24.08.2011
Affaire DSK : l’indécente réaction du PS
Hier, Dominique Strauss-Kahn a été libéré. Au bout d’un feuilleton judiciaire dont les rebondissements n’ont rien eu à envier aux séries hollywoodiennes, il ne sera même pas poursuivi au pénal. Mais le blanc-seing et le soulagement de certains socialistes ne sont pas sans poser de gros problèmes.
Un Dallas judiciaire qui n’épargne pas DSK
Même s’il n’est même pas jugé au pénal et même s’il ne l’était pas au civil, il serait bien abusif de le laver de tout soupçon. Certes, le procureur a préféré mettre fin à ce mauvais feuilleton judiciaire par manque de preuves et du fait de divergences dans les récits de Nafissatou Diallo. Mais, tout d’abord, le manque de preuves est fréquent dans les cas de viol et il est en revanche avéré que DSK a eu un rapport avec la femme de chambre en moins de dix minutes.
D’ailleurs, le procureur souligne que la brièveté de la relation ne plaide pas en faveur de DSK. Ensuite, si l’argument selon lequel la victime présumée aurait menti n’est pas irrecevable, il faut tout de même souligner qu’il ne faudrait pas non plus accorder un passe-droit aux violeurs de personnes qui ont déjà menti dans leur vie. En outre, on peut imaginer que le choc d’un viol puisse quelque peu perturber sa victime, jusqu’à provoquer quelques contradictions dans le discours…
Bref, Dominique Strauss-Kahn n’est pas innocenté. Il ne sera pas jugé parce que le procureur a jugé trop aléatoire une procédure en pénal où il faut l’unanimité des jurés pour établir la culpabilité d’un accusé. Son rapport ne conclut pas clairement. En outre, toute cette affaire a fait ressortir le côté obscur d’un homme marié, qui, après avoir passé une partie de la nuit avec une call girl, a sauté sur une femme de ménage le lendemain matin, sans parler de l’affaire Banon.
Quand certains socialistes dérapent
C’est pourquoi on peut s’interroger sur les réactions d’un certain nombre de socialistes. Bien sûr, une partie de ces réactions peut être mise sur le compte de la proximité avec DSK. Mais tout de même, étant donné que DSK n’est pas clairement innocenté et qu’un fort doute subsistera sur ce qui s’est passé dans la suite de l’hôtel Sofitel, n’auraient-ils pas du essayer de travailler des éléments de langage plus prudents et moins triomphateurs, qui semblent, à tort, exonérer DSK de toute faute.
Bien sûr, il ne s’agit pas d’accabler leur camarade. Mais entre la mise en cause et certaines déclarations, il y a une grande marge. Comment Martine Aubry peut-elle se déclarer « très heureuse » de cette annonce, qui ne tranche pas définitivement la culpabilité de l’ancien patron du FMI ? Même François Hollande est allé jusqu’à se réjouir de « ce dénouement qui vient après trois mois d'une épreuve insupportable et de rebondissements qui ont été extrêmement durs à vivre ».
Manuel Valls va un peu vite en besogne en affirmant que « l'accusation insupportable de viol ne tenait pas la route ». Sur Marianne 2, Jack Dion a fait un excellent papier qui soutient que « les socialistes n’ont rien compris à l’affaire DSK ». A gauche, une voix a fait entendre sa différence, Marie-Georges Buffet qui a qualifié la décision de « mauvaise nouvelle pour la justice » et « pour les femmes » affirmant que « la vérité n’est pas dite ». Merci à elle de relever le niveau !
Je n’aime pas trop mélanger politique et faits divers, d’où la place relativement faible accordée à l’affaire DSK sur le blog. Je persiste à croire que l’attitude française sur la question est bien plus souhaitable que les excès anglo-saxons, mais uniquement en absence de délits ou de crimes.
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12.06.2011
L’illusion présidentielle de Nicolas Sarkozy
L’élimination de Dominique Strauss-Kahn a provoqué une vague d’optimisme au sein de l’UMP, d’autant plus que le président remonte légèrement dans les sondages. Mais un sondage récent commandé par Marianne amène à fortement relativiser ce sentiment.
Le paradoxe Sarkozy
Le sentiment des Français tel qu’il est rapporté par le sondage est extrêmement paradoxal. En effet, alors que 70% des Français ne souhaitent pas que Nicolas Sarkozy soit réélu (et seulement 28% qui le souhaitent), 57% de nos compatriotes pensent qu’il sera élu ! Il est assez paradoxal qu’une majorité aussi écrasante exprime sa volonté que le président ne soit pas réélu alors qu’une nette majorité pense qu’il le sera. Cela peut exprimer la faiblesse de l’opposition.
