19.08.2011

Le bien mauvais débat sur la dette publique

C’est la nouvelle pierre philosophale de la pensée unique qui domine la vie politique française. La France a trop dépensé pendant des années et doit maintenant mener une politique d’austérité pour assainir la situation. Même les candidats du PS y cèdent, les uns après les autres.

Une autre vision de la dette

Bien sûr, je n’ai pas l’intention de glorifier la dépense publique pour la dépense publique, de dire qu’il n’y a pas de problème, ou même de prôner un comportement démagogique. Cependant, avant d’analyser ce qu’il faut faire, il faut questionner cette pensée qui s’impose à gauche, à droite et au centre. En effet, Nicolas Sarkozy veut faire de ce sujet un moyen de disqualifier les socialistes. Jean-Louis Borloo surenchérit et les socialistes montrent patte blanche aux agences de notation.

Tout d’abord, il faut relativiser la position de la France. Bien sûr, notre endettement a beaucoup augmenté depuis trois ans. Cependant, la France reste un des rares pays à conserver son AAA, du fait d’une dette relativement mieux maîtrisée que la moyenne des grands Etats. En outre, nous ne raisonnons qu’en dette brute, alors qu’en dette nette (diminuée des actifs financiers de l’Etat), la position de la France s’améliore nettement, comme souligné par Alternatives Economiques ou André-Jacques Holbecq. Mieux l’ensemble du patrimoine de l’Etat Français reste positif.

Les causes de notre endettement

Il faut ensuite analyser les causes de notre endettement. Il est tout de même assez incroyable que les médias ne soulignent pas davantage le rôle majeur joué par la crise financière de 2008 dans le dérapage des finances publiques. En effet, en 2007, notre endettement était légèrement supérieur à 60% du PIB et en légère baisse par rapport à notre richesse nationale. C’est la crise causée par les excès du monde financier et son sauvetage qui a déséquilibré une situation stabilisée auparavant.

En effet, notre dette tournait autour de 60% du PIB depuis le milieu des années 1990. En outre, comme le souligne justement André-Jacques Holbecq, il ne faut pas oublier que la France a payé 1340 milliards d’euros d’intérêts de 1979 à 2009 alors que la dette a augmenté de 1250 milliards… Et s’il est normal de payer des intérêts à un prêteur qui nous confie son épargne, le débat change quand on constate que l’Etat a renoncé à la création de la monnaie, confiée aux banques privées…

Du coup, outre l’augmentation conjoncturelle de 20 points de notre dette consécutive à la crise financière, l’analyse des raisons plus structurelles de la dette pose également problème. Par-delà l’abandon de la création monétaire en 1973, on peut également attribuer le déficit structurel de l’Etat à une mondialisation qui assèche le tissus productif français et explique la persistance d’un chômage de masse et d’une stagnation du pouvoir d’achat, qui pèsent tous deux sur les déficits…

Que faut-il faire ?

Aujourd’hui, on culpabilise les Français et si certains gouvernements ne sont pas tout blancs (« l’état calamiteux » des finances publiques laissé par Balladur et Sarkozy en 1995, la « cagnotte » dilapidée par Lionel Jospin ou les baisses d’impôt de Nicolas Sarkozy), le concours d’austérité auquel participent Hollande, Aubry, Borloo et Pécresse est inquiétant. Car trop d’austérité risque de tuer la croissance sans même réduire les déficits, comme cela se passe en Grèce…

Comme le souligne NDA, l’urgence aujourd’hui dans toute l’Europe est de relancer la croissance en relocalisant la production industrielle, qui porte une lourde part de responsabilité dans le niveau actuel des dettes publiques. Par-delà la monétisation partielle des dettes publiques, une réforme en profondeur du système monétaire et financier est absolument nécessaire. Vous trouverez une excellente analyse sur le blog de Joël Halpern sur la base du 100% money.

Sous la pression des marchés et des agences de notation, le thème de la dette publique risque de prendre une place importante dans les débats pour la présidentielle. Nous y serons bien armés pour dénoncer un système qui saigne les peuples au profit du système financier.

