10.07.2011

Euro : réponse à la réponse de Georges à Coralie

Il y a quelques jours, Coralie Delaume taquinait NKM dont les arguments pour essayer de disqualifier le retour aux monnaies nationales pourraient laisser penser qu’elle est encore plus incompétente que Marine Le Pen en économie, s’attirant une réponse de Georges Kaplan.

L’économie -1.0

Démagogie ? Incompétence crasse ? Au final, j’en viens à espérer qu’il s’agit du premier... Car si Marine Le Pen a du mal avec l’économie, Nathalie Kosciusko-Morizet semble vouloir descendre encore plus bas pour la critiquer. C’est ainsi qu’elle s’est bien imprudemment avancée sur les plateaux de télévision en sous-entendant que le retour au franc conduirait à une multiplication par 6,5 des prix et donc à une perte dramatique de pouvoir d’achat pour les Français…

Coralie Delaume l’a donc remise à sa place, suivant l’exemple d’Eric Zemmour qui n’a pas été tendre avec la ministre de l’écologie sur le plateau de France 2, ridiculisant sa bien faible argumentation économique et retournant contre elle son exemple de la baguette, qui montre bien que le passage à l’euro a permis une envolée de certains prix. Où l’on comprend que l’économie n’est pas une matière nécessaire pour entrer à Polytechnique, semble-t-il…

Un nouveau franc pas si mini que ça…

Georges Kaplan en profite pour faire un sort aux partisans d’une transformation de la monnaie unique en une monnaie commune accompagnée d’un retour aux monnaies nationales. Son premier argument est d’évoquer une dévaluation du franc de 25% par rapport à l’euro. Or on peut argumenter que le franc ne dévaluerait pas. Miracle ? Tour de passe-passe médiatique ? Non, même la banque ING confirmait un tel scénario dans ses prédictions.

En effet, la France se trouve au centre de gravité de la monnaie unique, entre la fourmi allemande et les cigales du Sud. Résultat, si l’euro éclate, le mark nouveau sera réévalué, les peseta, lire, escudo et drachme nouveaux seront dévalués. Et au milieu, notre nouveau franc devrait rester à parité avec l’ancien euro monnaie unique, devenue monnaie commune composée de fractions des nouvelles monnaies nationales. La dévaluation du franc serait limitée au mark et au florin…

Georges au pays des merveilles libérales

Georges poursuit en nous expliquant bizarrement que les déficits commerciaux n’ont aucune importance. Il n’y aurait pas de problème quand la France vend pour 34,2 milliards d’euros et achète pour 41,6 milliards de produits, laissant un déficit de 7,4 milliards en mai. Bien sûr, nous pouvons nous endetter à l’extérieur ou vendre nos bijoux de famille pour combler ce trou. Mais in fine, il y a quand même appauvrissement puisque le pays s’endette vis-à-vis de l’extérieur pour financer ce déficit.

Puis il critique la proposition de revenir sur la loi de 1973 permettant à la Banque Centrale de financer l’Etat. Il agite le spectre de l’hyper-inflation et de la spoliation des épargnants. Tout d’abord, c’est le système actuel qui a permis l’hyper-inflation du prix de nombreux actifs depuis une quinzaine d’années, aboutissant à différents krachs. Ensuite, la monétisation peut être conduite de manière responsable et elle peut permettre d’éviter la déflation en cas de baisse de la masse monétaire.

Enfin, je ne peux pas résister à l’envie d’évoquer la théorie des Zone Monétaire Optimale, évoquée par des économistes libéraux comme Jean-Jacques Rosa, Alain Cotta ou Gérard Lafay, selon laquelle il est absurde d’avoir une seule monnaie pour des pays aussi hétérogènes que ceux de la zone euro. Et je suis curieux de savoir quels seraient les moyens, pour lui, de faire fonctionner l’euro avec tous les travers que nous amène cette construction baroque et artificielle.

Non, Georges, la fausse bonne idée, ce n’est pas le retour aux monnaies nationales, c’était la création de l’euro. En outre, quelle est la crédibilité de ceux qui nous avaient promis croissance et emplois avec l’euro quand ils nous prédisent aujourd’hui l’apocalypse si nous le quittions ?

10.01.2011

Sortie de l’euro : y-a-t-il un risque inflationniste ?

C’est un des principaux arguments des opposants à la sortie de l’euro. En cas de retour aux monnaies nationales et de dévaluations, ils affirment que nous prendrions le risque d’un emballement de l’inflation. Un argument qui ne tient pas plus théoriquement qu’empiriquement.

Un contexte peu inflationniste

Le cas Argentin nourrit sans doute ces craintes mais il est très extrême. Tout d’abord, il faut noter que malgré une dépréciation de plus de 20% de la livre, le rebond de l’inflation reste limité à 3.3% à date en Grande-Bretagne. En outre, il est évident qu’une petite augmentation temporaire de l’inflation ne va pas changer les attentes des acteurs économiques et ne sera donc pas durable. Il n’y a presqu’aucune chance de revenir à la situation des années 1970 et la course entre prix et salaires.