Pourtant, François Hollande est donné gagnant avec 60% au second tour (58% pour Martine Aubry). Bref, les Français n’aiment pas du tout le président de la République mais pense quand même qu’il devrait être le meilleur candidat de la campagne à venir. Au final, si elle persistait cette configuration pourrait encore renforcer le candidat socialiste. En effet, Nicolas Sarkozy conserve paradoxalement la position de favori et les socialistes sont dans la confortable position d’outsider.
La défaite en chantant ?
Mais la position du chef de l’Etat telle qu’elle apparaît aujourd’hui est très faible. Avec 70% des Français qui ne souhaitent pas qu’il soit réélu (53% qui ne le souhaitent pas du tout !), une simple campagne contre l’équipe sortante pourrait bien amener les socialistes au pouvoir s’ils ne font pas de bêtise. La marge dont ils disposent aujourd’hui est tout simplement colossale et inédite à un an de l’élection, comme l’illustre les sondages pour le second tour.
Si on ne peut pas exclure que les socialistes fassent une mauvaise campagne et que Nicolas Sarkozy soit plus professionnel, le maintien de sa stratégie de droitisation, qui a pourtant provoqué une hémorragie d’électeurs UMP vers le FN démontre tout de même les limites d’un président qui ne se remet pas suffisamment en cause et qui vit dans une bulle, à la manière de VGE en 1981. Pire, il deviendra le candidat du passif loin de sa posture commode de 2007.
Bref, il semble bien que Nicolas Sarkozy se dirige vers une défaite sévère l’an prochain. Bien sûr, les socialistes peuvent encore perdre l’élection, mais il faudrait un sacré concours de circonstances pour perdre cette élection alors que 70% des Français veulent qu’il ne soit pas réélu.
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28.05.2011
François Hollande, mi Royal 2006, mi Chirac 1994
Cette semaine, François Hollande était l’invité du Grand Journal et de nombreux plateaux. Celui qui est devenu le favori des sondages pour les primaires socialistes est l’attention de tous les médias. Mieux, l’opposition des hiérarques socialistes pourrait l’aider dans sa quête du pouvoir.
Favori malgré lui
Le parcours de François Hollande est une vraie surprise. Je n’étais pas le dernier à le traiter avec dédain avec son régime largement médiatisé. Mais l’élimination de Dominique Strauss-Kahn le met en position de favori. En effet, Martine Aubry, pour s’être trop effacé derrière l’ancien patron du FMI, n’a pas démontré la même envie que son prédécesseur rue de Solférino. Ségolène Royal semble démonétisée et les autres semblent compter pour du beurre pour l’instant.
Par une sacrée ironie de l’histoire, François Hollande se retrouver dans la même position que son ex compagne il y a cinq ans. En effet, il est en tête des sondages, mais suscite l’opposition de la majorité des hiérarques socialistes, qui multiplient les attaques contre lui, avec un mépris assez incroyable si on en croît les révélations publiées par la presse. Martine Aubry, Laurent Fabius, Arnaud Montebourg et les strauss-kahniens semblent le détester cordialement.
Mais François Hollande me fait penser à quelqu’un d’autre : le Jacques Chirac de la pré campagne présidentielle de 1995. En effet, on retrouve chez lui le corrézien sympathique qui n’attaque pas les concurrents. Alors que beaucoup de socialistes lui tirent dessus de manière bien peu élégante, François Hollande refuse de rentrer dans la polémique et dit qu’il estime tous ses camarades (même Martine Aubry) et qu’il aura besoin de tout le monde à l’avenir.
Peut-il aller jusqu’au bout ?
A priori, faire la course en tête est éprouvant, surtout en affrontant la majorité des éléphants et la première secrétaire. Mais, après tout, c’est ce qu’avait réussi Ségolène Royal en 2006, avec un grand succès puisqu’elle avait littéralement écrasé DSK et Fabius au premier tour de la primaire. En outre, la position de premier secrétaire n’avait pas aidé Henri Emmanuelli en 1994. Et même si Ségolène Royal soutient in fine Martine Aubry, cela pourrait paradoxalement l’aider.
