22.02.2010
Dark Pool, profits : l’horreur financière est toujours en marche
5,8 milliards de profits malgré plus de 8 milliards de provisions ! Les résultats de BNP-Paribas contrastent avec l’état de l’économie réelle. Parallèlement, la finance trouve de nouveaux moyens de spéculer avec les dark pools, comme le rapporte Edgar, du blog La lettre volée.
Les dark pool, responsables de la prochaine crise ?
C’est la nouvelle création sortie du cerveau des financiers. Des marchés électroniques parallèles où l’on peut échanger des actions en toute discrétion. Ces marchés permettent d’acheter ou de vendre sans que cela n’influe sur le cours officiel, qui dépend du marché officiel. Selon un article des Echos cité par Edgar, 5 à 7% des échanges européens transiteraient déjà par les dark pool. Pire, The Economist révélait il y a quelques mois qu’ils concernaient plus de 20% des échanges outre-Atlantique.
L’arrivée de cette nouvelle innovation financière en Europe a une simple raison : une directive européenne de 2007 qui a cassé le monopole des Bourses au nom de la concurrence et autorisé à abandonner la traditionnelle règle de transparence. On ne voit pas bien à nouveau ce que cette innovation peut apporter de positif à la collectivité. On y voit bien l’intérêt des institutions financières, qui y gagnent un nouvel instrument de spéculation, protégé et secret, échappant à la réglementation.
En effet, un tel outil peut faciliter les délits d’initiés, qui seront plus difficiles à tracer et il permet à l’avance de se mettre à l’abri de toute tentative de taxation sur les transactions financières. En revanche, il semble évident qu’en cas de crise grave, ce marché serait le premier à s’effondrer, du fait du défaut de confiance des opérateurs. Bref, voici encore un nouvel outil qui permettra à la finance de faire davantage de profits quand la mer est calme mais qui risque de la déstabiliser en cas de gros temps…
Sortie de crise pour la banque
D’ailleurs, l’annonce d’un profit de 5,8 milliards d’euros net par BNP Paribas, malgré plus de 8 milliards de provision, montre que la sphère financière se redresse étonnamment vite de la pire crise qu’elle ait pourtant traversée depuis 80 ans. Comment ne pas rester songeur devant un tel profit pour à peine 40 milliards de produit net bancaire et de telles provisions ? Cela montre bien que les banques font des marges totalement indécentes sur les innombrables produits facturés à leurs clients.
Certes, nous ne sommes pas encore au niveau de 2007, où 31 milliards de produit net bancaire permettait de dégager plus de 7 milliards de profits, soit une marge après impôt de plus de 20%, ce qui augure d’une pression compétitive bien légère... Pire, on voit bien que les banques ont traversé la crise de manière assez sereine et que les profits reviennent rapidement. Bien sûr, BNP-Paribas s’en est mieux sortie que la moyenne, mais 2010 devrait permettre à tout le monde d’en profiter.
Globalement, ces deux exemples relativisent considérablement les déclarations de certains dirigeants politiques, au premier rang desquels Nicolas Sarkozy, qui affirment que « le laisser-faire est fini », ou que « la moralisation de finance est en marche »… Il y a un immense contraste entre la violence de la crise que nous traversons et l’absence quasiment totale de remise en question des raisons même qui ont mené à la crise. Il est hallucinant que rien ne soit fait pour fermer les dark pool par exemple.
Par-delà l’incapacité du système financier à se remettre en question (ce qui n’est pas totalement surprenant étant donné à quel point il en profite), il est chaque jour plus choquant de voir le décalage entre le discours des dirigeants politiques et la réalité.
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : dark pool, la lettre volée, the economist, bnp paribas
15.08.2009
Le casino de la finance tourne toujours plus vite…
Moins d’un an après la quasi-faillite du système financier international, du fait de ses excès, on a du mal à y croire, mais rien ne semble changer, comme le montre l’actualité récente sur les bonus. Pire, de manière discrète, les innovations qui pourraient mener au prochain krach semblent déjà inventées…
Rien ne change
Nicolas Sarkozy avait promis un « nouveau Bretton Woods » et une « refondation du capitalisme ». Dans la réalité, rien ne se passe. Même l’hebdomadaire ultralibéral The Economist s’impatiente en constatant la lenteur de la réforme du système financier, dénonçant notamment la responsabilité de l’Europe, qui freine toute évolution. Les leçons de cette crise devraient donc se limiter à une modification des normes prudentielles pour contraindre les banques à mettre davantage d’argent de côté.