Cela est d’autant moins probable qu’un chômage de masse subsiste dans les pays européens, ce qui limite grandement la possibilité d’une hausse supérieure des salaires suite à une légère reprise de l’inflation. Du coup, toutes les conditions sont réunies pour que la hausse de l’inflation soit purement temporaire. En outre, les marges des entreprises se sont rapidement reconstituées depuis la crise, ce qui laisse une marge de manœuvre pour absorber temporairement une partie de la hausse des prix.

Enfin, le contexte monétaire est extrêmement défavorable à l’inflation puisque la masse monétaire recule en Europe comme aux Etats-Unis, malgré l’immensité des déficits publics. Aux Etats-Unis, la baisse de l’endettement privé est ainsi supérieure à la hausse de l’endettement public, ce qui explique sans doute en bonne partie la faiblesse de l’inflation malgré les injections massives d’argent dans l’économie. Bref, le contexte étant plutôt déflationniste, le risque inflationniste n’en est que plus limité.

L’analyse chiffrée

Selon le portail du gouvernement, les importations représentent 21% du PIB sur les douze derniers mois. Notre commerce est réalisé à 60% avec les pays de l’Union Européenne et 40% en dehors. Au sein de l’Union Européenne, on peut considérer qu’une sortie de l’euro serait neutre pour la France, à savoir que la dépréciation du franc par rapport au mark serait compensée par la dépréciation de la peseta et de la lire par rapport au franc (les prix et les coûts y ont plus augmenté que chez nous). Enfin, nous pouvons partir d’une hypothèse de dépréciation de 25% par rapport aux autres monnaies.

Il faut noter que ces hypothèses sont relativement proches de celles du scénario établi par la banque ING et confirmées par plusieurs économistes. Le prix des produits importés hors de l’Union Européenne (8% du PIB) pourrait donc augmenter de 33%, soit un impact inflationniste d’environ 2,7 points, un chiffre légèrement supérieur à celui de « l’épisode inflationniste » de 2008 consécutif à l’envolée du prix des matières premières avant la crise financière.

Mieux, il faut considérer, comme le soutient Joël Halpern, qu’il s’agit d’un maximum puisque dans ces cas, souvent, les entreprises choisissent de rogner leurs marges (importantes) pour ne pas trop perdre de volume. En outre, il faut considérer qu’une partie de cette inflation serait sans conséquence majeure pour les Français : si le prix des télévisions augmentait de 33%, il suffirait d’acheter des écrans moins grands… Il peut y avoir un effet de substitution réduisant l’impact.

Bien sûr, on pourra toujours discuter des hypothèses prises et je suis prêt à le faire. Mais pour la France, l’impact inflationniste serait très limité. Mieux, un petit peu plus d’inflation serait aussi un moyen de réduire légèrement la dette, de manière indolore.

01.01.2011

Solutions pour l’Europe : réponse à Malakine

Hier, Malakine a signé un second papier consacré à l’Europe. Si je partageais le constat de son premier article, je ne suis pas totalement d’accord avec celui-ci. Voici pourquoi.

Monétisation et défaut

Malakine prend curieusement position en faveur de la monétisation par rachat des créances douteuses des banques par les banques centrales. En effet, à la différence de la recapitalisation, qui assure un certain contrôle sur les banques, le rachat de créances est l’option préférée des banquiers et des financiers dans la mesure où elle leur laisse toute autonomie dans la gestion de leurs établissements, tout en utilisant l’Etat à discrétion pour recycler leurs créances pourries…

La monétisation des dettes publiques, impossible dans l’Europe actuelle, le convainc moyennement car cela exigerait un rétablissement de la balance des paiements et il faudrait veiller à ne pas creuser davantage les déficits commerciaux en stimulant la demande de produits importés. Toutes ces remarques sont justes, mais il faut noter que le protectionnisme et la TVA Sociale sont des moyens de répondre à  ces objections. En revanche, il note justement que le risque inflationniste est aujourd’hui limité.

A ma surprise, il soutient que le défaut est une « fausse bonne idée ». Si je ne suis pas partisan d’un défaut généralisé en Europe, je crois que cette option ne peut pas être ignorée pour certains pays de la périphérie du continent. Avec une dette à 140% du PIB, une dépression économique et une forte perte de compétitivité, la Grèce est dans la situation de l’Argentine avant 2002. Naturellement, cette solution est extrême mais pour au moins un pays, elle s’imposera. Et le plus tôt serait le mieux.

La sortie de l’euro, solution de choc

Mais le cœur du débat porte sur la sortie de l’euro. Insister sur cette proposition ne signifie pas que j’oublie l’analyse de la situation, le besoin de protectionnisme ou la réglementation de la finance. D’ailleurs, en avril dernier, j’avais replacé cette sortie comme une solution parmi d’autres. Si je parle beaucoup d’euro, c’est parce que c’est le sujet qui fait débat aujourd’hui et que j’ai moins de choses nouvelles à dire sur les deux autre sujets. Cela ne signifie pas non plus que c’est le remède à tous nos problèmes.

