26.05.2011
Le FMI, ou les incohérences de l’UMP et du PS
Non, il ne s’agit pas d’épiloguer sur les énièmes rebondissements de cette triste affaire DSK. Mais la démission de l’ancien futur candidat socialiste et la candidature de Christine Lagarde pose un double problème à notre classe politique.
Légèreté à droite
Bien sûr, Christine Lagarde semble être la candidate idéale pour prendre la succession de DSK à la tête du FMI. Elle a déjà travaillé aux Etats-Unis, semble appréciée par tout ce que la communauté internationale compte de hiérarques mondialistes néolibéraux. Et comme l’a remarquablement souligné Eric Zemmour dans une de ses chroniques sur RTL, nul doute qu’elle serait une digne représentante de ces Français qui oublient leur pays en prenant de telles responsabilités.
Mais cette candidature pose de multiples problèmes. Par-delà le fait qu’elle continuera à mener les mêmes politiques, comme l’a soutenu Jean-Pierre Chevènement, se pose le problème de l’affaire Bernard Tapie. Alors que la France vient de voir son représentant contraint de démissionner du fait d’une plainte pour viol, il est tout de même paradoxal de vouloir présenter une candidate qui pourrait avoir rapidement maille à partir avec la justice comme l’a souligné Hervé Nathan.
Il est totalement irresponsable, comme l’ont écrit Nicolas Dupont-Aignan et David Desgouilles de présenter une telle candidate. Il est bien évident que si une procédure judiciaire devait être lancée, les mœurs anglo-saxonnes imposeraient une démission à Christine Lagarde. Bonjour le ridicule pour la France si un deuxième représentant de notre pays venait à devoir démissionner. Il est vraiment hallucinant de proposer un nouveau candidat à risque…
Révélations à gauche
Mais cet épisode est très révélateur sur la « gauche ». Pierre Moscovici a ainsi eu le culot de dire que Dominique Strauss-Kahn avait apporté une dimension plus sociale aux politiques du FMI. Je ne suis pas sûr que les Grecs, les Irlandais ou les Portugais aient le même jugement sur la dimension « sociale » des potions amères imposées par Washington et Bruxelles à leur pays, entre licenciements, baisses de salaire et coupes dans les programmes sociaux.
Pire, les politiques imposées depuis un an révèlent aujourd’hui toute leur inefficacité puisque les 110 milliards décidés l’an dernier ne sont plus suffisants. Et naturellement, les plans enfoncent le pays dans la récession, compliquant plus encore le redressement des finances publiques : la Grèce a fait un déficit de 10.5% en 2010 contre une prévision de 8.1%. Tout le monde sait aujourd’hui qu’il faudra en passer par une restructuration. Bref, ces politiques sont inutilement violentes.
Mais le plus sidérant est de voir les principaux candidats socialistes (Martine Aubry et François Hollande) ne pas hésiter à soutenir Christine Lagarde. Il faudrait savoir, comme le soulignent Jack Dion et Hervé Nathan. Le Parti Socialiste est-il vraiment un parti d’opposition ? Il est tout de même surprenant qu’ils soutiennent une ministre du gouvernement auquel ils s’opposent pour une nomination à la tête d’une institution qui a pourtant un rôle politique éminemment important en Europe…
Plus encore que l’affaire DSK, les récents événements au FMI nous en disent très long, tant sur l’UMP que sur le Parti « Socialiste » : légèreté, relativisme sur les affaires, adhésion aveugle à une mondialisation néolibérale qui fait souffrir les peuples.
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11.05.2011
Quotas dans le football : beaucoup de bruit pour rien
Hier, la montagne de polémiques a accouché d’une souris : il n’y aura ni sanction, ni saisie de la justice au sujet des quotas de footballeurs binationaux. Cet épisode restera malheureusement comme un cas d’école de polémique stérile et trop souvent caricaturale.
Faut-il des quotas de binationaux ?
Par-delà l’aspect très contestable du fait de juger des personnes en fonction de discussions privées qui n’avaient absolument pas vocation à être rendues publiques, il faut revenir sur le cœur du débat : est-il légitime ou non d’instaurer des quotas de binationaux dans les centres de formation Français ? Devant l’ampleur du phénomène (près de 40% des jeunes formés actuellement pourraient choisir de défendre d’autres couleurs), la question mérite d’être posée.
