20.04.2010
Europe : des solutions pour éviter la dépression
Lentement mais sûrement, le piège se met en place. Après déjà une décennie économiquement piteuse, l’Europe s’apprête à s’enfoncer volontairement dans la dépression en choisissant des politiques économiques déflationnistes. Il existe pourtant des solutions.
Première solution : la fin de la monnaie unique
La gravité de la crise est la conséquence directe de la mise en place de l’euro. A ce titre, l’exemple de l’Espagne est extrêmement parlant. Voilà un pays qui affichait la dette publique la plus faible de la zone euro (à peine 40%), un excédent budgétaire depuis des années et un dynamisme économique exemplaire. Malheureusement, cette belle histoire était un malentendu dont la cause unique était l’euro, pour une simple raison : des taux d’intérêts trop faibles.
A 4% au milieu des années 2000, les taux de la BCE étaient totalement inadaptés à un pays où la croissance économique approchait les 4% et l’inflation les 3%. La croissance nominale du PIB, proche de 7%, excédait largement le coût de l’argent. Du coup, une immense bulle s’est créée, principalement dans l’immobilier. Son explosion a provoqué une récession dont l’Espagne ne sort pas alors qu’une politique monétaire nationale aurait permis d’éviter cette bulle (par une hausse des taux).
La première solution est une transformation de l’euro en une monnaie commune, avec un retour aux monnaies nationales, ce qui permettra à chaque pays de mener une politique économique adaptée à sa réalité et non de subir une politique unique, soit trop restrictive (et facteur de dépression), soit trop laxiste (et donc facteur de bulle). L’euro, à travers sa surévaluation et la rigidité de sa politique unique est bien un des principaux responsables de la faiblesse économique de l’Europe.
Deuxième solution : la monétisation de la dette
Mais, si une sortie de l’euro est une solution essentielle pour retrouver le chemin de la croissance à moyen terme, les pays européens se trouvent confrontés à un amoncellement de dettes inquiétant pour l’avenir car toute politique de réduction des déficits risque de freiner une croissance pourtant essentielle pour permettre aux Etats de payer cette montagne d’engagements. Et là, pour éviter une forte hausse des impôts ou une forte baisse des dépenses publiques qui auraient toutes les deux des effets récessifs et pour éviter une déflation à la japonaise, il faut envisager des solutions non conventionnelle.
La première solution est une monétisation de la dette. En 1973, la France a renoncé à cette possibilité et la planche à billet est encore vue aujourd’hui comme une pratique dangereuse, qui peut mener à l’hyperinflation, comme cela a été le cas dans certains pays d’Amérique Latine. Cependant, la crise devrait casser ce tabou puisque les Etats-Unis comme la Grande-Bretagne y ont eu recours. Mieux, pour la première fois depuis des décennies, la base monétaire est en baisse en Europe. Une monétisation de la dette ne présenterait donc aucun risque inflationniste aujourd’hui.
Troisième solution : la Zone Européenne Financière couplée à une taxe Tobin
Mais surtout, cette monétisation aiderait les Etats à refinancer leur dette sans instaurer une rigueur trop violente qui risque de tuer toute reprise dans l’œuf et faire entrer notre continent dans une dépression à la japonaise. Mieux, on pourrait imaginer mettre en place une Zone Européenne Financière autonome au sein de laquelle toutes les transactions financières seraient taxées (entre 0.1 et 1%), alimentant un fond commun de la Zone qui pourrait alors reprendre (cas d’école) la moitié de la dette publique des Etats participants, pour les motiver à rejoindre cette zone.
Les Etats-membres de la ZEF s’engageraient en échange à ne pas mener de politiques économiques non coopératives. On pourrait imaginer qu’un taux minimum d’impôt sur les sociétés (égal, par exemple, à 80 ou 90% de la moyenne des pays membres) pourrait être mis en place, ainsi que d’autres réglementations à minima (contrôle des mouvements de capitaux, boycott des paradis fiscaux). De la sorte, l’ensemble des Etats de l’Union Européenne aurait une forte incitation à rejoindre cet ensemble dont la France pourrait être le pionnier, idéalement avec l’Allemagne, sinon avec l’Europe Latine.