28.04.2010

La Grèce face à l’horreur financière

D’une part, on pourrait dire que les Grecs n’ont que ce qu’ils méritent pour avoir trafiqué leurs comptes et trop longtemps dépensé plus que de raison. La crise financière ne serait qu’une juste sanction de leurs excès passés. Pourtant, une telle présentation oublie la responsabilité des marchés.

Le double excès des marchés

Ca y est ! La Grèce est en situation de faillite virtuelle puisqu’elle ne peut plus emprunter aujourd’hui qu’à des conditions tellement mauvaises qu’elles ne mettraient pas Athènes en capacité de rembourser. Finalement, les cassandres du début d’année semblent avoir raison. Et après tout, les marchés n’ont pas totalement tort de sanctionner un pays qui a menti sur ses comptes et qui présente cette année le déficit public le plus élevé de tous les pays occidentaux.

Cependant, les marchés ne sont pas complètement innocents. Car à la défiance extrême qu’ils manifestent à l’égard de la Grèce, on peut faire un parallèle avec la confiance extrême qu’ils lui ont accordé pendant les années 2000, permettant aux autorités locales d’emprunter dans les mêmes conditions que l’Allemagne malgré une situation économique radicalement différente. On jette la pierre à la Grèce, mais pas aux analystes qui lui accordaient le même crédit que Berlin…

Et pourtant, cela a joué un rôle déterminant dans la crise actuelle. En effet, la baisse des taux dans les années 90 a permis à la Grèce d’éviter de se poser des questions sur ses finances publiques. L’excès de confiance (et donc l’erreur de jugement) des marchés a donné une image totalement déformée de la situation financière de la Grèce, y compris à Athènes. Nul doute qu’avec des taux un peu plus élevés il y a cinq ans, la situation ne serait pas aussi explosive aujourd’hui…

Les esprits animaux sont de retour

On dira que dans le cas de la Grèce, c’est parce qu’Athènes avait triché sur la réalité de sa situation. Sauf que… les marchés ont également accordé quasiment les mêmes taux à l’Italie et l’Allemagne pendant des années alors que le niveau de leurs dettes publiques et de leurs déficits n’avaient rien à voir. On peut voir dans les excès de défiance d’aujourd’hui la conséquence de l’excès de confiance d’hier. Bref, et ce n’est pas une nouvelle, le jugement des marchés est souvent mauvais.

En outre, la situation actuelle démontre bien le caractère auto-réalisateur des marchés. A 4% de taux d’intérêt, la dette publique grecque est gérable. A 8%, sur un cycle entier de refinancement, elle coûterait plus de 10 milliards d’intérêts supplémentaires par an, soit près de 5% du PIB. Bref, tous les efforts pour réduire les déficits publics sont anéantis par l’envolée des taux, ce qui fragilise plus encore la situation et pousse les taux à la hausse.

Et c’est la façon dont fonctionnent les marchés depuis toujours. On l’a bien vu sur les valeurs technologiques au tournant du millénaire ou sur les valeurs financières en 2008. La panique nourrit la panique, la baisse entretient la baisse. Le phénomène est encore plus violent pour les dettes publiques du fait de l’impact du coût de financement… La détérioration de la situation accélère la détérioration. C’est le piège dans lequel la Grèce est aujourd’hui enfermée.

Il faut être clair, si la digue grecque cède, c’est l’ensemble de l’Europe qui finira par céder. Le Portugal, l’Irlande, l’Espagne, l’Italie, la France, la Grande-Bretagne seront les suivants à s’effondrer. C’est pourquoi il reste probable que la Grèce sera « sauvée », au moins pour un temps.

15.04.2010

Grèce : le choix de l'euro-camisole

Il y a quelques jours, une nouvelle poussée de fièvre des marchés avait poussé les taux d'intérêt sur la dette grecque à 7.5%. Même si cela ne concernait pas une adjudication d'Athènes, cela pouvait entraîner une sortie rapide de l’euro. C'était sans compter sur la volonté des politiques.

