24.02.2011

Nicolas Sarkozy, rantanplan de la diplomatie

Le Monde vient juste de publier une tribune de diplomates anonymes critiquant sévèrement la politique étrangère de la France. Il faut dire que les polémiques s’enchaînent avec une rapidité assez incroyable, révélant toutes les failles de notre diplomatie depuis 2007.

Fiascos diplomatiques

Le soulèvement démocratique des pays arabes expose cruellement les erreurs de notre diplomatie. Notre premier ministre et notre ministre des affaires étrangères ont ainsi passé leurs vacances de fin d’année en Tunisie et en Egypte, les deux premiers pays qui se sont révoltés contre leurs autocrates, tout en profitant de certaines largesses sur place. Même s’il n’y avait rien de techniquement illégal, cela n’est guère flatteur pour le pays que le monde arabe aimerait voir jouer un plus grand rôle.

Mais la série noire continue avec les déclarations cavalières de Nicolas Sarkozy pour le Mexique, comme l’a bien souligné David Desgouilles. Puis, c’est au tour du nouvel ambassadeur de Tunisie, Boris Boillon, de déclencher une polémique pour des propos un peu durs à l’égard des journalistes tunisiens. Enfin, la révolte de la Libye expose Paris à la critique après la réception du dictateur fin 2007 (dont les photos auraient disparu du site de l’Elysée depuis quelques jours).

Chérie, j’ai rétréci notre diplomatie !

Alors que Jacques Chirac avait redoré notre tradition diplomatique en s’opposant fermement à la seconde guerre d’Irak, Nicolas Sarkozy a mis notre diplomatie en lambeaux. Alain Juppé, pourtant devenu ministre depuis, et Hubert Védrine, avaient alerté le président sur le manque de moyens du Quai d’Orsay. Mais les moyens ne font pas tout. En diplomatie, il faut également avoir une direction, une vision à partager, une capacité à défendre ses positions pour exister.

Et sur ces trois points, Nicolas Sarkozy pèche. La seule direction qu’on lui connaisse est un atlantisme qui l’a poussé à rejoindre le commandement intégré de l’OTAN plus de quarante ans après le départ décidé par le général de Gaulle. Mais ce suivisme ne saurait donner une ligne directrice à notre action. Et sur la scène européenne, la France, faute de vision, suit la plupart du temps l’Allemagne, qui nous a imposé Lisbonne et une Union pour la Méditerranée croupion.

Non, il ne restera pas grand chose de la présidence de Nicolas Sarkozy, entre autres d’un point de vue diplomatique. Même si on peut ne pas goûter le procédé utilisé par les diplomates qui ont signé la tribune du Monde, l’ensemble de leur constat est tristement juste.

15.05.2009

Mon rêve d’Europe (3/3) : une Europe européenne

Il y a plusieurs visions de la construction européenne : celle qui consiste à construire un pôle continental complètement indépendant ou celle où l’europe n’est qu’un appendice des Etats-Unis.

Passer d’une europe Américaine…

Beaucoup pourront trouver une telle analyse outrancière. Et pourtant, quand on y regarde de plus près, beaucoup d’indices montrent bien que l’europe qui est construite aujourd’hui est une europe sous influence. Il est tout de même incroyable que la première puissance économique mondiale ressente le besoin d’indiquer dans son texte fondateur (TCE puis traité de Lisbonne) que l’instance de mise en œuvre de sa défense est l’OTAN, une organisation où un autre Etat décide de tout.

D’ailleurs, certains partisans de cette europe avance parfois à découvert, comme Edouard Balladur, qui a récemment affirmé que l’Union Européenne avait vocation à terme à inclure… les Etats-Unis. Beaucoup de fédéralistes ont rêvé d’étendre cette europe outre-Atlantique, dans une manœuvre qui aurait donné les clés du continent à Washington. Ceux qui veulent construire les Etats-Unis d’Europe veulent souvent construire l’europe des Etats-Unis… 

À une Europe européenne

Cette idée repose sur une double erreur d’analyse. Tout d’abord, l’Europe est largement assez puissante pour s’exprimer seule. Ensuite, étant donnée la politique inutilement belliqueuse et impérialiste des Etats-Unis, le monde a besoin d’un pôle occidental plus modéré qui pourra servir de trait d’union entre les civilisations. C’est là que l’Europe a un rôle à jouer. Non pas une Europe bêtement alignée sur les positions américaines, comme beaucoup d’Etats en 2003, mais une Europe qui défend ses valeurs.