L’immense endettement hérité de la crise pose un problème dans le cadre de l’euro car les Etats européens risquent de s’auto-entraîner dans la dépression par des politiques de rigueur. Seules des solutions radicales nous permettront d’éviter une nouvelle décennie de croissance molle.
NB : l’idée de ZEF n’est pas une invention de ma part, mais la reprise d’une proposition de Frédéric Lordon.
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19.04.2010
L’euro-camisole nous mène droit à la dépression !
« Avec l’euro fou, l’Europe réussit le tour de force d’utiliser sa puissance économique pour se torturer » affirme Emmanuel Todd dans « Après la démocratie ». Quel meilleur exemple que le sort aujourd’hui réservé à la Grèce, pour laquelle Dominique Strauss-Kahn ne voit que la déflation comme solution.
De l’euro-camisole à l’euro-déflation
En réalité, nous n’en sommes qu’aux prémices de la politique déflationniste générale qui se prépare pour l’Europe. La Grèce n’est que le troisième pays à l’adopter. En effet, auparavant, ce sont l’Irlande et la Lettonie qui ont accepté de se soumettre aux diktats des marchés et de Bruxelles pour rester dans l’euro pour la première et conserver sa parité monétaire pour la seconde. Les solutions adoptées sont assez simples : hausses d’impôts et baisse (parfois radicale) du traitement des fonctionnaires de manière à équilibrer les finances publiques.
La discipline de ces pays tient sans doute à leur histoire et leur rapport à l’Europe. En effet, pour eux, l’Europe est synonyme de fonds structurels qui les ont aidé à se moderniser. Et l’euro, en permettant un abaissement radical du coût de financement, a nourri le boom des années 90 et 2000, jusqu’au krach. Malheureusement, ils ne comprennent pas que cette politique monétaire unique est aussi la principale cause de la violence de la récession qu’ils traversent aujourd’hui. En effet, une politique monétaire nationale leur aurait permis d’éviter que la bulle ne devienne aussi grosse.
Après des années où l’Irlande, la Grèce, l’Espagne, le Portugal ou l’Italie pouvaient emprunter à des taux similaires à ceux des Bunds Allemands, les marchés, effrayés par le niveau des déficits et des dettes, demandent des primes de risque punitives pour des finances publiques mises à mal par la grave crise économique que nous traversons. La seule solution aujourd’hui évoquée par l’immense majorité des intervenants est une politique de rigueur assez drastique pour réduire les déficits. Dominique Strauss-Kahn a eu le mérite de briser un tabou en parlant de déflation.
De l’euro-déflation à l’euro-dépression
Bref, le destin commun des pays de l’euro-zone est donc une politique de rigueur déflationniste, cocktail amer de hausses d’impôts, de coupes budgétaires, de baisse de nombre de fonctionnaires et de réduction de traitement de ceux qui restent. Il faut dire que le logiciel de la « pensée unique » ne donne pas d’autres solutions à la crise sévère des finances publiques des Etats membres. En effet, les projections faites par The Economist sont alarmantes : la dette de la Grèce devrait passer de 113 à 149% du PIB de 2009 à 2014, avec des intérêts qui représenteraient 7,2% du PIB dans quatre ans.
Pire, ces prévisions, pourtant guère riantes, apparaissent à certains comme optimistes, ce qui pose clairement la question du risque de défaut d’Athènes. En effet, pour ces calculs, le taux d’intérêt moyen est seulement de 5%, sachant que la Grèce a emprunté entre 5.9 et 6.8% cette année. Bref, les tenants de la pensée unique comprennent aujourd’hui que la situation est potentiellement intenable à moyen terme. D’où sans doute l’intervention de Dominique Strauss-Kahn plaidant pour une politique déflationniste. Le blizzard de la rigueur a toutes les chances de souffler fort sur l’euro-zone.
