15.12.2010

Mais qui est Marine Le Pen (1/2) ?

Au moins, on pourra dire qu’elle arrive de mieux en mieux à faire parler d’elle. Sa déclaration assimilant les prières de musulmans dans les rues à l’Occupation est le buzz politique du moment. Mais au-delà, qu’est-ce qui se cache derrière la fille de Jean-Marie Le Pen ?

Un « story telling » bien conçu

Le moins que l’on puisse dire est que Marine Le Pen a bien travaillé le message qu’elle cherche à faire passer. L’objectif est clair : apparaître comme plus fréquentable que son père pour un jour accéder au pouvoir. Le fait d’être une femme  jeune aide mais elle va au-delà.

La confrontation avec Bruno Gollnisch l’aide car elle est présentée comme plus modérée. Elle souhaiterait couper les liens avec les groupuscules les plus extrémistes. Elle insiste un peu plus sur les problématiques sociales et la mondialisation, même si ce dernier point n’est pas nouveau dans l’argumentaire frontiste. Enfin, sur France 2 la semaine dernière, interrogée sur le « détail », elle a déclaré ne pas avoir « la même vision de cette période de l’histoire » et elle a qualifié l’idéologie nazie « d’abomination ».

Du coup, certains peuvent se demander si finalement, ce ne serait pas elle qui  pourrait porter les couleurs de l’opposition à cette mondialisation qui provoque une grande régression sociale dans notre pays. Après tout, son audience est déjà très forte, son père a déjà été au second tour. Ne serait-elle pas le meilleur moyen pour certaines idées d’accéder rapidement au pouvoir ?

Sous le vernis, le brun

Mais cela reviendrait à considérer le FN comme un parti normal, ce qu’il n’est pas. Il a accueilli des personnes totalement infréquentables, néonazies et extrémistes de la pire espèce. J’ai encore gravé dans ma mémoire le souvenir d’un reportage glaçant d’Envoyé Spécial sur les jeunesses frontistes.

Et puis, Marine Le Pen est-elle réellement plus modérée ou cherche-t-elle simplement à le paraître pour élargir son électorat potentiel ? Elle a expliqué de manière très transparente en avril dernier sur Europe 1 que les « saillies » de son père pouvaient être contre-productives d’un point de vue médiatique et qu’il valait mieux adopter un discours plus policé pour pouvoir parler à des personnes  qui n’auraient jamais voté Front National auparavant. Bref, le virage semble plus médiatique qu’idéologique.

Pire, dans cette interview, elle n’avait pas hésité à dire que les « saillies » de son père sur les chambres à gaz ou sur les fours crématoires « faisaient son charme » ! D’ailleurs, sur France 2, elle n’a fait que dire qu’elle n’avait pas la même vision, sans préciser laquelle, ce qui laisse une ambigüité bien peu ragoutante. Puisqu’elle est toujours interrogée sur le sujet, elle aurait pu dire que pour elle, la solution finale n’était pas un détail ou prendre un minimum de distance avec certains propos de son père.

Des prières dans la rue et de l’Occupation

Cette polémique peut paraître habile dans la mesure où notre nation très laïque ne peut guère apprécier l’utilisation de l’espace public pour une manifestation religieuse. Il faut tout de même noter que cela vient aussi du fait que les musulmans de France manquent d’espace pour prier.

Mais comment ne pas être mal à l’aise quand elle dit : « je suis désolée, mais pour ceux qui aiment beaucoup parler de la Seconde guerre mondiale, s'il s'agit de parler d'Occupation, on pourrait en parler, pour le coup, parce que ça c'est une occupation du territoire. Certes y'a pas de blindés, y'a pas de soldats, mais c'est une occupation tout de même » ? Il n’y a quand même strictement aucun rapport entre l’Occupation de la France par les nazis et ce qu’elle dénonce.

Et c’est bien ce qui pose problème. Avec cette déclaration, qu’elle a confirmée, comme son père, Marine Le Pen trivialise et minore le nazisme et ses conséquences, ce qui est totalement inacceptable. Le parallèle n’est pas seulement faux et douteux, mais parce qu’il est répété dans l’histoire du FN, il dénote d’une forme de banalisation du nazisme qui est moralement extrêmement condamnable.

L’extermination des juifs par le régime nazi est une des pires, si ce n’est la pire, des abominations commises par l’homme. Parce qu’elle refuse de prendre une véritable distance avec ce « détail » qui n’en est pas un, Marine Le Pen reste dans la frange (pour ne pas dire la fange) infréquentable de notre  classe politique.

Demain, « Mais qui est Marine Le Pen (2/2) ? »

18.04.2010

Marine Le Pen : sous le vernis, le brun

Hier matin, je suis tombé par hasard sur Marine Le Pen qui était interviewée sur Europe 1 par Olivier Duhamel et Michel Field. L’occasion de mieux comprendre la nouvelle stratégie du Front National mais aussi d’observer une certaine continuité dans le nauséabond.

Une grande habileté

Marine Le Pen est intelligente. Elle a compris que si elle devait rester radicale sur la dénonciation des dérives de notre société, il est important de mettre fin à certaines « saillies » qui ont enfermé son père dans un réduit extrémiste à partir duquel il était impossible d’arriver au pouvoir. Comme elle l’a dit hier, son objectif est d’atteindre une majorité des votants et de prendre le pouvoir. Elle a donc adopté depuis plusieurs années un discours un peu plus policé visant à attirer des électeurs pour lesquels voter Front National était totalement impossible auparavant.

Ce discours débarrassé de certains excès vaut également pour la campagne qu’elle mène pour la présidence du FN. A mille lieues des piques que s’envoient à longueur de temps les leaders du PS ou de l’UMP, Marine Le Pen n’a pas critiqué une seule fois son rival, Bruno Gollnisch. Elle s’est même refusée à se définir par rapport à lui. Pas une seule polémique entre frontistes. Elle a même regretté que les médias ne lui accordent pas autant de temps de parole qu’à elle. Pour le coup, les grands partis qui étalent sans cesse leurs divisions dans les médias pourraient en prendre de la graine.

La forme change, et le fond ?

Mais une réaction à une question sur les dérapages de son père révèle un autre aspect de sa personnalité. Entre la 31ème et la 33ème minute, vous pourrez entendre les journalistes, qui ont mis bout à bout trois des déclarations les plus sulfureuses de Jean-Marie Le Pen, « Durafour-crématoire », « les chambres à gaz sont un point de détail de l’histoire de la seconde guerre mondiale » et « je crois à l’inégalité des races », lui demander si cette époque est terminée. Elle a répondu par la positive mais en affirmant également que « ces saillies font le charme » de son père.

Bien sûr, il ne fallait sans doute pas attendre de critique de ces déclarations mais entre la critique et le fait de dire qu’elles ont du charme, il y avait mille nuances qui pouvaient exprimer une plus grande distance sans froisser le président actuel du Front National. Elle aurait tout simplement pu éviter de dire que ces saillies faisaient le charme de son père par exemple. Mais non, Marine Le Pen trouve que parler de « Durafour-crématoire » ou de « l’inégalité des races » a du charme, ainsi que de dire que « les chambres à gaz sont un point de détail de l’histoire de la seconde guerre mondiale »…

Cette interview a un immense mérite et il faudra s’en souvenir. Elle montre que si Marine Le Pen se distingue de son père sur la forme, ce n’est pas vrai sur le fond. Le FN est et restera un parti infréquentable dont les relents les plus nauséabonds seront seulement camouflés.