20.09.2011

Libye : une bataille a été gagnée

Il y a six mois, sous l’impulsion de la France et de la Grande-Bretagne, une partie de la communauté internationale décidait d’intervenir en Libye pour aider les rebelles à renverser Kadhafi. Même s’il reste beaucoup à faire, il semble que cette décision était bien la bonne.

La Libye, ce n’est pas l’Irak

Pour être clair, sur le principe, je suis opposé à l’ingérence militaire dans un pays. Comme le souligne remarquablement bien Jacques Sapir, cette ingérence est toujours le fait du plus fort sur plus faible que lui. Qui plus est, cela représente également une puissante incitation pour tous les dictateurs à s’armer toujours plus pour éviter que d’autres pays ne puissent se mêler de leurs affaires et les renverser. Bref, intervenir est une décision délicate et je comprends que l’on puisse s’y opposer.

Bref, le cas pour intervenir n’était pas facile, d’autant plus qu’il y avait les précédents irakien et afghan qui démontraient les limites d’une intervention occidentale. Malgré tout, la Libye, ce n’était pas et ce n’est toujours pas du tout l’Afghanistan. Quatre conditions bien spécifiques permettaient de justifier cette opération : le vote des Nations Unies, le soutien de la ligue arabe, la demande d’une partie du peuple libyen et la perspective d’un massacre à Benghazi.

Ces conditions bien spécifiques permettaient à mon sens de faire une exception à la règle d’opposition de principe à toute ingérence militaire. Bien sûr, certains soulignent que nous avons soutenu une faction contre une autre et que n’aurions pas du nous mêler d’un conflit interne. Sauf que d’un côté, il y avait un dictateur et de l’autre une opposition qui semble réellement vouloir mettre en place la démocratie. Dans ces conditions, il est possible de faire deux poids deux mesures.

L’action déterminante de la France

En outre, il faut noter que cette opération était soutenue par des personnalités respectées dans le monde diplomatique et plutôt connues pour leur attachement à la souveraineté nationale, ce qui les avait conduit à s’opposer à la guerre en Irak. Une fois que les rebelles auront libéré les derniers bastions, le plus dur restera à faire, à savoir construire un Etat démocratique et apaisé, ce qui ne sera pas une mince affaire, même si l’argent des hydrocarbures devrait aider…

Globalement, même si cela a pris du temps, le déroulé des opérations a parfaitement justifié l’opération : il n’a pas été nécessaire d’envoyer des troupes sur place, l’opération est restée limitée dans le temps (contrairement à l’Afghanistan) et, comme l’a montré la libération de Tripoli, rapide, la réaction de la population semble démontrer que les Libyens n’étaient pas particulièrement attachés à leur dictateur. Il n’y a pas de résistance forte aux rebelles.

Et si nous en sommes là aujourd’hui, c’est bien grâce à l’action déterminée de Nicolas Sarkozy. Si cela ne change en rien mon jugement global très négatif, il porte la responsabilité de cette opération, qui efface en partie les guerres d’Irak et d’Afghanistan. Et comment ne pas vibrer devant les images de Tripoli et Benghazi acclamant la France la semaine dernière ? Mieux, le président Français a eu pour une fois le bon goût de partager la vedette avec David Cameron.

Comme l’avait bien souligné Coralie Delaume il y a un mois, cette première bataille a été gagnée et elle était sans doute juste. Bien sûr, tout reste à reconstruire, mais il semble que la direction soit la bonne. Pour la Libye, pour la France, pour une fois, merci Nicolas Sarkozy !

12.03.2011

Faut-il intervenir en Libye ?

Nicolas Sarkozy et David Cameron ont tenté hier de persuader leurs collègues européens d’intervenir pour briser la reconquête de la Libye par les troupes du colonel Kadhafi. Et comment ne pas les comprendre ? Cependant, une telle intervention n’est pas sans poser de lourds problèmes.