Le problème est qu’une telle politique aura un fort impact dépressif si tous les pays de la zone euro l’adoptent ensemble : la croissance de l’euro-zone sera dérisoire, si elle est encore positive. En effet, comment espérer de la croissance pendant la période d’assainissement des finances publiques si tous les pays de la zone euro mènent une politique de rigueur, déprimant leur consommation intérieure ainsi que leurs importations (dont deux-tiers viennent de la zone euro). Et avec des entreprises qui délocalisent en masse à cause de l’euro cher, c’est une recette pour une longue dépression.
En 2010, les pays de la zone euro pourront encore compter sur les plans de soutien pour afficher un minimum de croissance, mais à partir de 2011, il est difficile d’imaginer autre chose qu’une croissance faible au mieux ou, au pire, une nouvelle récession.
Demain, des solutions pour éviter la dépression
11:10 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : grèce, déflation, rigueur, fmi, dominique strauss-kahn
27.03.2010
La France peut-elle suivre le chemin de la Grèce ?
Après la Lettonie, l’Irlande et la Grèce, une nouvelle vague de spéculation déferle sur le Portugal, avec la baisse de la note du pays. Suite à une question de Malakine, j’en profite pour faire un point sur la situation européenne en général et celle de la France en particulier.
Un pays européen peut-il faire faillite ?
Cette question agite les cénacles européens depuis le début de l’année avec la hausse des taux d’intérêts à long terme en Grèce. A dire vrai, cette inquiétude n’est pas nouvelle. Le GEAB annonçait au printemps 2009 la cessation de paiement imminente des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, heureusement à tort. A titre personnel, dans « Le grand choc de 2017 », j’avais indiqué comme point de départ à une nouvelle grande crise économique une cessation de paiement de l’Italie, mais dans un horizon de temps beaucoup plus lointain (début 2017).
Certains chroniqueurs indiquent que la Grèce est en faillite. Pourtant, ses levées de fond de janvier et mars ont été très largement sursouscrites par les investisseurs. Bien sûr, cette forte demande est la conséquence d’un taux d’intérêt nettement supérieur à ce qu’offre l’Allemagne, mais il faut noter qu’en deux mois, le pays est passé d’un coupon de 6.8 à 6.2%. Certains jugent la situation intenable, que la Grèce va sortir de l’euro et que le château de carte de l’unification monétaire européenne va s’effondrer. Même si cela ne serait pas pour me déplaire, je n’y crois pas, à court terme au moins.
Une charge gérable, à court terme
En effet, la charge supplémentaire que fait peser la hausse des taux sur les budgets des Etats est supportable à court ou moyen terme. Même en considérant que la Grèce emprunte à deux points de plus que prévu sur l’ensemble de l’année 2010, cela représente un surcoût de 1 milliard, à comparer aux 20 milliards de déficit et près de 300 milliards de dette. Bref, la tension actuelle sur les taux n’est pas suffisante pour bouleverser à court terme les budgets des Etats. En outre, comme les taux grecs sont déjà au niveau des taux brésiliens, il n’y a sans doute plus de marge de hausse.
Bref, le risque de faillite apparaît minime à court terme, même pour la Grèce, et donc à plus forte raison pour les autres pays, dont la situation est plus confortable. En fait, le risque se pose à plus long terme. En effet, si les taux se maintiennent à un niveau élevé, sur un cycle entier de refinancement, alors la charge de la dette pourrait devenir ingérable, les économies réalisées par les Etats étant effacées par le maintien de taux élevés. En outre, on ne peut pas exclure un épisode comparable à celui de 2007, avec un léger regain d’inflation provoqué par une hausse du cours des matières premières.