En effet, cette opposition de hiérarques peu appréciés peut l’aider en lui donnant l’image d’un « outsider », lui, l’apparatchik socialiste. Ce serait le moyen pour les Français de faire la nique aux dirigeants du Parti Socialiste. Et il faut dire que certains auraient mieux fait de se taire en évoquant le besoin d’une candidature unitaire et en appelant François Hollande à se retirer devant Martine Aubry. A quoi serviraient des primaires si elles sont pipées par des arrangements ?
François Hollande a de vraies carences mais ses faiblesses (le côté trop sympathique, trop « normal ») pourraient être un gros avantage face à la présidence mercuriale, désordonnée et égotique de Nicolas Sarkozy. Face à la machine professionnelle, mais froide, cynique et malhonnête de l’Elysée que les Français ne croient plus, la France pourrait bien se donner à cet élu un peu provincial et sympathique qui a beaucoup enduré, le fils socialiste de Jacques Chirac.
Certes, le costume de président pourrait paraître un peu grand, mais c’est déjà largement le cas avec le Narcisse de l’Elysée. Le cap de la primaire socialiste ne sera pas une sinécure, mais l’alliance des éléphants contre lui pourrait finalement l’aider dans sa conquête du pouvoir.
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25.05.2011
Nicolas Sarkozy peut-il être réélu ?
L’élimination surprise de Dominique Strauss-Kahn de la course à la présidentielle pouvait sembler avantager la réélection de Nicolas Sarkozy, jusqu’à ce que de nouveaux sondages indiquent à nouveau des chiffres inquiétants pour lui. Peut-il vraiment être réélu ?
Une démonétisation profonde
Bien sûr, il ne s’agit que d’un sondage, onze mois avant l’élection, et après un événement totalement exceptionnel qui peut biaiser les résultats. Néanmoins, que l’ectoplasmique François Hollande soit donné gagnant avec 62% des voix au second tour est extrêmement inquiétant pour Nicolas Sarkozy. Il s’agit d’un adversaire, qui, s’il est assez sympathique et cherche à être « l’anti-bling-bling », manque singulièrement de profondeur et ne fait pas spécialement président.
En fait, les dernières semaines démontrent que le président de la République est profondément démonétisé. Après avoir beaucoup trop parlé, promis, fait puis défait, les Français ne croient plus Nicolas Sarkozy. Ils commencent à tout interpréter en sa défaveur, comme on a pu le voir sur la Lybie ou DSK. Quelque chose semble cassé, profondément. Définitivement ? Et ce ne sera pas le bilan de son quinquennat qui lui sera d’un quelconque secours début 2012…
L’espoir à l’Elysée
Cependant, beaucoup craignent les talents du candidat Nicolas Sarkozy. Après tout, il a été un très bon candidat de 2002 à 2007, sachant même faire un virage important et stratégique à un an de l’élection en intégrant Henri Guaino pour se recentrer politiquement. En outre, on peut toujours craindre que la campagne pour les primaires socialistes finisse mal et que l’affrontement des ambitions finisse par abîmer le candidat, surtout si c’est un François Hollande peu apprécié qui l’emporte.
Bien évidemment, on peut craindre le pire au PS : les camarades socialistes ne sont guère plus tendre avec l’ancien premier secrétaire qu’avec son ancienne compagne. En outre, Nicolas Sarkozy peut chercher à instrumentaliser certaines questions (immigration, insécurité) où les socialistes ne sont pas à l’aise. Et ce n’est pas François Hollande qui pourra réconcilier les classes populaires avec un parti de plus en plus tenté par les abandonner définitivement.
Le nouveau Giscard ?
Certes, il existe aujourd’hui de vraies raisons pour croire que Nicolas Sarkozy peut être réélu. Pourtant, en prenant du recul, je me dis que cela est très hautement improbable. Les sondages de cette semaine expriment pour moi un très puissant rejet du président en place. Il est tout de même incroyable que 62% des Français expriment leur préférence pour François Hollande ! Et la droitisation du président lui fait perdre à la fois des voix à sa droite et au centre.
Bref, en 2012, Nicolas Sarkozy sera un président avec un mauvais bilan (rien de très concret à vendre), qui aura trop parlé, trop promis, se sera trop agité, aura fait et défait dans un tourbillon sans queue ni tête. En outre, tout le monde pourra lui rappeler ses nombreux dérapages. Enfin, du fait de sa victoire dès sa première candidature en 2007, il semble avancer vers la campagne dans une bulle, sans se remettre en question, comme Valéry Giscard d’Estaing il y a trente ans.
