07.12.2008

Un Parti Socialiste toujours aussi fracturé

Hier, Martine Aubry a présenté son équipe et son texte d’orientation au Conseil National. Mais comme le vote l’illustre, avec seulement 146 voix pour sur un collège de plus de 300 membres, l’unité n’est même pas de façade au Parti Socialiste.

La conclusion du Congrès de Reims est sans doute la pire qui pouvait arriver au PS : le Tous Sauf Ségolène n’a remporté qu’une victoire à la Pyrrhus, qui n’élimine pas l’ancienne candidate à la présidentielle. Et surtout, la nouvelle majorité est profondément divisée. Car s’il a fallu l’union de trois motions pour arriver à barrer la route du premier secrétariat à la présidente de Poitou-Charentes, chacune des trois motions était déjà une union rassemblant divers camps, aux intérêts divergents et aux visions très différentes.

La motion Delanoë par exemple a réparti ses sièges à 45% pour les partisans du maire de Paris, 45% pour les partisans de François Hollande et 10% pour ceux de Pierre Moscovici. La motion Aubry peut être elle aussi découpée en trois tiers : les partisans de Laurent Fabius, ceux de Dominique Strauss-Kahn et ceux de la maire de Lille. Et encore, on ne compte pas Arnaud Montebourg, qui roule essentiellement pour lui-même. Enfin, la motion Hamon rassemblait des partisans de Jean-Luc Mélenchon, des soutiens d’Henri Emmanuelli et les proches du candidat. Bref, le Parti Socialiste est découpé en une multitude de chapelles dont l’unique point commun est l’ambition (trop souvent présidentielle) de son chef.

Comment faire alors fonctionner un tel attelage aussi hétéroclite ? Martine Aubry va diriger le parti avec pas moins de quatre présidentiables (DSK, Fabius, Delanoë et Hollande) dans son dos, prêts à l’éliminer s’ils en ont besoin, ainsi qu’une forte minorité interne, bien structurée autour de sa rivale. Pire, il n’y a aucune raison pour que la guerre des chefs cesse puisque le parti devra bien désigner un candidat à la présidentielle en 2011. Cela promet encore près de trois années de guerre de tranchée pour être dans la meilleure position possible pour représenter le Parti Socialiste en 2012.

Pour affronter les prochaines étapes électorales, Martine Aubry a choisi la solution de la synthèse en confiant le poste de porte-parole à Benoît Hamon, la rénovation à Arnaud Montebourg, la communication à François Lamy et la coordination à Harlem Désir. Chaque courant et sous-courant est représenté dans la nouvelle direction, hormis le camp Royal qui préfère rester dans l’opposition, sans doute pour mieux montrer que le rassemblement autour de Martine Royal est surtout un rassemblement contre leur chef. Et il est vrai que le camp vainqueur ne semble pas faire grand cas du camp vaincu, malgré des déclarations apaisantes.

Les trois prochaines années vont être plus que délicates pour le Parti Socialiste. Tout semble en place pour que le PS continue son processus d’autodestruction par la continuation d’une guerre des chefs qui ne trouvera son épilogue qu’en 2011. Des conséquences du choix d’un mauvais calendrier…

Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/12/06/direct... 

19.11.2008

La fracture socialiste et le conseiller municipal

Il paraît que Nicolas Sarkozy se plaît à parler de François Bayrou comme du conseiller municipal de Pau. Mais devant l’incroyable processus d’autodestruction du Parti Socialiste, il se pourrait bien qu’il soit le principal gagnant du congrès de Reims et qu’il ait pris une sérieuse option pour 2012…

Il faut dire que la succession de François Hollande se fait de la pire manière possible : un parti fracturé en quatre motions dont aucune ne dépasse les 30%, des chefs incapables de sacrifier leur ambition à l’intérêt général du parti et des échanges toujours plus aigres entre ceux qui s’appellent pourtant camarades en public. Rien n’est épargné à de pauvres militants dépassés par tant de haine, qui démontre bien que ce parti n’est plus qu’une franchise électorale que se disputent des ambitieux soucieux de leur carrière. Car c’est bien cette prédominance des ambitions sur les convictions qui explique cette incapacité à se rassembler et à se retenir devant les médias. Pire, aucun des scénarios possibles ne semble devoir mettre fin à cette guerre des tranchées, qui devrait se prolonger jusqu’en 2011.

