10.08.2011
The Economist change la recette de son indice Big Mac
Il y a 25 ans, The Economist publiait son premier Big Mac index. En comparant le prix du plus célèbre des hamburgers, l’hebdomadaire anglais voulait mesurer de manière simple la surévaluation ou la sous-évaluation des différentes monnaies.
Une méthode simple mais pertinente
Le débat économique sur les parités monétaires est compliqué. En effet, comment estimer quel devrait être le cours d’une monnaie par rapport à une autre et ainsi comprendre si une monnaie est surévaluée ou sous-évaluée par rapport à une autre ? Les comparaisons de prix sont toujours délicates et il faut réunir une quantité de données considérables pour avoir des chiffres qui ont du sens. En 1986, The Economist a eu l’idée de tout simplement comparer le prix des Big Mac.
A première vue, l’idée semblait intéressante car beaucoup de choses rentrent en compte dans le prix d’un hamburger. Outre le prix des aliments, il y a une forte composante mains d’œuvre, mais également le loyer des fast-foods et encore les frais généraux, ce qui fait de ce sandwich un produit complet. Mieux, la forte présence de Mac Donald’s dans le monde permet de comparer un même produit vendu dans plus d’une centaine de pays, cas d’espèce assez unique.
D’ailleurs, de nombreuses études universitaires ont fini par démontrer la pertinence de l’indice Big Mac, qui est repris de plus en plus souvent. Pour son 25ème anniversaire, The Economist a revu sa recette en l’enrichissant d’une prise en compte du niveau de développement des pays (assez logiquement, le prix monte avec le PIB / habitant du fait d’un coût du travail supérieur). Cette nouvelle formule apporte un éclairage encore plus saisissant sur le niveau des monnaies.
Surévaluation ou sous-évaluation ?
En comparant simplement le prix du Big Mac, l’euro apparaît surévalué de 21% par rapport au dollar mais The Economist relève qu’il y a de fortes disparités en fonction des différents pays de la zone (mais sans indiquer de chiffres). Le yuan chinois serait sous-évalué de 44%, la roupie indienne de 53%. Il faut noter que le yen semble être à la bonne parité par rapport au dollar, tout comme la livre britannique (sous-évaluée de 4%). Enfin, le franc suisse serait surévalué de 98% !
Mais, en corrigeant par le niveau de développement, alors, les chiffres sont sensiblement modifiés. La surévaluation du franc suisse atteint 63%. En revanche, l’euro apparaît trop cher de 36% par rapport au dollar, la livre sterling de 9% et le yen de 5%. Mais cette méthode change radicalement les chiffres pour la Chine et l’Inde puisque la monnaie de ces deux pays apparaît finalement comme justement évaluée (respectivement surévaluation de 3% et sous-évaluation de 8%).
En clair, la conclusion de cette étude est de dire que les grandes monnaies de ce monde (dollar, yen, yuan, roupie) sont relativement bien évaluées si on croise le niveau absolu des prix et celui du développement. Il n’y a qu’une seule exception, l’euro, une monnaie extrêmement surévaluée. Comment les industriels européens peuvent-ils se battre avec une monnaie trop chère de plus de 30% ? Pire, il y a de grosses différences entre les différents pays de la zone.
Merci donc à The Economist pour cette nouvelle contribution au débat économique. Une nouvelle fois sont illustrées les carences de cette construction européenne avec une monnaie trop chère et qui ne correspond pas aux différences entre les pays.
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25.10.2010
La zone euro, cocue de l’anarchie monétaire
Certaines personnes semblent découvrir, ou peut-être font mine de découvrir, qu’il y a une guerre monétaire. Pourtant, l’utilisation de la valeur de la monnaie pour stimuler son économie est une vieille pratique, que seule la zone euro refuse d’utiliser, pour notre plus grand malheur.
Un G20 toujours aussi vain
Une réforme du FMI vient d’être décidée. Les pays européens abandonnent deux sièges au conseil d’administration, au profit des BRIC qui en auront désormais tous un. Par contre, naturellement, rien n’a été fait pour rééquilibrer l’anarchie monétaire qui règne depuis maintenant bientôt quarante ans. Bien sûr, les participants ont fait une déclaration condamnant les manipulations, mais rien de concret n’a été décidé. Le yuan restera sous-évalué face au dollar, de même que ce dernier face à l’euro…
Il est frappant de constater que la communauté internationale ne parvient à se mettre d’accord que pour sauver des banques ou les créditeurs d’un pays très endetté comme la Grèce. En revanche, il est toujours impossible de se mettre d’accord pour aider les victimes de la crise… Pire, le G20 laisse une paix royale aux banquiers pour se réformer, laissant le comité Bâle 2 établir la réforme dont la finance a tant besoin, celui qui avait conçu les règles qui nous ont mené au bord du précipice en 2008…
Une zone euro totalement passive
D’un côté, les Etats-Unis ont agi rapidement pour baisser leurs taux d’intérêt, ce qui a provoqué une baisse rapide du dollar face à l’euro. La Grande-Bretagne ou la Suède ont agi de la même manière pour soutenir leur économie. La Chine maintient la parité du yuan à un niveau très bas (que certains estiment à 50% de sa véritable valeur face au dollar). Le Japon intervient sur le marché des changes pour freiner la montée du yen, qui fait du mal à son économie et à ses exportateurs.