Un nouveau plan plus crédible

En effet, cette fois-ci, les Etats européens ont présenté un plan qui devrait assurer le financement de la Grèce sur les prochaines années. Dans le détail, les pays membres de la zone euro se sont mis d’accord pour fournir 30 milliards d’euros en 2010 à la Grèce, au taux de 5%. Qui plus est, le FMI devrait pouvoir fournir 10 milliards de plus. Mieux, le plan d’aide à la Grèce porte sur une durée de trois ans et Le Figaro en déduit que l’aide total des pays européens pourrait atteindre 90 milliards.

Le plan a vraiment été conçu pour mettre fin à la crise financière actuelle. En effet, la Grèce a déjà refinancé près de 20 milliards d’euros de sa dette cette année et il ne lui manque plus qu’environ 30 à 35 milliards à financer cette année. Le montant auquel se sont engagés les pays européens couvre donc potentiellement l’ensemble des besoins d’Athènes. Mieux, ce plan porte sur une durée de trois ans, le temps nécessaire pour « remettre en ordre » les finances publiques.

En outre, le taux d’intérêt, à 5%, semble un compromis habile entre la sévérité des marchés et une aide véritable puisque l’Allemagne emprunte à un peu plus de 3% et que la Grèce a emprunté entre 6.8 et 5.9% depuis le début de l’année. Du coup, cela permettrait à Athènes de faire des économies, tout en payant pour son laxisme, comme le souhaitait l’Allemagne. Bref, tout semble avoir été fait pour que la Grèce ne devienne pas le pays qui aura provoqué le début de la fin pour la monnaie unique.

La mauvaise solution

Malheureusement, cette solution n’est pas la bonne. Certes, elle devrait relâcher la pression des marchés mais il est évident que les trois prochaines années vont voir un ajustement brutal qui se traduira par des coupes budgétaires, une poursuite de la récession et un chômage de masse. Le prix à payer pour rester dans l’euro sera colossal. Pire, il est probable que la Grèce n’aura rien résolu, car son problème est que ses prix à la production ont progressé de 65% depuis 15 ans par rapport à l’Allemagne.

Comme le souligne Nicolas Dupont-Aignan, la seule solution pour Athènes serait de sortir de l’euro avec le bon plan d’accompagnement. En effet, cela permettrait à la Grèce de dévaluer sa monnaie et de retrouver une compétitivité prix lui garantissant un retour du tourisme et une amélioration de son commerce extérieur. La croissance ne pourra pas repartir aujourd’hui du fait du niveau trop élevé des prix, qui fait fuir les touristes, pénalise les exportations et favorise les importations.

Bien sûr, pour être honnête, une telle solution ne serait pas facile car une dévaluation propulserait la dette, souscrite en euro, à un niveau insoutenable. Néanmoins, la Grèce pourrait demander au FMI de l’accompagner pour la restructurer. En dernier ressort, un défaut pourrait remettre les compteurs à zéro, comme l’a fait l’Argentine pour se relancer au début des années 2000. Aussi hétérodoxes soient-elles, ces solutions valent mieux qu’une longue dépression.

Athènes, Bruxelles et les capitales européennes ont fait le choix du dogme et de la rente aux marchés financiers. La Grèce va donc continuer à payer durement son maintien dans la zone euro. Si sa sortie ne serait pas facile, elle n’en demeure pas moins la seule solution à moyen terme.

07.10.2009

Jacques Sapir corrige Benoît Hamon sur la dette

Alors que tous ceux qui défendaient jadis la mondialisation dénoncent les montagnes de dette que la crise va laisser aux Etats, Benoît Hamon vient de mêler sa voix à la meute néolibérale en déclarant que la France était « ruinée ». L’occasion pour Jacques Sapir de le corriger.