Car même une victoire nette de Martine Aubry dès le premier tour ou au second ne suffira pas à ramener le calme dans le parti, même si cela aura peut-être le mérite de calmer les ardeurs de Ségolène Royal. En effet, sa coalition ne comporte pas moins de quatre candidats possibles à la prochaine présidentielle, sans compter François Hollande : elle, Laurent Fabius, Dominique Strauss-Kahn, et Bertrand Delanoë. Le ralliement de ce dernier cache simplement une volonté d’éliminer la candidate de 2007 et de faire partie du camp des vainqueurs. Du coup, après le drame de 2008, le PS devra à nouveau subir des primaires sans doute dévastatrices en 2011. Et il est évident que les autres présidentiables ne feront pas de cadeau à une Martine Aubry qu’ils chercheront à éliminer en espérant être en meilleure position qu’elle dans les sondages pour l’élection présidentielle de 2012…

Encore pire, il pourrait bien y avoir une victoire étriquée, que ce soit des partisans de Ségolène Royal ou de ses opposants. Dans le premier cas, il est difficile d’imaginer que le PS reste soudé derrière sa candidate de 2007, tant elle semble haïe. La moindre occasion sera utilisée pour l’abattre, notamment les élections européennes de l’an prochain. En outre, les règlements de compte entre ses opposants seront sans doute sévères et Martine Aubry sera sans nul doute lapidée par ses alliés d’hier pour sa volonté d’aller jusqu’au bout et ils lui attribueront l’entière responsabilité de l’élection de Ségolène Royal. Mais une élection étriquée de la maire de Lille ne sera guère plus satisfaisante car la présidente de Poitou-Charentes soulignera qu’à elle seule, elle pèse presque autant que tous les éléphants. Et outre peut-on totalement exclure une initiative en dehors du PS ? Enfin, l’attelage à la tête du PS restera une coalition d’intérêts divergents…

Bref, s’il y a un gagnant dans ce congrès, son nom est clairement François Bayrou. Devant l’image pitoyable que donne le Parti Socialiste depuis deux ans et qu’il donnera sans doute dans les trois prochaines années, il semble plus que probable que les Français préféreront donner sa chance au président du Modem pour affronter Nicolas Sarkozy au second tour de la présidentielle, avec une grande chance de succès. Après tout, lui se sera consacré à l’opposition au président sortant alors que socialistes se seront surtout consacrés à s’opposer entre eux… Mais le processus d’autodestruction du Parti Socialiste est si violent que d’autres personnes pourront peut-être émerger : Nicolas Dupont-Aignan s’il réussit un bon score aux élections européennes de juin 2009, voir Dominique de Villepin s’il sort de ses ennuis judiciaires à temps.

Nicolas Sarkozy a bien tort de se moquer du conseiller municipal de Pau. La guerre des chefs du Parti Socialiste lui ouvre grand les portes du second tour pour 2012. Et avec une crise économique dont les conséquences se feront encore sentir, les militants de gauche se feront un plaisir de voter pour lui.

Source : http://www.lemonde.fr/web/video/0,47-0@2-811987,54-1120249,0.html

14.11.2008

Les autoroutes de l’enfer du Parti Socialiste

Pour le guider d’ici à 2012, le PS a le choix entre une dizaine de conducteurs : pas moins de 6 éléphants (Royal, Aubry, Delanoë, Hollande, Fabius, DSK), et trois éléphanteaux (Hamon, Peillon, Dray), réunis en diverses alliances. D’ici une semaine, nous connaîtrons le nom du chauffeur et la voie empruntée.

Les culs de sac

A priori, Bertrand Delanoë est bien le grand perdant du vote de la semaine dernière. Dans la nouvelle géographie politique du parti, il apparaît bien isolé et incapable de prendre sa tête car il est en périphérie du jeu d‘alliance, n’ayant pas d’allié naturel pouvant lui apporter un soutien et n’étant pas arrivé en tête. Si Benoît Hamon fait encore mine de vouloir devenir premier secrétaire alors qu’il n’est arrivé que 4ème, il s’agit sans doute d’une posture tactique destinée à monnayer son soutien à plus gros que lui. En effet, en se maintenant, il joue indirectement le jeu de Ségolène Royal qui restera en tête si aucune alliance ne se conclut. Pour autant, il est peu probable que Martine Aubry et son improbable alliance de fabiusiens et strauss-kahniens accordent leur soutien au jeune leader de la gauche du Parti Socialiste car l’ascension de l’éléphanteau pourrait signifier la fin des éléphants…