Il n’y a guère que la zone euro pour ne pas intervenir afin d’influencer la valeur de sa monnaie. Résultat, l’euro est une des monnaies les plus surévaluées du monde (25 à 40% aujourd’hui par rapport à un dollar lui-même surévalué par rapport au yuan…). Nous sommes les dindons de la farce de cette anarchie monétaire. La raison en est simple : quelques psychopathes croient qu’il est bon pour l’économie d’avoir une monnaie chère, comme les saignées des médecins d’antan.
Que faire ?
La première chose que peut faire la France est de quitter l’euro. En effet, de cette manière, nous pourrions profiter d’une dépréciation probable du franc de 10 à 20% par rapport au deutsche mark, ce qui contribuerait fortement au rééquilibrage de notre commerce international. Ensuite, il serait essentiel de mettre en place une véritable politique monétaire européenne au service de l’économie et non des riches rentiers qui apprécient de pouvoir faire du tourisme à l’étranger à prix discount.
Pour cela, nous pourrions mettre en place des droits de douane compensatoires pour les pays dont la valeur de la monnaie est sous-évaluée. Pour cela, un critère simple pourrait être utilisé : le niveau de la balance commerciale. Le niveau de l’excédent déterminerait le niveau de la taxe. Un tel mécanisme pourrait même être mis en place au niveau international, les pays en déficit étant seuls autorisés à dévaluer de manière à pousser les balances commerciales vers l’équilibre.
Depuis vingt ans, les économies européennes subissent de manière totalement passive les mouvements de l’euro, le plus souvent à notre détriment. Mais pour sortir de cette logique mortifère qui plombe notre économie, il faudra être prêt à des décisions radicales.
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22.11.2009
La rébellion des pays émergents contre l’anarchie monétaire
Après une courte remontée au plus fort de la crise, le dollar faiblit de nouveau depuis le mois de mars et la remontée des marchés financiers. Une occasion de plus de montrer les méfaits de l’anarchie monétaire à travers les réactions des pays émergents.
Pourquoi le dollar baisse ?
A priori, la raison est simple : le dollar baisse à cause des déficits. Malgré une amélioration notable, la balance commerciale étasunienne reste largement déficitaire. Pire, le déficit budgétaire dépasse 10% du PIB, ce qui provoque des inquiétudes sur la capacité du pays à honorer sa dette. Du coup, cela pourrait pousser les investisseurs à limiter leurs positions en dollars pour ne pas être exposés au risque de défaut des Etats-Unis. Mais cela n’est qu’une raison de la faiblesse actuelle.
En effet, une autre raison importante est le décalage des taux d’intérêts. En effet, les investisseurs utilisent aujourd’hui le « carry trade », empruntant en dollar (à taux très bas) pour placer dans des pays où la rémunération de l’argent est plus élevée. Le fait que le gros de la crise semble passée leur redonne de l’appétit pour aller placer dans des destinations plus exotiques. Résultat, le réal brésilien a gagné 41% depuis mars et le won coréen 36%, ce qui pénalise fortement leurs exportations.
En fait, les Etats-Unis ont trouvé un moyen commode d’amortir leur crise par la monnaie. En effet, en ayant les taux d’intérêts les plus faibles du marché, ils poussent le dollar à la baisse, ce qui renforce leur compétitivité commerciale, pénalisant les importations et favorisant les exportations. C’est ainsi que depuis plusieurs trimestres, leurs exportations ont tendance à bien se porter. Les Etats-Unis utilisent l’extérieur comme variable d’ajustement grâce au statut du dollar.
Que faire ?
Cette situation est difficile pour des pays émergents qui misent sur les exportations pour leur développement. C’est ainsi que le gouvernement brésilien a mis en place une taxe sur les placements réalisés au Brésil pour limiter la spéculation. La Corée du Sud a annoncé un contrôle sur les entrées de capitaux ainsi que des règles sur les placements effectués. Bref, les pays émergents répondent par une plus grande réglementation des flux de capitaux de manière à limiter la spéculation.