L’humanisme commande d’intervenir

Il n’y a pas besoin d’être un néoconservateur interventionniste et impérialiste pour vouloir intervenir en Libye. En effet, comment ne pas avoir envie d’aider les révolutionnaires de Libye à se débarrasser d’un dictateur sanguinaire qui n’a pas hésité à faire tirer sur des manifestants ? Mieux, il semble évident que quelques raids bien placés pourraient définitivement régler son sort à ce régime dictatorial, alors justement que le régime reprend le dessus sur ses opposants.

En effet, comment rester sourd aux appels des insurgés qui demandent désormais clairement l’aide de la communauté internationale ? Aujourd’hui, il semble malheureusement probable qu’en l’absence de notre intervention, la rébellion pourrait bien être matée, avec toutes les conséquences que cela pourrait avoir. Après tout, si le peuple libre de Libye, en conflit ouvert avec un dictateur, nous demande d’intervenir, n’avons-nous pas le devoir de le faire ?

En outre, le sort de la Libye ne sera pas sans impact sur l’ensemble des pays arabes. Il est évident que si Kadhafi tombe, malgré sa répression sanglante, alors, le vent de la liberté et de la démocratie reprendra de plus belle, contraignant les autocrates à libérer leurs peuples ou provoquant leur destitution. En revanche, si le régime de Tripoli renverse la situation, alors, cela représentera un formidable encouragement pour les dictateurs à choisir la voie de la fermeté, fût-elle celle de la terreur et du sang. Bref, c’est une partie très importante qui se joue sous nos yeux.

Une intervention qui n’est pas si simple

Malheureusement, tout n’est pas si simple. En effet, il n’y a pas de consensus au niveau international pour agir. Il ne sera sans doute pas possible d’intervenir sous couvert des Nations Unies, du fait de l’opposition probable de la Chine et de la Russie. La ligue arabe n’accepte qu’une zone d’exclusion militaire. Faut-il alors passer outre et intervenir à quelques pays, malgré l’absence d’accord international, un peu comme en Irak, même si, ici, les principes sont clairement plus nobles et désintéressés ?

Faut-il s’immiscer dans les affaires Libyennes et peser de tout notre poids en faveur des rebelles ? En effet, il ne s’agit pas de renverser un régime autoritaire stable, mais d’aider la partie de la population qui s’est rebellée à faire tomber définitivement un dictateur qui résiste. En même temps, si nous intervenions en Libye, ce serait uniquement parce que ce pays est suffisamment faible et que nous sommes plus forts que lui. En réalité, il y a deux poids et deux mesures.

Nous ne nous poserions même pas la question si ce qui arrivait en Libye arrivait en Chine ou en Russie. Et cela pose un double problème. Pour paraphraser Jacques Sapir, cela montre bien que l’ingérence est toujours celle du fort sur le faible, ce qui pose problème. En outre, cela ne risque-t-il pas de pousser plus encore les dictateurs de la planète à être toujours plus forts (et, par exemple chercher à avoir l’arme nucléaire) pour ne pas pouvoir être menacé dans de telles circonstances ?

Malgré toutes ces limites, le contexte d’une population qui se révolte contre un tyran qui semble pouvoir mater la rébellion par la force incite à vouloir intervenir, par-delà toutes les convenances. Mais dans quel cadre et comment le faire assez vite tout en étant acceptable ?

29.06.2010

L’échec du G20 ou le suicide programmé de la mondialisation

Ce week-end, le sommet du G20 s’est terminé sur un échec patent : les principales puissances du monde ont été incapables de s’entendre sur les deux principaux sujets à l’ordre du jour : l’équilibre entre rigueur budgétaire et relance et la taxation des banques.

Du « laissez faire » au chacun pour soi

La conclusion du G20 laisse songeur. Même si la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne ont poussé l’idée d’une taxe sur les banques, cette proposition n’a pas intéressé des pays émergents qui ont répliqué que leurs banques avaient traversé la crise sans encombre et qu’elles n’en avaient pas besoin. Il est navrant de constater qu’ils n’utilisent pas l’expérience des pays occidentaux pour mieux encadrer leur secteur bancaire et justement éviter de reproduire les erreurs d’hier.

