30.05.2008
Les mauvais comptes du gouvernement
Alors que le gouvernement continue de clamer son intention de supprimer les déficits publics d’ici à 2012, la réalité le rattrape sous la forme d’avertissements de la Commission de Bruxelles et de la Cour des Comptes de Philippe Séguin.
En arrivant au pouvoir il y a un an, Nicolas Sarkozy a trouvé une situation budgétaire très largement améliorée par Jacques Chirac et Dominique de Villepin, qui avaient réduit de plus de 10 milliards d’euros le déficit public en 2006, une première à la veille d’élection présidentielle ! Mais en arrivant, le président a tout de suite lâché les cordons de la bourse pour financer son fameux « paquet fiscal ». Pourtant, officiellement, le déficit budgétaire s’est réduit d’un milliard, de 35,7 à 34,7 milliards en 2007. Mais la Cour des Comptes vient de révéler que ce chiffre n’est pas vraiment honnête du fait de nombreux reports de charges, débudgétisation et sous dotations. En réalité, l’institution de la rue Cambon révèle qu’en comptabilité générale, le résultat de l’Etat s’est dégradé de 9,8 milliards, pour atteindre un déficit de 41,4 milliards d’euros !
Le gouvernement a beau jeu de constamment répéter sa volonté de réduire les déficits, mais il y a, comme d’habitude, un gros écart entre ce qu’il dit et ce qu’il fait. Le pire est que pour donner le change, il envisage d’inscrire dans la Constitution le principe d’équilibre budgétaire, ce qui est bien ridicule pour un gouvernement qui augmente les déficits et bien dangereux car cela ligoterait les gouvernements… après 2012. Si je crois à une gestion rigoureuse des deniers publics, je ne fais pas partie des ayatollahs de la lutte contre les déficits. Il faut relativiser la situation actuelle qui est loin d’être aussi dramatique que certains veulent bien le dire. L’endettement et les déficits de la France ne sont pas fondamentalement plus élevés que la moyenne.
En revanche, je crois que l’équilibre budgétaire en période de croissance est important car il permet à l’Etat de soutenir l’économie en cas de retournement de l’activité, et ainsi protéger les plus faibles, qui sont toujours les premières victimes des récessions. Car si le budget est en permanence en déficit, alors l’Etat n’a pas de marges budgétaires pour relancer l’activité puisqu’il doit déjà se battre avec un déficit en croissance. L’intérêt d’une gestion rigoureuse du budget en période de croissance est que cette rigueur donne à l’Etat les moyens de financer des plans de soutien à l’économie en période de retournement conjoncturel, pour éviter une montée du chômage ou une baisse de pouvoir d’achat. Mais cela suppose de pouvoir faire du déficit, de manière momentanée, ce que la réforme de la Constitution pourrait interdire.
Le gouvernement passe du laxisme dans sa gestion des comptes publics au dogmatisme dans les institutions alors que nous aurions besoin de rigueur dans la gestion et de pragmatisme dans les principes. Tout le contraire de ce dont le pays a besoin.
Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/05/28/deficits-publics-l-avertissement-de-bruxelles-et-celui-de-philippe-seguin_1050603_823448.html#ens_id=1050292
11:18 Publié dans Actualités, Economie, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, déficit, cour des comptes