Mais ces règles ne sont malheureusement que des réactions à un système mal conçu, un système qui est surtout un non-système, sans la moindre règle. Il est impressionnant de voir à quel point quelques pays (Etats-Unis et Grande-Bretagne) utilisent la dépréciation monétaire comme un moyen de soulager leur économie, imitant les dévaluations compétitives des années 30. Pour l’instant, les autres pays ne savent pas trop comment réagir dans un système où seuls les marchés évaluent les monnaies.
Il y a pourtant des pistes pour améliorer la situation. Tout d’abord, il faudrait limiter drastiquement le pouvoir du marché, qui décide seul aujourd’hui de la valeur d’une monnaie par rapport à une autre, par une taxe Tobin et une révision des règles prudentielles. Ensuite, il faudrait remettre en question le privilège du dollar en mettant en place une alternative. Enfin, il faudrait envisager un retour à un système monétaire international, où les parités seraient fixées par les Etats.
Il y a bien une solution pour mettre fin à cette anarchie monétaire dont certains savent bien jouer pour défendre leurs intérêts au détriment des autres. Mais, seule une alliance très large (BRIC, zone euro et Japon) pourrait renverser un système qui ne profite qu’aux Etats-Unis.
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19.10.2009
L’euro cher, le boulet de l’Europe
Près de 1,5 dollar l’euro : loin de menacer la reprise mondiale, la baisse de la monnaie étasunienne représente surtout une calamité pour les pays de la zone euro, qui risquent de voir leur reprise économique réduite à pas grand-chose du fait de la cherté de la monnaie unique.
L’euro cher, encore et toujours
Michel Aglietta affirme qu’à parité de pouvoir d’achat, l’euro devrait coter 1,07 dollars, ce qui est confirmé par les analyses de The Economist. Cela signifie donc qu’aujourd’hui, l’euro est surévalué de 40% par rapport au dollar. En clair, un bien produit dans des usines ayant la même productivité coûte 40% plus cher dans la zone euro que s’il était produit outre-Atlantique, ce qui laisse beaucoup de marges pour payer le transport, au détriment des industriels européens…
Pire, cette situation n’est pas limitée au dollar. La Grande Bretagne a laissé la livre se déprécier de 30% par rapport à l’euro depuis le déclenchement de la crise. Et le lien entre le yuan chinois et le dollar fait que la dépréciation du second par rapport à l’euro se transmet au premier… Enfin, plusieurs monnaies d’Europe de l’Est ont vu leur cours baisser par rapport à la monnaie unique. En clair, la zone euro présente la particularité de voir le cours de sa monnaie monter fortement pendant la sortie de la crise.
L’euro contre la reprise
Si l’euro est aussi cher, c’est la conséquence de la politique monétaire relativement plus restrictive de la BCE par rapport à celles de la Banque d’Angleterre et de la Fed étasunienne et d’un laissez-faire absolu des pays de la zone euro vis-à-vis de la politique de change. Nul doute que si la politique monétaire de la BCE était également fonction du taux de change de l’euro, alors, la monnaie unique ne serait pas aussi chère. Malheureusement, le seul objectif de la BCE est l’inflation…
Du coup, sa politique présente un biais monétariste qui rend l’euro trop cher. Les conséquences sont simples. Le cours trop élevé de l’euro pousse les industriels à délocaliser un maximum d’activités de la zone pour baisser leur coût de production. Ainsi, Renault, Peugeot et Citroën ont délocalisé de France la production d’un million de véhicules de 2004 à 2009, essentiellement dans des pays à bas coûts. De même, Airbus utilise de plus en plus de fournisseurs étasuniens…
Il ne faudra pas être surpris si en 2010, on se rend compte que la reprise économique est plus faible dans la zone euro qu’aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne. La politique monétaire de la BCE continue d’être le boulet de nos économies. Jusqu’à quand ?
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22.05.2009
L’Europe ignore la brèche dans l’étalon dollar
C’est un événement économique d’importance qui a eu lieu cette semaine, sans pourtant faire un grand bruit dans les médias. Le Brésil et la Chine se sont mis d’accord pour que leurs échanges commerciaux soient basés sur leurs monnaies respectives et non le dollar.
Le début de la fin pour le dollar ?