S’il est juste de dire que la dévaluation s’assimile à un défaut partiel sur les dettes (si elles sont converties), ce ne serait pas le cas pour la France. Certes, il y aura un appauvrissement momentané (et encore, limité pour notre pays), comme dans toute dévaluation, mais ne vaut-il mieux pas un appauvrissement momentané suivi d’un rebond plutôt qu’un lent et long appauvrissement  sans issue ? En outre, il faut tout de même souligner que la plupart des dévaluations aboutissent à une reprise économique…

La hausse des taux longs est hypothétique pour la France : a-t-on assisté à une envolée des taux longs en Grande-Bretagne et en Suède quand ces pays ont laissé leur monnaie se déprécier ? En outre, la monétisation permet de régler ce problème. Notre croissance serait dynamisée par le commerce avec l’Allemagne, les Etats-Unis ou l’Asie… Et la TVA sociale, un prix de soutien aux produits agricoles ou d’autres mesures limiteraient les perturbations venues d’Espagne ou d’Italie.

Cette critique du retour au franc présente deux angles morts. Elle ne met pas suffisamment en balance les problèmes que posent l’euro, que souligne pourtant Malakine (surévaluation, baisse des salaires, politique unique inadaptée à des réalités nationales disparates). En outre, il ne considère que les aspects négatifs d’une dévaluation. Après le protectionnisme, les dévaluations semblent être le nouveau tabou économique.

Si dévaluer une monnaie a des inconvénients (renchérissement des importations et des créances en monnaies étrangères…), il y a aussi des avantages réels, comme rééquilibrer la balance commerciale (notre pays n’est pas un désert industriel non plus) et redynamiser la croissance. L’histoire économique récente me semble davantage remplie de dévaluations réussies que ratées…

Bref, si je partage pleinement la dernière partie du papier, sur le protectionnisme et le nécessaire retour à une politique industrielle forte, en revanche, la critique des solutions non traditionnelles ne me convainc pas, et surtout celle de la sortie de l’euro qui présente de sérieux angles morts…

30.12.2010

Retour du franc : réponse à Hervé Nathan 1/2

Hervé Nathan a écrit une nouvelle réponse à mes papiers sur l’euro. Ce papier présente le mérite de soulever des interrogations légitimes sur le retour aux monnaies nationales auxquelles je n’avais sans doute pas clairement répondues. Voici mes réponses.

La question de la dévaluation

C’est une question compliquée : comment évolueraient les parités monétaires après la fin de l’euro ? Je soutiens (après discussion avec plusieurs économistes), que la parité du nouveau franc resterait relativement stable par rapport à l’ancien euro, devenu simple unité de compte. En effet, si le nouveau franc a toutes les chances de se déprécier par rapport au mark, il devrait en revanche s’apprécier par rapport à la lire Italienne ou la peseta Espagnole, l’un équilibrant l’autre.

De manière intéressante, les hypothèses de parité monétaire prises par la banque ING confirment en partie ce scénario puisqu’elle pronostique une baisse du franc par rapport au mark de 15% (vs 10 à 15% dans mon papier) et une baisse de la lire de 25% (vs 20 à 30%). En revanche, ING pronostique une chute très sévère de la peseta (-50%) et plus encore de la drachme (-80%). Mais surtout, la banque prévoit une très forte baisse de l’euro, qui tomberait à 0.85 dollar.

Je n’émettrai pas d’avis définitif sur la baisse de l’euro face au dollar, même si le scénario ING semble un peu extrême. Néanmoins, il faut noter qu’un décrochage comparable de l’euro en 1999-2000 avait provoqué une embellie économique de l’Europe, et pas un cataclysme économique... En résumé, le pronostic d’un nouveau franc relativement stable par rapport à l’euro n’est pas un roman mais quelque chose de très probable et une baisse par rapport au dollar serait bienvenue.

La question de la dette de la France

Hervé Nathan a raison d’insister sur ce point car il s’agit sans doute du principal facteur d’instabilité. Je tiens d’abord à préciser ma position. J’ai écrit que « la dette publique pourrait être convertie en francs au taux de ‘un euro égale un nouveau franc’, mais ce ne serait pas forcément utile étant donné que la parité du franc avec l’euro serait stable ». D’ailleurs, cette conversion est aujourd’hui évoquée par des journaux aussi sérieux que The Economist, pourtant favorable à l’euro.

Il est clair qu’une conversion autoritaire des dettes accentuerait sans doute l’instabilité des marchés et c’est pour cette raison que j’ai employé à dessein le conditionnel et que je n’ai pas souhaité conserver cette option. Même si je l’avais envisagé dans le passé, je crois que cela pourrait ajouter un inutile facteur d’instabilité du fait de la probable stabilité de la parité du nouveau franc. Pour moi, il ne serait pas nécessaire que la France convertisse sa dette en franc.

Reste la question du financement de notre dette. Certes, la Grande-Bretagne, qui a pourtant un déficit des comptes courants comparable au nôtre, parvient à se financer, à un taux un peu supérieur. Mais on ne peut pas balayer d’un revers de main la possibilité que les investisseurs privés, pris de panique, refusent de nous prêter, à part à des taux excessivement élevés. Mais dans ce cas, la Banque de France pourrait monétiser la dette, comme aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne ou au Japon.

En outre, il faut remettre en perspective la situation financière de l’Etat Français. Certes, la dette publique atteint aujourd’hui 1600 milliards d’euros, mais, comme l’avait montré Alternatives Economiques, la France dispose d’actifs financiers équivalents à 700 milliards d’euros, ce qui  laisse une dette nette de 900 milliards. En outre, l’Etat dispose également à son actif d’un patrimoine immobilier considérable. Tous ces éléments devraient contribuer à rassurer les investisseurs.

