21.12.2008

Le gaullisme, une boussole pour le 21ème siècle

Il y a cinquante ans, le plus illustre des Français devenait Président de la République. Trente après, le système communiste s’effondrait et certains y voyaient la fin de l’histoire et la victoire du modèle libéral anglo-saxon. Malheureusement, ce système montre tous les jours ses limites. Et si l’héritage du Général de Gaulle pouvait encore nous guider pour le 21ème siècle ?

Une pensée plus contemporaine que les autres

Cette question en surprendra sans doute beaucoup qui ne manqueront pas de se demander en quoi les idées d’un homme du 20ème siècle peuvent guider la France du troisième millénaire. Cependant, la pensée gaulliste est bien plus récente que les pensées libérales ou socialistes qui sont pourtant les pierres angulaires de la plupart des partis de gouvernement en Europe…

En outre, le plus illustre des Français s’est souvent fait remarquer par une capacité hors du commun d’anticiper le cours des évènements. Il avait vu avant les autres le bouleversement que la force mécanique apportait à l’art de la guerre, plaidant en vain pour la constitution de divisions blindées en France alors que le Führer les appliquait en Allemagne. Le 18 juin 1940, son appel expliquait déjà comment la guerre allait se finir. Il avait également vu que la Russie de toujours finirait par boire le communisme, qui n’était qu’un nouvel habit de son impérialisme.

Sur beaucoup de questions que le monde moderne se pose aujourd’hui, le gaullisme peut à nouveau se révéler être une boussole bien utile pour nous diriger. Que ce soit sur l’organisation des pouvoirs publics, l’organisation de l’économie, les relations internationales, les grands principes du Général de Gaulle peuvent encore nous guider. Car il ne nous a pas laissé une feuille de route qu’il conviendrait d’appliquer quelques soient les circonstances. Il était un pragmatique qui savait adapter ses décisions en fonction du moment. Les principes qu’il nous a légués peuvent encore nous guider.

Une pensée économique alternative bien utile

La crise économique actuelle en est sans doute le meilleur exemple. En 1965, le Général affirmait que « le laisser faire ! le laisser passer ! appliqué à l’économie depuis l’aurore du machinisme a souvent, grâce au bénéfice, à l’esprit d’entreprise, à la libre concurrence, donné au développement une puissante impulsion. Mais on ne saurait méconnaître qu’il en est résulté beaucoup de rudes secousses et une somme énorme d’injustices ». Paradoxalement, ces paroles sont encore plus actuelles aujourd’hui que dans les années 60, où les inégalités se réduisaient et où la croissance était régulière.

En revanche, elles trouvent une grande modernité à l’époque des parachutes dorés, des délocalisations boursières et des travailleurs pauvres. Et que dire des secousses économiques que nous traversons depuis 1987, entre de multiples krachs boursiers et crises économiques provoquées par des bulles financières, dont on imagine bien ce qu’aurait pu penser le Général, pour qui la « politique de la France ne se faisait pas à la corbeille ». Toute sa vie, il a cherché à créer un système économique dont l’homme était la seule finalité, la « seule querelle qui vaille », alors qu’aujourd’hui l’homme semble au service de la finance.

Le Général de Gaulle, s’il croyait à l’économie de marché, voulait dépasser le capitalisme de deux manières. Tout d’abord, en l’encadrant par un Etat qu’il n’hésitait pas à qualifier de « dirigiste ». Et c’est ce dont nous avons besoin aujourd’hui. Les Etats doivent reprendre la main sur les marchés et le monde de la finance pour beaucoup mieux les réglementer. La deuxième était l’association du capital et du travail pour « ouvrir une brèche dans le mur qui sépare les classes » parce que « le capitalisme du point de vue de l’homme n’offre pas de solution satisfaisante ». Cette troisième voie reste à inventer et est sans doute le moyen d’humaniser une économie de marché dont les travers néolibéraux sont chaque jour plus flagrants.