Et si l’endettement de la France était raisonnable

Soyons clair, il est préoccupant que la dette de la France atteigne de tels niveaux et que le service de cette dette occupe une telle part de notre budget (l’équivalent de recettes de l’impôt sur le revenu). En période économique normale, il serait plus sain que le budget de l’Etat soit, au pire, équilibré. Malgré tout, devant la violence de la récession, la seule solution était sans doute que l’Etat accepte de jouer les stabilisateurs automatiques pour éviter que la crise ne se transforme en Dépression, comme dans les années 30.

D’ailleurs, le discours moralisateur de ceux qui dénoncent le niveau d’endettement de la France manque terriblement d’explications sur ce que, eux, auraient fait face à la crise. Auraient-ils agi comme Hoover et cherché à maintenir l’équilibre budgétaire ? Si oui, comment ? Mieux, que proposent-ils concrètement pour les années à venir ? Mais surtout, chose que ce blog répète depuis des mois, la situation de la France est une des meilleures des pays occidentaux.

Comme le montre Jacques Sapir, le niveau d’endettement de la France est raisonnable. Quelques soient les critères, nous sommes dans une meilleure position que la majorité des grands Etats. Que ce soit le niveau de la dette par rapport au PIB, l’augmentation de cette dette, et plus encore l’endettement total (Etat + entreprises + ménages), la France est un des pays les plus vertueux. Pour compléter son propos, les prévisions à plus long terme (2014) sont encore plus favorables à la France.

Ce que révèle un tel discours

Il est regrettable que la grande majorité des médias soient incapables de rappeler ces faits, qui devraient relativiser les discours catastrophistes sur le niveau de la dette en France. De manière assez intéressante, il faut noter que ce sont souvent les plus grands défenseurs des bienfaits de la mondialisation (Jean Peyrelevade par exemple) qui dénoncent cette montée de l’endettement. En fait, on peut suspecter qu’il s’agit d’une habile diversion pour ne pas parler de la faillite de leur système…

Mais ce qui est le plus surprenant dans cette affaire est sans doute le fait que Benoît Hamon enfourche le même combat que la meute néolibérale, ce qui est sans doute assez révélateur sur le fond de la pensée du représentant de « l’aile gauche » du Parti Socialiste… Son discours est d’autant plus stupide qu’outre le niveau d’endettement finalement modéré, l’Etat Français dispose de nombreux actifs (participations d’entreprises, immobilier) qui en font l’Etat sans doute le plus riche de tout l’Occident.

En fait, le bruit fait sur la dette par la meute néolibérale est très habile. Il permet d’éviter le débat sur la nécessaire refondation du système économique tout en continuant à pousser le même agenda, promu nécessité pour combattre la dette. Merci à Jacques Sapir de le rappeler.

Source : http://www.marianne2.fr/Dette-Benoit-Hamon-n-a-rien-compris!_a182319.html

14.08.2009

Déficits, dette : et si la France était raisonnable ?

À entendre les oiseaux de mauvais augure, la France serait au bord de la faillite. Pourtant, toute comparaison internationale montre que la situation des finances publiques hexagonales est une des meilleures des pays de l’OCDE…

Une France bonne élève

Cela peut sembler paradoxal quand on constate l’envolée de notre déficit public de 2007 à 2009, comparable à celle de 1991-1993. Alors que le gouvernement Villepin avait laissé un déficit budgétaire d’environ 35 milliards d’euros, nous nous dirigeons vers un triplement en trois ans puisque l’exécution 2009 devrait se solder par un déficit de plus de 100 milliards. En cause, essentiellement une baisse des recettes (suite à la récession comme aux mesures fiscales du gouvernement Sarkozy) et dans une moindre mesure à l’augmentation de certaines dépenses dans le cadre du plan de relance.

Résultat, nos déficits devraient atteindre 6 à 7% du PIB cette année. Mais finalement, ce niveau est plus raisonnable que la plupart des grands pays comparables. Si l’Allemagne devrait connaître une situation comparable, l’Espagne et l’Italie dépassent les 9% et le Royaume-Uni et les Etats-Unis plus de 12% ! Idem au niveau de la dette, puisque si notre dette devrait atteindre 95% du PIB en 2014, la moyenne des pays développés sera de 120% à cette date. L’Allemagne sera dans une position comparable (91%), comme le Royaume Uni (99%) et nous devancerons les Etats-Unis (112%) ou l’Italie (132%).