Bien sûr, il est possible que je me trompe, mais aujourd’hui, comme il y a quinze jours, je pense que Nicolas Sarkozy devrait être largement battu en 2012. Il est totalement démonétisé et je crois que la campagne abîmera celui qui sera lui aussi devenu le nouveau candidat du passif.
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17.05.2011
Affaire DSK : n’oublions pas la victime !
Hier, comme beaucoup, j’ai fait un papier sur l’affaire du jour. Mais si j’ai respecté la présomption d’innocence du président du FMI, j’aurais dû évoquer le sort de la victime présumée, comme l’avait très justement fait Nicolas Dupont-Aignan.
Il y a deux protagonistes dans cette affaire
Bien sûr, il convient de respecter la présomption d’innocence de Dominique Strauss-Kahn. On ne sait pas s’il est coupable ou non, et s’il ne l’était pas, le traitement imposé par le système judiciaire étasunien (qui permet aux médias de saisir tous les moments de la procédure) n’en serait que plus cruel et révoltant. A quoi bon en effet permettre cette publicité de toutes les étapes des procédures judiciaires, comme le souligne Daniel Salvatore Schiffer sur Marianne 2.
Malheureusement, dans un souci de respecter la présomption d’innocence, on peut finir par tomber dans une trop grande complaisance. Pire, on peut également finir par oublier qu’il y a aussi une victime présumée, qui, si les faits sont avérés, a traversé un véritable enfer. Comme le note NDA, « force est de reconnaître qu’aux Etats-Unis – à juste raison – on ne plaisante pas, comme trop souvent en France, avec ce type d’acte, même s’il est commis par un personnage puissant ».
Finalement, très peu de commentateurs (Jean-Michel Apathie sur RTL ou Michel Broué sur Médiapart ont été d’heureuses exceptions) ou d’hommes politiques ont évoqué le sort de la victime présumée. Et c’est une erreur car cela revient à faire deux poids deux mesures entre les deux protagonistes de cette sinistre affaire. Même si DSK est plus proche de nous, la gravité des faits pose problème. Attention à ne pas sombrer dans une complaisance malsaine, comme Michèle Sabban.
Vision française contre anglo-saxonne
Les médias anglo-saxons se régalent de ce scandale et en profitent très largement pour essayer de démontrer la supériorité de leur modèle sur le nôtre. Mais ils pratiquent volontiers l’amalgame pour arriver à une telle conclusion. En effet, c’est une chose de ne pas parler des aventures d’un homme politique, c’en serait une autre de couvrir des actes répréhensibles qu’il aurait commis. Il y a une différence de nature fondamentale que cette presse n’arrive pas à comprendre.
En outre, dans le cas de Dominique Strauss-Kahn, on ne peut pas vraiment dire que sa réputation de séducteur était couverte par une omerta médiatique. A partir de l’affaire avec une économiste hongroise du FMI, une bonne partie de ce que la France compte d’humoristes politiques ne se privait pas d’évoquer cet aspect de la personnalité de DSK, même s’il est vrai que très peu de journalistes le faisaient, à l’exception notable de Jean Quatremer de Libération.
La protection qui existe en France autour de la vie privée des hommes politiques n’est pas invalidée par cette affaire. Dans le cas de Dominique Strauss-Kahn, ce qui pourrait être en question serait une protection d’actes délictuels (l’affaire Tristane Banon) ou très limites (Aurélie Filippetti, élue socialiste qui aurait déclaré ne pas vouloir être seule dans une salle fermée avec lui). Couvrir des comportements répétés répréhensibles par la loi poserait un problème.
Bien sûr, Dominique Strauss-Kahn n’a jamais été condamné et il faut respecter la présomption d’innocence. Mais il ne faut pas tomber dans une complaisance malsaine, ne pas oublier que la victime, si les faits étaient avérés, a traversé un calvaire ignoble.
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16.05.2011
Mauvais films politiques
Hier matin, la nouvelle est tombée, stupéfiante : Dominique Strauss-Kahn a été arrêté par la police étasunienne et inculpé pour « agression sexuelle ». Même s’il convient de respecter la présomption d’innocence, cet événement bouleverse la vie politique Française.
La descente aux enfers de DSK
Il y a à peine un mois, DSK était encore l’immense favori des sondages pour la primaire socialiste et pour la présidentielle. Rien ne semblait devoir arrêter celui qui se contentait de quelques signaux pour indiquer qu’il était bien intéressé sans pour autant véritablement rentrer en campagne, de manière à rester en fonction au FMI. Aucun rival socialiste n’avait émergé, Martine Aubry et Ségolène Royal se faisant distancer alors que François Hollande restait loin. Il semblait déjà presque élu.