Malheureusement, les lobbys financiers font déjà pression en soulignant qu’une remontée trop abrupte limiterait leur capacité à prêter, ce qui pourrait peser sur la reprise économique. En outre, comme le note l’hebdomadaire anglais, plus le temps passe, plus la réforme se fera a minima… Et quand on constate que Goldman Sachs pourrait battre son record de distribution de bonus, établi en 2007 (20 milliards de dollars) dès 2009, on se dit que les leçons n’ont pas été tirées.
Pire, la leçon de la crise pourrait être un renforcement de l’aléa moral des banques : elles viennent d’obtenir l’assurance quasiment inconditionnelle que les Etats viendront les sauver en cas de crise. Pourquoi feraient-elles le moindre effort pour limiter le risque qu’elles prennent du moment que leurs dirigeants savent qu’ils se partageront les profits et que la collectivité les aidera s’ils sont en difficulté ?
Les instruments du prochain krach
C’est pourquoi les banques peuvent continuer à donner libre cours à leurs inventivité pour créer des outils leur permettant de gagner toujours plus, même si ces outils, comme hier les ABS, CDO ou CDS, pourraient demain menacer l’équilibre du système. Il faut malheureusement se souvenir que la plupart des krachs boursiers ont été provoqués par des innovations mal maîtrisées qui ont poussé les indices trop hauts avant de les entraîner vers le fond. Cette fois-ci, ce sont les « dark pool » et les ventes par ordinateur.
Les « dark pool », « piscines obscures », ont été crées pendant la crise pour permettre aux investisseurs de se débarrasser de titres de manière anonyme. Ces marchés parallèles préservent l’anonymat des vendeurs et des acheteurs. En période de tension sur les marchés, ils permettent aux banques les plus exposées de vendre des titres discrètement, sans que le marché ne soit mis au courant, de manière à ne pas sembler à court de liquidités. Sur certains types de titres, cela concerne jusqu’à 20% des transactions.
Autre innovation, qui aurait joué un rôle majeur dans le rebond des profits de Goldman Sachs, les ventes par ordinateur. Elles présentent deux avantages. Tout d’abord, elles permettent de vendre des gros paquets d’action en plusieurs petits paquets facilement pour plus de discrétion. Ensuite, elles permettent de saisir les opportunités fournies par les imperfections du marché, à savoir un écart minime entre la cotation d’une valeur d’une place à l’autre pendant quelques instants.
Que faut-il faire ?
Les ventes par ordinateur peuvent sembler être une innovation habile et parfaitement légitime. Après tout, il n’est pas anormal de laisser une banque acheter un euro 1,4185 dollars à Tokyo pour le revendre dans le même centième de seconde 1,4189 à Londres. L’ingéniosité humaine permet d’exploiter les petits écarts de cotation d’une place à l’autre… Mais cette innovation pose deux problèmes majeurs : l’augmentation des échanges spéculatifs et le risque porté par des modèles informatiques.
C’est pourquoi une taxe Tobin aurait l’immense intérêt de réduire à néant cette spéculation non productive en prélevant une petite portion de la transaction, réduisant à néant le profit réalisé. Elle rendrait inopérante ces transactions d’opportunité qui contribuent à gonfler la bulle financière, augmentant le dommage collatéral quand elle explose. Concernant les « dark pool », une interdiction semble la seule solution pour rétablir une transparence que les libéraux sont pourtant toujours les premiers à demander.
Alors que le monde peine à réformer l’existant, malgré l’immensité des dommages causés par la crise de cet automne, le système financier trouve tous les jours des nouveaux outils pour spéculer. Il est désolant de voir le retard de nos dirigeants pour le prendre en compte…
Source : The Economist 25 juillet et 1er août
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : the economist, crise financière, dark pool, taxe tobin, goldman sachs, g20