La reprise économique devrait de nouveau tendre ces marchés et la croissance des pays émergents pourrait bien provoquer un regain d’inflation des matières premières à moyen terme. Une remontée consécutive des taux par les banques centrales pourrait alors provoquer une nouvelle hausse des taux longs qui pourrait alors se révéler dangereuse pour les finances publiques. C’était le point de départ d’une prochaine crise économique qui pourrait arriver entre 2015 et 2020, telle que je l’avais imaginé il y a quinze mois. Bref, le danger est sans doute plus à moyen / long terme qu’à court terme.
Un choix politique
Cet horizon de temps semble plus probable car les pays européens devraient faire le choix de la rigueur plutôt que d’envisager des solutions plus hétérodoxes (contrôle des mouvements de capitaux, sortie de l’euro…). La Lettonie et l’Irlande ont malheureusement montré le chemin en pratiquant des politiques déflationnistes bien plus sauvages que la Grèce. Il faut dire que les pays périphériques de l’Europe ont trop profité des aides européennes ces dernières années pour aller dans un sens contraire à ce que souhaite l’Europe, notamment en Europe du Sud.
Même si cela se paiera par une croissance inexistante, une baisse du pouvoir d’achat et un chômage de masse, il y a fort à parier que cette potion amère passera dans un premier temps tant il n’y a pas de véritable alternative démocratique, d’autant plus que les gouvernements ont finalement encore quelques marges de manœuvre. Ce n’est que dans quelques années, avec une remontée générale des taux, et après plusieurs années de stagnation économique que les conditions seront réunies pour une vraie remise en question des politiques déflationnistes qui sont en train de se mettre en place.
En conclusion, et paradoxalement, la situation n’est malheureusement pas mûre pour une faillite. L’Europe et la France risquent donc de s’enfermer dans des politiques déflationnistes aux conséquences sociales désastreuses, en attendant que le couvercle de la marmite explose…
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : europe, grèce, irlande, geab, déflation
09.08.2009
La sortie de crise est pour bientôt, aussi illusoire soit-elle
À mille lieux des prévisions dramatiques de certains, les signaux d’une reprise économique se multiplient, comme l’illustrent les dernières statistiques du chômage étasunien, qui ont fait bondir les bourses à leur plus haut depuis 9 mois.
Les signaux de l’embellie
Bien sûr, ces signes restent tout relatifs : le PIB n’a baissé « que » de 1% en rythme annuel au 2ème trimestre aux Etats-Unis et il n’y a eu « que » 247 mille destructions d’emplois en juillet. Bref, nous ne sommes pas encore en croissance, c’est juste que la récession ralentit, nettement néanmoins. Même s’il convient d’être prudent, ces chiffres sont très encourageants. En effet, les chiffres du PIB montrent une véritable stabilisation après une chute qui n’aura été significative que pendant deux trimestres. Et surtout, le taux de chômage a baissé d’un dixième de point, éloignant le spectre du cap des 10%.
Du coup, le scénario d’une Dépression comparable à celle des années 30 s’éloigne. La déflation sera limitée et temporaire puisque seuls les excès de l’an passé expliquent le léger recul actuel des prix, qui n’a pas dégénéré. Le rebond de la bourse éloigne le spectre d’un krach plus violent et permet à la sphère financière de se rétablir, améliorant le climat économique. Enfin, les pleins effets des plans de relance ne se sont pas complètement faits sentir. S’il persiste un risque de rechute, il est tous les jours plus limité.
Une reprise aussi réelle qu’illusoire
Aujourd’hui, le scénario de la reprise se dessine d’autant plus sérieusement qu’à partir de septembre, nous rentrerons dans un comparatif qui favorisera une reprise apparemment assez forte. En effet, l’ensemble des marchés se sont effondrés de septembre 2008 à mars 2009. Résultat, à partir de la rentrée, et jusqu’à mars 2010, le comparatif nous permettra sans doute d’avoir des chiffres de croissance peut-être même meilleurs qu’anticipés. Et le résultat du PIB de la zone euro au 2ème trimestre va être amélioré par les effets des primes à la casse mise en place dans la plupart des pays.