La voie Aubry

Finalement, c’est peut-être elle la mieux placée pour remporter la mise. Après tout, l’alliance la plus naturelle, qui semble se dessiner, serait entre sa liste et celle de Benoît Hamon. Ensemble, ils ont réuni 44% des suffrages des militants et on imagine mal la liste Royal se coaliser avec la liste Delanoë… La maire de Lille pourrait donc disposer d’une solide majorité relative en s’alliant avec l’aile gauche du parti. Benoît Hamon a indiqué hier sur RTL qu’il était en discussion avancée et même s’il dit qu’il souhaite toujours être premier secrétaire, il s’agit sans doute d’une posture destinée à négocier son ralliement. Cependant, cette voie a deux limites. Tout d’abord, on peut se demander si les fabiusiens et les partisans de Dominique Strauss-Kahn ont réellement envie d’installer à la tête du parti une rivale si redoutable pour leurs chefs. Ensuite, il n’est pas sûr que dans un face à face contre Ségolène Royal devant les militants, ce ne soit pas la seconde qui l’emporte.

La voie Royal

Car même si son succès est très relatif (29% des voix des militants, contre 60% lors des primaires), Ségolène Royal conserve encore des chances de l’emporter. Son hésitation est sans doute la conséquence de son incapacité à former des alliances avec les autres motions. En effet, elle doit encore chercher 21% des suffrages des militants, ce qui n’est pas mince, surtout dans un contexte où l’on peut considérer qu’une partie des 71% des militants qui n’ont pas voté pour elle ont en partie voté contre elle. Néanmoins, dans un face à face avec la maire de Lille qui serait soutenue par la motion Hamon, il est difficile de prévoir les reports de voix des militants. Il n’est pas évident que Martine Aubry arrive à réunir plus de la moitié des suffrages et c’est bien Ségolène Royal qui pourrait tirer les marrons du feu en représentant une plus grande rénovation du parti.

La voie Peillon

C’est pour cela que la voie favorite du début de la semaine a encore de grandes chances devant elle. Les rapports de force entre les 6 présidentiables de plus de 50 ans du parti socialiste ne sont sans doute pas suffisamment clairs pour qu’un d’entre eux décide de jouer son avenir au poker la semaine prochaine, préférant attendre les primaires de 2011. Seule Ségolène Royal semble suffisamment joueuse. Dès lors, les éléphants pourraient s’entendre sur un candidat qui ne gène personne et une configuration (avec des secrétaires adjoints) qui permettrait de représenter les différentes motions, dans une perpétuation des grandes synthèses de François Hollande. En cela, l’option Peillon reste possible, même s’il est marqué ségoléniste. Mais Julien Dray, toujours candidat, pourrait représenter un bon compromis dans la mesure où il figurait sur la motion Delanoë et qu’il garde des contacts avec Ségolène Royal.

Le Parti Socialiste est à la croisée des chemins pour préparer la présidentielle de 2012. Cependant, il semble qu’aucune des routes qui se présentent ne lui permettra d’éviter la sortie de route tant le parti est fragmenté et miné par une guerre d’egos devenus beaucoup trop nombreux

Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/11/14/les-fr...

07.11.2008

Le Parti Socialiste en route vers l’autodestruction ?

Hier, les militants du PS se sont exprimés. Ils ont mis la motion de Ségolène Royal en tête avec 29% des voix. Les motions de Bertrand Delanoë et Martine Aubry suivent dans un ordre incertain autour de 25% alors que la motion de Benoît Hamon fait 19%. Rien n’est et sera sans doute réglé.

Le premier problème du Parti Socialiste est un manque de leadership. Alors que l’UMP est rassemblée autour de Nicolas Sarkozy, le principal parti d’opposition se cherche un chef. En Ségolène Royal, il avait trouvé une candidate très populaire qui avait réuni 60% des voix aux primaires pour les présidentielles. Malgré tout, elle n’a jamais réussi à s’imposer et son score d’hier montre  un affaiblissement de sa position qui ne lui permet pas de prendre le contrôle du parti, même si elle est arrivée en tête, d’autant plus que le rejet qu’elle suscite complique les alliances pour elle. Bertrand Delanoë et Martine Aubry n’ont pas réussi à arriver en tête, ce qui aurait pu leur donner une légitimité. Enfin, Benoît Hamon n’a pas réussi à surfer sur la crise économique pour faire mieux que 4ème. Résultat, le terrain semble d’autant plus ouvert que Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius ou François Hollande sont en embuscade.