Edward Hadas a raison de souligner que la remise en cause du dollar, si elle semble bien engagée aujourd’hui, prendra du temps, du fait des habitudes et de la place centrale qu’il a acquise depuis des années. Cependant, tout indique désormais que cette situation devrait évoluer à moyen / long terme. La Chine montre d’autant plus de signes d’impatience qu’elle serait la première victime d’une dépréciation du billet vert étant donnée l’immensité de ses réserves (plus de 2 000 milliards de dollars).
Et d’ailleurs, l’amoncellement de réserves de la Chine n’est pas sans rappeler l’accumulation d’or pratiquée par les Etats-Unis à partir de la première guerre mondiale et qui avait permis à leur monnaie de devenir « aussi bonne que l’or ». La décision des autorités de Pékin et Brasilia est doublement intéressante. D’une part, elle démontre la volonté de deux grandes puissances économiques émergentes de remettre en cause le rôle du dollar. De l’autre, elle montre une volonté de coordination entre ces pays.
Un nouvel ordre économique en marche ?
Comme le souligne bien l’article, il ne manquerait plus que la Russie et l’Inde se joignent au Brésil et à la Chine pour que la remise en cause du dollar prenne un tour plus radical. Le nouvel ordre économique mondial pourrait donc être le résultat d’une alliance des pays émergents contre l’hégémonie et le privilège monétaire des Etats-Unis, sans la moindre coordination avec le Japon ou l’Europe.
Car c’est là tout le paradoxe de la situation. L’Europe et le Japon ont été les victimes d’une forte appréciation de leur monnaie face au dollar qui a plongé leur économie dans une crise encore plus sévère qu’aux Etats-Unis. Pourtant, la nature du déclencheur de la crise (la crise de l’immobilier) aurait dû les protéger partiellement. Mais la politique monétaire agressive de la Fed a provoqué une dépréciation du dollar qui a amorti la crise outre-Atlantique tout en l’aggravant au Japon et dans la zone euro.
C’est pourquoi Tokyo et les capitales européennes devraient être en première ligne pour remettre en cause le privilège du dollar et chercher à organiser un système alternatif. Au pire, nous devrions au moins être prêts à rejoindre l’initiative du Brésil et de la Chine pour mettre un coup de butoir définitif contre l’étalon dollar et créer un nouveau système monétaire international. Mais comme d’habitude, le train de l’histoire passe sans que les dirigeants européens ne réagissent…
Bonne nouvelle : la remise en cause du système monétaire actuel, qui privilégie outrageusement les Etats-Unis a fait un pas en avant décisif. Mauvaise nouvelle : les pays européens n’ont pas rejoint cette initiative qu’ils regardent comme une vache regarde passer les trains.
Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/05/20/la-fin-...
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25.04.2009
Après le G20 (2/2) : une nouvelle alliance pour changer d’ordre monétaire
La réunion du G20 n’a pas seulement consacré un nouvel ordre économique associant enfin davantage les pays émergents à la gouvernance économique mondiale. Elle a aussi consacré un G2 alliant Etats-Unis et Chine, qui oeuvrent finalement pour maintenir le système économique en l’état.
Un nouvel ordre économique instable
Les manières polies et très diplomatiques de Barack Obama ne doivent pas faire illusion. Ce sont encore les Etats-Unis qui conservent une forme de leadership mondial, y compris sur les décisions économiques. Même si l’Europe peut dire non à un renforcement des plans de soutien, la tiédeur des décisions du G20 (hormis la rallonge accordée au FMI) doit beaucoup à l’administration américaine, qui profite trop du système à travers le dollar pour vouloir complètement le remettre en cause.
En outre, la Chine se satisfait finalement assez de ce nouveau tête-à-tête avec la première puissance de la planète qui consacre de facto son rang de super puissance. En outre, l’Empire du milieu peut se satisfaire d’un système où il prête aux Etats-Unis pour que les consommateurs américains continuent à importer massivement ses productions. En devenant l’usine du monde, la Chine acquiert un pouvoir économique considérable qui se mesure à ses 2000 milliards de dollars de réserves.
Mais cet équilibre est très instable, comme le montre la crise actuelle. Même la Chine souffre d’une baisse de ses importations et d’un ralentissement économique synonyme de chômage. D’ailleurs, les Chinois s’expriment publiquement en faveur d’un remplacement de l’ordre monétaire actuel qui fait du dollar la monnaie de réserve du monde. Ils ont ainsi proposé de le remplacer par les DTS (Droits de Tirage Spéciaux), un panier des grandes monnaies du monde.
Une nouvelle alliance qui se dessine
En effet, la Chine a été prise au piège du dollar. Parce qu’elle a engrangé des réserves colossales, elle serait la première victime d’un effondrement du billet vert, ce qui la pousse à soutenir la monnaie américaine. C’est sans doute pour cela qu’elle s’est exprimée en faveur d’un nouvel ordre économique mondial. Malheureusement, on peut s’attendre à ce que les Etats-Unis résistent farouchement à toute remise en cause du privilège exorbitant du dollar (totalement ignoré au G20…).