En effet, Didier Drogba, un des meilleurs joueurs de la planète, a finalement choisi de ne pas défendre les couleurs du pays qui l’a en partie formé. N’est-il pas légitime que la France se pose alors la question de l’utilité de cette dépense ? En effet, il est tout de même gênant que des personnes formées gratuitement chez nous puissent finalement défendre d’autres pays. Une remarquable enquête du Monde montre qu’il ne s’agit pas d’un détail mais d’un phénomène important.
Bien sûr, les meilleurs choisissent en général l’équipe de France mais ce n’est pas toujours vrai. En outre, ces nombreux départs créent des manques pour la sélection nationale en réduisant le nombre de joueurs disponibles. Point important : le fait que les quotas concernent les binationaux contredit le procès en racisme. Enfin, que dire de l’image de mercenaires que cela donne une nouvelle fois des footballeurs, modèles incertains d’une époque incertaine ?
La mauvaise foi en action
Et cela démontre malheureusement la mauvaise foi de beaucoup de protagonistes de cette affaire. Médiapart l’a clairement été en parlant de « quotas de noirs et d’arabes ». J’ai beaucoup aimé quand Edwy Plenel quand il n’hésitait pas à révéler les parts d’ombre de François Mitterrand, ou même quand il a récemment démonté les estimations vaseuses des syndicats sur le nombre de manifestants opposés à la réforme des retraites l’automne dernier.
Malheureusement, ici, ses équipes et lui ne font pas honneur à leur métier en utilisant de tels amalgames. Cela est d’autant plus dommage qu’ils ont sans doute fait du mal à la cause qu’ils défendent en attaquant des personnes qui n’avaient pas à être attaquées. Ce faisant, au lieu de les combattre, ils pourraient bien contribuer à pousser les idées racistes en sous-entendant que Laurent Blanc le serait, en lui volant des propos tenus dans une réunion privée puis étalés hors contexte.
Mais il faut également adresser un carton rouge au PS, naturellement monté sur ses grands chevaux sur la question et au gouvernement. Chantal Jouanno a eu une attitude déplorable pendant toute cette affaire. David Desgouilles a réglé son sort de bien jolie manière sur son blog en soulignant les contradictions majeures de son discours. Elle n’a fait que surfer sur l’événement, en veillant à ne pas heurter certains médias dont la bien-pensance a étouffé la raison.
Certains médias (RTL, TF1…) ont conservé un traitement assez neutre quand certains sont tombés dans un procès caricatural et malhonnête. Heureusement, malgré le battage médiatique absolument insensé autour de cette polémique, les Français semblent avoir gardé la tête froide, comme le montre ce sondage indiquant que seulement 7% des Français souhaitaient la démission de Laurent Blanc. Et Zinedine Zidane a montré beaucoup de bon sens ce week-end.
En fait, l’hystérie qui a parfois accompagné ce débat semble s’être nourrie des questions que se pose notre pays sur son vivre ensemble. Et il faut dire le a bien compliqué les choses, entre un hypocrite et mal conçu débat sur l’identité nationale, ses multiples dérapages et les ratés de Chantal Jouanno.
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03.05.2011
Le mauvais procès fait à Laurent Blanc
C’est peu de dire que les révélations du site Médiapart ont créé un emballement médiatique assez incroyable aboutissant à la suspension d’un dirigeant de la FFF et aux excuses du sélectionneur national. Mais cette polémique a été l’occasion de nombreux abus.
Les deux questions posées par la FFF
Lors de cette réunion de novembre 2010, deux questions semblent avoir attiré l’attention des dirigeants du football Français. La première est celle des binationaux formés par la FFF qui choisissent de défendre d’autre pays comme Didier Drogba ou Ludovic Obraniak. Pour le coup, il semble parfaitement légitime que la FFF se pose des questions sur les moyens de limiter le nombre de joueurs formés en France qui peuvent aller jouer à l’étranger et donc des quotas ou toute autre mesure.
La deuxième question qui semble avoir fait l’objet d’un débat est celle du profil physique des joueurs sélectionnés. Il semblerait que les critères actuels favorisent les jeunes les plus athlétiques, au contraire d’une filière espagnole, qui valorise la technique et l’agilité, avec le succès que l’on sait. Certains dirigeants auraient évoqué le fait que les premiers critères favorisaient les joueurs noirs.
Un traitement médiatique très différencié
Cette affaire constitue un cas d’école dans le traitement de l’information. Certains, comme le Monde ou Libération, ont évoqué des quotas raciaux, mélangeant les deux discussions pour dénoncer le racisme supposé des dirigeants du football Français. En revanche, TF1, dimanche soir, a évoqué la problématique des binationaux de manière équilibrée, rappelant ceux qui avaient choisi la France (Trézéguet) et ceux qui avaient choisi un autre pays (Drogba, …).