Le second problème du Parti Socialiste est son positionnement idéologique. Et là aussi, rien ne semble réglé. Un succès de la liste Hamon qui lui aurait permis de s’allier avec la motion Royal ou Aubry lui aurait permis de peser sur la ligne du parti, qui aurait pu prendre un virage à gauche en réaction à la crise. Mais cette clarification n’aura pas lieu. La motion Hamon ne pèse pas suffisamment pour pouvoir former une majorité avec une autre motion et elle est affaiblie par le départ de Jean-Luc Mélenchon et Marc Dolez du parti. En outre, le Parti Socialiste est profondément divisé sur la stratégie électorale entre partisans et opposants de l’alliance avec le Modem (dont certains, comme Martine Aubry, ont pris l’opposé de leur position lors des élections municipales). Bref, le Parti Socialiste n’a pas de chef, ni de direction.

Et c’est bien ce que risque d’entériner le Congrès de Reims. Dans un prolongement des pratiques du futur ancien premier secrétaire François Hollande, c’est bien l’option d’une large motion de compromis qui va sans doute l’emporter, sans rien régler. Le parti est trop divisé pour se permettre une nouvelle bagarre pour la place de premier secrétaire. En effet, une alliance Delanoë / Aubry ne serait pas sûre d’obtenir la majorité et qui y mettre à sa tête ? Et on voit mal une de ces deux listes s’allier à Ségolène Royal pour former une majorité un peu plus solide. La solution probable est donc un grand compromis impliquant la plupart des motions et aboutissant à l’élection d’un premier secrétaire non présidentiable, sans doute Vincent Peillon ou François Rebsamen puisque Ségolène Royal est arrivée en tête.

Le vote des militants n’a rien tranché. Le PS se déchirera sans doute à nouveau pour élire son candidat dans deux ans, dans un combat qui sera potentiellement encore plus sanglant qu’en 2006 vu le nombre de prétendants. François Bayrou peut être satisfait.

Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/11/07/ps-segolene-royal-remporte-le-vote-des-militants_1115903_823448.html#ens_id=910156

25.09.2008

L’équation impossible du Parti Socialiste

Ça y est, les tractations interminables entre les hiérarques socialistes ont enfin clarifié la donne pour le Congrès à venir puisque les militants se verront soumettre seulement 6 motions, dont quatre principales au lieu de la vingtaine de textes déposés initialement.

Les alliances sont désormais claires. Ségolène Royal a finalement rallié les barons de la ligne claire (Jean-Noël Guérini et Gérard Collomb, le maire de Lyon, qui conduira sa motion), qui avaient pourtant flirté avec Pierre Moscovici, ainsi que Julien Dray. Martine Aubry rassemble dans un attelage assez baroque les fabiusiens et une partie des soutiens de Dominique Strauss-Kahn, ainsi qu’Arnaud Montebourg. Finalement, son attelage avec Pierre Moscovici aura été de brève durée, malgré la réconciliation orchestrée sur le plateau de Canal Plus, puisque son ancien colistier a finalement décidé, lui, de rejoindre Bertrand Delanoë, avec François Hollande, dans un pôle très jospinien. Mais la surprise pourrait venir de la liste conduite par Benoît Hamon, qui emmène une gauche du parti rassemblée.

En effet, le pointage des soutiens exprimés par les militants, tel que Le Figaro l’avait rapporté il y a deux semaines, indiquait que cette alliance rassemblait 28% des signatures des militants (18% pour la motion Hamon et 10% pour celle de Mélenchon), ce qui pourrait en faire la deuxième motion du parti, derrière la liste de Ségolène Royal. L’addition de ses signatures avec celle de la liste claire donne le score assez incroyable de près de 48%. Derrière, le maire de Paris et la maire de Lille semblent largement distancés. Bien sûr, ces chiffres sont à prendre avec des précautions puisqu’il ne s’agit pas d’un sondage et qu’il est difficile de mesurer la représentativité de ces 16 600 signatures. Néanmoins, même en considérant que les scores seront plus proches, un tel ordre serait problématique pour le PS.