Sur le soutien à l’activité, le sommet a été l’occasion de nombreuses passes d’armes. Alors que les tensions sont déjà fortes entre Etats-Unis et Grande-Bretagne du fait de l’accident de la plate-forme pétrolière BP, Barack Obama et David Cameron se sont opposés sur la relance, le second privilégiant la rigueur, comme Angela Merkel. Enfin, l’Argentine a affirmé que l’Europe avait « tout faux » en soulignant que la voie choisie ressemblait à celle choisie par le pays avant son défaut…

Quand mondialisation rime avec impuissance

L’absence de plus en plus patente de véritables mesures pour éviter qu’une crise comme celle de 2008 ne se reproduise montre l’échec absolu de la mondialisation néolibérale. En effet, le monde a traversé sa plus grave crise depuis 80 ans et les dirigeants de la planète sont incapables de prendre la moindre décision un peu significative pour tirer les conséquences du krach financier, qui n’a pas été loin de provoquer l’effondrement total de la planète financière.

Et il faut être clair, plus le temps passe, moins des décisions ont des chances d’être prises tant le spectre du chaos s’éloigne et les pays reviennent à leur train-train habituel. Il est vraiment stupéfiant qu’aucune leçon n’ait été tirée ! Cela démontre à nouveau la pertinence de l’analyse de Frédéric Lordon, pour qui « en appeler au gouvernement mondial est le plus sûr moyen d’avoir la paix – entendre, pas de gouvernement du tout ». Ce G20 montre l’échec de la gouvernance mondiale.

Vers le retour des nations

En fait, ce n’est pas dans ces pince-fesses mondiaux que des solutions à la crise que nous avons traversée pourront être trouvées. Il n’y a que les Etats qui pourront prendre des décisions justes suffisamment rapidement pour tirer les leçons de cette crise, à condition de restaurer des frontières commerciales et financières qui redonneront un sens à ce cadre et donc aux décisions qui pourront être prises. Un petit groupe d’Etats peut aujourd’hui faire avancer la réforme financière.

Il n’est pas grave que le G20 ne se soit pas mis d’accord sur la taxe sur les banques. La France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne ensemble peuvent parfaitement la mettre en place car il s’agit de pays à la fois suffisamment autonomes et suffisamment puissants. Il suffirait d’encadrer de nouveau les mouvements de capitaux. Du coup, nous verrons bien dans les prochains mois si les pays européens tenaient véritablement à cette mesure ou pas.

L’échec de ce G20 est celui d’une mondialisation qui promeut l’égoïsme et un libéralisme dogmatique et non la nécessaire coopération pour encadrer un capitalisme devenu fou. Cet échec du supranational montre que demain, la solution ne pourra venir que des Etats.

23.06.2010

L’austérité version britannique

Hier, Georges Osborne a présenté le plan d’austérité du gouvernement libéralo-conservateur pour réduire le déficit budgétaire. De manière assez surprenante, le cocktail comporte quelques baisses d’impôt qui traduisent bien les orientations de l’équipe en place.

Un vrai volontarisme budgétaire

Le calcul politique du gouvernement de David Cameron est sans doute habile. Autant frapper un grand coup dès le début du mandat, alors que la responsabilité de la situation peut encore être attribuée aux travaillistes, en espérant que la croissance n’en soit pas trop affectée et que des marges de manœuvre apparaissent en fin de mandat. En effet, il n’y aurait rien de pire que de devoir présenter un nouveau plan d’austérité dans deux ans, faute de mesures suffisantes.

Le gouvernement compte réduire le déficit de 150 à 20 milliards de livres en 5 ans ! Le plan comporte des hausses d’impôt : la TVA va ainsi passer de 17.5 à 20%, rapportant 13 milliards de livres, l’impôt sur les plus-values va passer de 18 à 28% et une taxe sur les banques devrait rapporter 2 milliards. Côté dépenses, il va geler les salaires de la fonction publique, supprimer des postes et réduire les budgets sociaux (via, entre autres, une remontée de l’âge de départ à la retraite à 66 ans).

Un véritable agenda néolibéral

Le principal (seul ?) point positif de ce plan est la remontée de la fiscalité sur les plus-values, qui permet de rapprocher la fiscalité du capital de celle du travail. Mais, parallèlement, le gouvernement s’est curieusement engagé à une baisse de l’impôt sur les sociétés, qui va passer de 28 à 24% en 4 ans, le niveau le plus faible du G20. En outre, les ménages payant la tranche inférieure de l’impôt sur le revenu vont bénéficier d’un abattement de 170 livres en 2011.

