21.09.2010

Globalisation néolibérale : la stratégie de Jacques Sapir pour en sortir

 

C’est un événement : Jacques Sapir vient de publier la conclusion de son prochain livre, qui devrait s’appeler « La déglobalisation », sur le blog de Bertrand Renouvin. Petit point sur ses propositions et les premières réactions de Malakine et Yann.

Un discours profondément politique

Ce texte propose une analyse globale de la situation, des mais aussi des idées pour les mettre en place. En cela Jacques Sapir signe une conclusion très politique. L'auteur du "Nouveau 21ème siècle" semble avoir signé un livre d'une grande importance. Bien sûr, la plupart des constats que vous pourrez lire rappellent ses précédents écrits ou ceux d'autres auteurs alternatifs, mais ce texte présente un intérêt très particulier. Tout d'abord, il propose une analyse systémique, conjuguant finance, monnaie et commerce là où la plupart des auteurs se focalisent en général sur un seul des trois domaines. Ensuite, il réfléchit à la possibilité de mettre en œuvre ses idées, au lieu de s'arrêter à les énoncer.

Je ne vais pas faire un résumé de ses papiers, que je vous invite surtout à aller lire. J’ai particulièrement apprécié le début de la troisième partie selon le découpage de Marianne 2, où Jacques Sapir précise bien utilement que la priorité des priorités est sociale, la lutte contre le chômage. En ces temps où le Parti "Socialiste" est incapable de proposer quoique ce soit de crédible pour lutter contre le cancer qui ronge tant de sociétés, il est extrêmement positif de le voir rappeler. Le thème du progrès social est infiniment juste. Si nous devons mettre à bas la globalisation néolibérale, c'est parce qu'elle engendre un recul social inacceptable pour une majorité de la population des pays développés.

En cela, Jacques Sapir se révèle un vrai politique, un peu comme le Général de Gaulle dans les années 1930, dont les analyses militaires allaient bien au-delà de sa simple discipline et savait embrasser les enjeux dans leur globalité. Il part du principe très juste que l'Union Européenne telle qu'elle est aujourd'hui ne permettra aucune réforme. Il ne se contente pas d'évoquer le rapport de force que la France pourrait imposer à ses partenaires pour construire un nouveau projet européen mais propose des mesures concrètes : l'utilisation de l'article 16 de la Constitution ou la réquisition de la Banque de France pour qu'elle fasse des avances de trésorerie en euros. Oui, Jacques Sapir a de l'audace.

Débat autour de la sortie de l'Union Européenne

Malakine et Yann ont d'ors et déjà répondu à ce texte en regrettant un certain manque de radicalisme, et un attachement trop important à l'Europe. C'est le discours de beaucoup d'alternatifs. Mais cette fois-ci encore, je crois que la critique est trop dure. Parce que quitter l'Union Européenne unilatéralement, c'est aussi quitter l'Europe telle qu'elle est aujourd'hui, un tel geste risquerait de rendre compliquées des coopérations qui pourraient tout de même beaucoup nous apporter dans de nombreux domaines (réforme de la finance, coordination monétaire, politique industrielle). S’il faut être réellement prêt à quitter l'UE, sans quoi nous n'obtiendrons rien, cela n'est pas un objectif pour moi. L’objectif est une réforme radicale.

A titre personnel, je crois qu’un nouveau Président de la République pourrait donnait un an à ses partenaires pour négocier un nouveau traité en partant d’une feuille blanche car il est illusoire de vouloir obtenir quoique ce soit en réformant les traités existants. La France annoncerait son départ automatique de l'Union Européenne si les négociations échouent et prendrait immédiatement des mesures conservatoires dans cette éventualité. Et là, les idées de Jacques Sapir complètent mon scénario. Il est évident que pour aboutir à quelque chose, il faudrait sans doute mener des négociations particulières avec un collège de grands pays (Allemagne, Italie, Espagne, Royaume-Uni et Pologne).

Bien sûr, il est possible que nous ne parvenions pas à un accord avec certains pays. Un retour à la nation et la destruction de l'embryon d'Etat européen devraient plaire à la Grande-Bretagne, mais il est difficile d'imaginer que le pays de la City accepte la création d'une Zone Européenne Financière très encadrée. Cela pourrait donc se faire dans le cadre de coopérations réunissant seulement une partie des pays (l'Europe à la carte). D'un côté l'Allemagne, berceau du capitalisme rhénan et farouchement attachée à sa souveraineté, pourrait être intéressée par cette nouvelle construction mais la direction prise depuis quelques temps incite à beaucoup de prudence. Du coup, l’alternative pourrait être l’Europe latine de Malakine.

Merci donc à Jacques Sapir pour cette nouvelle contribution importante au débat sur la réforme du système économique. Après une phase concentrée sur le « quoi ? », il est particulièrement encourageant de voir le débat glisser sur le « comment ? » !

Demain, ma contribution au débat sur le « comment ? »