11.05.2008
Sarkozy un an après : le président contre la République
Près de un an avant l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy avait considérablement changé son discours sur des questions où ses opinions étaient minoritaires (politique étrangère, laïcité, discrimination positive…). Malheureusement, une fois à l’Elysée, il est revenu dessus.
Il y a trois raisons principales à la victoire de Nicolas Sarkozy en 2007 : la faiblesse de ses adversaires, le sérieux et la compétence qu’il pouvait dégager par rapport à Ségolène Royal, et le virage républicain qu’Henri Guaino lui avait fait prendre dès 2006. En effet, il y a un peu moins d’un an, le candidat Nicolas mettait de l’eau républicaine dans son vin conservateur (« dissimulait » serait sans doute le meilleur terme). Oubliés la discrimination positive, l’éloge des religions (auquel il avait pourtant consacré un livre proprement incroyable), ou la critique publique de la politique de la France sur l’Irak. À l’exception du voyage aux Etats-Unis de septembre 2006, nous avons eu droit à un candidat qui s’était éloigné d’une partie des éléments les moins populaires de ses idées.
Mais chassez le naturel, il revient au galop une fois l’épreuve du suffrage universel passé. « Le néo-conservateur au passeport français » comme le décrivait si bien Eric Besson avant qu’il change de camp, a taillé en pièce les beaux habits républicains que son parolier Henri Guaino avait confectionnés. Alors que le candidat Nicolas avait évité les déclarations polémiques sur les religions pendant la campagne, le président Sarkozy est revenu à ses thèses antérieures. C’est ainsi que cet hiver, il a multiplié les déclarations plus incroyables les unes que les autres, vantant la supériorité du curé sur l’instituteur ou l’apport de la religion pour un Etat… en Arabie Saoudite. Nicolas Sarkozy déchire la tradition laïque pour proposer un rapprochement entre l’Etat et les religions dont on voit partout dans le monde qu’il est porteur de comportements extrêmes et dangereux.
En un an, Nicolas Sarkozy a aussi complètement remis en cause cinquante années de diplomatie française. La politique d’amitié indépendante par rapport aux Etats-Unis, initiée par le Général de Gaulle, et qui faisait consensus dans la quasi totalité de la classe politique, est une des premières victimes de la rupture, malgré les déclarations rassurantes du candidat. C’est ainsi que la France renforce sa présence en Afghanistan et se rapproche de l’OTAN, une organisation dont on se demande bien en quoi elle est adaptée aux temps actuels… Mais ce n’est pas tout, l’arrivée de Nicolas Sarkozy a marqué une perte d’influence historique de notre pays dans le monde. En Afrique, les traces du discours de Dakar, terriblement insultant, ont été encore aggravées par la réception de Kadhafi. Enfin, l’influence de notre pays en Europe est aussi basse que le niveau de l’amitié franco-allemande malgré l’agitation de notre président.
En un an, Nicolas Sarkozy a remis en cause des options politiques pourtant largement partagées en France, et qu’il avait évité de remettre en cause pendant la campagne. En agissant de la sorte, il se montre à la fois malhonnête et dangereux.
12:30 Publié dans Actualités, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, bilan, laïcité, dakar, politique étrangère



