14.02.2010
L’Europe de Maastricht et Lisbonne à bout de souffle
Depuis quelques semaines, l’Europe est sous le feu de la rampe, mais rarement de manière très positive. Refus de Barack Obama de participer à un sommet européen, crise économique et financière. Le vieux Continent va mal. La faute à une construction européenne mal conçue.
L’euro, une catastrophe économique
Au début des années 90, on nous avait vendu la monnaie unique comme un moyen pour les européens de retrouver une forme de souveraineté monétaire face au dollar, d’avoir une croissance plus forte. Les dix dernières années montrent bien que l’euro est un très lourd boulet accroché aux pieds des économies européennes. Car l’euro est extrêmement surévalué, d’encore 25% aujourd’hui puisque les économistes estiment qu’il devrait coter entre 1,05 et 1,1 dollars. La baisse récente est insuffisante.
La meilleure preuve est la comparaison des performances économiques de la zone euro et des Etats-Unis depuis deux ans. Alors que les Etats-Unis sortent de la récession vivement avec une croissance du PIB de plus de 5% en rythme annuel au 4ème trimestre, la zone euro atteint péniblement… 0,4% le même trimestre, le tout sachant que la récession a été plus violente de notre côté de l’Atlantique, où le PIB a baissé globalement de 4% en 2009, contre 2.5% aux Etats-Unis.
Il y a un immense paradoxe économique à ce que la récession soit moins violente outre-Atlantique alors que la crise financière y a été beaucoup plus dure, que le désendettement des ménages est plus violent et que des millions d’étasuniens ont été privé de logement et d’emploi. Comme le souligne Paul Krugman, la raison est simple : la sous-évaluation du dollar a donné une bouffée d’oxygène aux industriels, alors que l’Europe traîne la surévaluation de l’euro comme un boulet attaché au cou de ses industriels.
Pire, les crises irlandaises, espagnoles ou grecques montrent que la bonne croissance de ces pays pendant les années 2000 ne reposait que sur une bulle qu’ils paient bien cher aujourd’hui puisque le PIB de l’Irlande a baissé de 10% en deux ans, que le chômage atteint 20% en Espagne et que la Grèce est aujourd’hui soumise à un plan d’austérité draconien. Bref, au final, personne n’a vraiment profité de l’euro et chaque jour qui passe le démontre de manière de plus en plus clair.
Des institutions européennes ubuesques
Mais l’échec économique européen est complété par un échec institutionnel patent. Là encore, on nous avait vendu le Traité Constitutionnel Européen, puis le traité de Lisbonne, comme des moyens pour l’Europe de fonctionner de manière plus efficace. Las, même Daniel Cohn-Bendit finit par dénoncer le fonctionnement de l’Union Européenne avec des accents gaulliens, comme le note malicieusement Slovar.
Plus globalement, l’organisation de l’Europe est encore plus compliquée qu’avant puisqu’il y a désormais trois présidents : le président de la Commission Européenne, le président de la présidence tournante (l’Espagne en ce moment) et le nouveau poste de président de l’Europe, le belge Van Rompuy, Cette architecture compliquée est l’occasion de conflits dérisoires sur le lieu des sommets José-Luis Zapatero le voulant en Espagne alors que la présidence européenne préfère Bruxelles.
Sans doute lassé par cette organisation, Barack Obama a donc renoncé au sommet prévu au printemps, dans un geste assez humiliant pour l’Europe. Bref, l’Union Européenne telle qu’elle est conçue aujourd’hui handicape les pays européens, tant économiquement que diplomatiquement. Loin d’être le moyen de renforcer l’Europe, les évènements actuels montrent qu’elle nous affaiblit, comme le souligne justement Jean-Pierre Chevènement dans une interview à la Tribune.
Le seul point positif de la situation est le fait que cela devrait théoriquement favoriser une prise de conscience des limites de la construction européenne telle qu’elle est conçue aujourd’hui. Comme le souligne Edgar, cela pourrait provoquer un débat nécessaire sur la vocation ou non de cette Union à évoluer vers un modèle fédéral, ce qui permettrait enfin de trancher par la négative étant donnés les résultats actuels. Comme quoi, cette crise pourrait avoir des conséquences positives.