Si l’on peut comprendre l’intérêt de la Grande-Bretagne à  baisser la fiscalité sur les entreprises (de manière à les attirer sur son territoire), il est tout de même incroyable qu’une hausse de la TVA serve indirectement à la financer, surtout à un moment où les profits des entreprises restent élevés (puisqu’ils devraient retrouver leur sommet d’avant la crise dès 2011 ou 2012). Cela montre encore la puissance du capitalisme actionnarial qui extrait toujours plus de valeur de la société.

David Cameron a fait le choix d’une rigueur extrême pour en faire porter la responsabilité sur les travaillistes. En France, le virage se fait plus progressif mais il ne devrait pas être moins réel, comme l’indique l’interview de Claude Guéant au Financial Times.

12.05.2010

La Grande-Bretagne vire à droite

Après quelques jours de négociation, la logique l’a emporté : Gordon Brown a démissionné et David Cameron, chef des conservateurs, s’est installé au 10, Downing Street, après avoir conclu une alliance avec les libéraux-démocrates qui lui donne une majorité stable.

La logique est respectée

Même si ces derniers sont plus proches des travaillistes, il est plus logique que Nick Clegg se soit allié avec les Tories. En effet, le Labour a subi une lourde défaite en réunissant moins de 30% des voix. Le parti semblait usé par treize années à la tête du Royaume Uni et le Premier Ministre sortant n’a pas réussi à donner aux britanniques des raisons suffisamment solides pour rester au pouvoir. Celui qui avait affirmé avoir aboli les cycles économiques et remis les finances d’aplomb a grandement perdu en crédibilité avec la récession et l’explosion des déficits.

En outre, une alliance entre les travaillistes et les libéraux-démocrates se heurtait à plusieurs obstacles. Le principal était le fait qu’elle n’aurait même pas permis de dégager une majorité stable puisqu’il aurait manqué 11 députés pour atteindre la majorité absolue. En outre, Nick Clegg avait annoncé qu’il ne souhaitait pas contribuer à maintenir au pouvoir Gordon Brown et il fallait donc régler la question très délicate du leadership du Labour. Malgré les désaccords importants entre les deux partis, une telle issue est donc plus conforme aux résultats d’une élection où les Tories sont arrivés clairement en tête.

Quelles conséquences ?

En Grande-Bretagne, les conséquences devraient être sensibles. Cela devrait accélérer le plan de redressement des finances publiques puisque les conservateurs avaient annoncé vouloir aller plus vite que le gouvernement actuel. Une réforme du mode de scrutin devrait être proposée par référendum aux britanniques, les conservateurs ayant refusé d’intégrer une dose de proportionnelle sans consulter la population. Les libéraux-démocrates ont renoncé à leur volonté de rejoindre l’euro.

Mieux, tout transfert de souveraineté vers l’Union Européenne devra également être validé par référendum. Les conséquences internationales seront marquantes car la Grande-Bretagne va revenir à une attitude beaucoup plus hostile à l’égard de toute intégration européenne. Mais notre voisin d’outre-manche a également toutes les chances d’adopter une attitude beaucoup plus réservée à l’égard de la réforme du système économique. Car si Gordon Brown avait accompagné la libéralisation pendant 10 ans, dernièrement, ses propos laissaient entrevoir une évolution salutaire.

Au global, si cette alliance est surprenante d’un point de vue idéologique, elle correspond mieux aux résultats des élections. Point positif, elle devrait freiner toute évolution fédéraliste de l’Europe. Point négatif, elle devrait freiner également la réforme du système financier.

07.05.2010

La Grande-Bretagne sans majorité

C’est le résultat que tout le monde espérait éviter. Les élections législatives britanniques se soldent par un Parlement où ni le Parti Conservateur ni même une coalition entre les travaillistes et les libéraux-démocrates n’ont une majorité.

