20.04.2010
Europe : des solutions pour éviter la dépression
Lentement mais sûrement, le piège se met en place. Après déjà une décennie économiquement piteuse, l’Europe s’apprête à s’enfoncer volontairement dans la dépression en choisissant des politiques économiques déflationnistes. Il existe pourtant des solutions.
Première solution : la fin de la monnaie unique
La gravité de la crise est la conséquence directe de la mise en place de l’euro. A ce titre, l’exemple de l’Espagne est extrêmement parlant. Voilà un pays qui affichait la dette publique la plus faible de la zone euro (à peine 40%), un excédent budgétaire depuis des années et un dynamisme économique exemplaire. Malheureusement, cette belle histoire était un malentendu dont la cause unique était l’euro, pour une simple raison : des taux d’intérêts trop faibles.
A 4% au milieu des années 2000, les taux de la BCE étaient totalement inadaptés à un pays où la croissance économique approchait les 4% et l’inflation les 3%. La croissance nominale du PIB, proche de 7%, excédait largement le coût de l’argent. Du coup, une immense bulle s’est créée, principalement dans l’immobilier. Son explosion a provoqué une récession dont l’Espagne ne sort pas alors qu’une politique monétaire nationale aurait permis d’éviter cette bulle (par une hausse des taux).
La première solution est une transformation de l’euro en une monnaie commune, avec un retour aux monnaies nationales, ce qui permettra à chaque pays de mener une politique économique adaptée à sa réalité et non de subir une politique unique, soit trop restrictive (et facteur de dépression), soit trop laxiste (et donc facteur de bulle). L’euro, à travers sa surévaluation et la rigidité de sa politique unique est bien un des principaux responsables de la faiblesse économique de l’Europe.
Deuxième solution : la monétisation de la dette
Mais, si une sortie de l’euro est une solution essentielle pour retrouver le chemin de la croissance à moyen terme, les pays européens se trouvent confrontés à un amoncellement de dettes inquiétant pour l’avenir car toute politique de réduction des déficits risque de freiner une croissance pourtant essentielle pour permettre aux Etats de payer cette montagne d’engagements. Et là, pour éviter une forte hausse des impôts ou une forte baisse des dépenses publiques qui auraient toutes les deux des effets récessifs et pour éviter une déflation à la japonaise, il faut envisager des solutions non conventionnelle.
La première solution est une monétisation de la dette. En 1973, la France a renoncé à cette possibilité et la planche à billet est encore vue aujourd’hui comme une pratique dangereuse, qui peut mener à l’hyperinflation, comme cela a été le cas dans certains pays d’Amérique Latine. Cependant, la crise devrait casser ce tabou puisque les Etats-Unis comme la Grande-Bretagne y ont eu recours. Mieux, pour la première fois depuis des décennies, la base monétaire est en baisse en Europe. Une monétisation de la dette ne présenterait donc aucun risque inflationniste aujourd’hui.
Troisième solution : la Zone Européenne Financière couplée à une taxe Tobin
Mais surtout, cette monétisation aiderait les Etats à refinancer leur dette sans instaurer une rigueur trop violente qui risque de tuer toute reprise dans l’œuf et faire entrer notre continent dans une dépression à la japonaise. Mieux, on pourrait imaginer mettre en place une Zone Européenne Financière autonome au sein de laquelle toutes les transactions financières seraient taxées (entre 0.1 et 1%), alimentant un fond commun de la Zone qui pourrait alors reprendre (cas d’école) la moitié de la dette publique des Etats participants, pour les motiver à rejoindre cette zone.
Les Etats-membres de la ZEF s’engageraient en échange à ne pas mener de politiques économiques non coopératives. On pourrait imaginer qu’un taux minimum d’impôt sur les sociétés (égal, par exemple, à 80 ou 90% de la moyenne des pays membres) pourrait être mis en place, ainsi que d’autres réglementations à minima (contrôle des mouvements de capitaux, boycott des paradis fiscaux). De la sorte, l’ensemble des Etats de l’Union Européenne aurait une forte incitation à rejoindre cet ensemble dont la France pourrait être le pionnier, idéalement avec l’Allemagne, sinon avec l’Europe Latine.
L’immense endettement hérité de la crise pose un problème dans le cadre de l’euro car les Etats européens risquent de s’auto-entraîner dans la dépression par des politiques de rigueur. Seules des solutions radicales nous permettront d’éviter une nouvelle décennie de croissance molle.
NB : l’idée de ZEF n’est pas une invention de ma part, mais la reprise d’une proposition de Frédéric Lordon.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : dépression, déflation, monnaie unique, monnaie commune, monétisation de la dette, zone éuropéenne financière, taxe tobin
25.12.2008
Grande ou petite dépression ?
