24.06.2011
Et si le supplice de l’euro durait encore ?
Le moins que l’on puisse dire est que les dirigeants européens ne se ménagent pas pour essayer de sauver cet édifice baroque qu’est la monnaie unique. On pourrait croire son éclatement proche, à moins que…
Une fin qui semble approcher
Le débat de mardi soir sur France 24 démontrait bien le gouffre qui existe entre certaines élites grecques qui ne souhaitent pas quitter l’euro et en appellent à plus de solidarité et une partie grandissante de l’Allemagne qui ne souhaite clairement pas payer pour la Grèce ou les autres pays. Et après le Bild qui demandait à Athènes de vendre ses îles, c’est Der Spiegel, l’hebdomadaire de référence de la gauche, qui affiche l’acte de décès de l’euro sur sa couverture.
Bref, l’état du débat outre-Rhin n’a absolument rien à voir avec celui de notre pays. Des économistes et des grands patrons en appellent à la fin de la monnaie unique ou à l’établissement de deux euros, un pour les pays du Nord et un pour les pays du Sud (la place de la France n’étant pas clairement déterminée). Mieux un groupe d’économistes et d’industriels a carrément déposé un appel à la cour de Karlsruhe au sujet de la participation de l’Allemagne au fonds de soutien européen.
Il est évident que si la cour constitutionnelle allemande venait à contester cette participation, l’ensemble de l’édifice monétaire européen s’effondrerait. En outre, l’euro reste toujours à la merci d’une sortie unilatérale de la Grèce (évoquée par un économiste grec et le maire de Londres) pour mettre fin à la grande régression sociale qu’on lui impose. Enfin, toute tension sur les taux espagnols ou italiens pourrait également être fatale à cette construction baroque et instable qu’est la monnaie unique.
Et si l’expérience durait encore un peu ?
Dès lors, on pourrait croire que la fin de la monnaie unique est proche, une histoire de mois. Mais, pour qu’une telle expérience cesse, il faudra sans doute aller encore plus loin dans l’absurde. Il est difficile pour les hommes qui ont construit et promu l’euro, qui est devenu une forme d’idéal pour eux, de mettre fin à cette construction dans laquelle ils ont tant mis. En effet, beaucoup de forces vont agir pour le maintenir en place, quelles que soient les souffrances des peuples.
En Grèce, assez logiquement, les dirigeants suivent les demandes de Trichet et Barroso et ne veulent pas mordre la main qui les a nourris si longtemps. On pouvait anticiper qu’ils accepteraient les plans d’austérité les plus durs, comme le confirme le vote du Parlement cette semaine. Cela devrait permettre la finalisation d’un plan assurant le financement de l’Etat grec jusqu’en 2013. En outre, la stabilité des taux espagnols et italiens limite pour l’instant la taille du problème.
De plus, Pékin et Washington se démènent également pour éviter une explosion de la zone euro, évitant crise financière et réévaluation de leur monnaie... Enfin, la BCE n’hésite pas à prendre des libertés avec les traités pour assurer la survie de la monnaie unique en rachetant un peu de dette souveraine et en refinançant certaines banques. In fine, tous ces créanciers ont clairement intérêt à éviter l’explosion de la zone euro, quelles qu’en soient les conséquences pour les peuples.
2013, année critique
Malgré tout, deux choses hypothèquent la survie de la monnaie unique. La première, c’est l’acceptation par les pays d’une austérité sauvage combinée à une véritable mise sous tutelle. L’Argentine avait tenu quatre ans… En outre, l’Allemagne refuse avec force tout engagement supplémentaire (elle a rejeté le doublement du fonds de stabilité ainsi que les euro-obligations), et l’état de l’opinion publique allemande semble définitivement bloquer toute évolution sur le sujet.
Bref, si le Parlement vote le plan que le gouvernement vient tout juste de finaliser avec la troïka, le financement des Etats en difficulté sera assuré jusqu’en 2013, à moins que l’Espagne ou l’Italie ne soit à leur tour menacées par les marchés. Mais à ce moment, les peuples pourraient bien se rebeller contre l’austérité et il y a des failles dans le nouveau fonds de financement européen qui doit prendre le relais. Bref, il semble qu’il faille attendre encore au moins 18 mois…
La fin de l’euro semble programmée à moyen terme mais il y a de vraies forces de rappel qui soutiennent cette construction artificielle, entre la peur d’un retour aux monnaies nationales et des perturbations afférentes ainsi que l’échec que cela représenterait pour trop de gouvernants...
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (23) | Envoyer cette note | Tags : euro, france 24, der spiegel, cour de karlsruhe, jean-claude trichet, barroso