En effet, si la motion Royal arrive en tête (autour de 30%, ce qui me semble un minimum pour la candidate de 2007, dont on ne peut exclure qu’elle soit 10 points au-dessus), devant la liste Hamon (autour de 25%) et les listes Delanoë et Aubry (autour de 20%), alors l’assemblage d’une majorité sera très compliqué. En effet, la seule alliance naturelle, entre Delanoë et Aubry, n’aura pas de majorité claire. L’aile gauche du parti, si elle sort en deuxième position, ne pourra que négocier avec Ségolène Royal pour trouver une majorité, ce qui ne semble pas évident. Au final, on peut se demander si les lises Royal, Delanoë et Aubry ne seront pas contraintes de s’entendre pour trouver une majorité stable, autour d’un premier secrétaire non présidentiable ou d’une équipe de direction multiple, prolongeant la guerre des chefs jusqu’à la désignation du candidat à la présidentielle de 2012.

À moins que le pointage des signatures des militants ne soit un bon indicateur de tendance, qui donnerait une forte légitimité à Ségolène Royal, ce qui reste possible, il semble difficile d’imaginer aujourd’hui un résultat clair et simple pour le PS. Ses querelles suicidaires vont sans doute encore se prolonger…

Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/09/23/pierre-moscovici-rallie-bertrand-delanoe_1098774_823448.html#ens_id=910156

http://gaulliste-villepiniste.hautetfort.com/archive/2008/09/12/index.html

12.09.2008

Les surprenants rapports de force du Parti Socialiste

Les médias ont pour la plupart enterré une Ségolène Royal qu’ils n’ont jamais aimée et semblent hésiter entre Bertrand Delanoë et Martine Aubry pour prendre la tête du Parti Socialiste. Un pointage des signatures des contributions révèle un rapport de force bien différent…

En vue du Congrès de Reims, les élus, comme les militants, peuvent inscrire en ligne leur préférence pour les 21 listes déposées. Le Figaro fait donc un point sur le nombre de signatures recueillies par les principales listes. Les sept listes évoquées dans l’article (il n’y a pas les chiffres pour les autres) ont recueilli plus de 16 600 signatures, ce qui en fait un échantillon sans doute assez représentatif des rapports de force au Parti Socialiste. Les résultats sont plus qu’éloquents : la liste de Ségolène Royal rassemble 44,1% des signatures, suit celle de Benoît Hamon et Henri Emmanuelli (18,3%), puis Bertrand Delanoë (10,2%), Jean-Luc Mélenchon (10,1%), la liste Moscovici- Montebourg (8,4%), puis Martine Aubry (5,1%) et enfin, la liste de Bertrand Colomb et Jean-Paul Guérini avec un petit 3,8%.

Ces chiffres révèlent un rapport de force très différent des sondages puisque Ségolène Royal domine les le décompte, avec à sa gauche 28% des suffrages se reportant sur Hamon, Emmanuelli et Mélenchon, ne laissant que 28% pour le pôle plus libéral (et encore, en incluant Martine Aubry). La candidate à la présidentielle semble donc avoir conservé une très forte aura au sein des militants du parti, ce qui ne va pas simplifier la tâche de ses opposants qui semblent contraints de s’entendre quasiment tous ensemble s’ils ne souhaitent pas voir la présidente de la région Poitou-Charentes prendre le parti. En outre, elle n’a pas besoin d’une alliance très large pour obtenir la majorité des voix. À mille lieux des rapports de force présentés par la majorité des médias, elle semble avoir une grande chance de l’emporter à Reims. Bertrand Delanoë et Martine Aubry, eux, ne semblent pas disposer d’un fort soutien militant.

Ségolène Royal a peut-être choisi la meilleure stratégie pour s’imposer : faire cavalier seul, sans se mêler aux désastreuses universités de la Rochelle. En effet, elle apparaît comme totalement extérieure aux trahisons et complots qui font le quotidien des éléphants. Les militants socialistes, excédés par les intrigues et les petites phrases des chefs du parti peuvent trouver dans la candidate à la présidentielle une personnalité différente et qui leur convient mieux. Le désolant spectacle des dernières semaines a sans doute tendance à la renforcer. Bien sûr, l’OPA de Ségolène Royal n’est pas encore faite et sera difficile tant elle semble susciter des réactions épidermiques, mais le manque d’entente de ses opposants est son meilleur atout. Même un large rassemblement ne semble pas certain de la battre.

Le Parti Socialiste a sans doute besoin de choisir un présidentiable à sa tête pour éviter de prolonger le psychodrame jusqu’au choix du candidat pour 2012. Mais l’issue la plus probable reste une large alliance pour contrer Ségolène Royal, quitte à s’affronter de nouveau dans deux ans.

Source : http://blog.lefigaro.fr/parti-socialiste/2008/09/segolene...

