28.11.2008

Le bras de fer franco-chinois

Hier, Pékin a décidé d’annuler le sommet sino européen prévu lundi à Lyon, qui devait être suivi d’une rencontre entre Nicolas Sarkozy et le Premier ministre chinois. Une mesure de rétorsion à la rencontre prévue à Berlin entre le chef de l’Etat et le dalaï-lama.

Le moins que l’on puisse dire est que Nicolas Sarkozy a du mal à gérer les relations de la France avec la Chine. Son objectif initial est louable : entretenir de bonnes relations avec la première puissance économique mondiale en devenir tout en conservant une entière liberté pour la diplomatie Française qui doit pouvoir recevoir qui elle veut quand elle le veut. C’est ainsi que début juillet, quand l’ambassadeur de Chine avait suggéré au Chef de l’Etat de ne pas recevoir le dalaï-lama lors de son séjour en France cet été, Nicolas Sarkozy lui avait vertement répondu au Parlement Européen qu’il entendait recevoir qui il voulait quand il le voulait. J’avais, alors, applaudi la réplique du président. Après tout, Gordon Brown et Angela Merkel arrivent à conserver des relations diplomatiques relativement normales avec la Chine tout en rencontrant le chef spirituel du Tibet.

Malheureusement, comme souvent avec le président de la république, les paroles sont en décalage avec les faits. La posture est séduisante, les actes le sont moins. Nicolas Sarkozy est donc allé à la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques. On peut considérer ce déplacement comme une bonne décision car les Jeux Olympiques étaient une source de fierté nationale pour le peuple chinois et la non participation représentait une tension pas forcément utile à la cause tibétaine. Mais, dans ce cadre là, il aurait fallu que le président reçoive le dalaï-lama cet été pour mettre ses gestes en rapport avec son intervention de juillet. Et là, il a cédé à la Chine en refusant de le rencontrer, dans un acte de faiblesse qui reléguait la France en seconde division européenne. Bien sûr, il est important de poursuivre le dialogue avec la Chine mais nous n’y serons respectés que si notre diplomatie conserve son autonomie…

Pour compenser, il a décidé de le rencontrer dans le cadre d’une cérémonie rassemblant plusieurs prix Nobel de la paix, une rencontre pas vraiment officielle, mais qui vise à démontrer une certaine indépendance de notre diplomatie. On peut considérer cela comme mieux que rien mais cela place à nouveau la France en seconde division diplomatique. C’est alors que la Chine a décidé de faire un nouvel esclandre et d’annuler deux rencontres pour montrer son mécontentement. Nul doute que Nicolas Sarkozy maintiendra la brève rencontre avec le guide spirituel du Tibet tant une annulation de dernière minute ferait de lui une marionnette dans les mains de la Chine. Mais ce nouvel accro place la France dans une position peu confortable où notre chef de l’Etat n’accepte de rencontrer le dalaï-lama qu’en catimini sans pour autant entretenir de bonnes relations avec la Chine. Nous perdons sur les deux tableaux.

Maintenir la rencontre avec le dalaï-lama représente le moindre mal. Nous ne pouvons pas céder au diktat de Pékin sous réserve de confirmer l’affaiblissement de la diplomatie Française. Mieux affirmer notre autorité cet été nous aurait sans doute permis d’éviter un tel épisode.

Source : http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2008/11/27/l... 

10.07.2008

L’inacceptable diktat de Pékin

Cette semaine, Kong Quan, l’ambassadeur de Chine à Paris a menacé de « conséquences graves » les relations franco-chinoises si Nicolas Sarkozy rencontrait le dalaï-lama cet été. Heureusement, la première réaction du Quai d’Orsay, la convocation de l’ambassadeur, est la bonne.

Les relations entre la France et la Chine sont tendues depuis le passage de la flamme olympique à Paris, qui a été l’occasion de manifestations assez agressives contre le régime de Pékin. Mais, à dire vrai, nous n’avons pas été le seul pays où des manifestations ont eu lieu puisque presque tous les pays occidentaux ont eu droit à leurs mouvements lors du passage de la flamme. Depuis, beaucoup ont demandé à Nicolas Sarkozy de ne pas participer à la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques, en signe de protestation pour le traitement infligé par les autorités chinoises au Tibet. Angela Merkel et Gordon Brown ont ainsi prévu de s’abstenir. Le président a pourtant récemment annoncé sa participation à la cérémonie au président chinois lors du G8, dans le but de maintenir le dialogue avec les dirigeants de l’empire du milieu.

Mais, en août, dans le cadre de sa tournée européenne qui devrait l’amener à rencontrer plusieurs dirigeants européens, le dalaï-lama doit rencontrer Nicolas Sarkozy. Résultat, l’ambassadeur de Chine en France a clairement menacé notre pays de représailles si une telle rencontre avait lieu, évoquant les nombreux contrats qui existent avec les industriels Français. Une telle demande est doublement inacceptable. Tout d’abord, elle constitue une ingérence dans les affaires Françaises : le président de la République peut rencontrer qui il souhaite. Mais surtout, elle constitue une différence flagrante de traitement entre la France et certains autres pays occidentaux puisque Angela Merkel a déjà rencontré le dalaï-lama et ne va pas aller à la cérémonie d’ouverture, sans que la moindre sanction soit prise.

Ce diktat du régime de Pékin est un moment crucial pour la diplomatie de Nicolas Sarkozy et Bernard Kouchner. Si jamais la France venait à assister à la cérémonie d’ouverture tout en ne recevant pas le dalaï-lama, alors cela montrerait au monde entier qu’avec quelques contrats, il est possible de faire faire ce que l’on veut à notre pays, suivant l’exemple du malheureux épisode libyen. En revanche, si Nicolas Sarkozy va à la cérémonie et voit le dalaï-lama, il montrera alors que la diplomatie de notre pays n’est ni l’otage d’activistes des droits de l’homme, certes idéalistes mais manquant de pragmatisme, et ni l’otage de riches régimes autoritaires. La première réaction de Bernard Kouchner va clairement dans le bon sens et rassure, pour une fois, sur le sens de la politique étrangère de la France.

Dans cette affaire chinoise, pour l’instant, le gouvernement maintient exactement la bonne ligne. Mais après une telle menace, la France n’a plus d’autre choix que de recevoir le dalaï-lama cet été pour bien montrer que notre conduite ne peut être dictée par personne. Nous avons rendez-vous avec l’histoire.

Source : http://www.lefigaro.fr/international/2008/07/09/01003-20080709ARTFIG00006-dalai-lama-l-avertissement-de-pekin-a-sarkozy.php

http://www.lefigaro.fr/international/2008/07/09/01003-20080709ARTFIG00509-l-ambassadeur-de-chine-convoque-au-quai-d-orsay-.php