Dans une séquence d’à peine quelques jours, la situation a été complètement bouleversée. François Hollande, longtemps soutenu par les médias, a fini par percer et devenir son principal rival, non sans un certain succès. Mais c’est surtout une série de trois scandales qui semblent pouvoir aujourd’hui abattre le favori d’hier. Cela a commencé par la Porsche de son conseiller en communication, puis par des « révélations » sur son train de vie.
Puis, le point culminant a été atteint hier avec son arrestation pour « agression sexuelle ». Cela peut rappeler le printemps 2006 où la candidature Villepin avait été définitivement hypothéquée par les protestations contre le CPE et l’affaire Clearstream, qui avait suivi. Ce rebondissement digne d’un film de Hollywood semble avoir de bonnes chances d’abattre la candidature de DSK tant il semble improbable que l’affaire soit réglée avant les primaires.
Un climat étouffant
Et mercredi sort le film « La conquête », sur l’accession au pouvoir de Nicolas Sarkozy. Entre cinéma et réalité, tout se brouille, la politique semble être devenue un mauvais film dont on peut désormais attendre tous les rebondissements. J’avais préféré ne pas parler de la Porsche car même s’il s’agit d’une grosse erreur de communication de la part d’un conseiller en… communication, je ne pense pas que cela ait le moindre intérêt dans le débat public.
L’UMP avait sauté dessus de manière bien indécente, eux qui soutiennent un président qui avait annoncé vouloir se retirer pour « habiter » la fonction au soir du second tour, et qui avait fini sur le yacht de Vincent Bolloré. Quand des aveugles se moquent d’un borgne… La polémique sur son train de vie est aussi assez nauséabonde : oui, lui et sa femme ont de l’argent. Mais cet étalage (contesté par DSK, qui a porté plainte contre France Soir) est-il bien républicain ?
Aujourd’hui, les cartes politiques sont rebattues. Si DSK est très rapidement innocenté et qu’il le veut vraiment, il n’en reviendra que plus déterminé que jamais et pourrait s’en remettre. L’affaire Markovitch n’avait pas empêché Georges Pompidou en 1969. Mais, là, le scandale atteint des proportions inédites qui semblent lourdement hypothéquer ses chances. François Hollande pourrait bien tirer les marrons du feu étant donné le manque de leadership de Martine Aubry.
Quelle triste affaire en tout cas, quelle qu’en soit l’issue. Après quatre ans d’une présidence qui a lourdement déçu les Français, la vie politique Française vient de sombrer dans le fait divers glauque.
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28.03.2011
France recherche désespérément une autre alternative
Hier avait lieu le second tour des élections cantonales, qui a confirmé les résultats du premier : très forte abstention, sanction sévère de l’UMP, victoire en demi-teinte du Parti Socialiste, percée du FN. Mais au global, il semble surtout que les Français n’aient pas encore trouvé l’alternance qu’ils attendent.
Une sanction sans précédent pour l’UMP
Certes, en nombre de départements, le parti présidentiel semble bien résister, mais il faut noter que le scrutin de référence, en 2004, avait déjà été un gros échec. Au final, la gauche devrait contrôler au moins soixante départements. Mais surtout, les sondages pour le premier tour des élections présidentielles de 2012 indiquent l’immense faiblesse du président sortant, qui serait éliminé par Marine Le Pen face à la plupart des candidats du Parti Socialiste.
Mais malgré les sondages incroyables de Dominique Strauss-Kahn ou les bons résultats du second tour, il n’y a clairement aucun enthousiasme pour le Parti Socialiste. Non seulement le PS a perdu des voix par rapport aux élections cantonales de 2004 ou de 2008 mais, hormis DSK, ses candidats peinent à dépasser 20% au premier tour dans les sondages pour les présidentielles, malgré le rejet massif du président sortant, signe qu’il est un choix par défaut, et rien de plus.
Le Front National, une vraie percée et des limites
Il y a deux manières de regarder les résultats du FN. Objectivement, les scores du premier tour étaient très élevés, puisque le parti de Marine Le Pen a talonné le parti présidentiel, dans des élections qui ne lui étaient pas vraiment favorables puisqu’elles favorisent l’implantation locale des grands partis. En outre, son parti a gagné plus de trois cent mille voix entre les deux tours sur les cantons où il était présent, signe qu’il parvient à aller au-delà du cercle de ses électeurs du premier tour.
