etats-Unis en liant sa monnaie au dollar. Mais l’augmentation plus rapide de ses coûts avait détérioré sa compétitivité, sans possibilité d’ajustement autre qu’une dévaluation interne par une baisse des prix et des salaires. Après avoir tenté l’option déflationniste, l’Argentine a choisi le défaut et la dévaluation. Aujourd’hui, après plusieurs années, il semble que c’était un bon choix.

Et si le défaut était justifié ?

En outre, on peut se poser la question de la légitimité des différentiels de taux sur les dettes souveraines. Aujourd’hui, les investisseurs réclament des taux d’intérêts beaucoup plus élevés pour détenir les dettes des « PIIGS » mais voudraient qu’on leur garantisse le remboursement des créances. A nouveau, ils veulent le beurre et l’argent du beurre. Ils ne peuvent quand même pas avoir une rémunération beaucoup plus importante que celle des Bund tout en ayant la même sécurité.

C’est pourquoi il ne semble pas injuste que l’écart de rémunération implique une possibilité pour les Etats de restructurer leur dette. En simplifiant, soit un Etat qui emprunte 100 à 2.5% sur dix ans (l’Allemagne). Cet Etat va verser 125 au bout du compte. Un Etat qui emprunte à 9% (l’Irlande), versera 190, celui qui emprunte à 11% (la Grèce) versera 210. Ainsi, on pourrait déduire (de manière extrêmement approximative), qu’il y a une décote induite de 34% pour l’Irlande et de 40% pour la Grèce.

Du coup, pourquoi ne pas autoriser les Etats à restructurer à la hauteur de la décote induite par les marchés eux-mêmes ? Ce serait utiliser les marchés contre eux-mêmes. Plus les taux monteraient, plus les Etats pourraient restructurer de manière plus importante leur dette. En outre, il faut voir qu’une fois restructurée, les dettes souveraines deviendraient beaucoup plus soutenables, ce qui contribuerait à la stabilisation du système financier.

Si on extrapole les décotes des taux actuels, les pertes devraient pourvoir être absorbées par les banques. Certes, la méthode n’est pas scientifique, mais l’Espagne n’aurait pas besoin d’une grosse décote pour retrouver une situation plus viable car elle reste le pays le moins endetté d’Europe. Du coup, le gros des pertes serait sur des petits pays.  Au pire, si des banques venaient à être mises en difficulté, ce pourrait être l’occasion pour les Etats de prendre leur contrôle, comme le soutient Frédéric Lordon.

La question du défaut ou de la restructuration des dettes souveraines doit être posée, calmement, sans tabou. Il n’est pas normal que la finance obtienne une rémunération supérieure sans en assumer le risque. Il s’agit peut-être d’une solution pas si déraisonnable à la crise actuelle.

05.06.2010

Comment affronter la dette aujourd’hui ?

Les dettes souveraines sont devenues aujourd’hui le premier sujet d’économie des médias et ce qui semble devoir déterminer les politiques de l’ensemble des pays occidentaux dans les années à venir. Mais les politiques d’austérité sont-elles un horizon indépassable ?

Le besoin de croissance

C’est ce que même les marchés ont fini par comprendre : le problème de dette publique dépend également du PIB. Et de faibles perspectives de croissance du PIB compliquent la gestion de cette dette. En effet, avec une croissance de 3% et une inflation de 2%, à déficit nul, le poids de la dette sur la richesse nationale diminue de 5% dans l’année. C’est tout le problème des politiques d’austérité : en réduisant la croissance, elles peuvent accentuer le problème plus que le résoudre.

En effet, les Etats européens se sont lancés dans une réplique des politiques d’Herbert Hoover et il n’est pas sûr que dans deux ou trois ans, le bilan sera positif. Si les déficits publics auront sans doute été réduits, la faiblesse de la croissance fera peut-être que le poids de la dette aura explosé : celle-ci devrait représenter 150% du PIB de la Grèce en 2013 selon des prévisions jugées optimistes. Pire, la souffrance sociale (chômage, perte de pouvoir d’achat) aura sans doute été terrible.

L’issue de l’inflation

En effet, si l’inflation accélérait quelque peu (3 à 4% au lieu de 1 à 2%), cela serait un moyen de faciliter la gestion de la dette en érodant légèrement sa valeur. En outre, on peut se demander si les objectifs d’inflation de la BCE (moins de 2%) ne sont pas trop faibles. En effet, quand l’inflation et la croissance sont très basses, cela pousse les entreprises à ne pas accorder de hausse de salaire, ce qui contribue à affaiblir la croissance et également l’inflation dans un mécanisme déflationniste.

On peut se demander si le bon niveau d’inflation pour une économie ne se situe pas plutôt entre 2 et 4%, ce qui donnerait une nécessaire marge de manœuvre à l’économie. En effet, cela facilite les hausses de salaires, qui peuvent être compensées par des hausses de prix. Le dogme monétariste de la BCE explique sans doute en partie la faible croissance du vieux continent. Il est important de noter qu’un tel niveau ne présente pas de risque de dérapage inflationniste.

