28.10.2010
Tarifs EDF : le symbole de la faillite d’une politique
Hier matin, François Baroin, ministre du budget, a confirmé la prochaine et nouvelle hausse des tarifs d’EDF, sous couvert cette fois du Grenelle de l’Environnement. En cinq mois, les tarifs auront progressé de près de 7%, pour le plus grand bonheur de la bourse et des actionnaires…
Pourquoi les prix montent
Cette nouvelle hausse des tarifs donne raison à Pierre Gadoneix, ancien patron d’EDF, qui avait demandé mi-2009 une augmentation des tarifs de 20%, précipitant sa chute et son remplacement par un proche du président. Les raisons invoquées pour les hausses de tarif sont toujours relativement nobles : investissement pour financer le parc nucléaire, compensation pour le rachat d’électricité photovoltaïque auprès des ménages ou des entreprises.
Mais ce discours politiquement correct camoufle d’autres raisons : le besoin de financer le rachat d’entreprises étrangères, le financement de dépenses de communication en hausse du fait de la libéralisation, la compensation de la perte subie par la vente en gros d’électricité aux nouveaux acteurs ou enfin le besoin d’augmenter les profits pour plaire à la bourse. On en arrive à la situation où les consommateurs paient pour subventionner la libéralisation !
Rupture de service public
Quand on pense que les partisans de la libéralisation des services publics affirment que la déréglementation doit se faire au bénéfice des consommateurs, par des prix plus bas. On constate bien tous les jours qu’il s’agit d’une fumisterie qui ne correspond en rien à la réalité. Comme le rapporte la Dépêche, le projet de libéralisation (acceptée par les socialistes) aboutit à une accélération de l’augmentation des prix d’EDF, sans aucun bénéfice pour le consommateur final.
La libéralisation du marché de l’énergie va mettre fin à l’exception Française d’un service public de qualité, universel et à bas coût. C’est un nouveau cas d’école qui démontre que le dogmatisme néolibéral de la Commission Européenne ne se fait pas au bénéfice de l’intérêt général. Il ne profite qu’à la bourse et aux actionnaires. Ces hausses de prix sont d’autant plus surprenantes que le groupe EDF a dégagé quatre milliards de résultats net en 2009…
Cette nouvelle hausse des tarifs démontre à nouveau toute la perversité de la libéralisation des services publics voulues par Bruxelles et soutenue par le PS et l’UMP. Merci à Nicolas Dupont-Aignan d’en avoir souligné toute l’injustice dans un papier bien senti.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : edf, libéralisation, déréglementation, commission européenne, nicolas dupont-aignan, pierre gadoneix, françois baroin
26.02.2009
Ce que révèle la hausse du chômage
90 000 chômeurs de plus en janvier ! Jamais la France n’avait connu une hausse aussi brutale du nombre de demandeurs d’emploi. Cette crise est bien la plus dure que connaît l’économie mondiale depuis 80 ans.
La conséquence de la déréglementation
Cette hausse brutale du chômage est doublement la conséquence de la déréglementation : elle est provoquée directement par la crise engendrée par la déréglementation et rendue possible par elle puisque le démantèlement des anciennes cadres réglementaires facilite les suppressions de postes.
Nous ne pouvons que constater que l’éradication progressive de la plupart des réglementations monétaires, commerciales et financières des Trente Glorieuses depuis plus de trois décennies provoque une succession de crises économiques toujours plus difficilement maîtrisables. Alors que les économies occidentales avaient vécu dans la stabilité pendant près de trente ans, la déréglementation a accéléré les cycles, provoquant des crises à la fois de plus en plus fréquentes et de plus en plus violentes.
Si lors de la crise du début des années 90, le chômage augmentait d’environ 30 000 personnes par mois, le rythme actuel est beaucoup plus élevé car entre temps la libéralisation encourage et permet aux entreprises de supprimer des emplois plus rapidement. Cette hausse brutale du chômage en est la preuve vivante et elle démontre la violence que la libéralisation de l’économie peut provoquer. En à peine trois mois, 200 000 personnes ont perdu leur emploi en France, provoquant autant de drames personnels...
Une Europe apathique
Barack Obama est le seul homme politique à vraiment se battre pour l’emploi. Il faut dire que le taux de chômage Américain a augmenté de trois points en une seule année et que l’économie des Etats-Unis détruit la bagatelle de 600 000 emplois par mois, un rythme inédit depuis 80 ans. C’est pour cela qu’il a fait passer un plan coûtant la bagatelle de 800 milliards de dollars afin de créer 3 à 4 millions d’emplois et ainsi limiter au maximum la hausse du chômage. Parallèlement, la Fed mène une politique monétaire extrêmement expansionniste de soutien à la croissance et l’emploi.
À côté, les dirigeants européens ne semblent pas vraiment avoir pris la mesure de la crise qui touche le Vieux Continent et des conséquences sociales de l’effondrement économique actuel. D’une part, la BCE mène toujours une politique monétaire inutilement restrictive et a beaucoup trop tardé à baisser ses taux, renchérissant le coût de l’argent et provoquant une appréciation suicidaire de l’euro. De l’autre, les hommes politiques ont bricolé des plans de relance à la fois insuffisants par leur montant et qui accumulent des mesures dont la plupart n’auront qu’une efficacité douteuse sur l’emploi.