La seule solution pour réformer le système monétaire international serait une alliance entre l’Asie et l’Europe pour construire un système alternatif basé soit sur les métaux précieux soit sur un panier de monnaies. Seule l’alliance de la puissance économique des deux continents permettrait de remettre en question l’ordre actuel. Si l’Europe continentale s’alliait avec les principales puissances asiatiques (Chine, Japon, Inde) pour créer un nouveau système monétaire international, les Etats-Unis n’y pourraient rien.
Une telle alliance sera très difficile à construire, mais aujourd’hui les deux blocs continentaux ont intérêt à le faire. La Chine veut sortir du système dollar. Le Japon subit une appréciation massive du yen qui asphyxie son économie après deux décennies de stagnation et l’Europe continentale pourrait vouloir sortir de cette domination du dollar pour mettre des écluses entre nos économies et celle des Etats-Unis pour la transmission des crises venues d’outre-Atlantique.
Le fait que la crise actuelle se soit déclenchée aux Etats-Unis et que des pays qui n’avaient commis de tels excès en soient des victimes collatérales peut pousser à une remise en question du système monétaire international. Une alliance entre l’Asie et l’Europe continentale aurait les moyens d’y parvenir.
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12.01.2009
L’euro, bouclier ou boulet ?
L’euro a 10 ans. Certains affirment que la monnaie unique et la BCE nous auraient protégés. Pourtant, la crise que nous traversons, partie des Etats-Unis, s’est transmise plus rapidement et plus violemment que d’habitude à l’économie européenne. Dès lors, l’euro est-il un bouclier ou un boulet pour l’Europe ?
Un bilan plus que mitigé
Beaucoup d’analystes prennent le cas de l’Islande pour dire que la monnaie unique nous protège. Pourtant, cet exemple est très abusif : l’Islande est un pays de deux cent mille habitants, dont l’économie dépendait excessivement de la finance (le bilan des banques représentait 9 fois le PIB, le double du Royaume-Uni). Une comparaison plus pertinente serait avec la situation anglaise, dont la taille de l’économie est équivalente à la nôtre. Encore que, là aussi, le poids de la finance et l’endettement colossal des ménages (plus important qu’aux Etats-Unis) exposent la Grande-Bretagne beaucoup plus que la France.
Mieux : le fait de ne pas avoir rejoint la monnaie unique ne semble pas forcément un problème pour nos voisins d’outre-manche. Les taux d’intérêts des emprunts d’Etats y sont plus bas que les nôtres (3,53% au Royaume-Uni, 3,66% en France). La principale différence vient des parités monétaires puisque d’une part, l’euro continue à s’apprécier, au point d’être la monnaie la plus surévaluée du monde avec le yen, alors que la livre n’en finit plus de baisser, puisqu’elle cote moins de 1,1 euros. L’euro est surévalué de 30% par rapport au dollar et de 20% par rapport à la livre.
En temps de crise, une telle surévaluation est dramatique pour la compétitivité des industriels qui produisent en zone euro. À l’inverse, la dépréciation du dollar a permis aux Etats-Unis d’amortir la crise en 2008, puisqu’ils ont eu 2% de croissance au deuxième trimestre grâce à l’envolée de leurs exportations (en hausse de plus de 10%), alors que la zone euro rentrait déjà en récession. L’Europe a ainsi devancé d’un trimestre le pays d’où est venu la crise, paradoxe qui montre bien que la monnaie unique n’est pas un bouclier contre la crise, mais bien un boulet pour les économies de la zone euro, du fait de sa cherté.
Pourquoi l’euro est un problème
Bref, l’euro ne nous permet pas d’emprunter moins cher (les taux sont à 3,53% au Danemark et 2,68% en Suède…) tout en pénalisant notre croissance par un cours beaucoup trop élevé. Cette cherté de l’euro a une raison : la BCE a pour seul objectif la stabilité des prix et pas la croissance et le plein emploi comme la Fed Américaine. Résultat, elle mène en général une politique monétaire trop restrictive (et donc plus rémunératrice) quand la croissance faiblit, ce qui attire les capitaux et fait monter l’euro : les taux courts sont aujourd’hui à 2,5% pour la zone euro, 1,5% pour la livre et quasiment à zéro pour le dollar.