Un virage à droite

Au final, le résultat de ces élections est un succès pour David Cameron, le chef des Tories. Son parti arrive largement en tête des suffrages, avec 36% des voix, nettement devant le Parti Travailliste, à 27%. Les libéraux-démocrates, un temps en tête des sondages, font finalement 22%, soit le score qu’ils avaient fait en 2005. Mais les subtilités du système électoral britannique et l’implantation géographique des partis leur donnent respectivement 305, 255 et 61 députés.

Ce résultat valide en bonne partie la stratégie du jeune leader des conservateurs qui a recentré son parti sur de nombreuses questions, en parlant d’environnement et en garantissant le budget de la santé, pourtant largement augmenté par les précédents gouvernements travaillistes. Son « conservatisme compassionnel » a de nouveau donné envie aux britanniques de lui confier le pouvoir, ce qui est un exploit après une série de trois lourdes défaites électorales.

Mais il va lui manquer une vingtaine de sièges pour pouvoir gouverner sereinement. Et, c’est une surprise, une coalition entre le parti travailliste et les libéraux-démocrates n’aurait pas non plus de majorité au Parlement. Bref, une majorité claire ne pourra être obtenue qu’avec une alliance avec les petits partis. Et sinon, Gordon Brown pourrait se voir confier par la Reine le soin de former un nouveau gouvernement, à  moins qu’il ne concède la défaite.

Un perdant + un perdant = deux gagnants ?

Car il faut être clair. Avec seulement 27% des voix, soit 9 points de moins que les conservateurs, les travaillistes enregistrent une défaite bien plus sévère que ne le suggère la répartition des députés. L’autre grand perdant est Nick Clegg, le chef des libéraux-démocrates, et révélation de la campagne, qui ne fait que rééditer le score d’il y a cinq ans, après avoir espéré beaucoup plus. Cependant, les deux dirigeants défaits de la campagne pourrait être tentés de s’entendre…

En effet, même si elle n’aurait pas la majorité absolue, une alliance des deux disposerait de davantage de sièges que les conservateurs, et avec le soutien d’un petit parti, elle pourrait peut-être avoir une majorité absolue. Après tout, les travaillistes pourraient bien être tentés d’infliger une défaite aux conservateurs en les privant du pouvoir. Et les libéraux-démocrates pourraient chèrement monnayer leur soutien, par exemple en obtenant la part de représentation proportionnelle qu’ils réclament depuis si longtemps.

A priori, David Cameron semble en meilleure position pour devenir Premier Ministre car sa victoire est assez nette, même s’il n’obtient pas la majorité absolue. Cependant, les résultats de cette élection pourraient encore réserver une sacrée surprise…

03.05.2010

Quelle majorité pour la Grande-Bretagne ?

Ce jeudi, les britanniques voteront pour des élections législatives qui promettent d’être très disputées. Les sondages indiquent une possible déroute du Labour de Gordon Brown, seulement 3ème aujourd’hui, mais aussi la perspective d’un parlement sans majorité.

Le troisième homme qui bouleverse la donne

Il y a quelques mois, l’issue de l’élection semblait simple. L’avance de plus de dix points dont disposaient les conservateurs de David Cameron ne semblait pas rattrapable par un Gordon Brown dont on estimait qu’il avait déjà de la chance de pouvoir représenter son parti à nouveau. Puis, peu avant la dernière ligne droite, le parti travailliste s’est rapproché au point de faire entrevoir un scénario comparable à celui de 1992, lorsque John Major avait gagné des élections promises aux travaillistes.

Mais tout a changé avec les débats télévisés entre les trois leaders des principaux partis. Le résultat le plus marquant de cette élection est sans doute l’ascension de Nick Clegg, le chef des libéraux-démocrates. Le Guardian, soutien traditionnel du parti travailliste, a décidé de changer de camp pour soutenir le nouveau venu. Les libéraux-démocrates disposent de deux grands points distinctifs : ils se sont opposés à la guerre en Irak, contrairement aux deux grands partis, et sont très « europhiles ».

Quelle Assemblée dans 5 jours ?