L’issue de la monétisation

Mais cette légère accélération de l’inflation présenterait sans doute un inconvénient majeur pour la gestion de la dette publique : une hausse des taux longs et donc du coût de financement de cette dette. On peut imaginer que les taux longs augmenteraient d’un à deux points si l’objectif d’inflation était remonté d’un même niveau, annulant une partie des gains. C’est là que vient l’option de la monétisation de la dette, qui peut être lié à l’inflation, mais pas forcément (j’y reviendrai demain).

La monétisation, c’est, par exemple, la banque centrale qui achète des bons du trésor à 0% d’intérêt. André-Jacques Holbecq a souligné plusieurs fois que l’Etat a payé environ 1500 milliards d’euros d’intérêt depuis 1980. En clair, la hausse de la dette publique de la France est uniquement la conséquence du paiement des intérêts. Si la Banque Centrale avait prêté à l’Etat à 0%, alors la France n’aurait pas de dette. Il faut noter que Thomas Piketty, économiste à l’EHESS, a rejoint le camp de ses partisans.

L’issue du défaut

La troisième issue, que Frédéric Lordon évoque avec gourmandise, est un défaut des Etats. Cet apocalypse financier conduirait sans doute une grande partie des banques à la faillite et serait sans doute l’occasion d’une véritable révolution financière, avec la possibilité de nationaliser en partie ou en totalité le système financier et d’établir de nouvelles règles qui tiendraient compte des crises à répétition que nous vivons depuis une quinzaine d’années.

Mais cette solution présente tout de même de grands risques et il n’est pas sûr que le chaos consécutif à une telle « solution » ne ferait pas également souffrir les plus faibles qui sont généralement les premières victimes des grandes catastrophes économiques. C’est pourquoi j’espère que l’on pourra se passer d’une telle issue, même si elle présente l’avantage intellectuellement très satisfaisant de faciliter la réforme du système financier, qui passera alors sous la coupe des Etats.

Le problème de la dette est complexe. La voie de l’austérité pose aujourd’hui de graves problèmes que la grande majorité des hommes politiques refusent de voir. Je reviendrai demain sur la voie de la monétisation qui pourrait bien être la solution la plus raisonnable pour l’Europe.

10.04.2010

Coup de pression brutal sur la Grèce

Cette semaine, les marchés se sont emballés. Les taux d’intérêt sur la dette grecque se sont littéralement envolés, dépassant 7,5% jeudi alors qu’Athènes avait réussi à emprunter à moins de 6% il y a seulement quinze jours. Est-ce le début de la fin ?

Une situation intenable ?

Ce débat anime Internet depuis le début de l’année, entre ceux qui pensent que la situation va exploser très rapidement (sous quelques semaines ou quelques mois) et ceux qui, comme moi, pensent que la Grèce a de grandes chances de supporter l’euro-camisole pendant quelques années. Jusqu’à fin mars, les faits semblaient nous donner raison. En effet, depuis le début de l’année, l’Etat grec avait réussi à réduire le coût de sa dette avec une baisse des taux d’intérêts de 6.8% fin janvier à 5.9% fin mars, tout en plaçant près de 20 milliards sur les marché au premier trimestre, un tiers de son besoin annuel.

En outre, les sombres pronostics de début d’année, qui envisageaient un défaut de paiement imminent et une sortie de l’euro, avaient été infirmés par les faits. Cependant, l’accès de fièvre actuel est suffisamment violent pour remettre tout cela en cause et on peut se demander à juste titre si la situation ne pourrait pas exploser dans les prochains jours. Après tout, il semblerait que même la population grecque commence à retirer des euros des banques, de peur d’une sortie de la monnaie unique, ce qui pourrait être le prélude à un effondrement financier complet du pays.

Tous les scénarios sont envisageables

Bref, le comportement auto-réalisateur des marchés pourrait bien provoquer à court terme un défaut de la Grèce, la panique des marchés s’auto-entretenant, poussant celle des ménages, le tout propulsant les taux d’intérêts à un niveau insoutenable. Tous les scénarios sont désormais envisageables, comme le souligne Seb du blog Reversus. La possibilité d’une grave crise à court terme me semble beaucoup plus grande qu’il y a quelques semaines. Pour le coup, je me serais alors trompé dans mon pronostic. Mais malgré tout, l’explosion ne va pas forcément avoir lieu.

En effet, tout d’abord, il faut noter que la Grèce n’emprunte pas en ce moment et qu’elle a réussi à placer 5 milliards d’euros au taux de 5.9% fin mars. La spéculation actuelle ne concerne pas une adjudication d’Athènes. Elle sera peut-être retombée lors du prochain placement… En outre, le point et demi de taux supplémentaire représente un surcoût de 75 millions d’euros en première année pour une tranche de 5 milliards d’euros par rapport au taux de fin mars, ce qui ne mettrait pas en péril la trésorerie grecque. Enfin, la Grèce pourrait appeler le FMI à la rescousse.

En fait, il est difficile d’avoir des certitudes aujourd’hui. L’anarchie financière rend tous les scénarios possibles, y compris les plus extrêmes. En fait et malheureusement, il reste toujours une probabilité non négligeable que la Grèce reste dans l’euro-camisole.