La violence de cette crise et ses conséquences sociales dramatiques nécessite une action vigoureuse des gouvernements, à la fois pour améliorer la situation à court terme, mais aussi pour reconstruire un système économique plus stable qui réduira le drame du chômage au lieu de le favoriser.
Source : http://www.lemonde.fr/web/depeches/0,14-0,39-38561071@7-3...
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : chômage, barack obama, bce, déreglementation
10.02.2009
La crise de l’anarchie néolibérale
La crise actuelle n’est pas seulement la conséquence des excès des subprimes ou du comportement individuel de quelques traders. Elle est la conséquence directe des excès de la déréglementation.
Aux racines du mal : une triple déréglementation
À partir des années 70, les structures économiques relativement rigides issues de l’après-guerre ont été démantelées par les tenants d’une liberté économique sans limites. Ils sont parvenus à mettre en place une triple déréglementation, monétaire, commerciale et financière, liée par l’idéologie et des intérêts croisés. La libéralisation financière pousse ainsi celle du commerce puisque les multinationales qui investissent à l’étranger cherchent ensuite à exporter. La libéralisation monétaire pousse la libéralisation financière pour permettre aux entreprises de se couvrir contres les évolutions erratiques du cours des monnaies.
On oublie aujourd’hui le rôle fondamental de la fin de la convertibilité du dollar en 1971, qui a accéléré la financiarisation de l’économie (le marché des devises est le premier au monde). Puis, les accords commerciaux se sont multipliés pour démanteler les barrières douanières et assurer une circulation la plus libre possible des biens. Enfin, les années 80 ont vu une accélération de la déréglementation financière jusqu’à ce que les échanges financiers soient 50 fois plus importants que ceux de marchandises.
Les trois conséquences de la déréglementation
La déréglementation a eu trois conséquences. La première a été un gonflement incontrôlé de l’endettement (des ménages et des Etats,), permis par le manque d’encadrement des pratiques financières. Les institutions financières peuvent créer toujours plus de monnaie par rapport à leurs capitaux, que ce soit par l’effet de levier, qui permet de prêter ou placer davantage que ce qui est autorisé (par le hors bilan) ou la titrisation (qui permet de sortir le risque du bilan). Les excès de cette libéralisation sont particulièrement bien illustrés par les excès du marché de l’immobilier subprimes aux Etats-Unis, que Paul Jorion décrit si bien.
La deuxième conséquence est une amplification radicale du caractère cyclique de nos économies et la multiplication des crises. Nous vivons dans un monde économique de plus en plus instable : krach boursier en 1987, crise économique du début des années 90 (conséquence d’une bulle immobilière), crise asiatique de 1997, bulle Internet de 2001, subprimes en 2007. Et du fait de la libéralisation, la contagion est plus rapide et les crises sont plus violentes. Le repli de la régulation laisse mieux apparaître le caractère exagérément cyclique du marché, exubérant à la hausse comme à la baisse.
La troisième conséquence est une hausse des inégalités. Le libre-échange non régulé des pays développés avec les pays émergents provoque une déflation salariale et une hausse du chômage. Le système actuel ne profite au mieux qu’à 10% de la population. Et la hausse des inégalités se retrouve également dans la soumission accrue des entreprises au diktat du marché. Enfin, cette inégalité transparaît dans le rapport entre les entreprises et les citoyens puisque les premières s’accaparent une part toujours plus grande de la richesse au détriment des salaires, preuve que déréglementation ne rime pas forcément avec concurrence.
Pire, les trois conséquences de la déréglementation se renforcent entre elles. En effet, c’est bien la hausse des inégalités aux Etats-Unis qui a provoqué la catastrophe des subprimes puisque les ménages modestes ont compensé par l’emprunt la baisse de leur pouvoir d’achat à cause à la déréglementation financière. Et c’est la déréglementation monétaire et financière qui pousse les pays d’Asie à engranger des excédents colossaux pour se protéger des marchés, créant d’énormes déséquilibres financiers mondiaux.
Une guerre sémantique et philosophique
De manière intéressante, les tenants du système ont gagné une partie de la bataille en parvenant à qualifier la destruction de la réglementation économique issue de l’après-guerre des beaux noms de mondialisation, globalisation ou déréglementation. En effet, comment être contre ces termes, porteurs de valeurs positives ? Notre combat idéologique passera également par les mots et il nous revient de qualifier ce qu’est vraiment cette évolution de ce capitalisme sauvage : la loi de la jungle, la loi du plus fort ou l’anarchie néolibérale.
Pire, certains ont réussi à faire passer ce retour en arrière pour moderne. Il s’agit d’une arnaque incroyable tant cette idéologie tend à revenir au capitalisme sauvage du tournant du siècle, celui d’avant les grandes conquêtes sociales. En quelque sorte, pour reprendre Paul Jorion, il s’agit d’une volonté de retour du capitalisme à l’état de nature, d’un déni de tout ce qui fait l’humanité, l’abandon du processus de civilisation où le bien commun et la solidarité l’emportent sur les calculs égoïstes individuels.
Quelques économistes darwiniens ont vendu l’idée que la somme des égoïsmes correspond à l’intérêt général et qu’une main invisible bienveillante veille sur le marché pour promouvoir le « laissez faire » et le « laissez passer ». La crise leur fait perdre une bataille, mais ils n’ont pas encore perdu la guerre…
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (23) | Envoyer cette note | Tags : crise, néolibéralisme, déréglementation, laissez-passer, laissez-faire, paul jorion