02.09.2008

Le Parti Suicidaire

Ce week-end à la Rochelle, le Parti Socialiste a de nouveau étalé ses querelles de personnes au grand jour sans jamais arriver à réellement avancer sur le débat d’idées. Quel avenir se dessine d’ici novembre ?

Le PS ne semble décidemment pas capable d’apprendre de ses erreurs et poursuit l’exhibition de ses haines et manœuvres, provoquant le désarroi de ses militants et sapant profondément son image. Ségolène Royal a poursuivi sur sa lancée avec son « aimez-vous les uns les autres ou disparaissez », avant de quitter le panier de crabe rochelais. Une improbable alliance entre Martine Aubry, les fabiusiens, la gauche du parti et une partie des amis de Dominique Strauss-Kahn semble se dessiner. Si un tel regroupement devrait pouvoir peser lors du Congrès, l’hétérogénéité de l’attelage laisse songeur… De son côté, Pierre Moscovici, isolé et voyant son rêve de leadership s’envoler, tance Martine Aubry sur son alliance avec Laurent Fabius. La gauche du parti se pose des questions sur sa stratégie. Enfin, Bertrand Delanoë apparaît finalement assez isolé lui aussi. Comment cela peut-il se terminer en novembre ?

La coalition qui semble se former autour de Martine Aubry a aujourd’hui le vent en poupe. Ce regroupement d’éléphants fatigués semble la seule solution pour échapper au duel annoncé Royal / Delanoë. Mais Ségolène Royal a sans doute relativement bien joué de se distancier de ces querelles qui ont un effet désastreux sur l’image d’un parti pourtant déjà mal en point. Il ne faut sans doute pas la sous-estimer : après tout, elle avait réuni 60% des voix des militants lors des primaires socialistes. Même si elle a dû perdre plus que sa part d’adhérents, il est difficile de la voir sous les 30% en novembre. Elle peut peut-être espérer 40% des voix des militants en s’opposant aux éléphants. L’épouvantail Royal devrait entraîner un assez large rassemblement pour s’opposer à elle. La question est : est-ce que Bertrand Delanoë acceptera de ravaler son orgueil et rejoindre le camp Aubry pour faire partie des vainqueurs tant une aventure en solo semble aujourd’hui vouée à l’échec, malgré les sondages.

L’issue finale pour le PS semble écrite d’avance. Ségolène Royal n’atteindra sans doute pas la majorité, à moins que le spectacle des éléphants n’achève de jeter les militants dans ses bras. Son score déterminera sa capacité à rester dans le jeu. Il est donc probable qu’une coalition hétéroclite se constitue pour remporter la mise, mais cela ne fera que repousser le problème du leadership réel du parti puisque la question du candidat pour 2012 restera très ouverte (DSK, Hollande, Fabius, Aubry, Royal), promettant de nouvelles petites phrases et complots. Seule une large victoire de Royal pourrait rétablir l’ordre par la légitimité que cela lui donnerait, mais cela semble peu probable. L’issue du Congrès de novembre devrait être une nouvelle Grande Coalition qui ne tranchera rien. Non seulement le processus de rénovation du PS aura duré beaucoup trop longtemps, mais en plus, il devrait accoucher d’une souris ! 

Nicolas Sarkozy n’a sans doute rien à craindre de cette opposition dont l’image est encore plus mauvaise que la sienne. Mais il aurait tort de se réjouir : François Bayrou est bien placé entre une opposition décrédibilisée et un gouvernement dont l’impopularité par l’absence d’alternative à date.

Source : http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2008/09/01/01011-200809...

http://www.lefigaro.fr/politique/2008/08/31/01002-2008083...

http://partisocialiste.blog.lemonde.fr/2008/08/31/en-dire...

05.06.2008

Martine Aubry, la nouvelle erreur de casting du Parti Socialiste ?

La montée en puissance de Martine Aubry comme candidate pour le poste de premier secrétaire du Parti Socialiste est assez impressionnante depuis son adoubement par les reconstructeurs. En revanche, on peut s’interroger sur la pertinence du choix de la ministre des 35 heures.