Cela ne signifie pas pour autant que l’avenir de la diplomatie européenne passe forcément par une diplomatie commune. L’échelon européen ne permettant pas de véritable contrôle démocratique, il revient uniquement aux nations de diriger leur diplomatie. L’Europe doit seulement offrir des instances de coordination pour peser davantage sans jamais remettre en cause le droit de chaque Etat à déterminer sa politique. Mais l’Europe a tout à gagner à garder une voix indépendante.

Le Général de Gaulle disait en privé qu’il était finalement plus européen que ses adversaires car lui était favorable à une « Europe européenne » alors qu’ils lui préféraient « une Europe américaine ». Depuis 2003, ce débat est toujours autant d’actualité.

14.04.2009

Ce que le néolibéralisme fait à la diplomatie

La somme des intérêts égoïstes permettrait de produire de l’intérêt général. Si la théorie libérale s’est à nouveau fracassé sur le mur de la réalité avec la crise, son influence n’a pas fini de se faire sentir, par la tournure d’esprit qu’elle donne aux diplomaties de la planète.

Du néolibéralisme et de l’Europe

Quand les Etats européens négocient un nouveau paquet climat, c’est une foire d’empoigne pour négocier des exemptions ou de meilleurs quotas pour ses industriels. La mise en place d’une taxe nous aurait épargné ce spectacle assez peu réjouissant. En fait, les pays européens n’ont pu s’entendre que sur un plan coordonné pour sauver des banques. En revanche, les plans de soutien à la demande ne sont pas concertés et les pays qui le peuvent, comme la Grande-Bretagne, utilisent la dépréciation monétaire…

Sans doute en bonne partie sous l’influence néolibérale, l’Union Européenne n’est plus un espace où un intérêt général européen pourrait s’imaginer mais simplement un champ de bataille où chacun cherche à protéger mesquinement ses propres intérêts ou, mieux, à les imposer aux autres pays, voir dans le cas des lobbys, à les imposer aux gouvernements et aux peuples. Les ravages de l’idéologie néolibérale sont ancrés profondément dans l’ensemble des Institutions européennes.

Dans les années 50, la France et l’Allemagne étaient capables de construire un projet commun, la CECA, qui servait leurs intérêts communs. Dans les années 60, le Général de Gaulle avait réussi à faire adopter une Politique Agricole Commune avec un grand dessein. Avec Airbus et Ariane, les Etats ont su faire preuve d’une certaine abnégation pour construire un dessein plus grand.

Du néolibéralisme et de la diplomatie

Il en est de même à l’échelle de la planète. Qu’avons-nous appris aux pays émergents si ce n’est une logique détestable de rapports de force où le plus puissant fait ce qu’il veut et peut imposer sa volonté à plus faibles que lui. Quand les pays riches traversent une crise économique, ils n’hésitent pas à creuser les déficits pour amortir la crise. Quand les pays émergents vont mal et qu’ils sont contraints d’avoir recours à l’aide du FMI, qu’ils cherchent donc à éviter, on leur impose des cures d’austérité…

Diplomatiquement, la situation est simple. Un pays peut faire ce qu’il veut du moment qu’il est puissant, économiquement ou militairement : les autres pays ne viendront pas lui chercher des noises. En revanche, un pays relativement faible, comme l’Irak, le Liban ou Gaza, pourra être envahi par plus puissant que lui sans la moindre conséquence concrète de la part de la communauté internationale. Le règne du chacun pour soi en économie devient la règle en diplomatie.