Depuis trois mois, l’avalanche de mauvaises nouvelles économiques domine l’actualité. Les comparaisons avec la Grande Dépression des années 30 fleurissent, sans pour autant que la situation ne soit la même. Alors, va-t-on juste affronter une récession plus dure que d’habitude ou quelque chose de plus grave ?
Pourquoi on peut craindre une dépression sévère
Il faut être clair : le monde occidental affronte sa crise économique la plus sévère depuis les années 30. Les dernières prévisions pour le quatrième trimestre sont tout bonnement catastrophiques. L’INSEE annonce une baisse du PIB Français de 0,8%, soit un recul de 3,2% en rythme annuel. Les chiffres devraient être pires aux Etats-Unis puisque le chiffre pourrait atteindre 4 à 5%. Les premières prévisions pour le début de l’année 2009 ne sont guère plus réjouissantes… Même la Chine semble touchée puisque ses exportations reculent de 2% en rythme annuel (pour une baisse des importations de 18%).
Pire, le scénario d’une dépression à la Japonaise semble se mettre en place quand on voit à quelle vitesse l’inflation diminue. Cet été, la hausse des prix était de 5% aux Etats-Unis et 4% dans la zone euro. En novembre, elle est tombée respectivement à 1,1 et 2,1%, plus très loin de la déflation. Et cette baisse des prix devrait se poursuivre jusqu’à la fin du printemps, vu que le pic du prix des matières premières a été atteint mi-2008. Il y a donc tout lieu de penser que les prix seront en baisse de 1 à 2% mi-2009, ce qui, avec la baisse de l’activité, pourrait signifier une baisse nominale du PIB de 3 à 5% en rythme annuel.
Le danger de la situation actuelle vient de la conjonction de cette baisse de l’activité, des prix et de la valeur des actifs, qui rappelle la Grande Dépression des années 30. Car il est possible que la valeur de nombreux actifs baisse l’an prochain. Si le prix de l’immobilier aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et en Espagne a déjà nettement baissé (de 10 à 20%), de nombreux spécialistes estiment que la baisse finale pourrait atteindre au moins 30% si on se réfère au cycle du début des années 90. Ensuite, les mauvaises nouvelles économiques pourraient pousser les bourses encore plus bas début 2009. Enfin, une remontée du taux d’épargne pourrait s’avérer désastreuse pour la croissance, notamment aux Etats-Unis.
Des raisons d’espérer malgré tout
Mais ce scénario catastrophiste n’est heureusement pas le plus probable pour plusieurs raisons. Contrairement aux années 30 et à la Dépression économique du Japon des années 90, les autorités occidentales ont pris la mesure de la crise bancaire et sont venus au secours des banques rapidement et de manière décisive, évitant les nombreuses faillites de l’entre-deux-guerres ou la temporisation des autorités de Tokyo. Résultat, après avoir touché le fond entre 2008 et 2009, on peut imaginer que les institutions financières pourront se redresser dès l’an prochain avec des taux aussi bas.
Ensuite, après des premiers plans de relance timides et peu efficaces, les gouvernements semblent vouloir passer la vitesse supérieure. Aux Etats-Unis, l’équipe Bush avait distribué une centaine de milliards aux ménages sous la forme de chèques au second trimestre, mais seulement 30% des sommes ont été dépensées, permettant tout juste de maintenir la consommation. Les premiers plans Français et Allemand ont été accueillis avec un certain scepticisme, tant d’un point de vue qualitatif que quantitatif.
Ces carences devraient être corrigées l’an prochain puisque l’administration Obama travaille sur un plan beaucoup plus important, d’au moins 500 milliards de dollars sur deux ans et qui devrait se focaliser sur des grands travaux, de manière à créer 2,5 millions d’emplois. Un tel plan aurait le double avantage de représenter un investissement pour l’avenir tout en assurant qu’une plus grande partie de l’argent dépensé soit consommé. En Europe, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy travailleraient déjà sur un nouveau plan.
Enfin, la plus grande raison d’espérer est sans doute le caractère cycliste et excessif des marchés. Après un point bas qui devrait être atteint au premier semestre avec l’annonce de chiffres désastreux de croissance, le comparatif deviendra bien plus facile au second semestre. Et avec les nouveaux plans de relance, on peut imaginer qu’un rebond technique permettra de relancer l’activité, d’autant plus que les autorités gouvernementales et financières font tout pour relancer le crédit.
Même s’il est extrêmement aléatoire de chercher à deviner ce que l’avenir économique nous réserve, on peut estimer que le point bas de la récession devrait être atteint au premier semestre 2009 et qu’il y a une chance importante de rebond pour le second semestre, qui sera vraiment perceptible début 2010.
Source : http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/12...10:56 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : crise économique, dépression, récession, 1929