Malheureusement, cette reprise sera sans doute illusoire. En effet, tous les mécanismes à l’œuvre pour plonger l’économie mondiale dans le gouffre de la plus grave crise que nous avons vécue depuis 80 ans, restent à l’œuvre : libre-échange dérégulé qui pousse les salaires à la baisse, trop grande liberté des institutions financières et anarchie monétaire. Qui plus est, l’Europe est l’ensemble qui joue perdant à tous les coups avec son euro cher et son dogmatisme néo-libéral. La croissance à venir restera donc aussi molle que pendant les années 2000, sans empêcher la formation d’une nouvelle bulle.
Heureusement, nous allons sans doute sortir de la plus grave crise économique que nous avons traversée depuis des décennies. Malheureusement, la relative brièveté de cette crise devrait laisser les structures économiques qui ont présidé à ce désastre relativement intactes…
Source : http://www.lefigaro.fr/economie/2009/08/01/04001-20090801...
http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2009/08/08/obama-dit-entrevoir-le-bout-du-tunnel_1226752_3222.html
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : crise économique, chômage, déflation, pib, récession
03.05.2009
Crise économique : stop ou encore ?
Le contraste ne pourrait pas être plus saisissant. D’une part, le rebond des bourses se poursuit (plus de 8200 points à Wall Street, plus de 3150 pour le CAC 40), de l’autre, la plupart des nouvelles économiques restent fondamentalement mauvaises. Que se passe-t-il ?
Le verre à moitié vide…
Il faut dire que la hausse de la bourse n’est pas forcément bon signe : entre 1929 et 1932, par cinq fois, Wall Street avait connu un épisode de hausse de plus de 20% avant de retomber encore plus bas. Et d’ailleurs, les Etats-Unis ont annoncé que le PIB Américain a baissé de 6,1% en rythme annuel au premier trimestre 2009, après une baisse de 6,3% au quatrième trimestre 2008. En à peine 6 mois, la première économie de la planète a vu sa taille fondre de 3%.
Encore pire, le scénario déflationniste semble se mettre en place puisqu’à fin mars, les prix baissaient de 0,4% sur un an outre-Atlantique, démultipliant la baisse de l’activité. Les chiffres de baisse de la production industrielle donnent le tournis : -13% aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne en mars, -15% en France, -20% en Allemagne et en Italie, -24% en Espagne et –34% au Japon ! Partout, le chômage explose. Bref, la hausse des bourses mondiales semble complètement incongrue et déconnectée de la réalité.
Le verre à moitié plein…
Mais les oiseaux de mauvais augures n’ont pas forcément raison. Ce qui explique le rebond des bourses malgré la publication de ces mauvais chiffres est la conviction que le pire de la crise est désormais derrière nous et qu’il aurait été atteint lors des trois premiers mois de cette année. Bien sûr, le nombre de chômeurs va continuer à augmenter, mais cela ne dérange pas forcément les marchés… En effet, certains indices de confiance remontent : celui des consommateurs aux Etats-Unis comme celui des entreprises en Allemagne.
Le scénario d’une reprise semble se préciser. Le risque déflationniste semble endigué : la baisse des prix devrait être limitée et de courte durée. L’activité pourrait reprendre dès le 4ème trimestre 2009, à la faveur d’un comparatif plus favorable avec l’année précédente. Bien sûr, cette reprise sera financée par une hausse vertigineuse de la dette, bien sûr, le chômage aura augmenté de manière dramatique, bien sûr, aucun déséquilibre de l’économie mondiale ne sera traité, mais le système s’est sans doute sauvé.
Même si on ne peut pas en être complètement sûr, la sortie (illusoire) de la crise se précise. Mais le débat sur la refondation en profondeur du capitalisme reste ouvert. Nous devons veiller à ne pas trop crier au loup sous peine de ne pas être écouté demain dans le cadre de ce débat.