Conséquences et remèdes

La volonté de puissance affichée par la Russie ou la Chine est une conséquence logique de la façon dont fonctionne la communauté internationale fonctionne. Malheureusement, c’est ce que nous leur avons appris. La Russie s’est vue imposer une thérapie de choc inhumaine par un Occident inconscient dans les années 90. Il est donc parfaitement normal que le régime russe soit toujours dans une logique de rapports de force avec les autres pays. Nous leur avons montré qu’il valait mieux être puissant et riche…

Dans un autre monde, l’Europe aurait pu tendre la main à sa partie orientale pour l’aider à se relever de l’effondrement du communisme en prenant exemple sur le plan Marshall du sortir de la guerre. Ainsi, nous aurions appris à nos frères de l’Est que l’égoïsme ne fait pas tourner le monde. En un sens, la crise actuelle est une opportunité de nous racheter. Malheureusement, il est peu probable qu’elle soit saisie.

En un sens, l’aventure européenne, jusque dans les années 70, a représenté et représente toujours une formidable aventure humaine qui a permis à des nations autrefois séparées par d’innombrables guerres et des millions de morts, de construire un projet commun qui nous a permis de dépasser les antagonismes et de construire de nouvelles solidarités. Malheureusement, ses promoteurs ont fini par tomber dans un double travers : un dogmatisme ultralibéral sans limites et une volonté affichée d’affaiblir les nations.

Le néolibéralisme prêche la guerre économique entre les nations. Il n’est malheureusement pas étonnant que cet état d’esprit conduise à des comportements belliqueux. Il est urgent d’imaginer de nouveaux projets communs pour remettre de l’intérêt général dans les relations diplomatiques.

Source : http://horizons.typepad.fr/accueil/2009/04/le-g20-vers-un... 

17.02.2009

Nicolas Sarkozy, diplomate de pacotille

Diplomatiquement, Nicolas Sarkozy bouge beaucoup. Dès qu’il y a un événement, il se déplace, en rajoutant souvent dans l’emphase sur son rôle. On pourrait croire qu’il fait progresser la voix de la France. Pourtant, un examen plus approfondi montre que c’est tout le contraire.

Le président qui se fâche avec tout le monde

En effet, les quinze derniers jours ont été l’occasion pour Nicolas Sarkozy de se fâcher avec de nouveaux dirigeants. Lors de son intervention télévisée et radiodiffusée, le président a ainsi critiqué nommément la baisse de la TVA de Gordon Brown et attaqué les délocalisations de nos constructeurs automobiles à l’Est, s’attirant les foudres du Premier Ministre Tchèque. Quel que soit ce que l’on en pense, il était possible de présenter les choses de manière moins agressive vis-à-vis de nos partenaires.

Mieux, Nicolas Sarkozy, sans doute contrarié par le peu d’empressement du nouveau président Américain à le rencontrer, s’est permis une critique ad hominem de Barack Obama, lui conseillant d’attendre l’élection du 12 juin pour ouvrir des discussions avec l’Iran alors que les Etats-Unis souhaitent aller plus vite. Il a dit « souhaiter qu’Obama engage ses discussions avec l’Iran dans un esprit de dialogue et d’une certaine fermeté ». La nouvelle administration Américaine doit particulièrement goûter de tels conseils…

Mais l’impair diplomatique le plus grave de la présidence Sarkozy est le refroidissement inédit de nos relations avec l’Allemagne. À cause de sa familiarité bien peu diplomatique et de son manque de considération pour Angela Merkel, nous sommes entrés dans une phase où l’Allemagne ne semble plus vouloir construire grand chose avec la France et s’est repliée sur la simple défense de ses intérêts, chose d’autant plus aisée que Nicolas Sarkozy est prêt à toutes les concessions pour un accord.

Une diplomatie Française à la dérive

Pire, en acceptant de rejoindre à nouveau le commandement militaire intégré de l’OTAN plus de quarante ans après la décision du Général de Gaulle, Nicolas Sarkozy réduit la France au rang de énième vassal des Etats-Unis. En effet, à quoi sert l’OTAN aujourd’hui ? Cette organisation, conçue pour protéger l’Europe de la menace soviétique, n’est pas adaptée au monde d’aujourd’hui, à part comme instrument de l’impérialisme Américain, auquel trop de pays sont malheureusement heureux de céder.