Après avoir traité des objections au sujet de la dévaluation et de dette aujourd’hui, je reviendrai demain sur les questions de la monétisation, de la rigueur et du risque de crise économique.

25.12.2010

La Grèce prend le chemin de l’Argentine

Cette semaine, le Parlement Grec a adopté un énième plan d’austérité pour suivre les recommandations du FMI et de la Commission Européenne, malgré les protestations de la population. Personne ne semble voir que ces plans sont vains et sans issue. La Grèce glisse dans la situation de l’Argentine.

Une cure d’austérité illusoire

Certes, la Grèce est en partie là du fait des fautes du gouvernement précédent. Mais, ce n’est pas en acceptant de se voir imposer une cure d’austérité aussi sévère aussi longtemps qu’Athènes parviendra à assainir la situation. En effet, la sévérité des mesures (baisse cumulée de 15% des salaires des fonctionnaires, hausse des impôts…) provoque une baisse du PIB suicidaire. Car la baisse de la richesse nationale alourdit le poids de la dette, qui, elle, continue à croître.

C’est ainsi qu’en 2013, la Grèce devrait avoir une dette publique supérieure à 140% du PIB. Le paiement des intérêts de la dette devrait donc représenter 7% de la richesse nationale annuelle (en prenant l’hypothèse d’un taux de 5%). La moindre tension sur les taux d’intérêt enverra irrémédiablement le pays au défaut car il y a une limite à ce qu’un Etat peut payer chaque année pour honorer le service de sa dette dans un système où il ne lui est pas possible de monétiser.

Quand l’euro aggrave les choses

La complexité de la situation Grecque tient à ce que le pays cumule une double crise : une crise de ses finances publiques avec une crise plus globale de perte de compétitivité puisque ses coûts salariaux ont progressé plus rapidement que la moyenne. Le problème est que la Grèce se retrouve dans une union monétaire qui ne lui permet pas de dévaluer pour retrouver de la compétitivité. Résultat, elle essaie d’organiser une dévaluation interne par la baisse des salaires et des prix.

Mais, outre le fait que cela est extrêmement difficile à faire, la déflation contribue encore à réduire la richesse nationale, ce qui alourdit plus encore le poids de la dette. Bref, la restauration de la compétitivité du pays complique plus encore sa situation financière. Si la Grèce avait encore la drachme, elle aurait pu procéder à une dévaluation et utiliser la monétisation pour essayer de résoudre les deux problèmes de concert sans qu’une action ne parasite l’autre.

Un air de tango règne à Athènes

Résultat, et c’est une évidence que les eurocrates refusent malheureusement d’admettre, la Grèce est dans une situation proche de celle l’Argentine de 1999 qui avait essayé de retrouver sa compétitivité perdue face au Brésil ou aux pays Asiatiques en organisant une déflation. Il faut rappeler que cela avait aboutit à une baisse de 10% du PIB de 1998 à 2001 puis à la grave crise de 2002, la dévaluation et le défaut, mais, ultimement, au redressement de l’économie Argentine.

Bref, l’issue probable pour la Grèce est un défaut partiel sur sa dette car la déflation qu’elle accepte de se voir imposer la rend in remboursable, ainsi qu’une sortie de l’euro et une dévaluation de la drachme. La question n’est pas de savoir si cela arrivera, mais quand. Le plus tôt sera le mieux car l’ajustement sera alors moins brutal. Si la Grèce était sortie de l’euro cette année, elle n’aurait qu’à restructurer une dette de 110% du PIB. En 2013, ce sera une dette de 140%.

Mais voilà, les autorités veulent absolument sauver un euro mal conçu, quitte à faire suer sang et eau au peuple grec. Ils ne font qu’acheter du temps (payé par les Grecs) sans sembler se rendre compte qu’à retarder la crise, ils ne font qu’en amplifier les conséquences…

24.12.2010

Ce que la crise Argentine dit de la crise de l’euro

Le débat progresse et est subtilement passé des raisons pour lesquelles il faut en sortir aux modalités de la sortie et à ses conséquences. Les opposants au retour aux monnaies nationales font feu de tout bois sur le sujet, évoquant souvent le spectre de l’Argentine. Retour sur le cas de ce pays.

Rappel historique

En 1991, l’Argentine décide de fixer définitivement la parité de sa monnaie par rapport au dollar pour mettre fin à l’hyper inflation chronique dont souffre le pays. Malheureusement, les prix continuent à augmenter plus vite qu’aux Etats-Unis et le pays perd petit à petit en compétitivité. La situation s’aggrave brutalement avec la hausse du dollar conjuguée à la dévaluation du real Brésilien et des monnaies asiatiques en 1998. Le pays rentre en récession dès 1999, avec une baisse de son PIB de 4%.

Le personnel politique, qui ne souhaite pas casser la parité avec le dollar, intégrée dans tous les contrats, et notamment pour la dette, décide de suivre les recommandations du FMI et tente d’organiser une dévaluation interne, à savoir une déflation. Le PIB chute de 10% de 1998 à 2001, le chômage et la pauvreté augmentent fortement. Les importations brésiliennes, moins chères envahissent le marché. Les capitaux finissent par fuir et le gouvernement recourt à la planche à billets.