Qui a raison ?

C’est tout le paradoxe de cette crise que de faire apparaître des pays qui ont un déficit budgétaire de l’ordre de 6% du PIB comme raisonnable. Mais vu que certains n’hésitent pas à aller jusqu’au double, cela remet les choses en perspective. A priori, on peut se dire que le Royaume-Uni et les Etats-Unis vont trop loin, mais le modèle anglo-saxon fait que les ajustements sont plus brutaux et seule une réaction massive de l’Etat peut casser le cycle vicieux dépressif qui pouvait se mettre en place. Une réaction plus limitée aurait pu générer une véritable dépression économique.

En outre, il ne faut pas oublier que le Royaume-Uni et les Etats-Unis font face à une baisse du marché immobilier violente (-20% outre Manche, -30% outre Atlantique) et que les ménages, surendettés (à hauteur de 140% et 120% de leurs revenus) restreignent fortement leur consommation. Au contraire, la consommation des ménages Français et Allemands se maintient puisqu’il n’y avait pas eu de bulle de crédit auparavant. Du coup, on peut argumenter que nous n’avions pas besoin d’un plan de soutien aussi important, puisque les facteurs de crise étaient moins forts.

Les niveaux de croissance au 2ème trimestre semblent justifier la prudence franco-allemande. Mais ce n’est qu’en 2010 que l’on pourra juger définitivement de la vitesse de sortie de crise et savoir qui des « prudents » continentaux ou des anglo-saxons a eu raison...

Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/07/30/la-dett...

http://www.lefigaro.fr/economie/2009/08/12/04001-20090812...

21.07.2009

Dette, déficits : cessons le catastrophisme !

Avec l’envolée des déficits, d’innombrables interventions se font jour pour dénoncer la dette, les déficits et l’irresponsabilité de nos politiques qui font porter un fardeau financier sur les futures générations. Un procès beaucoup trop catastrophiste.

Catastrophisme n’est pas vertu

Cette remise au point ne signifie pas qu’il ne faille pas prêter attention aux déficits publics, ni même aux dépenses publiques. La dépense de l’argent de la collectivité doit savoir être faite avec parcimonie et en se posant à chaque fois la question de l’intérêt de son emploi. En outre, il faudra un jour être capable de sortir du cycle infernal des déficits quand la croissance sera revenue, ne serait-ce que pour donner des marges de manœuvre à l’Etat.

Aujourd’hui, de nombreux journalistes et politiques dénoncent avec vigueur l’envolée des déficits en France (autour de 7% du PIB). Cependant, leur croisade du moment n’est souvent que pure posture puisque aucun d’entre eux ne se risque à avancer des propositions concrètes de baisse de dépenses ou de hausses d’impôt. Or dans le contexte économique actuel, il revient à l’Etat d’intervenir massivement pour éviter que l’économie n’entre dans une dépression comparable à celle des années 30.

L’herbe est moins verte ailleurs

Et aujourd’hui, on pourrait même argumenter que la réaction de la France n’est pas assez forte, puisque les Etats-Unis et la Grande-Bretagne n’hésitent pas à recourir à un déficit deux fois supérieur au nôtre pour relancer leur économie. En fait, la France fait plutôt partie des pays conservateurs en matière de plan de relance et présente donc un déficit public dans la norme plutôt basse.

Et concernant la dette, notre position va plutôt s’améliorer à l’issue de la crise. À l’origine, nous étions aussi endettés que les Etats-Unis et l’Allemagne (autour de 65% du PIB), plus que la Grande-Bretagne et l’Espagne (40-45%) et moins que l’Italie et le Japon. Mais l’énormité des déficits espagnols et britanniques vont les amener à des niveaux comparables au nôtre, alors que les Etats-Unis pourraient finir dans le peloton de tête des pays les plus endettés.