Source : The Economist 2 mai
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08.02.2009
L’insoutenable dogmatisme monétariste de la BCE
Jeudi, Jean-Claude Trichet a annoncé le maintien des taux d’intérêts de la BCE à 2% alors que la Banque d’Angleterre a baissé les siens d’un demi point, illustrant à nouveau l’autisme incroyable des dirigeants de la banque centrale européenne devant la récession.
Des taux européens à un niveau complètement absurdes !
Alors que les taux Américains sont compris entre 0 et 0,25%, que ceux de la banque de Grande-Bretagne ne sont plus qu’à 1%, la BCE a décidé de maintenir les siens à 2%. On pourra soutenir que la banque centrale européenne a déjà baissé ses taux de 2,25 points depuis la rentrée, ce qui représente déjà un effort significatif. Cependant, il faut noter que la Fed Américaine les a baissé de 5 points depuis le déclenchement de la crise en 2007 et que la banque d’Angleterre a baissé les siens de plus de 4 points depuis 2008, deux fois plus que la BCE.
Pire, il ne faut pas oublier que l’inflation était à 4% cet été dans la zone euro et qu’elle vient de tomber à 1,1% en janvier, après deux baisses consécutives de 0,5 point en décembre et janvier. Résultat, de manière complètement incroyable, la politique monétaire de la BCE est davantage restrictive aujourd’hui que cet été puisque les taux réels (dont on retire l’inflation) ont légèrement monté en Europe en pleine crise économique ! Ce resserrement de la politique monétaire de la zone euro provoque le scepticisme de tous les économistes, qu’ils soient ultralibéraux (The Economist) ou alternatifs.
Déni de réalité et irresponsabilité
Aujourd’hui, les taux européens n’ont aucune raison d’être supérieurs à 1%. Et il faut noter qu’à ce niveau, la politique monétaire ne serait même pas expansive tant l’inflation s’est effondrée en quelques mois. La décision de la BCE jeudi est proprement sidérante tant tous les indicateurs économiques plaident pour une baisse des taux. Les prévisions de (dé)croissance pour le 4ème trimestre indiquent que l’Europe est peut-être dans une récession plus grave que les Etats-Unis et l’inflation, souci monomaniaque de la BCE n’est plus à un niveau qui peut freiner la baisse des taux.
Pire, Jean-Claude Trichet a osé affirmer qu’il n’y a pas de risque de déflation en Europe, jugement qui semble aussi péremptoire que mal avisé quand on constate que l’inflation dans la zone euro est passée de 2,1 à 1,1% en seulement deux mois. Il y a fort à parier qu’au deuxième trimestre, la zone euro rentrera justement dans la déflation pour la première fois depuis des décennies. Bref, depuis des années, les preuves du mauvais jugement de la BCE s’accumulent mais l’irresponsabilité de la banque européenne fait qu’elle échappe à toute remise en question de ses décisions.
Il est vraiment temps de faire le bilan de la Banque Centrale Européenne et de se rendre compte que ses dirigeants mènent une politique désastreuse et multiplient les erreurs. Pire, leur indépendance leur permet d’échapper à toute responsabilité. Il est grand temps de revenir dessus !
Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/02/05/la-bce-...
http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/02/05/la-banq...10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : bce, trichet, fed, taux d'intérêts, inflation, déflation
24.07.2008
Analyse critique du néo-libéralisme : le constat de Jean-Luc Gréau
Jean-Luc Gréau a fait parler de lui en soutenant le projet d’un nouveau protectionnisme européen et en annonçant la crise des « subprimes » dans son livre, « L’avenir du capitalisme », publié en 2005. Voici un résumé des constats de ce livre.