Une pensée géopolitique adaptée au troisième millénaire

La pensée gaulliste n’est pas moins actuelle en matière géopolitique. Alors que le monde vivait dans un contexte de guerre froide entre les deux super puissances qu’étaient les Etats-Unis et l’URSS, le Général de Gaulle rejetait ce partage du monde pour proposer une vision davantage multipolaire, où l’Europe serait Européenne plus qu’occidentale, où l’Occident justement renoncerait à son tropisme parfois impérialiste pour davantage respecter les autres cultures et civilisations. Il fut le premier dirigeant occidental à se rendre en URSS et en Chine, ouvrant la voie aux Etats-Unis d’un Richard Nixon qui l’admirait beaucoup.

Et le nouveau contexte planétaire correspond parfaitement à la vision gaulliste. Le monde devient de plus en plus multipolaire, avec l’émergence de la Chine et de l’Inde, le réveil de la Russie mais aussi l’affirmation du Brésil. Bref, les Etats-Unis et l’Europe ne sont plus seuls. Cela impose à l’Occident et notamment aux Etats-Unis d’en finir avec ses mauvais réflexes et d’adopter une position plus ouverte sur le monde. Dans ce cadre là, la France a encore un grand rôle à jouer, à la fois par son histoire, qui lui a fait planter son drapeau sur tous les continents, mais aussi par sa vision plus équilibrée des relations internationales, qui peut en faire le pont entre le Nord et le Sud comme celui entre l’Ouest et l’Est. L’épisode de la guerre d’Irak montre que notre pays a toujours vocation à un rôle majeur.

Le plus démocrate des démocrates

La pensée du Général de Gaulle peut également être une source d’inspiration pour l’organisation du pouvoir politique. Déjà dans les années 30, alors qu’il était pourtant militaire, il soutenait que la conduite de la guerre était une affaire politique à cause de l’ampleur des éléments à maîtriser et il ne souhaitait pas qu’elle fût décidée directement par des militaires. Toute sa vie durant, il a défendu une conception de la démocratie où le peuple devait décider des grandes orientations politiques, ce qu’il a mis en place avec la Cinquième République et l’élection du président de la République au suffrage universel.

Aujourd’hui, cette responsabilité des politiques devant le peuple est à nouveau battue en brèche par deux phénomènes. Le premier est le pouvoir croissant d’institutions technocratiques indépendantes, qui ont conquis des pans importants du pouvoir politique, au premier rang desquels les banques centrales. Le second est purement européen avec une construction qui ne tient pas compte du vote des peuples et a tendance à confisquer une part très importante des pouvoirs politiques pour les exercer sans réel contrôle, de manière irresponsable et anti-démocratique.

Deux auteurs Américains, Joseph Stiglitz (prix Nobel d’économie) et Robert Reich (ancien ministre de Bill Clinton), ont dénoncé cette dérive anti-démocratique de nos sociétés dans « La grande désillusion » et « Supercapitalisme ». Fort heureusement, ils ne sont adeptes de la théorie du complot et soulignent que ces institutions technocratiques agissent en général en pensant bien faire mais que leur nature même les pousse à l’erreur. Leurs analyses, faites de culture de la responsabilité, d’humanisme et de souci démocratique, rappellent celles du Général à propos de la Quatrième République. Comme en 1958, le gaullisme peut nous aider à restaurer un système plus démocratique et responsable.

Bien plus que le socialisme ou le libéralisme, la pensée gaulliste peut nous guider dans ce nouveau millénaire. Elle nous offre une boussole bien utile pour nous diriger sur les trois défis des prochaines années : refonder l’économie après la crise, apaiser les relations internationales et défendre la démocratie. 

21.06.2008

Sarkozy et l’OTAN : le contre-sens gaulliste du Monde

Nous ne sommes pas le 1er avril, mais pourtant Patrick Jarreau a écrit un article qui aurait pu passer pour une blague du Monde. La thèse du journaliste est pour le moins originale : le retour dans l’organisation militaire de l’OTAN décidé par Nicolas Sarkozy serait un geste éminemment gaullien !