La France, un pays plus prudent

La France devrait donc être un des pays les moins lourdement endettés dans quelques années. Qui plus est, cette analyse est partielle dans la mesure où elle ne prend pas en compte le fait que notre Etat dispose de beaucoup plus d’actifs que les autres pays, ce qui fait que notre dette nette est d’ors et déjà parmi les plus faibles (autour de 40%). Mieux, les ménages et les entreprises Françaises sont très peu endettés, ce qui fait que nous sommes déjà au global le pays le moins endetté des grands pays occidentaux.

Ensuite, il faut relativiser le niveau de l’endettement public par rapport au niveau des recettes publiques. En effet, les Etats ont déjà atteint des niveaux très élevés d’endettement, au sortir de la seconde guerre mondiale (au-delà de 100% du PIB), qu’ils ont réussi à gérer malgré des recettes publiques infiniment plus limitées (de l’ordre de 5% du PIB aux Etats-Unis). S’il a été possible de gérer une dette équivalente à 20 fois les recettes annuelles, il est possible de gérer une dette équivalente à 2 à 4 fois ces mêmes recettes.

Sans renier le danger de l’endettement, il est important de relativiser certains commentaires exagérément catastrophistes. Les déficits actuels sont nécessaires pour relancer l’économie et le niveau de la dette reste parfaitement gérable dans le futur.

14.06.2009

Dette et relativité

C’est un débat qui va beaucoup nous occuper dans les années à venir avec l’augmentation des déficits publics pour relancer l’économie avec la crise : l’endettement des Etats. À première vue, comment ne pas donner raison à ceux qui dénoncent l’augmentation de la dette ? À moins que…

Une situation exceptionnelle

Il faut dire que le niveau des déficits et de l’endettement est au plus haut depuis… 1945. Aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, les déficits publics devraient ainsi atteindre environ 13% du PIB en 2009. Pour le coup, l’Etat injecte une quantité incroyable d’argent pour amortir les conséquences de la crise économique. La France devrait se contenter de 6%, quand l’Allemagne, la vertueuse, se contentera de 4%.

À la fin de la crise, Etats-Unis, Grande-Bretagne, France et Allemagne devraient voir leur endettement passer à 80% du PIB, sachant que l’Italie ou le Japon resteront au-delà de 100%. Ces chiffres poussent à des réactions contradictoires. Ainsi, The Economist cette semaine défend le niveau de plan de relance (et donc les déficits) mais lance également un avertissement très sévère aux Etats, leur demandant de réduire très rapidement les déficits une fois la parenthèse 2009-10 passée.

Le ton est très autoritaire et The Economist suggère des mesures qui réduiraient la capacité d’action des hommes politiques, avec par exemple des limites constitutionnelles pour les déficits. Bref, les néolibéraux veulent saisir l’occasion pour mettre des limites aux rôles des Etats et éviter que l’augmentation de son intervention pendant la crise ne demeure…

Le niveau de la dette est-il insoutenable ?

Le niveau des déficits et de la dette sont-ils si intenables ? Il y a un précédent historique puisqu’au sortir de la Grande Dépression et de la Seconde Guerre Mondiale, la dette publique Américaine dépassait 110% du PIB (contre environ 20% en 1929 et 40% en 1939). En niveau d’endettement, la situation se rapproche donc de l’après-guerre, même si en progression, nous restons inférieur à la Grande Dépression.

Néanmoins, il faut prendre en compte un facteur tout simple : si le niveau du PIB fournit une indication intéressante, la comparaison avec le niveau des recettes publiques l’est sans doute beaucoup plus. L’importance de l’endettement d’un acteur économique se mesure aussi par rapport à sa capacité à générer des recettes. Et cette analyse fournit un regard très différent.