Néanmoins, ce scrutin montre aussi les limites du parti frontiste. Tout d’abord, il n’a que deux élus, ce qui augure mal de ses capacités pour les élections législatives. Ensuite, son score n’est peut-être pas si élevé dans un contexte aussi favorable (crise, effondrement de l’UMP, PS peu convaincant). Après tout, il n’a fait que 3 points de plus qu’en 2004 et les sondages pour les présidentielles ne le placent que marginalement au-dessus des 19% du duo Le Pen – Mégret de 2002.
Ni UMPS, ni FN
En effet, si Marine Le Pen fait à peine plus que le score de l’extrême-droite en 2002, on pourra se poser la question de la capacité du Front National à représenter une réelle alternative. En-dessous de 25%, le score de sa nouvelle présidente montrerait que le parti se heurte à un plafond de verre particulièrement solide, signe que si beaucoup de Français sont prêts à utiliser ce vote pour exprimer leur colère, une large majorité refuse absolument de lui confier les rênes du pouvoir.
En fait, les Français expriment clairement leur volonté de tourner la page de l’UMP et de Nicolas Sarkozy. Mais il n’y a aucune véritable envie du Parti Socialiste qui pourra, au mieux, gagner ces élections par défaut en suscitant moins de rejet que l’UMP et le FN. Bref, les Français ne veulent plus de l’UMPS, mais pas non plus du Front National. Ils veulent une véritable alternative à la globalisation néolibérale conduite par les grands partis au pouvoir mais sans les scories du FN.
A un an du premier tour des élections présidentielles, les Français ont exprimé leur rejet de Nicolas Sarkozy et un manque d’enthousiasme pour le Parti Socialiste. Mais ils sont loin de se jeter dans les bras du Front National malgré un contexte qui lui extrêmement favorable. Bref, ils attendent autre chose.
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15.03.2011
FN : Nicolas Sarkozy joue avec le feu, et se brûle
Mais à quoi joue le président de la République ? Bien sûr, il veut provoquer un nouveau 21 avril car ses chances semblent faibles de battre Dominique Strauss-Kahn au second tour. Mais jusqu’à présent, cette stratégie se retourne contre lui.
Un suicide politique inconscient
En fait les mouvements des sondages sont assez simples. En quelques mois, Nicolas Sarkozy a perdu 10 points au premier tour… et Marine Le Pen en a gagné 10. En effet, jusqu’à quelques mois le président de la République pouvait compter sur un socle de fidèles proche de 30% au premier tour. Voilà que le dernier sondage CSA lui donne 19%, derrière la candidate du Front National, à 21%, qui a gagné les dix points que le président de la République a perdus en six mois.
Pourtant, Slate nous conte par le menu la stratégie présidentielle. Persuadé que la société vire à droite sur les questions d’immigration et de sécurité, Nicolas Sarkozy veut insister sur ces thèmes car il pense se retrouver au bon centre de gravité, entre le laxisme traditionnel des socialistes et les excès xénophobes de l’extrême-droite. Mais si cette stratégie pourrait avoir du sens pour essayer de battre DSK au second tour, elle se heurte sur l’écueil du premier tour…
En effet, entre un Front National qui se modère et un gouvernement qui se radicalise, les différences se troublent. En fait, Nicolas Sarkozy coupe la branche sur laquelle il se repose puisque les innombrables polémiques qu’il a déclenchées (débat sur l’identité nationale, sur la burqa, sur les roms et maintenant sur l’Islam) poussent ses électeurs à rejoindre en masse Marine Le Pen, car l’agitation présidentielle les inquiète mais son action ne les rassure pas...
Une campagne idéale pour Marine Le Pen
Bref, la nouvelle présidente du Front National n’a pas grand-chose à faire, PS et UMP se chargeant de faire sa promotion en s’agitant sans produire le moindre résultat. Nicolas Sarkozy, dans une bulle encore plus fermée que celle de Valéry Giscard d’Estaing, ne se rend pas compte que sa stratégie est un échec total. Pourtant, il persiste, lançant une réforme qui va baisser l’ISF qui semble elle aussi suicidaire, et promettant un nouveau débat sur l’Islam qui est du pain béni pour le FN.