Tout d’abord, il est pour le moins paradoxal de voir un journal opposé à tout ce que représente le Général de Gaulle créditer l’actuel président d’un brevet de gaullisme. C’est un peu comme si Etienne Mougeotte décernait la médaille Jaurès à Ségolène Royal ! Je lis Le Monde depuis près de 20 ans car cela reste le quotidien national que je préfère lire mais le quotidien du soir ne s’est jamais distingué par son attachement au gaullisme… La Constitution de la Cinquième République y est le plus souvent brocardée, que ce soit pour l’utilisation du référendum, vu comme un parent proche du plébiscite, l’élection du président de la République au suffrage universel ou le primat de l’exécutif. De même, la tonalité volontiers libérale, libertaire et atlantiste du journal est bien éloignée des principes gaullistes…

La tribune de Patrick Jarreau apparaît donc comme un OVNI journalistique. La thèse du journaliste est la suivante : Nicolas Sarkozy a de grandes ambitions pour sa présidence, ce qui le rend éminemment gaulliste, voire même gaullien. Il y a une petite différence entre les deux : le Général avait de l’ambition pour son pays, le locataire actuel de l’Elysée a surtout de l’ambition pour sa propre personne. Il compare l’audace du président actuel avec celle que le premier président de la Cinquième République eut pour faire rentrer notre pays dans son siècle en 1958. Dans un raisonnement alambiqué, il soutient que cette décision permettra de rassurer nos partenaires européens sur notre volonté de créer un pôle européen de défense mais aussi que cela réhabiliterait la vision du monde des Etats-Unis, mise à mal par la guerre d’Irak que nous avions dénoncée. La radicalité de cette option la rendrait gaullienne…

Ce raisonnement original, pour ne pas être méchant, est assez incompréhensible. Tout d’abord, il part du présupposé que les Etats-Unis souhaitent la création d’un pôle de défense européenne vraiment indépendant alors qu’ils refusent de partager le pouvoir au sein de l’OTAN. Ensuite, le retour au sein du commandement armé d’une organisation dirigée par une puissance étrangère est en totale contradiction avec le souci d’indépendance nationale qui est un principe fondateur du gaullisme. Ensuite, il est proprement incroyable d’accorder un visa gaulliste au fait de valider a posteriori l’agression de l’Irak par les Etats-Unis alors que cette guerre impérialiste a été déclenchée sur de faux prétextes et mal conduite, pour le plus grand malheur du pays détruit et occupé, dont les ressources pétrolières étaient sans doute le véritable objectif.

Patrick Jarreau souhaitait sans doute faire un effet de style en accordant un bien bizarre visa gaulliste à Nicolas Sarkozy à propos de sa décision sur l’OTAN. Dans la réalité, cette décision est une pièce de plus qui montre que Nicolas Sarkozy n’est vraiment pas gaulliste, tout comme le Monde.

Source : http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/06/20/nicolas-sarkozy-et-l-otan-gaulliste-ou-gaullien-par-patrick-jarreau_1060803_3232.html

13.04.2008

Gaullisme, leadership et idéologies

Roland Hureaux a compilé dans un ouvrage appelé « L’actualité du gaullisme » une série d’études sur de Gaulle et le gaullisme. Bien loin du livre politique ou même d’une histoire du gaullisme, il fournit des éclairages très intéressants sur la pensée du Général.

À dire vrai, le titre de l’ouvrage « L’actualité du gaullisme » est un peu trompeur dans la mesure où ce n’est que le titre de la première des cinq études présentes dans cet ouvrage. Outre l’actualité du gaullisme, Roland Hureaux propose une analyse des « sources du gaullisme : Chateaubriand et le libéralisme catholique », une étude de « la politique, la guerre et le verbe ». Puis il soutient que le gaullisme est « une politique sans idéologie » avant de se demander si « le Général fut infaillible ». Ces cinq études ont en commun une profondeur d’analyse intéressante ainsi qu’une volonté de tous les instants d’apporter un éclairage différent sur le gaullisme. En cela, ce livre offre une lecture plus enrichissante que la énième biographie du Général.