Le 1er décembre 2001, le gouvernement restreint fortement les retraits des banques et interdit l’envoi de fonds à l’étranger. Cela déclenche une grave crise qui  prendra fin début 2002, avec une dévaluation du peso de 72%. L’Argentine fait défaut et le PIB recule de 10% cette année. Mais à partir de 2003, le pays connaît une très forte croissance (plus de 8% par an pendant trois ans) qui lui permet de faire reculer fortement le chômage et la pauvreté, tout en faisant aussi reprendre l’inflation.

Leçons d’outre-Atlantique

Choisir le cas Argentin est assez habile de la part des opposants à une fin de l’euro. En effet, la très grave crise qu’a traversée le pays peut entretenir la peur d’un retour aux monnaies nationales. Mais on peut y répondre de plusieurs manières. Tout d’abord, le cas est très extrême puisque le peso a perdu plus de deux tiers de sa valeur et a fait défaut. Ce ne serait pas le cas de la France, qui ne dévaluerait pas par rapport à l’euro (le franc gagnant sur la lire et la peseta ce qu’il perdrait sur le mark).

Ensuite, comment ne pas voir des similitudes dans la situation de l’Argentine de 1999 à 2001 avec celle des pays périphériques de l’Europe aujourd’hui ? Manque de compétitivité consécutif à une union monétaire ne pouvant être soldé par une dévaluation, recul du PIB, hausse du chômage, plan de rigueur imposé par le FMI. Les parallèles ne manquent pas et on peut attribuer à cette union monétaire contre-nature la récession Argentine, contrastant avec les bons résultats d’un Brésil qui avait dévalué.

Le cas Argentin montre le danger d’une union monétaire rigide. En effet, il faut souligner que ce n’est pas la dévaluation qui a causé la crise, qui remontait en fait à 1999, mais que l’abandon du lien avec le dollar en a été la conséquence et a permis à l’économie de repartir (en accentuant la crise dans un premier temps, il est vrai). Et c’est bien la dévaluation qui a permis aux exportations alimentaires et industrielles de quasiment doubler de 2002 à 2006 et à l’économie de repartir fortement.

Bien sûr, certains agitent le cas Argentin pour souligner les désordres potentiels d’une sortie de l’euro. Mais ils oublient de préciser que le pays était en crise bien avant la fin du lien peso-dollar et que c’est justement ce lien (comparable à celui d’une monnaie unique) qui avait provoqué l’asphyxie de l’économie Argentine. C’est justement parce que l’Argentine est restée trop longtemps dans cette union monétaire que la crise a été si violente. Et c’est sa sortie qui lui a permis de s’en sortir.

Le cas Argentin n’a rien à voir avec la situation de la France car nous ne dévaluerions pas par rapport à l’euro, comme le reconnaissent même certains partisans de la monnaie unique. En revanche, on peut y voir une triste répétition de ce qui se passe aujourd’hui en Grèce, j’y reviendrai demain.

18.12.2010

Euro, le jour d’après

Non seulement l’euro n’a pas amené la croissance et les emplois promis. Mais on constate tous les jours à quel point il pénalise la croissance des pays qui l’ont adopté comme monnaie unique. Cependant, pour convaincre d’en sortir, il faut aussi proposer une alternative et répondre aux interrogations.

Comment peut-on revenir au franc concrètement ?

La première chose qu’il faut noter est que le retour aux monnaies nationales est un exercice plus facile que le lancement de l’euro puisqu’il s’agit de revenir à la situation d’il y a une dizaine d’années. En outre, il y a des précédents, en Tchécoslovaquie, ou dans l’ancienne URSS qui montrent tous que la chose est à la fois relativement simple et peu coûteuse selon les mots même de partisans de l’intégration européenne. Nous sommes loin des tableaux apocalyptiques présentés par certains.

Le jour J de l’annonce (après concertation avec nos partenaires), les marchés devront être fermés pour une à deux semaines pour permettre la réintroduction du franc dans les systèmes informatiques. Il faudra également instaurer un contrôle des changes et restreindre les mouvements de capitaux pour limiter la spéculation. La dette publique pourrait être convertie en francs au taux de un euro égale un nouveau franc mais ce ne serait pas forcément utile étant donné que la parité du franc avec l’euro serait stable.

Puisqu’il faudra jusqu’à six mois pour imprimer les nouveaux billets et battre les nouvelles pièces, nous aurons une période de transition. Comme en 1958, lors du passage au nouveau franc, et comme ce qui a été fait en Tchécoslovaquie en 1993, les billets en euros seront marqués  en nouveaux francs et, au bout de quelques jours, seuls les billets marqués en nouveaux francs pourront être utilisés. Pour les pièces, nous pourrons utiliser celles avec une face Française.

Naturellement, les marchés réagiraient négativement dans un premier temps et que les taux longs montent, renchérissant théoriquement le coût de la dette. Mais la nouvelle autonomie de la politique monétaire Française permettra, en abrogeant la loi de 1973, à la Banque de France de financer le Trésor Public, comme aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne ou au Japon, nous protégeant alors des humeurs du marché.

