14.05.2010

Le suicide économique de l’Europe

C’est malheureux à dire car une autre Europe pourrait être au service de la croissance et l’emploi, celle qui a fait Airbus et Ariane, celle des projets de coopérations entre les Etats-nations. Mais depuis 20 ans, nous subissons une Europe qui n’apporte que régression économique.

Un bilan désastreux

Les défenseurs de Maastricht, de l’euro et du TCE continuent encore à répéter que l’Europe nous protège, comme on réciterait une prière que l’on refuse de questionner. On se demande bien de quoi cette Europe nous aurait protégés depuis une dizaine d’années :

De la récession ? Les chiffres sont là : la zone euro a cru de 1.4% par an de 2000 à 2009, contre 1.9% pour les Etats-Unis, principalement à cause du niveau trop élevé de l’euro qui a transformé le déficit des Etats-Unis en excédent vis-à-vis de la France. La zone euro est entrée en récession un trimestre avant les Etats-Unis alors qu’elle n’a pas subi des faillites de banques aussi importantes ni un effondrement de 30% du marché immobilier, appauvrissant les ménages. La récession a été plus dure en 2009 (recul du PIB de 4%, contre 2.5%) et la sortie moins vive (1% de croissance contre 3)…

Des marchés ? Fin 2008 / début 2009, les Etats européens avaient déjà été contraints (à raison, cependant) d’éviter la faillite des banques par des injections de capital, des rachats de créances douteuses et des garanties en tout genre, dépassant le montant de 1000 milliards d’euros. Mais la tragi-comédie de ce début d’année montre plus que jamais que la politique des gouvernements européens se fait désormais à la corbeille, les marchés imposant un plan de financement pour les dettes souveraines ainsi que des plans de rigueur toujours plus sauvages.

La grande arnaque du modèle Allemand

Le seul modèle qui est proposé est celui de l’Allemagne, le pays qui a eu la plus faible croissance de la décennie avec l’Italie (à peine 0.8% par an de 2000 à 2009), du fait d’une compression des coûts salariaux pour gagner en compétitivité. Mais outre que l’on peut déjà contester la qualification de modèle pour une économie à la croissance asthmatique et surtout extrêmement inégalitaire, (90% de la population a vu son pouvoir d’achat stagner ou même reculer), le relatif « succès » de ce « modèle » tenait au décalage de politique avec les autres pays de la zone euro.

En effet, c’est bien parce que la France, l’Italie, l’Espagne et les autres ne menaient pas une telle politique que l’Allemagne a pu afficher un minimum de croissance. En effet, en dix ans, l’Allemagne a considérablement augmenté son excédent commercial au sein même de la zone euro, du fait des gains de pouvoir d’achat des autres pays qui ont permis à leur consommation d’augmenter, et par là-même les importations de produits Allemands, d’autant plus que leurs coûts devenaient de plus en plus compétitifs. Mais ce modèle devient totalement inopérant si tout le monde le suit.

Des politiques d’austérité dangereuses

En outre, la conjonction de l’euro cher, de la politique de désinflation compétitive de l’Allemagne et de la crise a dangereusement gonflé les déficits publics et les dettes des Etats, au point que leur capacité de remboursement est aujourd’hui en question, ce qu’illustrent les crises d’angoisse des marchés. Le problème de la dette peut être résolu de plusieurs manières : monétisation, légère accélération de l’inflation, politique de croissance ou austérité budgétaire.

Aujourd’hui, seule la dernière solution a droit de citer. Le problème est que l’austérité risque de provoquer un scénario à la japonaise, comme le souligne Yann sur son blog. C’est bien beau de vouloir réduire les déficits mais si le PIB stagne, alors la dette continuera de progresser. La zone euro est partie pour s’enfoncer dans une période de stagnation économique sans issue et ne fait que repousser un problème qui sera encore plus difficile à traiter dans quelques années.

Aujourd’hui, l’Europe qui a été construite est le problème. C’est elle qui est responsable de la faible croissance de l’Euro, à cause de la mise en place de l’euro et d’une libéralisation anarchique de nos économies. La seule solution est donc, au moins, de changer radicalement d’Europe.