Pour le coup, il est profondément malhonnête de la part de certains journalistes de mélanger les deux discussions pour parler de quotas ethniques alors que la discussion sur les quotas ne concernait que les binationaux. En outre, les extraits (partiels) des conversations démontent les gros titres faits par Médiapart, comme le note RTL. Il est difficile de ne pas y voir une volonté de créer un bon gros scandale pour faire du bruit, comme le soutient justement Romain Pigenel.
Il est atterrant de voir la réaction de Chantal Jouanno qui parle de « propos graves » et soutient qu’il y aurait d’autres solutions pour régler le problème des binationaux tout en parlant de manière totalement contradictoire « d’exporter notre savoir-faire ». Pour elle, il n’est sans doute pas grave que la France paie en partie la formation de joueurs qui vont briller dans d’autres sélections et que cela limite également le nombre de joueurs formés pour notre sélection nationale… Martine Aubry a cédé bien facilement à la polémique en jugeant « inacceptable, terrifiant et imbécile » la question des quotas. Rien que cela !
Beaucoup trop de bruit pour rien
En fait, dans les extraits rapportés par Médiapart, Laurent Blanc précise bien qu’il n’y a aucune connotation raciste dans ses propos mais qu’il trouve anormal que la France forme des joueurs qui jouent après pour d’autres pays, ce qui semble être du simple bon sens. Il semble franchement abusif de lui faire un procès en racisme, comme le souligne David Desgouilles.
Enfin, il faut rappeler qu’il s’agissait d’une discussion privée, qui n’avait pas lieu d’être révélée ainsi au grand public. Si certains propos ont été maladroits et ont pu heurter certaines personnes, il faut rappeler qu’ils n’étaient pas tenus en public, mais dans le cadre d’une réunion de travail, ce qui est forcément l’occasion de simplifications et de propos un peu moins policés que devant les médias.
Bref, cette polémique est tout à fait ridicule. Les antiracistes peu précautionneux ont contribué à affaiblir leur cause en montant sur leurs grands chevaux pour des propos qui ne méritaient pas tout le foin qui a été fait. Oui, il faut lutter contre le racisme. Mais, si certaines de ces discussions privées (et qui n’avaient donc pas à être étalées de la sorte) peuvent sembler maladroites prises hors de leur contexte, elles ne sont pas condamnables.
Et face au déluge de réactions aberrantes de la part du Parti Socialiste comme du gouvernement, il faut remercier Nicolas Dupont-Aignan, le seul homme politique à avoir justement apporté son soutien à Laurent Blanc, en dépit de la vendetta irrationnelle d’une partie des médias.
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24.02.2011
Nicolas Sarkozy, rantanplan de la diplomatie
Le Monde vient juste de publier une tribune de diplomates anonymes critiquant sévèrement la politique étrangère de la France. Il faut dire que les polémiques s’enchaînent avec une rapidité assez incroyable, révélant toutes les failles de notre diplomatie depuis 2007.
Fiascos diplomatiques
Le soulèvement démocratique des pays arabes expose cruellement les erreurs de notre diplomatie. Notre premier ministre et notre ministre des affaires étrangères ont ainsi passé leurs vacances de fin d’année en Tunisie et en Egypte, les deux premiers pays qui se sont révoltés contre leurs autocrates, tout en profitant de certaines largesses sur place. Même s’il n’y avait rien de techniquement illégal, cela n’est guère flatteur pour le pays que le monde arabe aimerait voir jouer un plus grand rôle.
Mais la série noire continue avec les déclarations cavalières de Nicolas Sarkozy pour le Mexique, comme l’a bien souligné David Desgouilles. Puis, c’est au tour du nouvel ambassadeur de Tunisie, Boris Boillon, de déclencher une polémique pour des propos un peu durs à l’égard des journalistes tunisiens. Enfin, la révolte de la Libye expose Paris à la critique après la réception du dictateur fin 2007 (dont les photos auraient disparu du site de l’Elysée depuis quelques jours).
Chérie, j’ai rétréci notre diplomatie !
Alors que Jacques Chirac avait redoré notre tradition diplomatique en s’opposant fermement à la seconde guerre d’Irak, Nicolas Sarkozy a mis notre diplomatie en lambeaux. Alain Juppé, pourtant devenu ministre depuis, et Hubert Védrine, avaient alerté le président sur le manque de moyens du Quai d’Orsay. Mais les moyens ne font pas tout. En diplomatie, il faut également avoir une direction, une vision à partager, une capacité à défendre ses positions pour exister.