Dans les pays émergents, la position de la France n’est guère meilleure. Le président a fâché les Indiens en écourtant un séjour pour rejoindre Carla. Il a réussi l’exploit de beaucoup céder à la Libye (le fameux séjour de Kadhafi à Paris) et à la Chine sans pour autant gagner le moindre avantage diplomatique (nos relations sont en froid avec les deux pays). Enfin, son scandaleux discours de Dakar, aux relents colonialistes, a durablement abîmé nos relations avec l’Afrique.

Pire, Nicolas Sarkozy se fâche sans obtenir grand chose. Alors qu’il déclarait vouloir un « mini traité » limité aux questions institutionnelles, il a signé un traité constitutionnel bis, comme le souhaitaient les Allemands. Son Union pour la Méditerranée, bonne idée, a été diluée en une énième politique de l’Union, comprend des pays qui bordent la mer du Nord et n’a toujours rien réalisé de concret. Enfin, les contrats qu’il se vante de signer sont trop souvent du réchauffé.

Entre une brutalité bien peu diplomatique, un ego fatiguant et un trop grand empressement à trouver un accord pour assurer une belle photo, Nicolas Sarkozy a réussi le tour de force d’à la fois énerver tous nos partenaires sur la forme tout en étant incapable de défendre les intérêts de la France sur le fond.

Source : http://tf1.lci.fr/infos/monde/moyen-orient/0,,4254052,00-...

08.08.2008

La Chine envoie Nicolas Sarkozy en deuxième division diplomatique

Alors qu’aujourd’hui, il assistera à la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques, le président n’a pas voulu trouver du temps pour rencontrer le dalaï-lama pendant sa visite en France. Comme souvent avec Nicolas Sarkozy, il y a un monde entre ce qu’il dit et ce qu’il fait.

Il est sans doute juste d’assister à la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques car le boycott ne fait pas forcément mieux avancer la cause des droits de l’homme dans l’Empire du Milieu. Il y a quelques semaines, l’Elysée avait vivement réagi aux propos de l’ambassadeur de Chine en France, qui suggérait que la réception du dalaï-lama par le président pourrait avoir des conséquences pour les contrats signés par nos industriels. La présidence avait fait savoir que personne ne pouvait prétendre dicter la conduite de notre pays. Ainsi, la participation à la cérémonie, couplée à une réception du guide spirituel tibétain était sans doute la meilleure position possible pour notre pays, mêlant indépendance nationale, respect des autres cultures tout en indiquant notre volonté de promouvoir les droits de l’homme.

Malheureusement, les rodomontades du président à l’égard de l’ambassadeur de Chine en France étaient du flan. Nicolas Sarkozy assistera à la cérémonie d’ouverture et ne rencontrera pas le dalaï-lama, signe que l’oukase de Pékin a primé sur l’indépendance nationale. Bien sûr, pour donner le change, Carla Bruni-Sarkozy ira à une manifestation religieuse autour du dalaï-lama et l’UMP a annoncé que le président rencontrerait ce dernier d’ici la fin de l’année (ce qui reste une annonce très incertaine vu qu’elle n’a pas été confirmé par la présidence). Mais au global, le résultat est là : alors que l’Allemagne peut se permettre de ne pas aller à la cérémonie et qu’Angela Merkel reçoit le dalaï-lama sans conséquences économiques pour son pays, Nicolas Sarkozy place notre pays dans une deuxième division diplomatique bien peu flatteuse et bien peu gaullienne.

Malheureusement, ce nouvel état de fait, bien peu conforme à notre tradition, était prévisible. Si certains (et moi le premier), avaient voulu croire à un sursaut lors du recadrage de l’ambassadeur, la réalité de la diplomatie sarkozyste nous rattrape. Les effets de manche à destination de la communication du président ne sont que très rarement suivis dans les faits. C’est ainsi que se passent les négociations au niveau européen par exemple. Nicolas Sarkozy voulait un mini traité recentré sur les questions institutionnelles. Il n’a pas su (voulu ?) négocier autre chose qu’un Traité Constitutionnel bis. Il voulait une Union de la Méditerranée limitée aux pays qui borde notre mare nostrum, il a fini par accepter tous les pays de l’Union (y compris les pays scandinaves). On pourrait multiplier les exemples, le constat est le même : derrière les grandes déclarations, Nicolas Sarkozy est un bien piètre négociateur.

