30.01.2010

Nicolas Sarkozy, un schizophrène à Davos

Il n’y est pas allé de main morte ! Parlant en ouverture du forum de Davos, Nicolas Sarkozy a livré un discours (sans doute écrit par Henri Guaino) que ne renierait pas les altermondialistes. Mais son problème, comme toujours, est l’adéquation entre les mots et les gestes.

Un discours quasiment parfait ?

En entendant des extraits de l’intervention du président de la République à Davos, mon sentiment était très partagé. D’un côté, j’étais proprement estomaqué par la radicalité des propos du chef de l’Etat et leur proximité avec les tenants d’une véritable alternative économique. Ainsi, il a affirmé que cette crise est une « crise de la mondialisation ». Il a dénoncé ceux pour qui « le marché a toujours raison » et ceux « qui gagnent à tous les coups ». Il a attaqué la déréglementation de la finance, du système monétaire et même du commerce, un écho surprenant de ma critique de l’anarchie néolibérale !

Mieux, il a proposé une grande réforme du Système Monétaire International, appelant de ses vœux un « nouveau Bretton Woods », dénonçant le « dumping monétaire » de certains pays. Il a même soutenu les dernières propositions de Gordon Brown sur la mise en place d’une taxe sur la spéculation ainsi que celles de Barack Obama sur la réglementation de la finance, avec une refonte des règles prudentielles. Bref, Nicolas Sarkozy a fait feu de tout bois proposant une réforme du système économique globale que ne renieraient pas les intellectuels alternatifs.

Une simple posture

Mais, comme toujours avec le locataire de l’Elysée, il faut se méfier de l’écart entre les déclarations et les actes. Après tout, nous sommes en 2010. Le pic de la crise remonte désormais à près de 18 mois et le moins que l’on puisse dire est que les discours radicaux du président peinent à se traduire en actes concrets. Rien ne se passe au niveau européen. Les mesures du G20 sur les paradis fiscaux sont un rideau de fumée ridicule. Et le même comité (Bâle 2) qui avait construit les règles prudentielles des banques qui ont mené au désastre est en charge de construire les nouvelles règles.

Au niveau européen, il n’a rien construit de concret, alors que l’Europe pourrait mettre en place des règles spécifiques. Le traité de Lisbonne, qu’il a adopté, sanctifie tous les travers de la déréglementation qu’il dénonce. Sur le plan des propositions, il est en retard sur Gordon Brown et Barack Obama. Au niveau national, il laisse les banques transformer le projet de taxe sur les bonus en loi indolore, avant que quelques dissidents de l’UMP et le PS ne se rebellent. Bref, l’écart colossal entre ce qu’il dit et ce qu’il fait, révèle que ses discours ne sont que des postures destinées à donner le change à l’opinion.

Comment un chef de l’Etat peut-il faire pour assumer un tel écart entre ses paroles et ses actes ? Peut-on être suffisamment cynique pour dire une chose et quasiment faire le contraire après. De toutes les façons, nous jugerons cet immense décalage en 2012.