L’alternative de la monnaie commune

Le retour des monnaies nationales ne signifie pas une fin de toute politique monétaire européenne. Nous aurions intérêt à conserver l’euro comme une monnaie commune de réserve. Elle serait, comme avant 1999, une unité de compte composée de fractions des monnaies nationales. Ainsi, elle faciliterait le travail des entreprises du continent, d’autant plus qu’elle pourrait dépasser le cadre étroit de la zone euro.

En outre, le nouvel euro pourrait être un rival international du dollar comme monnaie de réserve. La France devrait proposer de reconstituer un Système Monétaire Européen, où les parités monétaires seraient fixes mais ajustables. De manière à respecter les souverainetés nationales, il conviendrait de laisser le dernier mot aux Etats pour dévaluer ou réévaluer leur monnaie, mais on pourrait imaginer un système de concertation de manière à favoriser la coopération entre les pays membres.

Pour les pays qui répondent à des critères objectifs (déficit commercial, monnaie surévaluée), la procédure de concertation serait accélérée. Pour les Etats dont la situation justifierait moins un changement de taux de change, la procédure de concertation pourrait être un peu plus contraignante, même s’il convient de laisser le dernier mot aux pays pour ne pas rentrer de nouveau dans les travers d’une construction supranationale.

L’Europe pourrait également mettre en place une Zone Européenne Financière (ZEF), en rétablissant un contrôle des changes pour mieux réglementer la finance. Ainsi, nous pourrions mieux nous protéger des crises financières venues d’ailleurs. Nous pourrions également instaurer une mise au banc des paradis fiscaux ou mettre en place une taxation sur les transactions financières dont les profits pourraient être partagés entre pays acceptant une fiscalité minimum, de manière à éviter la course au moins-disant fiscal.

Réponse aux objections

Malgré tout, beaucoup de questions vont subsister car les défenseurs de l’euro recourent aujourd’hui à la peur pour essayer de convaincre que le retour aux monnaies nationales serait un dangereux saut dans le passé ou l’inconnu, dont les conséquences seraient dramatiques.

L’objection des dévaluations compétitives

Cette objection est parfaitement légitime puisque le retour aux monnaies nationales permettrait notamment de revoir les parités entre monnaies européennes, et de dévaluer le franc par rapport au mark. Mais, tout d’abord, les dévaluations et les réévaluations au sein du SME dans les années 1970 et 1980 n’ont pas apporté la désolation, loin de là, puisque la croissance y était beaucoup plus forte qu’aujourd’hui.

Selon les chiffres de l’OCDE, la croissance annuelle de la France était de 2.3% dans les années 80, contre 1.5% dans les années 2000 (2.6 et 0.5% pour l’Italie, 2 et 0.8% pour l’Allemagne). Bref, que ce soit pour les pays qui dévaluaient comme pour ceux qui réévaluaient, cela ne semblait pas avoir d’effet négatif pour la croissance... D’ailleurs, beaucoup de pays ont recours à la dévaluation pour relancer leur économie.

En outre, alors qu’un régime de monnaie unique pousse à la compression des salaires, on peut argumenter que des changes ajustables sont plus favorables aux hausses de salaire. En effet, un pays dont les salaires progressent plus vite que ses voisins peut ajuster son taux de change pour regagner en compétitivité. En fait, la possibilité d’ajustement monétaire peut favoriser la progression des salaires (même s’il faut reconnaître que les dévaluations n’ont pas que des avantages).

Enfin, les mouvements monétaires resteraient limités, surtout pour la France, puisque si le franc perdrait de la valeur par rapport au mark, il en gagnerait  par rapport à la peseta ou à la lire. On peut parfaitement imaginer que le nouveau franc conserverait sa parité avec l’euro, le mark passant à 1,1 ou 1,15 euros mais la peseta et la lire tombant à 0,85 ou 0,9 euros. Bref, ce ne serait pas la révolution ou le chaos que certains décrivent, juste des ajustements bienvenus vu l’évolution des coûts salariaux.

L’objection de l’inflation

Certains agitent le spectre d’un retour de l’inflation. Mais si le prix des produits Allemands augmenterait, celui des produits Italiens, Espagnols, Portugais ou Grecs baisserait. Et même si le franc baissait par rapport au dollar, le regain d’inflation serait tout de même assez limité car plus de la moitié de notre commerce est réalisé en Europe, où le franc serait globalement stable.

L’objection du financement de la dette

Voici une autre objection forte. Même si à long terme, un retour aux monnaies nationales, en favorisant la croissance, devrait rassurer les marchés, il est probable que dans un premier temps, leur réaction soit très négative et qu’ils sanctionnent notre décision de sortir de l’euro, surtout si nous décidons de convertir notre dette publique autoritairement en franc pour éviter toute augmentation suite aux fluctuations monétaires.

Mais en quittant l’euro, nous retrouverons notre indépendance monétaire et il sera possible pour la Banque de France d’acheter les bons du Trésor pour éviter de payer des taux d’intérêts prohibitifs. C’est la politique que suivent les Etats-Unis, la Grande-Bretagne ou le Japon depuis des décennies. En outre, cela pourrait en partie compenser les pressions déflationnistes de notre économie.

Peut-on en sortir ?