La première étude sur « l’actualité du gaullisme » présente une analyse originale puisque Roland Hureaux attribue l’actualité de la pensée du politique du Général de Gaulle à des fondamentaux très simples qu’il résume ainsi : « la politique consiste à bien diriger un groupe humain donné à un moment donné ». L’auteur décrit ainsi le Général comme un dirigeant au « leadership » exceptionnel (il emploie lui même ce terme, sans véritable équivalent en français). Il souligne son réalisme et son franc-parler, nécessaire à la conduite de la France. Il montre également son côté visionnaire, qui lui a fait continuer à parler de la Russie au lieu de l’URSS, qui n’était pour lui qu’une incarnation temporaire et impériale de la « Russie de toujours ».

L’auteur soutient que la croyance en la nation du Général tenait de « l’observation d’un fait empirique et non pas d’une option métaphysique », comme pour les nationalistes. Ce principe lui commandait un respect de tous les instants des réalités nationales, qui ne devaient pas être humiliées puisque « la nation n’est pas la source des conflits ; en revanche la négation de la nation est à l’origine de toutes les guerres ». Roland Hureaux traduit justement que « pour aimer les autres peuples, (…) il faut commencer par aimer le sien propre ». Il insiste sur l’humanisme du Général, qui avait expliqué en conférence de presse que « la seule querelle qui vaille, c’est celle de l’homme ». Il détaille ensuite les qualités de chef du Général, sa liberté, ses valeurs, sa capacité d’adhésion, son réalisme qui lui faisait toujours regarder la réalité en face, alors que les régimes autoritaires mentent.

Le deuxième apport capital à la réflexion sur le gaullisme de Roland Hureaux est son étude « une politique sans idéologie ». À dire vrai, cette partie m’a beaucoup surpris au début dans la mesure où le Général était un homme de convictions et que le gaullisme me semblait pouvoir être une idéologie, au sens de système de pensée politique, système d’idées. L’auteur dénonce avec violence les excès consubstantiels des idéologies en les qualifiant « d’intolérantes et antidémocratiques », en soulignant leur tendance à refuser la réalité pour des « chimères ». Il souligne que le Général tenait aux réalités nationales par sentiment mais aussi par raison. Il souligne que le pragmatisme du Général, qui tenait à la « doctrine des circonstances », l’opposait fondamentalement aux idéologies. Roland Hureaux termine néanmoins son étude en soulignant que la politique du Général de Gaulle fut néanmoins inspirée par des principes.

L’intérêt de ce livre réside clairement dans sa capacité à provoquer la discussion et la réflexion, du fait de ses parti pris très tranchés. Je ne suis néanmoins pas complètement d’accord avec son analyse des qualités de chef (le « leadership ») du Général. A lire l’auteur, on a presque l’impression que le rôle de Président de la République s’apparente à celui de patron d’une grande entreprise. Si, bien sûr, les politiques peuvent apprendre du monde l’entreprise, je ne crois pas qu’on puisse aller au-delà. Le pragmatisme, le réalisme et le franc-parler ne sont pas tout. Un chef politique se doit de donner du sens à son action pour faire avancer une nation, expliquer la direction qu’il souhaite faire prendre au pays et ce sens ne peut venir que de convictions fortes. Et pour moi, les portraits du Général en chef pragmatique et réaliste me semblent toujours oublier la dimension romantique et idéaliste du personnage.

Et pour cela, il a besoin de faire reposer cette action sur des valeurs, des principes auxquels une majorité de citoyens ont adhéré lors d’élections. Je souscris volontiers à l’analyse de l’auteur sur les excès de l’idéologie, qui peut pousser à un dogmatisme irréaliste et mensonger. Je suis également d’accord sur le fait que la pensée du Général ne correspond pas à une idéologie stricte et qu’elle repose plutôt sur quelques grands principes, que ce soit sur l’organisation institutionnelle, la politique étrangère, le respect des réalités nationales, l’humanisme, la laïcité… Néanmoins, ne peut-on pas se demander si cette addition de principes ne forment pas un embryon d’idéologie ? Le gaullisme pourrait d’ailleurs être prémuni des excès de certaines pensées par son réalisme, son humanisme ou sa croyance sans faille à la démocratie. Mais tout dépend de là où l’on met le curseur entre principes et idéologie.