En outre, la gauche fait tout ce qu’il faut pour renforcer le FN, consciemment ou pas. La candidature de DSK, plus que jamais certaine (s’il a pris sa décision et qu’il ne le dit pas, c’est bien qu’il sera candidat, sinon, il n’y aurait aucun intérêt à ne pas dire qu’il n’est pas candidat), est la meilleure pour Marine Le Pen, lui qui est l’opposé de tout ce que le FN combat. Et les affaires de PACA ou la proposition d’annuler les primaires ne vont contribuer à améliorer l’image des socialistes.
En outre, la gauche bien-pensante a la mauvaise idée de chasser tous les déviants (Eric Zemmour, Elisabeth Lévy ou Philippe Cohen) qui ont le malheur d’ouvrir leurs colonnes à des personnes qui ne pensent pas comme eux ou pour qui la nation a encore du sens. Ces procès en « lepénisation » contribuent à la montée du FN car, pour des personnes qui les apprécient, l’assimilation abusive de ces républicains à Marine Le Pen peut les pousser à passer le Rubicon.
En outre, DSK a-t-il grand-chose à perdre ? Les sondages disent déjà que les ouvriers ont choisi Marine Le Pen. Le PS a déjà perdu l’électorat populaire : il ne pourra pas le perdre une seconde fois. Et les gesticulations sécuritaires et islamophobes du gouvernement ne feront pas perdre une voix à DSK mais beaucoup plus à l’UMP. En outre, les bons sondages du FN devraient assurer la discipline d’une gauche toujours traumatisée par le 21 avril 2002.
Bref, le scénario qui se dessine aujourd’hui est bien un second tour DSK – Marine Le Pen, avec Nicolas Sarkozy dans le rôle du Lionel Jospin de 2012. On ne pourra pas dire que ce n’est pas mérité, même si cela n’est guère réjouissant…
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09.03.2011
Marine Le Pen, bénéficiaire de l’autisme du système
C’est décidemment l’évènement politique du moment, l’accession de Marine Le Pen au statut de « troisième homme » de l’élection présidentielle à venir, avec une chance non négligeable d’arriver au second tour, voir, semble-t-il, de terminer en première position.
Quel potentiel électoral pour le FN ?
Je n’avais pas du tout anticipé que Marine Le Pen puisse monter si haut si vite. Certes, comme le soutient avec justesse Thomas Piketty dans Libération, il convient de ne pas oublier que les sondages ont des marges d’erreur importantes (en général, un intervalle de quatre points), qui rend tout classement très hypothétique quand les écarts sont aussi serrés. De plus, il serait intéressant de connaître les coefficients de redressement pour la candidate du Front National.
Mais, de toutes les façons, ces sondages révèlent une vraie percée. En effet, depuis trente ans, l’extrême-droite rassemble entre 10 et 20% de l’électorat. Là, il semble que Marine Le Pen soit capable d’étendre sa sphère d’influence. Mais quel est son potentiel. 25, 30% ? Quel score pourrait-elle obtenir dans un second tour l’an prochain ? Et il n’est pas difficile d’imaginer un score nettement plus important que celui de son père en 2012, face à Nicolas Sarkozy ou DSK.
PS et UMP n’ont rien compris
Il y a quelque chose de pathétique à voir la réaction des caciques des deux grands partis, qui, d’une part, dénient le droit à tout autre qu’eux de se présenter pour essayer vainement d’assurer leur place au second tour, et de l’autre, disqualifient ce vote en expliquant doctement que son programme n’est pas sérieux, comme Alain Juppé. Mais quel est le sérieux d’un président qui remanie tous les trois mois, défait les mesures du début de son quinquennat, ou multiplie les bourdes ?
Je ne crois toujours pas que le vote Front National soit un vote d’adhésion à tout ce que dit ce parti. Même à ce niveau, je crois que c’est principalement l’expression d’une profonde révolte contre les pratiques des deux partis qui dominent notre vie politique, leurs promesses non tenues, leurs mensonges, leurs politiques qui ont conduit à tant de chômage et d’insécurité, leur comportement, trop souvent hautain, et finalement, la compréhension qu’ils se soucient plus d’eux que des Français.
La seule opposition visible au système
Comme l’ont souligné Jacques Sapir et Edgar, l’adhésion de tous les grands partis à cette europe (et son corollaire, la globalisation néolibérale) explique sans doute en grande partie la poussée du FN, dans un pays où 55% des électeurs ont voté contre le TCE. PS, UMP, Modem, Verts défendent cette Union Européenne qui organise une grande régression sociale. Pire, les opposants de jadis se convertissent, comme le montrent le nouveau livre de José Bové et le soutien du PC à l’euro.