En se soumettant au diktat chinois que d’autres pays ont refusé sans la moindre conséquence et après de nombreux épisodes peu glorieux (Libye, OTAN…), Nicolas Sarkozy ne fait que confirmer la relégation de notre pays en deuxième division diplomatique depuis qu’il est au pouvoir.

Source : http://www.lemonde.fr/jeux-olympiques-toute-l-actualite/a...

12.06.2008

Le naufrage de la diplomatie française

Le déplacement de Nicolas Sarkozy pour le conseil des ministres franco-allemand en Bavière a été l’occasion de souligner le réchauffement des relations avec nos voisins d’outre-Rhin. A posteriori, cela souligne les difficultés de notre diplomatie en Europe, mais aussi dans le monde.

En France, Nicolas Sarkozy est souvent présenté comme l’homme qui a sauvé l’Europe avec la signature du traité de Lisbonne, celui qui a créé l’Union de la Méditerranée, ou celui qui s’active aux quatre coins du globe, notamment pour la libération d’otages, que ce soit Ingrid Bettancourt ou des infirmières bulgares. Même s’il a mis beaucoup d’eau dans son vin concernant la défense des droits de l’homme et que le séjour de Kadhafi a été dénoncé jusque dans les rangs de son propre gouvernement, au global, le bilan diplomatique du président de la République est présenté de manière positive. À l’étranger et dans quelques médias français, l’image est beaucoup moins flatteuse. Si vous avez des connaissances dans d’autres pays, elles vous répèterons invariablement que le président français est perçu comme un agité aux mauvaises manières, pas sérieux et qui fait honte à l’image de la France.

On pourrait croire à tort que les excès « people » de Nicolas Sarkozy sont à l’origine de cette bien mauvaise image. Après tout, la mise en avant de sa vie publique avec Cécilia, puis le divorce, suivi de la rencontre puis du mariage avec Carla Bruni ont fait beaucoup de bruits. Le tout ajouté à la nuit au Fouquet’s, au séjour sur le yacht de Vincent Bolloré, aux Ray Ban, à la Breitling et à un langage bien peu distingué quand il sort du cadre des discours écrits par ses conseillers aurait pu expliquer la mauvaise image de Nicolas Sarkozy en dehors de France. Cette rupture avec le style de Jacques Chirac ou Dominique de Villepin, cadre bien mal avec ce que les pays étrangers attendent de notre pays.

Mais le mal est beaucoup plus profond qu’un simple problème de style. Nicolas Sarkozy a également dilapidé son crédit en faisant de multiples entorses au protocole diplomatique. Sa visite en Inde a choqué par sa brièveté, dans un pays où les visites de Chef d’Etat dure au moins quatre jours. Les Allemands ne le prennent clairement pas au sérieux : après avoir « embarqué » un stylo Montblanc lors d’un déplacement en Roumanie (avec l’accord du premier ministre roumain), Angela Merkel lui a offert un stylo à la réunion suivante… Les Allemands goûtent également modérément les accolades très tactiles et familières du président français. Ils n’apprécient guère qu’après une dizaine de rencontres avec la chancelière, il appelle toujours son mari monsieur Merkel (le nom de son premier mari), comme si Angela Merkel appelait Carla Cécilia… Le Vatican se souvient encore de son retard et de ses SMS passés pendant le discours du Pape, comportement que le Times avait jugé digne de Paris Hilton ou Britney Spears…

Bref, notre président ne fait décidemment pas sérieux, voire définitivement vulgaire. Pire, il est également ridiculisé par son faible pouvoir de négociation. Car s’il est présenté comme un bâtisseur de l’Europe, la réalité est un peu plus complexe… En fait, le traité de Lisbonne correspond surtout à ce que voulait l’Allemagne. À l’origine, Nicolas Sarkozy voulait un « mini traité » focalisé sur les questions institutionnelles. Mais les Allemands ne voulaient pas remettre en cause le TCE originel. C’est ainsi que contre quelques concessions mineures et pour apparaître comme le sauveur de l’Europe, il nous a fait manger notre chapeau. De même sur l’Union de la Méditerranée, au lieu d’une nouvelle institution de dialogue entre les pays du bord de la Méditerranée, l’Allemagne a obtenu d’en faire le prolongement d’une simple politique antérieure de l’Union. C’est ainsi que la Suède ou la Pologne y participeront…

