02.08.2008
Analyse critique du néo-libéralisme : l’épineuse question du commerce
Cette semaine, les négociations sur le cycle de Doha ont échoué. Quatorze ans après la conclusion de l’Uruguay round, la communauté internationale continue à butter sur un accord commercial global, ce qui n’empêche pas les échanges de progresser. Faut-il s’en inquiéter ?
Les néolibéraux s’inquiètent de l’échec de ces discussions et craignent les réflexes protectionnistes qui semblent se dessiner dans quelques pays. Pourtant, malgré l’absence d’accord de libéralisation depuis près de quinze ans, le commerce international se porte toujours aussi bien puisqu’il continue à croître plus vite que le PIB mondial, malgré une hausse des prix de l’énergie qui commence à peser sur les exportations en augmentant le prix du transport. L’article du Monde est assez incroyable dans la mesure où il montre une adhésion sans nuance au discours néolibéral de bienfaits du commerce, évoquant les gains très théoriques d’un accord (et pourtant limités à 0,1% du PIB mondial…). Un tel article émanant du journal de référence de la gauche, démontre de manière très claire les thèses de Jacques Généreux et Jean-Claude Michéa sur la proximité idéologique de la gauche avec les néolibéraux.
Si les négociations ont échoué, c’est parce que des pays ont refusé la demande portée par l’Inde de pouvoir monter les droits de douane en cas de hausses subites d’importation. Cette demande, qui concerne notamment les produits agricoles a été raillée par la représentante américaine au commerce, Susan Schwab, qui a souligné le paradoxe que, « dans un contexte de crise alimentaire mondiale, le débat se soit focalisé sur comment et de combien certains pays pourraient relever leurs barrières douanières face aux importations agricoles », d’autant plus que beaucoup de pays interdisent les exportations aujourd’hui ! Les Etats-Unis se sont opposés à cet assouplissement des règles permettant une hausse des taxes pour ne pas entraver leurs exportations vers la Chine.
Mais cette présentation des faits occulte des aspects importants. Les pays asiatiques (Japon, Corée, puis Chine) ont par exemple enclenché leur développement économique en protégeant leur agriculture pour permettre une modernisation progressive. Au contraire, certains pays africains ont énormément souffert de l’ouverture intempestive aux importations d’autres pays. En effet, dans un contexte de marché ouvert, les agriculteurs d’un pays peuvent être ruinés par des importations à prix cassé, détruisant des années d’effort pour créer une agriculture vivrière. Cela avait été le cas des agriculteurs de Côte d’Ivoire dont les efforts pour accroître leur production de riz avaient été contrecarrés par des importations à bas prix d’Asie. En cela, le « laisser faire et laisser passer » sans limites peut menacer le développement économique.
C’est pourquoi le dogmatisme libéral de certains commentateurs est à courte vue. Il ne faut jamais oublier que le libre-échange ne saurait être une fin en soi, mais simplement un moyen possible, en vue du développement économique. En fonction des circonstances, il pourra être utilisé pour accélérer le progrès économique et humain de nos sociétés. C’est ce que les pays émergents (ou anciennement émergents) qui ont réussi savent parfaitement faire, en s’ouvrant tout en sachant se protéger quand cela est nécessaire pour éviter des ajustements trop brutaux. C’est malheureusement ce que la Commission Européenne semble incapable de faire, tant son dogmatisme libre-échangiste est fort, ce que Nicolas Sarkozy a su fortement et justement dénoncer lors des négociations.
L’échec de ces négociations n’est donc pas un drame pour l’humanité, qui se passe d’accord depuis quatorze ans. Elle devrait être une source d’inspiration pour des européens trop naïfs qui devraient s’inspirer de la pratique plus pragmatique de beaucoup de pays émergents.
Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/07/30/omc-etats-unis-et-inde-font-echouer-les-negociations_1078661_3234.html#ens_id=1075232
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : doha, généreux, michéa, omc, commission européenne