À cette politique d’euro cher, qui accélère les délocalisations, s’ajoutent des problèmes structurels à la monnaie unique, indépendants de la BCE. Les économistes ont identifié ce que l’on appelle une Zone Monétaire Optimale, une zone géographique apte à partager la même monnaie. Pour cela, il faut un budget central, une mobilité des travailleurs et enfin une grande proximité économique (endettement, inflation…). Depuis près de 20 ans, la plupart des économistes soulignent que la zone euro ne correspond pas absolument pas à une Zone Monétaire Optimale et que le choix de faire une monnaie unique était un choix politique qui ne reposait pas sur une réalité économique.
Résultat, l’absence de possibilités d’ajustements monétaires pousse les pays à pratiquer la déflation salariale pour assurer leur compétitivité économique. Cela a été le choix de l’Allemagne, qui abordait les années 90 avec un coût salarial supérieur de 25% à la moyenne européenne. En ayant bloqué les salaires (le salaire médian est le même qu’en 1986…), nos voisins d’outre-Rhin ont regagné en compétitivité. Mais cette politique de stagnation salariale entraîne forcément une croissance anémique puisqu’elle interdit tout gain de pouvoir d’achat pour 90% des ménages.
Absence de gain pour le coût du crédit, surévaluation massive qui entraîne des délocalisations (une partie du fuselage du prochain A350 sera fabriquée aux Etats-Unis) et course au moins-disant salarial : l’euro n’est pas un bouclier pour les peuples européens, mais bien un boulet pour nos économies.
Source : The Economist 10 janvier
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20.12.2008
L’asphyxie monétaire de l’Europe
La divergence de politique monétaire des deux côtés de l’Atlantique s’est amplifiée cette semaine avec la décision de la Fed de baisser à nouveau drastiquement ses taux, à seulement 0,25%, alors que Jean-Claude Trichet a indiqué qu’il laisserait sans doute les taux stables en janvier.
Les Etats-Unis prennent la mesure du risque déflationniste
Bien sûr, on pourra critiquer la politique de la Fed qui vise à encourager le crédit pourtant à l’origine de la crise. Et il est clair qu’il faudra savoir refermer le robinet à crédit rapidement une fois que la machine sera repartie. Néanmoins, cette politique d’argent bon marché n’est pas sans argument. L’inflation, qui avait atteint 5% cet été aux Etats-Unis, a brutalement baissé à seulement 1,1% en rythme annuel et de nombreux économistes soulignent le grave risque de déflation. D’ici à quelques semaine, l’évolution des prix aux Etats-Unis sera négative, comme dans les années 30, période que Ben Bernanke a beaucoup étudiée.
Un recul des prix significatif est très dangereux pour l’économie car il se transforme en cercle vicieux. La baisse des prix pousse les consommateurs à reporter leurs achats, en espérant que les prix soient plus bas demain, ce qui diminue encore la demande, ce qui contribue à faire monter le chômage et baisser les salaires, qui sont flexibles aux Etats-Unis. En outre, la baisse des prix diminue les recettes de l’Etat, qui doit par contre rembourser une dette toujours aussi importante. Pour toutes ces raisons, il est vital d’éviter que l’économie rentre dans un cycle déflationniste.
Une BCE aveugle sur le risque déflationniste
Comme d’habitude, la réaction de la BCE contraste avec l’activisme de la FED. Alors que la banque centrale Américaine a baissé ses taux de 5 points en un an et demi (de 5,25 à 0,25%), la BCE les a baissés de seulement 1,5 points (de 4 à 2,5%). Pire, Jean-Claude Trichet a indiqué qu’il était possible que la BCE fasse une pause en janvier. Certes, l’inflation baisse moins vite en Europe (de 4 à 2% en quelques mois cependant), mais le risque reste fort à cause des mouvements monétaires. En effet, alors que l’euro était passé de 1,6 à 1,24 dollars en quelques mois, il a cassé le cap des 1,4 dollars cette semaine.
La raison est simple. Pour sortir de la récession et combattre la déflation, il y a un moyen très commode : laisser filer sa monnaie. Ben Bernanke rappelle ainsi que les Etats-Unis sont sortis de la déflation en 1934 grâce à la dévaluation du dollar de 40%. Et le dollar n’est pas la seule devise à se déprécier face à l’euro puisque toutes les monnaies baissent à part le yen japonais. Mais ces mouvements monétaires ont un double effet désastreux pour l’Europe : une accélération de la déflation, par la baisse du prix des produits importés, et un renchérissement du prix de nos exportations, qui perdent leur compétitivité.
Quelles solutions pour l’Europe ?