Bref, même si cela peut paraître excessif, la diplomatie française est en lambeaux. S’il arrive encore à donner le change grâce à une couverture médiatique favorable, dans la réalité, Nicolas Sarkozy est vu comme un guignol un peu vulgaire, qui plus est prêt à n’importe quel compromis pour signer un accord qui peut le faire briller. Pauvre France !

Source : http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/06/07/sarkozy-merkel-la-danse-des-crocodiles_1055108_3214.html#ens_id=1050815

19.04.2008

Une diplomatie en lambeaux

Si les média sont aujourd’hui beaucoup plus critiques à l’égard de Nicolas Sarkozy, il est un domaine où une certaine complaisance reste de mise : la politique étrangère. Il y a un très grand écart entre la perception des initiatives du président à l’étranger et la façon dont elles sont présentées en France.

En effet, un certain nombre de Français (certes diminuant) pensent encore que Nicolas Sarkozy a dynamisé la place de la France dans le monde. Pourtant, sur ce point, Jacques Chirac avait fait beaucoup. Si sa prise de position contre la guerre en Irak avait froissé les Américains et leurs alliés, une majorité de pays avaient été heureux de trouver un pays comme de prendre la tête de l’opposition à la position des Etats-Unis. Et le temps a donné raison à la France. Jamais la France n’avait autant compté dans le monde depuis longtemps, sans doute depuis le Général de Gaulle. En outre, le grand intérêt de Jacques Chirac pour les cultures non-occidentales lui avait permis de créer un lien avec de nombreux pays qui avaient été agréablement surpris par l’intérêt profond d’un chef d’Etat occidental pour leurs cultures.

Nicolas Sarkozy réussit encore à donner le change dans la presse française grâce à ses nombreux déplacements, au traité de Lisbonne et à son Union Méditerranéenne. Mais, dans la réalité, la situation n’est pas si rose. Le couple franco-allemand, pierre angulaire de notre diplomatie depuis 45 ans traverse sa plus forte crise. Alors que tous les dirigeants précédents avaient réussi à développer une véritable entente stratégique, Nicolas Sarkozy ne s’entend vraiment pas avec Angela Merkel, qui n’apprécie ni le style, ni ses initiatives souvent désordonnées et mal préparées de notre président. La chancelière allemande s’est même permise de lui offrir un stylo quelques jours après la visite en Roumanie où Nicolas Sarkozy avait demandé à garder le stylo avec lequel il avait signé un accord. L’ironie de ce présent illustre sans doute bien le niveau de considération d’Angela Merket pour notre président…

Mais ces tensions ne sont qu’un détail à côté de la réalité des négociations diplomatiques. Sur l’Union Méditerranéenne, Nicolas Sarkozy a cédé sur tout puisque cette Union, qui devait être indépendante de l’Union Européenne et ne concerner que les pays bordant physiquement la Méditerranée, concernera finalement tous les pays de l’Union (y compris la Scandinavie…) et a été rattachée à une initiative antérieure qui végétait. Bref, la diplomatie française n’a pas obtenu grand chose, tout comme lors de la négociation du traité de Lisbonne. La capitulation des positions françaises a alors été présentée comme une victoire diplomatique, alors que nous n’avions quasiment rien obtenu. L’alignement sur les Etats-Unis a fait perdre l’originalité et la liberté de notre diplomatie et donc notre influence. Enfin, la désastreuse visite de Kadhafi a montré que l’argent permettait presque tout…

La « rupture » si chère à Nicolas Sarkozy a bien eu lieu sur le plan diplomatique. Mais contrairement à ce que beaucoup de média français soutiennent encore, elle a eu pour principal effet de considérablement diminuer l’influence de notre pays...