Le débat sur l’euro est symptomatique : ses partisans balayant d’un revers de main les arguments solides de nombreux économistes de gauche (Jacques Sapir), de droite (Cotta, Gréau) ou même des Etats-Unis (Paul Krugman, Joseph Stiglitz). A ce sujet, j’en profite pour adresser un coup de griffe au site Le Taurillon, qui refuse de publier mon commentaire à un papier qui attaquait nos positions. Ce refus du débat montre bien que l’ouverture d’esprit n’est pas la qualité première des euro-béats.
Du coup, outre quelques marginaux, comme Nicolas Dupont-Aignan et Jean-Pierre Chevènement, il ne reste plus personne pour réellement s’opposer à cette politique européenne, qui intervient à tort et à travers (primes d’assurances, OGM, farines animales, libéralisation des services publics). Marine Le Pen est devenue la seule opposante visible à ce système à bout de souffle dont la crise récente a révélé toutes les carences sans que les gouvernements n’y changent quoique ce soit.
De deux choses l’unes, soit Marine Le Pen reste la seule opposante visible à la globalisation néolibérale et dans ce cas-là, son potentiel continuera à grandir, soit des alternatifs républicains émergent pour montrer aux Français qu’entre le système et le FN, il y a, heureusement, d’autres voies.
Demain, « Les banques centrales, une affaire d’Etat »
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26.02.2011
PS / UMP : la sale campagne qui commence
Depuis quelques semaines, la campagne pour l’élection présidentielle a commencé. Même s’ils ne se sont pas encore déclarés officiellement, il est difficile de ne pas comprendre que Nicolas Sarkozy et Dominique Strauss-Kahn s’affronteront. La campagne promet d’être moche.
DSK, de la prise de guerre à l’ennemi
Il y a quelques mois, le président et l’UMP avaient souvent des mots très positifs à l’égard du patron du FMI, qu’ils distinguaient clairement des autres socialistes. Il représentait le sérieux, le réalisme sur la réforme des retraites (où Nicolas Sarkozy ne s’était pas privé de le prendre à témoin). Mais la perspective sa candidature a radicalement modifié le discours. L’Elysée semble avoir concocté un argumentaire repris par tous les soutiens du président (Copé, Raffarin, Baroin…).
Inconscience ? Bêtise ? Difficile de ne pas voir les immenses limites de cet argumentaire. La crédibilité des attaques du jour est nettement amoindrie par les compliments d’hier. Et l’agressivité semble mauvaise conseillère. Attaquer DSK sur le fait qu’il soit coupé des réalités de la France est assez risible de la part de personnes qui soutiennent Nicolas Sarkozy, l’ancien maire de Neuilly, le président du Fouquet’s parti sur un yacht après son élection, le président du paquet fiscal…
Si ces attaques collent à son statut de président du FMI, elles sembleraient plus adaptées à la campagne des primaires dans la bouche d’Arnaud Montebourg. Il n’est pas sûr que les arroseurs ne finissent pas arrosés. Et si le petit monde médiatique semble très impatient de sa candidature et souhaite qu’il aille plus vite, cela ne semble guère être la préoccupation des Français. Bref, une bonne partie de la campagne contre le probable candidat socialiste semble bien maladroite.
Quand les socialistes dérapent
Il faut dire qu’il est difficile de se battre sur les questions européennes, voir même de réglementation économique. Comme Nicolas Sarkozy, Dominique Strauss-Kahn parle beaucoup de moralisation du capitalisme et de justice sociale. Il suffit d’aller à Athènes, où les grèves se multiplient, le pouvoir d’achat s’effondre et le pays s’enfonce dans une crise à l’Argentine pour constater à quel point DSK promeut des politiques totalement antisociales.
Et le PS vient de commettre un gros dérapage avec la publication d’une affiche qui compare assez ouvertement Nicolas Sarkozy à Hitler ! Cette comparaison est ridicule et honteuse. Elle démontre soit une ignorance crasse de la réalité soit une mauvaise foi absolument révoltante. Au passage, voilà un nouvel exemple de l’hystérie coutumière d’une certaine gauche toujours prompt à qualifier ses adversaires de fasciste ou de nazi, à tort et à travers, banalisant l’emploi de ces mots.
Bref, Marine Le Pen et les alternatifs républicains peuvent se frotter les mains. Le PS et l’UMP semblent partis pour une campagne bête et dure. A défaut de pouvoir s’opposer sur certaines questions essentielles (globalisation, déréglementation), ils s’agressent.
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