Les sondages donnent aujourd’hui les conservateurs en première position avec 35% des voix, suivis des libéraux-démocrates, à 28%. Les travaillistes arriveraient bon derniers avec à peine un quart des suffrages. Mais le système électoral, où celui qui arrive en tête au premier tour qui remporte le siège peut réserver bien des surprises. Le parti travailliste bénéficierait ainsi d’une géographie électorale plus favorable qui devrait lui permettre de limiter la casse dans ses bastions.

Cependant, la dynamique actuelle, avec un creusement de l’écart entre les deux anciens partis pourrait finalement redonner une chance à David Cameron de gagner vu l’état de faiblesse d’un Gordon Brown qui ne parvient pas à convaincre. Et si les Tories ne parviennent pas à s’imposer clairement, les libéraux-démocrates pourraient alors s’essayer au pouvoir, les deux autres partis cherchant d’ors et déjà à attirer les faveurs du parti qui pourrait détenir les clés de la majorité.

Quelques soient les résultats, la Grande-Bretagne est à l’aube d’un grand changement. Soit David Cameron réussit le pari engagé en 2005 de rendre son parti à nouveau éligible. Soit les libéraux-démocrates accèdent au pouvoir après près d’un siècle de mise à l’écart.

25.12.2009

Gordon Brown redécouvre la lutte des classes

Après un léger rebond à l’automne 2008 au pic de la crise financière, le parti travailliste semblait parti pour une défaite aussi cinglante que celle qu’il avait infligée aux conservateurs en 1997. Mais depuis quelques semaines, il semblerait que l’élection puisse être plus serrée qu’annoncé.

Les aristocrates à la lanterne

Comme le raconte The Economist dans son édition du 12 décembre, le Premier Ministre Britannique multiplie les initiatives contre la « haute », incluant une attaque contre Eton, l’école de David Cameron. Il a introduit une nouvelle tranche d’imposition sur le revenu à 50% (contre 40% en France ou aux Etats-Unis pour la tranche la plus élevée). Ensuite, le gouvernement vient de décider de taxer à 50% les bonus supérieurs à vingt-cinq mille livres qui seront payés en 2010.

Ces mesures font partie d’un plan d’ensemble puisque le gouvernement a également décidé de maintenir à quarante-quatre mille livres le seuil à partir duquel s’applique la tranche d’imposition à 40% et à trois cent vingt cinq mille livres le seuil à partir duquel s’applique l’impôt sur les successions (alors que les conservateurs veulent le monter à un million). Le gouvernement a également annoncé une réduction de 50% du budget dédié aux consultants et une révision des plus hauts salaires de l’administration.

Un nouveau Roosevelt ?

Avec beaucoup d’enthousiasme, on pourrait finir par se dire que Gordon Brown se révèle par la crise. Après tout, c’est lui qui a inspiré les mesures les plus radicales qui ont permis au monde d’éviter de sombrer dans une crise économique comparable à la Grande Dépression des années 30. Le plan européen de soutien aux banques de l’automne dernier n’était qu’un décalque du plan britannique appliqué aux autres pays. En outre, il a nationalisé une partie importante du secteur bancaire.

Mieux, le Royaume-Uni n’hésite pas à recourir à des déficits colossaux pour ranimer l’économie. En effet, le déficit atteint 175 milliards de livres cette année, soit plus de 12% du PIB. Le gouvernement tire bien les leçons des années 30 en évitant une rigueur qui ne ferait que prolonger la dépression économique sans réellement permettre une amélioration des comptes publics qui seraient plombés par la baisse des recettes. La hausse des impôts des plus riches rappelle également Roosevelt.

Peut-il gagner les élections de 2010 ?

Mais il y a quand même une grande différence entre les deux. En effet, Franklin Roosevelt avait appliqué la politique qu’il avait annoncé pendant la campagne électorale de 1932. Au contraire, Gordon Brown semble défaire ce qu’il avait mis en place avec le New Labour. Du coup, ce virage à gauche peut ne sembler être qu’un virage tactique à l’approche d’élections qui promettaient d’être une véritable déroute à moins de changer radicalement la donne.

