07.10.2009
Jacques Sapir corrige Benoît Hamon sur la dette
Alors que tous ceux qui défendaient jadis la mondialisation dénoncent les montagnes de dette que la crise va laisser aux Etats, Benoît Hamon vient de mêler sa voix à la meute néolibérale en déclarant que la France était « ruinée ». L’occasion pour Jacques Sapir de le corriger.
Et si l’endettement de la France était raisonnable
Soyons clair, il est préoccupant que la dette de la France atteigne de tels niveaux et que le service de cette dette occupe une telle part de notre budget (l’équivalent de recettes de l’impôt sur le revenu). En période économique normale, il serait plus sain que le budget de l’Etat soit, au pire, équilibré. Malgré tout, devant la violence de la récession, la seule solution était sans doute que l’Etat accepte de jouer les stabilisateurs automatiques pour éviter que la crise ne se transforme en Dépression, comme dans les années 30.
D’ailleurs, le discours moralisateur de ceux qui dénoncent le niveau d’endettement de la France manque terriblement d’explications sur ce que, eux, auraient fait face à la crise. Auraient-ils agi comme Hoover et cherché à maintenir l’équilibre budgétaire ? Si oui, comment ? Mieux, que proposent-ils concrètement pour les années à venir ? Mais surtout, chose que ce blog répète depuis des mois, la situation de la France est une des meilleures des pays occidentaux.
Comme le montre Jacques Sapir, le niveau d’endettement de la France est raisonnable. Quelques soient les critères, nous sommes dans une meilleure position que la majorité des grands Etats. Que ce soit le niveau de la dette par rapport au PIB, l’augmentation de cette dette, et plus encore l’endettement total (Etat + entreprises + ménages), la France est un des pays les plus vertueux. Pour compléter son propos, les prévisions à plus long terme (2014) sont encore plus favorables à la France.
Ce que révèle un tel discours
Il est regrettable que la grande majorité des médias soient incapables de rappeler ces faits, qui devraient relativiser les discours catastrophistes sur le niveau de la dette en France. De manière assez intéressante, il faut noter que ce sont souvent les plus grands défenseurs des bienfaits de la mondialisation (Jean Peyrelevade par exemple) qui dénoncent cette montée de l’endettement. En fait, on peut suspecter qu’il s’agit d’une habile diversion pour ne pas parler de la faillite de leur système…
Mais ce qui est le plus surprenant dans cette affaire est sans doute le fait que Benoît Hamon enfourche le même combat que la meute néolibérale, ce qui est sans doute assez révélateur sur le fond de la pensée du représentant de « l’aile gauche » du Parti Socialiste… Son discours est d’autant plus stupide qu’outre le niveau d’endettement finalement modéré, l’Etat Français dispose de nombreux actifs (participations d’entreprises, immobilier) qui en font l’Etat sans doute le plus riche de tout l’Occident.
En fait, le bruit fait sur la dette par la meute néolibérale est très habile. Il permet d’éviter le débat sur la nécessaire refondation du système économique tout en continuant à pousser le même agenda, promu nécessité pour combattre la dette. Merci à Jacques Sapir de le rappeler.
Source : http://www.marianne2.fr/Dette-Benoit-Hamon-n-a-rien-compris!_a182319.html
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Parti Socialiste | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : dette publique, déficits, jacques sapir, benoît hamon
14.08.2009
Déficits, dette : et si la France était raisonnable ?
À entendre les oiseaux de mauvais augure, la France serait au bord de la faillite. Pourtant, toute comparaison internationale montre que la situation des finances publiques hexagonales est une des meilleures des pays de l’OCDE…
Une France bonne élève
Cela peut sembler paradoxal quand on constate l’envolée de notre déficit public de 2007 à 2009, comparable à celle de 1991-1993. Alors que le gouvernement Villepin avait laissé un déficit budgétaire d’environ 35 milliards d’euros, nous nous dirigeons vers un triplement en trois ans puisque l’exécution 2009 devrait se solder par un déficit de plus de 100 milliards. En cause, essentiellement une baisse des recettes (suite à la récession comme aux mesures fiscales du gouvernement Sarkozy) et dans une moindre mesure à l’augmentation de certaines dépenses dans le cadre du plan de relance.
Résultat, nos déficits devraient atteindre 6 à 7% du PIB cette année. Mais finalement, ce niveau est plus raisonnable que la plupart des grands pays comparables. Si l’Allemagne devrait connaître une situation comparable, l’Espagne et l’Italie dépassent les 9% et le Royaume-Uni et les Etats-Unis plus de 12% ! Idem au niveau de la dette, puisque si notre dette devrait atteindre 95% du PIB en 2014, la moyenne des pays développés sera de 120% à cette date. L’Allemagne sera dans une position comparable (91%), comme le Royaume Uni (99%) et nous devancerons les Etats-Unis (112%) ou l’Italie (132%).
Qui a raison ?
C’est tout le paradoxe de cette crise que de faire apparaître des pays qui ont un déficit budgétaire de l’ordre de 6% du PIB comme raisonnable. Mais vu que certains n’hésitent pas à aller jusqu’au double, cela remet les choses en perspective. A priori, on peut se dire que le Royaume-Uni et les Etats-Unis vont trop loin, mais le modèle anglo-saxon fait que les ajustements sont plus brutaux et seule une réaction massive de l’Etat peut casser le cycle vicieux dépressif qui pouvait se mettre en place. Une réaction plus limitée aurait pu générer une véritable dépression économique.
En outre, il ne faut pas oublier que le Royaume-Uni et les Etats-Unis font face à une baisse du marché immobilier violente (-20% outre Manche, -30% outre Atlantique) et que les ménages, surendettés (à hauteur de 140% et 120% de leurs revenus) restreignent fortement leur consommation. Au contraire, la consommation des ménages Français et Allemands se maintient puisqu’il n’y avait pas eu de bulle de crédit auparavant. Du coup, on peut argumenter que nous n’avions pas besoin d’un plan de soutien aussi important, puisque les facteurs de crise étaient moins forts.
Les niveaux de croissance au 2ème trimestre semblent justifier la prudence franco-allemande. Mais ce n’est qu’en 2010 que l’on pourra juger définitivement de la vitesse de sortie de crise et savoir qui des « prudents » continentaux ou des anglo-saxons a eu raison...
Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/07/30/la-dett...
http://www.lefigaro.fr/economie/2009/08/12/04001-20090812...
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : dette publique, déficits, crise économique