La dernière question que l’on se pose est la possibilité légale de le faire puisque rien n’est prévu dans les traités européens, qui indiquent même que les pays qui n’en font pas partie sont destinés à le rejoindre un jour. Déjà, il faut souligner que la Grande-Bretagne, la Suède ou le Danemark ne semblent pas pressés de rejoindre la monnaie unique européenne, signe assez évident de ses limites.

Car bien au contraire, ces pays ont profité de leur indépendance pour laisser leur monnaie se déprécier afin de relancer la croissance. La Suède enregistre ainsi une croissance de 4% en 2010 et le Danemark de 2.2%, bien au-delà des 1.6% d’une zone euro tirée par la croissance des exportations Allemandes qui s’explique par le krach de 2009... La dépréciation de la livre a permis à la Grande-Bretagne d’amortir une crise qui aurait du être beaucoup plus sévère que sur le continent.

Et malgré les traités européens, la France peut de toutes les façons utiliser la convention de Vienne pour quitter l’euro. Nous aurions alors le même statut que les pays qui n’en sont pas membres. A ceux qui soutiennent qu’il vaut mieux affronter la mondialisation avec une grande monnaie européenne, on pourra rétorquer que la Suède s’en passe très bien, tout comme la Corée du Sud. Il n’a jamais été démontré qu’il fallait avoir une monnaie dépassant le cadre national pour croître.

Bref, le retour aux monnaies nationales ne serait pas si compliqué que cela et les plus sombres des objections ne résistent pas à l’analyse. Si tout ne serait pas simple, les bénéfices économiques feraient rapidement oublier cette parenthèse hasardeuse qu’aura été la monnaie unique.

25.10.2010

La zone euro, cocue de l’anarchie monétaire

Certaines personnes semblent découvrir, ou peut-être font mine de découvrir, qu’il y a une guerre monétaire. Pourtant, l’utilisation de la valeur de la monnaie pour stimuler son économie est une vieille pratique, que seule la zone euro refuse d’utiliser, pour notre plus grand malheur.

Un G20 toujours aussi vain

Une réforme du FMI vient d’être décidée. Les pays européens abandonnent deux sièges au conseil d’administration, au profit des BRIC qui en auront désormais tous un. Par contre, naturellement, rien n’a été fait pour rééquilibrer l’anarchie monétaire qui règne depuis maintenant bientôt quarante ans. Bien sûr, les participants ont fait une déclaration condamnant les manipulations, mais rien de concret n’a été décidé. Le yuan restera sous-évalué face au dollar, de même que ce dernier face à l’euro…

Il est frappant de constater que la communauté internationale ne parvient à se mettre d’accord que pour sauver des banques ou les créditeurs d’un pays très endetté comme la Grèce. En revanche, il est toujours impossible de se mettre d’accord pour aider les victimes de la crise… Pire, le G20 laisse une paix royale aux banquiers pour se réformer, laissant le comité Bâle 2 établir la réforme dont la finance a tant besoin, celui qui avait conçu les règles qui nous ont mené au bord du précipice en 2008…

Une zone euro totalement passive

D’un côté, les Etats-Unis ont agi rapidement pour baisser leurs taux d’intérêt, ce qui a provoqué une baisse rapide du dollar face à l’euro. La Grande-Bretagne ou la Suède ont agi de la même manière pour soutenir leur économie. La Chine maintient la parité du yuan à un niveau très bas (que certains estiment à 50% de sa véritable valeur face au dollar). Le Japon intervient sur le marché des changes pour freiner la montée du yen, qui fait du mal à son économie et à ses exportateurs.

Il n’y a guère que la zone euro pour ne pas intervenir afin d’influencer la valeur de sa monnaie. Résultat, l’euro est une des monnaies les plus surévaluées du monde (25 à 40% aujourd’hui par rapport à un dollar lui-même surévalué par rapport au yuan…). Nous sommes les dindons de la farce de cette anarchie monétaire. La raison en est simple : quelques psychopathes croient qu’il est bon pour l’économie d’avoir une monnaie chère, comme les saignées des médecins d’antan.

Que faire ?

La première chose que peut faire la France est de quitter l’euro. En effet, de cette manière, nous pourrions profiter d’une dépréciation probable du franc de 10 à 20% par rapport au deutsche mark, ce qui contribuerait fortement au rééquilibrage de notre commerce international. Ensuite, il serait essentiel de mettre en place une véritable politique monétaire européenne au service de l’économie et non des riches rentiers qui apprécient de pouvoir faire du tourisme à l’étranger à prix discount.

Pour cela, nous pourrions mettre en place des droits de douane compensatoires pour les pays dont la valeur de la monnaie est sous-évaluée. Pour cela, un critère simple pourrait être utilisé : le niveau de la balance commerciale. Le niveau de l’excédent déterminerait le niveau de la taxe. Un tel mécanisme pourrait même être mis en place au niveau international, les pays en déficit étant seuls autorisés à dévaluer de manière à pousser les balances commerciales vers l’équilibre.

Depuis vingt ans, les économies européennes subissent de manière totalement passive les mouvements de l’euro, le plus souvent à notre détriment. Mais pour sortir de cette logique mortifère qui plombe notre économie, il faudra être prêt à des décisions radicales.