Un des points les plus intéressants avec Jean-Luc Gréau est le fait que sa critique radicale du néo-libéralisme n’est pas celle d’un anti-capitaliste mais bien d’un économiste qui accepte l’économie de marché. Il soutient par exemple que « l’entreprise capitaliste n’a pas vocation à créer l’emploi ni à le maintenir ». Il défend également le marketing qui permet de « vérifier méthodiquement si les produits ont une chance raisonnable d’être accueillis favorablement par les acheteurs ». Mais cette acception de certains postulats de l’économie de marché n’empêche pas une critique radicale du fonctionnement de l’économie mondiale, que ce soit l’économie américaine, les excès du marché ou la déflation salariale.
Ce livre a été écrit en 2005 mais il prend une dimension complètement différente aujourd’hui, un an après l’éclatement de la crise des subprimes puisque l’auteur consacre tout un chapitre aux excès de l’économie américaine. Il dénonce les déséquilibres majeurs d’un pays qui vit de plus en plus au-dessus de ses moyens et qui utilise le crédit pour amortir les crises économiques. Il dénonce un système où « la demande des particuliers n’est plus gouvernée par la distribution des revenus, mais par les facultés de crédit offertes sans limites apparentes par le système financier ». Il y explique notamment que les crédits hypothécaires poussaient à un endettement démesuré puisque la hausse de la valeur des biens immobiliers poussait les banques à proposer de nouveaux crédits aux ménages déjà lourdement endettés…
L’auteur se montre extrêmement critique à l’égard des marchés financiers, qui ne font plus leur travail. Citant « l’exubérance irrationnelle », d’Alan Greenspan, qui avait aboutit à des valorisations délirantes d’entreprises au tournant du siècle, il souligne la « déraison » des marchés financiers, dont le comportement moutonnier les conduit à passer d’un effet de mode à un autre (bulle asiatique, bulle Internet, bulle immobilière…). Il critique la pratique récente des rachats d’action qui fait que certaines entreprises finissent par s’endetter ou se décapitaliser pour rendre de l’argent au marché. Il souligne enfin le cas pour le moins paradoxal de la crise asiatique de 1997-1998, qui a vu des pays avec une situation budgétaire saine et un commerce excédentaire connaître une grave crise financière, du fait des mouvements de capitaux étrangers, qui leur avaient été imposés…
Mais le point sans doute majeur de ce livre est la partie sur la « déflation salariale » où Jean-Luc Gréau critique les excès du libre-échange actuel. Il revient sur la théorie des avantages compétitifs et de la spécialisation des pays, à la base de l’ouverture massive des échanges. Il souligne que le contexte actuel remet en cause cette théorie puisque la Chine devient l’usine du monde sans la moindre distinction et sans la moindre spécialisation : quel rapport en effet entre les produits électroniques, les jouets ou l’habillement ? Le transfert massif de la production vers l’Asie se fait uniquement sur la base d’un coût du travail égal au dixième de celui des pays occidentaux.
Les défenseurs de ces mouvements diront que cela permet de baisser les prix, mais c’est justement sur ce point que l’auteur montre les limites de ce raisonnement puisqu’il souligne que les hausses de salaires sont encore souvent calquées sur l’inflation, ce qui fait que cette modération des prix a provoqué une modération salariale qui interdit tout gain de pouvoir d’achat. Pire, il souligne que l’essentiel des gains de productivité sont aujourd’hui « confisqués » par des entreprises qui utilisent la menace des délocalisations pour faire pression sur les salaires. Cette pression entraîne une « déflation salariale », plus criante encore aujourd’hui qu’il y a deux ans avec la hausse des prix des matières premières, qui entraîne un appauvrissement des classes populaires occidentales, alors que les classes dirigeantes ont vu leur salaire exploser (les patrons des entreprises cotées ont vu leur salaire multiplier par vingt en vingt ans).
Le constat de Jean-Luc Gréau est sévère mais extrêmement bien argumenté. Je reviendrai demain sur les solutions qu’il propose pour corriger le fonctionnement du capitalisme.
Source : « L’avenir du capitalisme », Jean-Luc Gréau, NRF
11:26 Publié dans Economie, Livres | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : gréau, l'avenir du capitalisme, subprimes, délocalisations, déflation, marchés financiers