La première des solutions est de baisser les taux d’intérêt pour éviter de renforcer plus encore un euro déjà surévalué d’environ 30% aujourd’hui par rapport au dollar. La baisse des taux permettrait de baisser le coût du crédit pour les banques et d’amortir la crise financière. Et en suivant la politique de la Fed, l’euro éviterait de se renforcer face au dollar et aux autres devises. Il est vital pour l’Europe de renverser l’évolution actuelle du cours de l’euro, tant pour éviter de renforcer encore les pressions déflationnistes, que pour éviter de poursuivre la désindustrialisation de notre continent.
Mais le passé montre que cela ne sera sans doute pas possible avec la BCE dans sa configuration actuelle. C’est pourquoi il est urgent de réformer l’euro. Il faut ajouter l’emploi, la croissance et le taux de change à l’objectif initial de lutte contre l’inflation. Pourquoi faudrait-il uniquement se soucier de cette dernière ? Il faut revenir sur l’indépendance de la Banque Centrale, qui ne doit être qu’un organe de proposition soumis au choix des politiques. À moyen terme, on peut même se poser la question de la pertinence d’une monnaie unique et se demander s’il ne faudrait pas un système de monnaie commune.
De nombreux pays ont choisi d’amortir la crise en dévaluant leur monnaie. Le problème est que l’Europe devient la variable d’ajustement du fait de la politique dogmatiquement rigide de la BCE. Pourtant, il y a urgence si l’on veut éviter une asphyxie économique l’an prochain.
Source : http://www.lefigaro.fr/tauxetdevises/2008/12/17/04004-200...
http://www.lefigaro.fr/tauxetdevises/2008/12/18/04004-200...
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06.12.2008
BCE, Fed : la guerre des taux
Cette semaine, la BCE a baissé ses taux de 0,75 point, la plus forte baisse de son histoire. Faut-il s’en féliciter et remercier Jean-Claude Trichet ? L’examen de l’évolution des taux de la BCE et de la Fed suggère une toute autre réponse…
Il y a deux choses frappantes quand on examine le graphique publié par Le Monde. La première est que la réponse à la crise financière a été radicalement différente des deux côtés de l’Atlantique. À l’été 2007, les taux de la Fed étaient de 5,25%, ceux de la BCE, de 4%. En réaction au début de la crise, la Fed a baissé ses taux de 3,25 points en moins de 6 mois, pour les descendre à 2%. Dans le même temps, la BCE est restée totalement sourde au risque de récession et a maintenu ses taux à 4%. Pire, davantage préoccupée par le risque d’inflation, qui approche les 4%, elle a même monté ses taux à 4,25% en juin.
Malheureusement pour Jean-Claude Trichet, l’histoire a tranché : le risque d’inflation était moins grand que le risque de récession. Et la divergence de politique a provoqué une appréciation massive de l’euro, passé de 1,3 à 1,6 dollars en une année, pénalisant fortement les exportations européennes (Airbus a alors décidé de sous-traiter une partie de son A 350 aux Etats-Unis). La zone euro est donc rentrée en récession dès le 2ème trimestre, trois mois avant les Etats-Unis, pourtant responsables de la crise, mais qui l’ont amorti par la dépréciation du dollar. Et aujourd’hui, l’inflation s’effondre de part et d’autre de l’Atlantique (de 4 à 2,1% dans la zone euro), validant la politique de la Fed et démontrant l’erreur majeure de la BCE.
On pourrait en partie à juste titre dire que la mission de la BCE est uniquement la lutte contre l’inflation et qu’après tout, l’inflation était passée de 2 à 4% en seulement un an. Mais ce raisonnement est à courte vue. De nombreux économistes ont souligné que la hausse de l’inflation en Europe comme aux Etats-Unis était purement conjoncturelle puisqu’elle ne reposait que sur la hausse du prix des matières premières et qu’elle ne se transmettait absolument pas au reste de l’économie, où l’inflation avait même légèrement tendance à baisser. De même, la hausse des salaires avait plutôt tendance à ralentir, ce qui annihilait tout risque de véritable dérapage inflationniste.
En fait, l’étude du graphique du Monde montre tout simplement un grave manque de réactivité de la BCE par comparaison à la Fed. Depuis huit ans, on constat que les taux de la Fed ont été supérieurs à ceux de la BCE la moitié du temps, ce qui montre bien que le procès de laxisme fait à la Fed ne tient donc absolument pas. En fait, on constate une moindre capacité à baisser les taux comme à les monter de la banque centrale européenne par rapport à la banque centrale Américaine. La BCE met toujours beaucoup plus de temps à baisser ses taux en cas de récession, et elle les baisse en général plus lentement.