Et sur ces trois points, Nicolas Sarkozy pèche. La seule direction qu’on lui connaisse est un atlantisme qui l’a poussé à rejoindre le commandement intégré de l’OTAN plus de quarante ans après le départ décidé par le général de Gaulle. Mais ce suivisme ne saurait donner une ligne directrice à notre action. Et sur la scène européenne, la France, faute de vision, suit la plupart du temps l’Allemagne, qui nous a imposé Lisbonne et une Union pour la Méditerranée croupion.
Non, il ne restera pas grand chose de la présidence de Nicolas Sarkozy, entre autres d’un point de vue diplomatique. Même si on peut ne pas goûter le procédé utilisé par les diplomates qui ont signé la tribune du Monde, l’ensemble de leur constat est tristement juste.
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30.04.2010
Le début de la fin de l’euro a commencé
Dans quelques années, les historiens reviendront sans doute sur les évènements du printemps 2010 en soulignant que c’est à ce moment que l’expérience hasardeuse de la monnaie unique a commencé à se déliter. Le plan de sauvetage de la Grèce n’y changera rien.
Le veau d’or de la pensée unique
Etant donné l’état de panique des marchés et le niveau des difficultés financières de la Grèce, on pourrait croire qu’Athènes n’arrivera pas à passer le mois de mai sans quitter l’euro ou faire défaut sur sa dette, voire les deux ensembles. Mais cela néglige l’aspect psychologique de la crise et le fait que tout le monde sait que si la Grèce tombe, alors d’autres pays tomberont et la monnaie unique européenne ne sera plus qu’un lointain souvenir. Or l’euro est le veau d’or des élites européennes.
La monnaie unique est une forme de Graal pour des gens à qui la disparition des monnaies nationales facilitent la vie et qui ne se rendent pas compte du mal que l’euro a fait à l’Europe. Cet euro cher, qui reste encore surévalué de 25% par rapport au dollar, est un boulet accroché aux pieds des exportateurs européens, qu’il pousse à délocaliser. Cet euro est un boulet accroché aux pieds des Etats auxquels il impose une politique unique qui ne convient à personne.
Malgré tout, il est paré de toutes les vertus. Alors que l’Europe est le continent qui est le plus sévèrement frappé par la crise, ces défenseurs arrivent à soutenir sans rire qu’il nous a protégés. Bien sûr, il a évité les dévaluations au sein de la zone euro, mais ces dévaluations auraient justement redonné de l’oxygène à ces économies et permis un retour de la croissance alors qu’aujourd’hui l’Europe risque de s’enfoncer dans une véritable dépression économique.
Ce n’est que la première manche…
C’est pourquoi il y a fort à parier que les dirigeants européens et le FMI arriveront à se mettre d’accord pour que la Grèce reste dans l’euro et ne fasse pas défaut. En absence d’accord, le veau d’or s’effondrerait, ce qu’ils ne sont pas prêts à accepter. Du coup, ils feront tout pour prolonger cette malheureuse expérience, sans se poser la question de la viabilité à long terme de la zone euro. Il est plus que probable que les gouvernements prendront la décision politique de continuer.
Pourtant, la potion amère que va sans doute avaler la Grèce n’est qu’un pansement sur une jambe de bois. Ce n’est pas tout que les Etats trouvent le moyen de boucler la trésorerie grecque pour les deux prochaines années. Si, entre temps, le PIB a reculé du fait de la politique de rigueur, et que la dette s’est encore largement accrue, même avec un déficit largement réduit, la situation restera instable et très fortement soumise aux mouvements des taux d’intérêt.
Dans quelques années, l’ensemble des pays de la zone euro auront une dette beaucoup plus lourde. Du coup, ce qui se passe aujourd’hui n’est qu’une pâle répétition de l’avenir. Imaginez des économies européennes après trois ans de rigueur, une absence de croissance, un chômage de masse et un poids de la dette encore plus important. Et quand on voit la difficulté des pays européens à trouver une réponse à la crise, il est évident que si l’euro n’explose pas cette année, il le fera plus tard.
Un ami blogueur racontait hier que le sort de l’euro pourrait bien lui faire gagner une belle bouteille. Mais si la fin a commencé, je crois que l’attachement à l’euro est trop fort et qu’il faudra attendre encore quelques mois, voir quelques années pour qu’il explose en vol, peut-être trop tard pour son pari.
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