Dimanche dernier, Martine Aubry a été soutenue par une bien curieuse alliance des strauss-kahniens, des fabiusiens et de quelques personnalités qui ont pour seul point commun de vouloir éviter que Ségolène Royal ou Bertrand Delanöé ne prenne le parti socialiste. Résultat, l’aile droite et l’aile gauche du parti, ignorant des querelles idéologiques qui semblent finalement bien secondaires, préfèrent tout mettre en œuvre pour préserver les chances de candidature de leur champion pour 2012 . C’est pourquoi ils font barrage à des candidats, qui, s’ils étaient élus, prendraient une option sans doute décisive pour la place de représentant du parti socialiste en 2012. Une bonne illustration du choix des priorités entre ambitions personnelles et combat pour les idées…

C’est ainsi que Martine Aubry réalise cette improbable synthèse entre partisans de DSK et de Laurent Fabius. Elle en a profité pour attaquer les deux principaux candidats à la candidature. Si l’hostilité de la maire de Lille à l’égard de Ségolène Royal n’est pas nouvelle, elle a cherché les bons mots en attaquant la démocratie participative : « la politique (…) c’est pas demander à chacun ce qu’il veut ». Elle a aussi critiqué l’ordre juste en rappelant qu’il « n’y a pas d’ordre sans justice ». Mais même Bertrand Delanöé en a pris pour son grade quand elle a dit que « nous sommes tout simplement socialistes, pas besoin d’ajouter des qualificatifs ». Bref, le parti socialiste continue de se dissoudre dans les querelles de personne, oubliant comme toujours les idées ou les propositions.

Ce choix est tout de même très surprenant. Choisir une ministre phare du gouvernement Jospin de 1997 pour conduire le parti socialiste à la victoire en 2012 peut paraître paradoxal. Mais surtout, alors que l’un des seuls arguments populaires de l’équipe gouvernementale actuelle est la dénonciation des 35 heures, on peut s’interroger sur la pertinence du choix de mettre à la tête du parti la figure emblématique de la baisse du temps de travail. En effet, alors que les Français sont plus que sceptiques sur le bien-fondé des 35 heures, n’est-il pas suicidaire de s’offrir à la représentante ultime de cette mesure controversée ? À croire que les querelles de personne les empêchent de réfléchir.

De manière à préserver leurs chances de se présenter en 2012, certains dirigeants socialistes semblent prêts à choisir n’importe qui pour éviter la prise de pouvoir de Ségolène Royal ou Bertrand Delanöe, quitte à faire une nouvelle erreur de casting qui pourrait à nouveau ouvrir un boulevard à Nicolas Sarkozy…

Source : http://www.lefigaro.fr/politique/2008/06/01/01002-20080601ARTFIG00036-ps-martine-aubry-en-vedette-des-reconstructeurs.php

29.05.2008

La guerre des chefs accélère au parti socialiste

La semaine dernière, Bertrand Delanoë a fait un nouveau pas vers la candidature au poste de premier secrétaire du parti socialiste. Mais la contre-attaque de Ségolène Royal a été bien organisée. Malheureusement, la forme l’emporte largement sur le fond.

Le maire de Paris se retrouve un peu dans la position de Ségolène Royal il y a deux ans : favori des sondages mais officiellement candidat à rien. Pourtant, son offensive médiatique ressemble furieusement à celle d’un candidat à la reprise du parti socialiste. La sortie d’un livre par un homme politique est toujours un événement majeur. Dans le cas présent, le choix de se présenter comme « socialiste et libéral » est un véritable positionnement, qui semble bien destiné à créer de la substance pour une candidature, substance à même de rassembler l’aile droite du parti. Mais ce positionnement osé de héraut des libertés sociales, s’il plaira sans doute aux bobos parisiens, est très loin des préoccupations de l’électorat populaire. Reste à savoir s’il est à même de l’aider à capturer le PS.

Le moins que l’on puisse dire est que Ségolène Royal a bien organisé sa contre-attaque. Visite à Gandrange, aide aux marins pêcheurs, multiples déclarations contre le positionnement de son adversaire (« je ne pense pas qu’on puisse être socialiste et libéral au 21ème siècle ») : la contre-attaque de la candidate à la présidentielle lui a permis de contrecarrer l’offensive médiatique de son rival. On pourra en revanche difficilement ignorer le cynisme de ses interventions, notamment sur le libéralisme de Bertrand Delanoë dont elle sous-entend qu’il porte sur l’économie. Comme Alain Duhamel l’a bien souligné lundi sur RTL, la définition qu’elle donnait de « libéralisme » dans son livre « Maintenant » était bien proche de celle de son rival… Alors qu’elle aurait pu entamer un débat intéressant entre autorité et liberté, elle préfère les accusations tendancieuses et malhonnêtes.

