25.10.2010
La zone euro, cocue de l’anarchie monétaire
Certaines personnes semblent découvrir, ou peut-être font mine de découvrir, qu’il y a une guerre monétaire. Pourtant, l’utilisation de la valeur de la monnaie pour stimuler son économie est une vieille pratique, que seule la zone euro refuse d’utiliser, pour notre plus grand malheur.
Un G20 toujours aussi vain
Une réforme du FMI vient d’être décidée. Les pays européens abandonnent deux sièges au conseil d’administration, au profit des BRIC qui en auront désormais tous un. Par contre, naturellement, rien n’a été fait pour rééquilibrer l’anarchie monétaire qui règne depuis maintenant bientôt quarante ans. Bien sûr, les participants ont fait une déclaration condamnant les manipulations, mais rien de concret n’a été décidé. Le yuan restera sous-évalué face au dollar, de même que ce dernier face à l’euro…
Il est frappant de constater que la communauté internationale ne parvient à se mettre d’accord que pour sauver des banques ou les créditeurs d’un pays très endetté comme la Grèce. En revanche, il est toujours impossible de se mettre d’accord pour aider les victimes de la crise… Pire, le G20 laisse une paix royale aux banquiers pour se réformer, laissant le comité Bâle 2 établir la réforme dont la finance a tant besoin, celui qui avait conçu les règles qui nous ont mené au bord du précipice en 2008…
Une zone euro totalement passive
D’un côté, les Etats-Unis ont agi rapidement pour baisser leurs taux d’intérêt, ce qui a provoqué une baisse rapide du dollar face à l’euro. La Grande-Bretagne ou la Suède ont agi de la même manière pour soutenir leur économie. La Chine maintient la parité du yuan à un niveau très bas (que certains estiment à 50% de sa véritable valeur face au dollar). Le Japon intervient sur le marché des changes pour freiner la montée du yen, qui fait du mal à son économie et à ses exportateurs.
Il n’y a guère que la zone euro pour ne pas intervenir afin d’influencer la valeur de sa monnaie. Résultat, l’euro est une des monnaies les plus surévaluées du monde (25 à 40% aujourd’hui par rapport à un dollar lui-même surévalué par rapport au yuan…). Nous sommes les dindons de la farce de cette anarchie monétaire. La raison en est simple : quelques psychopathes croient qu’il est bon pour l’économie d’avoir une monnaie chère, comme les saignées des médecins d’antan.
Que faire ?
La première chose que peut faire la France est de quitter l’euro. En effet, de cette manière, nous pourrions profiter d’une dépréciation probable du franc de 10 à 20% par rapport au deutsche mark, ce qui contribuerait fortement au rééquilibrage de notre commerce international. Ensuite, il serait essentiel de mettre en place une véritable politique monétaire européenne au service de l’économie et non des riches rentiers qui apprécient de pouvoir faire du tourisme à l’étranger à prix discount.
Pour cela, nous pourrions mettre en place des droits de douane compensatoires pour les pays dont la valeur de la monnaie est sous-évaluée. Pour cela, un critère simple pourrait être utilisé : le niveau de la balance commerciale. Le niveau de l’excédent déterminerait le niveau de la taxe. Un tel mécanisme pourrait même être mis en place au niveau international, les pays en déficit étant seuls autorisés à dévaluer de manière à pousser les balances commerciales vers l’équilibre.
Depuis vingt ans, les économies européennes subissent de manière totalement passive les mouvements de l’euro, le plus souvent à notre détriment. Mais pour sortir de cette logique mortifère qui plombe notre économie, il faudra être prêt à des décisions radicales.
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03.08.2010
Quand la baisse de la livre soutient la croissance britannique
La nouvelle est passée relativement inaperçue, mais la Grande Bretagne a enregistré une croissance de 1.1% au deuxième trimestre (4,4% en rythme annuel !!!) : une démonstration éclatante de l’intérêt de la dépréciation d’une monnaie pour relancer la croissance.
La dépréciation de la monnaie, outil pour la croissance
La Grande-Bretagne a été un des pays d’Europe qui a le plus souffert de la crise, enregistrant pas moins de six trimestres consécutifs de baisse de son PIB et un recul annuel de 5% en 2009. Seule l’Allemagne a fait pire l’an dernier, du fait de l’effondrement de ses exportations (et oui, l’Allemagne, dont on nous vante tant le modèle, a enregistré la plus forte récession de la zone euro en 2009…). Il faut dire que le poids du secteur financier y est plus important qu’ailleurs.
Mais Londres a eu la grande intelligence de laisser filer sciemment la valeur de sa monnaie, la livre, qui est passée de 1,45 euros environ jusqu’à mi-2007 à seulement 1,05 euros début 2009, soit une dépréciation de 30% en seulement 18 mois, avant de remonter autour de 1,2 euros depuis quelques semaines. Cette baisse de la monnaie britannique explique sans aucun doute la bonne performance de l’économie britannique en ce début d’année.