2010 sera peut-être le début de la fin pour cette Union Européenne d’inspiration fédéraliste et néolibérale. Son échec patent sur tous les fronts pourrait bien encourager les peuples à soutenir les partisans d’une autre Europe, plus respectueuse des peuples.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : daniel cohn-bendit, slovar, union européenne, euro, grèce, paul krugman, jean-pierre chevènement, edgar, la lettre volée, barack obama
05.06.2009
Européennes : un débat effroyable
À la fin du débat hier soir, Arlette Chabot, dépitée, a sous-entendu que la triste image donnée par l’émission risquait au final de favoriser l’abstention. Ce sera sans doute sa meilleure remarque de l’ensemble d’un débat aussi confus qu’agressif et malhonnête.
Un débat biaisé
Ce n’est pas un débat qu’il fallait organiser, mais sans doute deux, pour permettre à chacun de davantage s’exprimer. Les débats à 8 sont rarement très réussis car il y a trop de monde pour s’exprimer. Pire, France 2 avait sciemment décidé de zapper deux partis présentant pourtant des listes dans toute la France : Lutte Ouvrière (qui présente un candidat aux élections présidentielles depuis 1974) et Debout la République, sur la foi de sondages dont les limites sont pourtant exposées tous les jours.
Comment ne pas voir une claire intention politique, en ligne avec les souhaits de l’Elysée, derrière l’élimination de ces deux partis ? En laissant Olivier Besancenot seul, le NPA est favorisé par rapport à Lutte Ouvrière, pour éviter un trop grand émiettement de l’électorat d’extrême gauche. Et en refusant d’inviter Nicolas Dupont-Aignan, cela laisse le champ libre à Philippe de Villiers. En outre, on sentait bien dans le ton d’Arlette Chabot qui elle appréciait ou pas.
Un débat mal tenu
Si la plupart des résumés du débat se concentrent sur la bien peu glorieuse passe d’armes entre François Bayrou et Daniel Cohn-Bendit, l’atmosphère générale était déplorable. Ce débat a été un festival de comportements irrespectueux de la plupart des candidats et de coupages de parole agressif, ce qui a souvent rendu les échanges inaudibles. Daniel Cohn Bendit n’écoutait guère ses contradicteurs et leur coupait volontiers la parole, comme Philippe de Villiers ou Marine Le Pen.
La sortie de François Bayrou sur le leader écologiste démontre une nouvelle fois toutes les limites du président du Modem, guère à l’aise dans un débat européen où il doit assumer un parcours très proche du PS et de l’UMP. Ses attaques n’auraient pas dû trouver place dans un tel débat. Curieusement, Olivier Besancenot a été un des candidats les plus polis, respectant davantage que la plupart la parole de ses opposants. Globalement, Arlette Chabot n’a pas su animer le débat.
Un festival de mauvaise foi
Mais outre une organisation et une forme déplorables, ce débat a également été l’occasion d’un concours de mauvaise foi assez incroyable. Et là, ce sont les chefs des deux principaux partis qui ont battu des records. Xavier Bertrand et Martine Aubry n’ont cessé de plaider pour changer une Europe dont ils ont pourtant accepté toutes les étapes de la construction depuis 25 ans, et notamment en 2008, lors de la ratification du traité de Lisbonne. On aurait aimé qu’Arlette Chabot les place devant leurs contradictions…
Martine Aubry a continué à plaider pour une majorité de gauche au Parlement Européen, ignorant totalement les réalités électorales du continent, qui devraient montrer un recul historique du PSE, ainsi que l’accord de 30 ans entre gauche et droite pour se partager le pouvoir. Quant à Xavier Bertrand, il continue à soutenir la ligne improbable de Nicolas Sarkozy, contre l’entrée de la Turquie à Paris, mais qui ouvre des chapitres de négociation à Bruxelles et a levé le verrou du référendum l’an dernier.
Cette soirée a sans doute été un des pires débats électoraux de l’histoire politique récente de notre pays. À défaut d’y avoir participé (ce qui était anormal), il reste à espérer que le show pathétique donné par l’émission pousse les électeurs à voter pour un des grands absents : Nicolas Dupont-Aignan.
Source : http://europeennes.blog.lemonde.fr/2009/06/04/europeennes...
10:55 Publié dans Actualités, Dupont-Aignan, Européennes 2009 | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : élections européennes, débat france 2, françois bayrou, daniel cohn-bendit, arlette chabot