25.09.2010

L’euro entraîne l’Irlande et la Grèce vers le fond

La sortie de l’euro est souvent vue comme une mauvaise solution pour relancer l’économie. Pourtant, les exemples de la Grèce et de l’Irlande montrent jusqu’à l’absurde à quel point le désir de rester au sein de la monnaie unique est une calamité pour leurs économies.

Deux pays au fond du gouffre

Les chiffres parlent d’eux mêmes. Le PIB de l’Irlande a commencé à baisser dès 2008, il s’est effondré de 7.5% en 2009 et nous venons d’apprendre qu’il a reculé de 1.2% au second trimestre (près de 5% en rythme annuel). Les mesures d’austérité sans précédent décidées par le gouvernement (une baisse du salaire des fonctionnaires de 5 à 8%) entretiennent bien logiquement la récession et pousse le pays dans une véritable dépression économique similaire aux Etats-Unis des années 30.

L’Irlande subit le même sort que la Grèce, dont le PIB devrait reculer de 10% en trois ans. Au deuxième trimestre 2010, le PIB de la Grèce a reculé de près de 7% en rythme annuel. Naturellement, le chômage a explosé dans ces deux pays. Pire, l’effondrement économique complique redoutablement les efforts de réduction des déficits pour ces deux pays, d’autant plus que la baisse de la richesse nationale augmente proportionnellement le poids de la dette…

La responsabilité de l’euro

Dans le cas de la Grèce, on peut y voir la responsabilité d’un pays qui a truqué ses comptes. Mais le cas irlandais est différent. Voilà un pays qui était le pays modèle de la globalisation néolibérale, avec des impôts faibles et une forte croissance. Son budget était en excédent et sa dette une des plus faibles d’Europe. Mais la crise nous montre que la croissance irlandaise était en partie la conséquence de taux d’intérêt trop faibles pour l’économie irlandaise, qui ont entrainé une bulle.

Non seulement l’euro a une part de responsabilité dans la crise de ces pays, mais il les empêche aussi d’en sortir. Aucun pays qui a traversé une telle crise économique n’a pu s’en sortir sans dévaluer sa monnaie ou la laisser se déprécier pour relancer sa croissance par le commerce extérieur. C’est la voie qu’ont suivi les Etats-Unis, la Grande-Bretagne ou la Suède. Mais elle est rendue impossible pour les pays faisant partie de la monnaie unique, les conduisant à une forme de suicide économique.

Sortir de l’euro pour l’Irlande ou la Grèce, ce n’est pas prendre un risque, c’est le seul moyen de relancer leur économie aujourd’hui. Et ce sera probablement le cas pour l’Espagne, le Portugal ou l’Italie demain, et la France après-demain.

Je clôturerai ma série sur l’autre Europe demain

03.08.2010

Quand la baisse de la livre soutient la croissance britannique

La nouvelle est passée relativement inaperçue, mais la Grande Bretagne a enregistré une croissance de 1.1% au deuxième trimestre (4,4% en rythme annuel !!!) : une démonstration éclatante de l’intérêt de la dépréciation d’une monnaie pour relancer la croissance.

La dépréciation de la monnaie, outil pour la croissance

La Grande-Bretagne a été un des pays d’Europe qui a le plus souffert de la crise, enregistrant pas moins de six trimestres consécutifs de baisse de son PIB et un recul annuel de 5% en 2009. Seule l’Allemagne a fait pire l’an dernier, du fait de l’effondrement de ses exportations (et oui, l’Allemagne, dont on nous vante tant le modèle, a enregistré la plus forte récession de la zone euro en 2009…). Il faut dire que le poids du secteur financier y est plus important qu’ailleurs.

Mais Londres a eu la grande intelligence de laisser filer sciemment la valeur de sa monnaie, la livre, qui est passée de 1,45 euros environ jusqu’à mi-2007 à seulement 1,05 euros début 2009, soit une dépréciation de 30% en seulement 18 mois, avant de remonter autour de 1,2 euros depuis quelques semaines. Cette baisse de la monnaie britannique explique sans aucun doute la bonne performance de l’économie britannique en ce début d’année.

La démonstration des limites de la monnaie unique

En effet, il est surprenant que la croissance reprenne beaucoup plus vite au Royaume-Uni que dans la zone euro, alors que l’économie britannique a subi une plus forte baisse du marché immobilier et des faillites en cascade dans son secteur bancaire. Mais la forte dépréciation de la livre a permis de nettement améliorer les termes de l’échange pour notre voisin d’outre manche, favorisant ses exportations et freinant les importations, notamment avec la zone euro…

A contrario, cela montre toutes les limites d’une monnaie unique qui ne permet pas de tels ajustements. Nul doute que la Grèce se porterait beaucoup mieux si elle avait la possibilité de faire baisser la valeur de sa monnaie parallèlement au plan de rigueur. Aujourd’hui, l’euro impose aux pays européens un cocktail désastreux d’austérité budgétaire et de monnaie trop chère. Sans l’euro, nous pourrions au moins compenser en partie avec une monnaie meilleur marché.

La Grande-Bretagne, comme les Etats-Unis auparavant, ont bien compris l’intérêt de jouer avec la valeur de sa monnaie. Aujourd’hui, il n’y a que les tenants de l’Europe de Lisbonne pour se réjouir d’une remontée de l’euro qui pénalise une fois de plus l’économie productive de la zone, et donc l’emploi.