Les dépenses fédérales étaient de 2% du PIB aux Etats-Unis juste avant la guerre et de 5% après. La dette publique de l’Etat fédéral représentait donc environ 20 fois les recettes fiscales avant comme après la guerre. Et aujourd’hui, on peut estimer que ce chiffre sera de seulement 4 fois en 2011 (environ 80% de dette pour 20% de recettes), ce qui permet de relativiser la hausse actuelle au regard de l’histoire.

Bien sûr, les niveaux actuels de déficits et d’endettement imposent une attention importante des gouvernements, mais les cassandres de tout poil devraient se pencher sur l’histoire avant de prononcer des phrases aussi dures qu’exagérées.

Source : The Economist 13 juin, « L’Amérique que nous voulons », Paul Krugman

http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/06...

23.03.2009

L’endettement public actuel est-il irresponsable ?

Aujourd’hui, il est convenu de considérer que les Etats s’endettent de manière excessive. Il est vrai que les déficits atteignent des niveaux historiques. Mais, avec un peu de recul, on se rend compte que la situation, si elle est exceptionnelle et nécessite du doigté, reste pour l’instant sous contrôle.

Des situations très différentes par pays

Premièrement, il est impossible de généraliser tant les pays ont des niveaux différents d’endettement et de déficits publics. Quand le Japon est endetté à hauteur de plus de 175% de son PIB, l’Italie de plus de 105%, la France, l’Allemagne et les Etats-Unis sont plutôt autour de 65% et le Royaume-Uni ou l’Espagne autour de 40%. Le niveau des déficits est également extrêmement différent, entre les 12% du PIB outre-Atlantique, 8% au Royaume-Uni et une zone euro qui oscille entre 3 et 6%.

Les chiffres évoqués paraissent extrêmement importants car tant les niveaux d’endettement que de déficits sont au plus haut depuis une cinquantaine d’années. Cependant, un examen de l’histoire permet de constater que la dette Américaine dépassait les 100% du PIB au sortir de la guerre, qui plus est, à une époque où les recettes fiscales de l’Etat étaient une fraction de ce qu’elles sont aujourd’hui. De même, la Grande Bretagne a connu des niveaux d’endettement très importants sans faire défaut.

Alors, on pourra dire que c’était à cause de la guerre, mais l’excuse de la cause ne change rien à la capacité de l’Etat à rembourser sa dette… Ce que les Etats occidentaux ont pu faire dans le passé peut-être fait demain. Bien sûr, le contexte de croissance d’après-guerre favorisait l’apurement des finances publiques, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, mais si l’on compare le niveau d’endettement par rapport aux recettes de l’Etat, nous sommes très loin des extrêmes de l’après-guerre.

Quelle est la situation réelle de la France ?

Certains politiques et journalistes dramatisent volontiers la situation de notre pays. Un examen plus apaisé permet de constater que nous nous situons seulement dans la moyenne, tant pour l’endettement (65% du PIB contre 40 à 175% pour les autres pays comparables) que le déficit (6% contre 3 à 12%). Bref, même s’il n’y a pas de quoi pavoiser, la situation est loin d’être aussi dramatique que certains le disent. Mieux, en fouillant un peu, il apparaît que nous sommes finalement peu endettés.

C’est Alternatives Economiques qui en avait parlé le premier cet automne, mais les chiffres de l’OCDE relativisent clairement la position de notre pays. En effet, il est un peu illusoire de seulement regarder l’endettement sans prendre en compte les actifs de l’Etat. Et en prenant en compte les actifs financiers, l’endettement net de la France n’atteint plus que 37,5% du PIB, battu seulement par le Royaume-Uni. Et encore, les actifs immobiliers ne sont pas pris en compte (avec eux, nous sommes à l’équilibre).

Encore mieux, si l’on mesure l’endettement total du pays (Etat, ménages et entreprises), la France est le pays le moins endetté de l’OCDE avec 190% du PIB, du fait de la grande modération des ménages. Du coup, la politique de relance du gouvernement n’en apparaît que beaucoup trop limitée financièrement. Paradoxalement, la France a les moyens d’une politique de relance beaucoup plus ambitieuse pour sortir de la crise, comme les Etats-Unis le font avec Barack Obama.