Mais elle met également beaucoup plus de temps à les monter quand la croissance a repris, laissant finalement davantage que la Fed se former des bulles spéculatives. Début 2001, les taux sont à 6,5% aux Etats-Unis contre seulement 4,75% en Europe : la Fed a fait davantage pour lutter contre la bulle Internet. De même, les taux étaient sensiblement plus élevés aux Etats-Unis qu’en Europe au début de cette crise. Ce qu’il ressort de l’étude de ce graphique, c’est la passivité de l’institution européenne, qui ne prend jamais l’initiative de lutter contre la récession ou même contre les bulles spéculatives.
Contrairement à ce que disent les défenseurs de la BCE, sa politique est un échec. Il suffit de constater le niveau de croissance de la zone euro depuis la mise en place de la monnaie unique. Il faudra en tenir compte lors des élections européennes de 2009 et proposer un plan B monétaire pour l’Europe.
Source : http://www.lemonde.fr/economie/infographie/2008/12/04/evo...
11:00 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bce, fed, taux d'intérêts, dollar, euro, crise économique, récession
03.11.2008
La bonne blague de l’euro protecteur
Les défenseurs du « laisser faire ! laisser passer » ont été désarçonnés par l’ampleur de la crise financière et la nécessaire intervention de l’Etat. Ils ont donc trouvé un autre mythe auquel se rattacher : la monnaie unique européenne, sa banque et son président, qui nous auraient sauvés de plus grands malheurs.
Cette petite musique commence à se répandre dans les médias qui avaient jadis défendu la supériorité de la déréglementation et du libre marché. Alors qu’Alan Greenspan aurait fait n’importe quoi, l’Europe aurait la chance d’être protégée par Jean-Claude Trichet et la BCE, ainsi que le soutient cette tribune du Monde. Première idée reçue à laquelle il faut tordre le cou : la politique de la Fed a été excessivement laxiste par rapport à celle de la BCE. Bien sûr, Alan Greenspan a baissé les taux plus rapidement que Jean-Claude Trichet en 2001 comme en 2007, mais il les avait également monté plus rapidement, au point d’aborder la crise de 2001 avec des taux à 6,5% aux Etats-Unis contre 5% en Europe et celle de 2007 à 5,25% contre 4%. Si la Fed agit plus fermement pour relancer l’économie, elle a agi plus fermement que la BCE pour dégonfler les bulles (d’où le fait que tout se déclenche aux Etats-Unis).
Deuxième idée reçue : la BCE nous protège économiquement. On se demande bien de quoi ! L’inflation a dérapé des deux côtés de l’Atlantique et les citoyens y ont perdu autant de pouvoir d’achat. Pire, alors que la crise est partie des Etats-Unis, c’est sur le continent européen que la récession est arrivée en premier puisque le PIB recule dans la zone euro depuis le 2ème trimestre alors qu’il n’a commencé à baisser qu’au 3ème trimestre aux Etats-Unis. La baisse rapide des taux de la Fed a permis une dépréciation du dollar qui a soutenu les exportations Américaines et amortit le début de la crise. Au contraire, les psychopathes de Francfort ne veulent rien savoir et maintiennent des taux délirants (3,75% contre 1% aujourd’hui encore), renchérissant le coût du crédit pour les banques à un moment où elles n’en ont pas besoin et entretenant la surévaluation de l’euro qui provoque des délocalisations massives.
Le seul argument qui pourrait être valable serait la stabilité monétaire évoquée dans l’article du Monde, encore que… Le journaliste soutient que l’euro nous a permis de ne pas être attaqué par les marchés. Pourtant, en trois mois, l’euro s’est déprécié de 20% par rapport au dollar. En outre, si certains pays ont eu besoin du soutien de la BCE, il faut noter qu’il s’agit de petites économies, sans rapport possible avec la taille de la France. En outre, on peut se demander en quoi il aurait été gênant de voir notre monnaie se déprécier de 30% au lieu de 20. En fait, cela aurait contribué à un plus grand rééquilibrage des parités monétaires. L’euro est encore surévalué de plus de 20% par rapport au dollar. Un réajustement plus brutal aurait été à l’avantage de nos exportations. Qui plus est, cela nous aurait sans doute permis de baisser les taux plus rapidement et de stimuler l’économie.
Dans cette crise, l’euro ne nous a pas protégé de l’inflation. Pire, la monnaie unique a pénalisé notre croissance par le maintien de taux trop élevés qui ont entretenu une surévaluation dévastatrice de l’euro pour nos exportations. Il n’y a aucune raison de remercier Monsieur Trichet.
Source : http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/11/01/l-euro-...
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