La démonstration des limites de la monnaie unique
En effet, il est surprenant que la croissance reprenne beaucoup plus vite au Royaume-Uni que dans la zone euro, alors que l’économie britannique a subi une plus forte baisse du marché immobilier et des faillites en cascade dans son secteur bancaire. Mais la forte dépréciation de la livre a permis de nettement améliorer les termes de l’échange pour notre voisin d’outre manche, favorisant ses exportations et freinant les importations, notamment avec la zone euro…
A contrario, cela montre toutes les limites d’une monnaie unique qui ne permet pas de tels ajustements. Nul doute que la Grèce se porterait beaucoup mieux si elle avait la possibilité de faire baisser la valeur de sa monnaie parallèlement au plan de rigueur. Aujourd’hui, l’euro impose aux pays européens un cocktail désastreux d’austérité budgétaire et de monnaie trop chère. Sans l’euro, nous pourrions au moins compenser en partie avec une monnaie meilleur marché.
La Grande-Bretagne, comme les Etats-Unis auparavant, ont bien compris l’intérêt de jouer avec la valeur de sa monnaie. Aujourd’hui, il n’y a que les tenants de l’Europe de Lisbonne pour se réjouir d’une remontée de l’euro qui pénalise une fois de plus l’économie productive de la zone, et donc l’emploi.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : livre, euro, dévaluation, dépréciation, euro cher, croissance
22.11.2009
La rébellion des pays émergents contre l’anarchie monétaire
Après une courte remontée au plus fort de la crise, le dollar faiblit de nouveau depuis le mois de mars et la remontée des marchés financiers. Une occasion de plus de montrer les méfaits de l’anarchie monétaire à travers les réactions des pays émergents.
Pourquoi le dollar baisse ?
A priori, la raison est simple : le dollar baisse à cause des déficits. Malgré une amélioration notable, la balance commerciale étasunienne reste largement déficitaire. Pire, le déficit budgétaire dépasse 10% du PIB, ce qui provoque des inquiétudes sur la capacité du pays à honorer sa dette. Du coup, cela pourrait pousser les investisseurs à limiter leurs positions en dollars pour ne pas être exposés au risque de défaut des Etats-Unis. Mais cela n’est qu’une raison de la faiblesse actuelle.
En effet, une autre raison importante est le décalage des taux d’intérêts. En effet, les investisseurs utilisent aujourd’hui le « carry trade », empruntant en dollar (à taux très bas) pour placer dans des pays où la rémunération de l’argent est plus élevée. Le fait que le gros de la crise semble passée leur redonne de l’appétit pour aller placer dans des destinations plus exotiques. Résultat, le réal brésilien a gagné 41% depuis mars et le won coréen 36%, ce qui pénalise fortement leurs exportations.
En fait, les Etats-Unis ont trouvé un moyen commode d’amortir leur crise par la monnaie. En effet, en ayant les taux d’intérêts les plus faibles du marché, ils poussent le dollar à la baisse, ce qui renforce leur compétitivité commerciale, pénalisant les importations et favorisant les exportations. C’est ainsi que depuis plusieurs trimestres, leurs exportations ont tendance à bien se porter. Les Etats-Unis utilisent l’extérieur comme variable d’ajustement grâce au statut du dollar.
Que faire ?
Cette situation est difficile pour des pays émergents qui misent sur les exportations pour leur développement. C’est ainsi que le gouvernement brésilien a mis en place une taxe sur les placements réalisés au Brésil pour limiter la spéculation. La Corée du Sud a annoncé un contrôle sur les entrées de capitaux ainsi que des règles sur les placements effectués. Bref, les pays émergents répondent par une plus grande réglementation des flux de capitaux de manière à limiter la spéculation.
Mais ces règles ne sont malheureusement que des réactions à un système mal conçu, un système qui est surtout un non-système, sans la moindre règle. Il est impressionnant de voir à quel point quelques pays (Etats-Unis et Grande-Bretagne) utilisent la dépréciation monétaire comme un moyen de soulager leur économie, imitant les dévaluations compétitives des années 30. Pour l’instant, les autres pays ne savent pas trop comment réagir dans un système où seuls les marchés évaluent les monnaies.
Il y a pourtant des pistes pour améliorer la situation. Tout d’abord, il faudrait limiter drastiquement le pouvoir du marché, qui décide seul aujourd’hui de la valeur d’une monnaie par rapport à une autre, par une taxe Tobin et une révision des règles prudentielles. Ensuite, il faudrait remettre en question le privilège du dollar en mettant en place une alternative. Enfin, il faudrait envisager un retour à un système monétaire international, où les parités seraient fixées par les Etats.
Il y a bien une solution pour mettre fin à cette anarchie monétaire dont certains savent bien jouer pour défendre leurs intérêts au détriment des autres. Mais, seule une alliance très large (BRIC, zone euro et Japon) pourrait renverser un système qui ne profite qu’aux Etats-Unis.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, International | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : dollar, dépréciation