En fait, ce combat des chefs est très révélateur de la réalité du parti socialiste aujourd’hui. Entre Bertrand Delanoë et Ségolène Royal, tout n’est que question de positionnement politique pour prendre le pouvoir. Plutôt que de proposer des solutions aux questions que se posent les Français, le maire de Paris prend une posture osée et marquante pour faire parler de lui et prendre le PS par la droite, tout en prenant des précautions en parlant de régulation de l’économie et d’autorité. Résultat, Ségolène Royal fait semblant de mal comprendre, attaque cette acceptation supposée du libéralisme économique et vire à gauche. Ce simulacre de débat d’idées est absolument navrant car il n’y a en réalité aucun débat de fond entre les deux principaux prétendants au poste de premier secrétaire.

Le Parti Socialiste entre dans une phase de décomposition où un pseudo débat idéologique sert de voile pudique pour camoufler ce qui n’est qu’une guerre des ambitions. Cela promet jusqu’au congrès !

Source : http://www.liberation.fr/actualite/politiques/328187.FR.php

24.05.2008

Le pari bobo de Bertrand Delanoë

Cette semaine, Bertrand Delanoë a poursuivi son offensive pour prendre le Parti Socialiste en publiant un livre d’entretien avec Laurent Joffrin, « De l’audace ». Retour sur une prise de risque non négligeable et très révélatrice de la matrice idéologique du Parti Socialiste d’aujourd’hui.

« Libéral » : le mot est lâché. Il est osé pour quelqu’un qui souhaite prendre la tête du Parti Socialiste dans un pays où cet adjectif est quasiment un gros mot, qui avait en partie emporté le projet de Constitution Européenne en 2005. Il faut reconnaître à Bertrand Delanoë un certain panache pour se définir de la sorte. Certes, il a toujours dit faire partie de l’aile dite « moderniste » du PS, mais cela comporte une certaine prise de risque. Quand on creuse son argumentation, on découvre que l’adjectif porte plus sur les questions de société que sur l’économie : le maire de Paris serait plus libertaire que libéral car il plaide également pour une certaine régulation de l’économie. Mais, pourtant, il affirme également qu’il croît en l’autorité (et dans les centres éducatifs fermés). Bref, Bertrand Delanoë polit les angles pour achever sa transformation en un candidat crédible pour la présidentielle de 2012. Y penser toujours. En parler jamais.

Au final, l’emploi du mot « libéral » a fait son petit effet. Il a l’avantage de l’ancrer fermement dans l’aile droite du parti socialiste, qui domine aujourd’hui. Philosophiquement, ce discours est également assez juste. Malheureusement pour le maire de Paris, ce discours a deux limites. Tout d’abord, je ne suis pas sûr que se faire le champion des libertés individuelles soit vraiment la préoccupation des Français aujourd’hui (en dehors des bobos parisiens, et encore). Ensuite, son discours global est compliqué par son souci de ne pas devenir trop clivant. Car l’audace du terme est proportionnelle aux précautions qu’il prend en modérant son libéralisme par la régulation et l’autorité. En fait, il adopte un discours finalement pas si éloigné de François Bayrou, avec lequel il rejette pourtant toute alliance pour se différencier de Ségolène Royal. Bref, son message risque d’être un peu trop compliqué et précautionneux pour faire la différence.

Cependant, ce type de discours est sans doute révélateur de la véritable direction idéologique que prend le Parti Socialiste. Le Général de Gaulle disait qu’il n’aimait pas les socialistes parce qu’ils n’étaient pas socialistes. Au final, l’emploi du terme « libéral » en dit sans doute beaucoup plus sur un parti qui vire de plus en plus libéral et libertaire. Le penchant libertaire du Parti Socialiste n’est pas nouveau et seuls Jean-Pierre Chevènement et Ségolène Royal sont à contre-courant de cette tendance. Mais surtout, le PS est bien incapable aujourd’hui de formuler la moindre idée de régulation du système économique libéral actuel. En a-t-il seulement l’envie ? Bien sûr, son positionnement de gauche le pousse à quelques belles déclarations, mais dans les faits, les « réformateurs », qui sont surtout des liquidateurs du rôle de l’Etat dans l’économie, acceptent grosso modo le système tel qu’il est.

L’audace de l’emploi du terme « libéral » est un coup intéressant. Néanmoins, je ne suis pas sûr de sa pertinence à une époque où le pouvoir d’achat est la première préoccupation des Français. Il a cependant le mérite de révéler le fond de la pensée de la majorité des chefs socialistes.

Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/05/22/bertrand-delanoe-humaniste-liberal_1048159_823448.html