Il est difficile de savoir ce que Gordon Brown pense réellement. Avec ces mesures fiscales ou la défense d’une taxe Tobin, son virage à gauche est impressionnant. Et il semble que cette stratégie fonctionne puisque l’avance des conservateurs dans les sondages a fondu à moins de 10 points, ce qui priverait David Cameron d’une majorité claire en 2010. On en vient même à se demander si la défaite du Labour est vraiment certaine et s’il ne pourrait pas finalement l’emporter…

Curieux destin que celui de Gordon Brown. Après s’être fait le zélateur de la cause néolibérale au point de passer pour un homme de centre-droit sur un échiquier continental, la crise et la promesse d’une déroute électorale provoque une mue dont on ne saura sans doute jamais si elle était sincère.

11.11.2008

L’incroyable résurrection de Gordon Brown

Si la crise économique a contribué à l’élection de Barack Obama aux Etats-Unis, ses conséquences ne se sont pas arrêtées à l’Océan Atlantique. En Europe, elle a provoqué un sursaut des gouvernements en place, notamment en Grande-Bretagne, où le rebond de Gordon Brown est spectaculaire.

Le Premier ministre anglais est décidemment le spécialiste du grand huit dans les sondages. Ayant succédé à Tony Blair sans élection, le terne ministre des finances avait connu une brève lune de miel dans les sondages pendant l’été 2007, qui avait permis aux travaillistes de repasser devant les conservateurs. Les bons sondages et la possibilité d’y gagner une onction démocratique lui avait fait envisager des élections législatives anticipées à l’automne. Mais, après quelques atermoiements et cafouillages gouvernementaux, Gordon Brown y avait finalement renoncé, entrant dans un cycle infernal qui a fait de lui le Premier ministre le plus impopulaire depuis John Major. Le plongeon des travaillistes dans les abîmes des sondages est d’autant plus fort que les conservateurs ont réussi à se réformer de manière spectaculaire sous la houlette de David Cameron, qui s’inspire ouvertement des méthodes de… Tony Blair en recentrant son parti.

Il y a quelques semaines, la question était plutôt de savoir si Gordon Brown allait pouvoir terminer son mandat ou s’il allait carrément subir les affres d’un putsch interne pour le renverser. Cet été, le ministre des affaires étrangères, David Miliband, un des favoris pour lui succéder, avait entretenu la polémique à travers une tribune ambiguë. Mais finalement, la convention des Travaillistes fin septembre s’était bien passée pour le Premier ministre, malgré un retard de plus de vingt points dans les sondages par rapport aux conservateurs. Le parti au pouvoir hésitait alors à lancer une guerre civile avant les élections qui auront lieu au plus tard en 2010. Puis, la crise financière s’est brutalement amplifiée et après quelques hésitations, Gordon Brown a mis au point le plan qui a inspiré tous les autres leaders, à savoir nationalisation partielle ou totale des banques en difficulté et garantie des échanges interbancaires. Il a également remanié le gouvernement en y faisant entrer Peter Mendelson, son ancien ennemi.

Et depuis l’annonce de ce plan, la popularité du Premier ministre est tellement remontée dans l’opinion que certains travaillistes se demandent s’il ne faudrait pas convoquer des élections anticipées, même si les conservateurs ont toujours près d’une dizaine de points d’avance dans les sondages. Après tout, les conséquences de la crise risquent de rendre à nouveau les travaillistes impopulaires alors que le retour en grâce de l’Etat les favorise sur le moment. L’expérience de Gordon Brown peut également apparaître comme plus rassurante que la jeunesse de David Cameron, même si ce dernier a réussi à radicalement transformer l’image des conservateurs. Pour soutenir cette option, malgré tout improbable, les travaillistes peuvent s’appuyer sur le beau résultat d’une élection législative partielle en Ecosse qui a vu le candidat travailliste l’emporter avec plus de 50% des voix.

Malgré tout, le formidable recentrage politique des Tories rend quasiment impossible une victoire de Gordon Brown aux élections législatives. L’envie de changement des Britanniques devraient être renforcée par la crise, même si sa bonne gestion permettra sans doute une défaite honorable au Labour.

Source : http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/10/22/le-gouvernement-britannique-opte-pour-une-relance-keynesienne_1109760_1101386.html#ens_id=1110013