Que l’on soit d’accord ou pas avec les théories de Roland Hureaux, elles constituent une base de réflexion intéressante car elles sont bien argumentées, même si l’auteur n’hésite pas à dessiner un portrait très engagé et personnel du Général. Il apporte ainsi sa pierre à l’analyse du gaullisme.

Source : L’actualité du gaullisme, Roland Hureaux, éditions Combats pour la liberté de l’esprit, François-Xavier de Guibert

25.03.2008

26 ans avec le Général

Jean Mauriac, fils du célèbre écrivain, fut le journaliste accrédité par l’AFP auprès du Général de Gaulle dès la Libération jusqu’à sa mort. Dans ces conversations avec Jean-Luc Barré, il livre son souvenir du grand homme qu’il a toujours admiré.

Le fils de François Mauriac, comme il se présente volontiers, a commencé son métier de journaliste comme correspondant de l’Agence France Presse auprès du Général en 1944 dès son arrivée à Paris. Plus de soixante ans après, il admet volontiers que son nom lui permit de débuter sa carrière à un tel poste. Tant qu’à être suivi par un journaliste, l’entourage du Général préférait qu’il soit issu d’une famille gaulliste (François Mauriac écrivit dans de nombreuses publications de la Résistance et Claude, son frère, assistait le Général à la même époque). C’est ainsi que Jean Mauriac commença à couvrir le Général et qu’il fut le seul journaliste à le suivre dans tous ses déplacements officiels, en étant parfois le seul journaliste présent.

Si le livre contient un premier tiers consacré à la vie des Mauriac, les deux tiers restants sont consacrés aux souvenirs du journaliste sur le Général. Et si Jean Mauriac fut sans doute un grand journaliste reconnu comme tel à l’AFP, il fut également un gaulliste des plus fidèles. De toutes ces pages ressort une admiration profonde pour l’homme qui releva la France en 1940, une admiration née à l’adolescence et qui ne semble jamais avoir perdue les élans que cette période de la vie peut donner. Jean Mauriac nous parle des détails de la vie quotidienne, qui révèle un Charles de Gaulle profondément humain et attentif à toutes les personnes qui l’entourent, comme des tranches d’histoire qu’il a façonnées tout au long de sa vie.

Dans ce livre trop court, il ne peut revenir sur toutes les étapes de l’épopée gaulliste. Il se consacre donc plus particulièrement à la décolonisation et à la dernière année du Général à l’Elysée, évoquant rapidement ses voyages à l’étranger (Mexique, Québec, Etats-Unis) et oubliant certains épisodes importants. Mais le regard qu’apporte l’ancien journaliste de l’AFP est toujours particulièrement intéressant dans la mesure où il cherche à apporter une lumière nouvelle sur des évènements qui posent encore des questions (décolonisation, Baden, référendum de 1969).

C’est ainsi qu’il apporte de nouveaux éléments pour soutenir que le Général a très rapidement compris que l’indépendance était la seule voie pour l’Algérie, dès l’été 1958. Bien sûr, la communication élyséenne évolua petit à petit, mais Jean Mauriac souligne que le Général ne pouvait pas vraiment faire autre chose et que dès 1959, son discours officiel était clair, même si certains refusaient de l’écouter. Il prend également une position très tranchée sur mai 1968 et l’escapade à Baden Baden. Contrairement à une certaine mythologie, il soutient que cet aller-retour n’était pas purement tactique et que le Général ne savait pas forcément s’il reviendrait de ce voyage. C’est l’échange avec le Général Massu qui réussit à le convaincre de revenir. Enfin, même s’il ne prend pas clairement position, il semble accréditer la thèse du suicide politique pour le référendum de 1969, comme Romain Gary.

De la lecture de ce livre reste la profonde admiration que porte Jean Mauriac au Général, ce héros humain qu’il dépeint pendant tout le livre. Car s’il décrit bien la force de l’homme qui a si bien écrit notre histoire, il lui donne une dimension particulière en montrant son humanisme de tous les instants.

Source : Le Général et le journaliste, Jean Mauriac, Fayard