Bref, loin des portraits catastrophistes dressés par certains, la situation de la France n’est pas problématique. Si l’équilibre budgétaire devrait être beaucoup plus respecté en période de croissance, nous pouvons aujourd’hui recourir à l’endettement pour sortir de la crise.

Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Dette_publique

03.10.2008

Le niveau de la dette publique nous permet une relance budgétaire !

Le titre de ce papier va sans doute surprendre : depuis que François Fillon a eu l’imprudence de déclarer notre pays en état de faillite, la dénonciation du niveau de la dette publique est devenu un sport national. Mais si la situation n’est pas riante, un examen approfondi permet de nuancer ce catastrophisme.

En effet, la dette de l’Etat dépasse 1 200 milliards d’euros, environ 65% du PIB. Cette dette a littéralement explosé depuis la fin des années 70, où elle s’établissait à moins de 100 milliards d’euros et 20% du PIB. Elle a atteint 35% en 1990 avant d’augmenter fortement en quelques années sous la conjonction de forts déficits, de taux d’intérêts élevés et d’une faible croissance pour dépasser 55% du PIB en 1995. La dette publique pose plusieurs problèmes. Tout d’abord, les intérêts qu’elle génère (plus de 40 milliards d’euros) grèvent le budget de l’Etat, qui serait proche de l’équilibre hors intérêts. Le déficit ainsi généré limite la capacité d’action du gouvernement : si l’Espagne peut aisément financer un plan de soutien à son économie c’est aussi parce qu’elle a accumulé des excédents les années précédentes et qu’elle affiche une dette d’environ 40% de son PIB, encore plus faible que la dette britannique (42% en 2006).

Mais ce tableau très noir doit être nuancé pour plusieurs raisons. Tout d’abord, l’endettement de la France reste parfaitement raisonnable par rapport aux autres pays. En effet, si nous sommes plus endettés que les Espagnols ou les Britanniques, nous le sommes autant que les Allemands ou les Américains (autour de 65% du PIB) et beaucoup moins que les Italiens (106%) ou les Japonais (177%). Ensuite, il faut noter que la dette totale de la France (Etat, entreprises et ménages) est la plus faible des grands pays occidentaux. Enfin, une étude d’Alternatives Economiques avait montré que la dette financière nette de la France (qui prend également en compte les nombreux actifs financiers de l’Etat Français) est en fait stable autour de 38% du PIB depuis 1995 et qu’elle est compensée par les actifs non financiers de l’Etat (bâtiments entre autres). Enfin, le niveau de la dette se mesure également aux revenus de l’Etat : elle représente une année et demie de prélèvements obligatoires, ce qui représente un niveau somme toute parfaitement gérable quand on raisonne à l’échelle d’un ménage par exemple.

Bien sûr, il eut été bien meilleur d’aborder la crise actuelle avec un budget équilibré pour avoir plus de marges de manœuvre. Si les cassandres de la dette n’ont pas totalement tort en brandissant le fardeau que nous laissons pour les prochaines générations, leur catastrophisme est complètement ridicule. Il faut noter que le niveau incroyable de la dette Japonaise n’empêche pas le gouvernement d’emprunter à 1,5% à 10 ans. Il serait grandement souhaitable que le niveau de la dette et du déficit soient plus bas. Néanmoins, étant donnée la situation économique actuelle, il ne faudra pas hésiter à relancer la machine, y compris par les voies budgétaires, quitte à creuser momentanément les déficits. L’absence de relance pourrait également être une erreur car notre endettement et les déficits progresseront si le PIB se contracte.

L’endettement n’est pas une solution en soi. Néanmoins, dans le cas présent, il vaut mieux lâcher un peu la bride sur les budgets pour relancer la machine économique en voie d’asphyxie financière. En outre, si nous investissons sur les infrastructures ou les économies d’énergie, cet argent rapportera rapidement.

Source : http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/10...

http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_pays_par_dette_publ...

http://fr.wikipedia.org/wiki/Image:Dette_publique_france_...