09.12.2010

Les chiffres imaginaires de Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy a toujours été fâché avec la réalité chiffrée. Il travestit constamment la réalité pour la présenter sous un jour qui lui est plus favorable. Insécurité, nombre de participants aux meetings de campagnes, contrats signés à l’étranger. Le sérial menteur continue.

Qui a le plus gros contrat ?

C’est un des grands classiques de la communication élyséenne. A chaque tournée du président de la République, il faut annoncer les plus gros chiffres de contrats possibles, quitte à compter plusieurs fois les mêmes contrats, à prendre en compte des contrats non signés mais en cours de négociation. De Brasilia, où les ventes de Rafale ont finalement capoté, à Pékin, où il a récemment récidivé dans l’emphase chiffrée, Nicolas Sarkozy reste toujours un bonimenteur de première catégorie.

C’est ainsi qu’il s’est vanté d’avoir ramené davantage de contrats que Barack Obama lors de sa dernière visite en Inde. Il est difficile de ne pas penser aux aspects psychologiques de cette course puérile et ridicule au plus gros chiffre… En effet, la méthode de calcul du président reste mystérieuse puisque sont comptés des Airbus qui ne vont qu’être loués par des compagnies de leasing et qui donc ont déjà été vendusLouis Gallois, patron d’EADS, a donc du démentir l’Elysée.

Tour de passe-passe sur les chiffres du chômage

Mais ce n’est pas tout, les petits arrangements du président avec les chiffres se retrouvent également dans le traitement comptable du chômage, comme le montre le blog Actuchômage sur Marianne 2. En effet, le gouvernement et le président ont fanfaronné après l’annonce du recul du nombre des demandeurs d’emploi en octobre. Mais si cette baisse est la conséquence de l’activisme de l’équipe au pouvoir, c’est surtout de son action en faveur des radiations des listes officielles…

En effet, les reprises d’emploi et les offres diminuent alors que les radiations administratives progressent (+5.5% en un mois, +14% en un an), de même que les cessations d’inscription pour défaut d’actualisation (+17% en un mois et +11% sur un an). Il faut noter que cette dernière catégorie représente 44% des sorties des demandeurs d’emplois ! Pire, le site de Pôle Emploi connaîtrait de nombreux problèmes. Bref, il semble que le traitement comptable soit la principale raison de la baisse d’octobre.

Il n’est pas anormal qu’une équipe au pouvoir cherche à présenter les chiffres sous leur meilleur jour. Mais Nicolas Sarkozy pousse le bouchon un peu loin en mentant de la sorte. Voici un bien curieux rapport à la réalité qui montre que le président a tendance à nous prendre pour des c…

29.03.2008

Euro contre emploi

EADS et Safran viennent d’annoncer que la hausse de l’euro va conduire à la fermeture de sites et d’activités en Europe. Nicolas Sarkozy a du coup logiquement dénoncé les ravages de l’euro fort. Mais comme d’habitude, il ne met pas ses actes en cohérence avec ses mots.

Les articles du Figaro et du Monde montrent bien à quel point la surévaluation de l’euro face au dollar représente un danger pour l’économie européenne. Louis Gallois, patron d’EADS, utilise des mots forts qui montrent à quel point la situation actuelle est préoccupante : « asphyxie », « marges laminées »… Il souligne qu’Airbus se fournit de plus en plus aux Etats-Unis pour contrer la hausse de l’euro. Traduction : les fournisseurs européens perdent des contrats… Safran, un fournisseur important des fabricants d’avion indique également qu’il investit pour augmenter sa capacité de production en dehors d’Europe. Les fleurons de notre industrie quittent l’Europe à cause du niveau de l’euro… Comme le dit Louis Gallois, « si cela continue, l’industrie exportatrice fuira l’Europe ».

Depuis sa campagne électorale, sans doute sous l’influence d’Henri Guaino, Nicolas Sarkozy dénonce à raison le niveau de l’euro. Il est le chef d’Etat européen le plus en pointe dans la dénonciation du niveau de la monnaie unique. Mais les niveaux actuels ont même provoqué des déclarations des autres pays qui commencent à comprendre les conséquences dramatiques pour l’industrie exportatrice européenne. Malheureusement, Nicolas Sarkozy ne met pas ses actes en rapport avec ses mots. En accédant à la présidence de la république, il avait une occasion historique de renégocier les statuts de la BCE lors de la négociation du traité du Lisbonne. Il n’en a rien fait, ce qui rend ses critiques actuelles assez hypocrites car dans les faits, il n’a pas agi pour changer les choses.

Il y a pourtant une multitude de solutions à la crise de changes actuelle. Les statuts de la BCE pourraient être modifiés pour inclure la croissance et l’emploi comme des objectifs au même titre que la stabilité des prix, comme pour la banque centrale américaine. On peut également se poser la question de l’indépendance de la BCE : après tout, la gestion de la monnaie ne devrait-elle pas, comme le budget, être confiée à des politiques ? A l’extrême, les divergences des pays de la zone « euro » et ses mauvaises performances économiques pourraient remettre en cause la monnaie unique, dont la théorie économique contestait et conteste toujours sérieusement la pertinence.

Comme toujours, l’avocat Nicolas Sarkozy fait le beau parleur. Malheureusement, pendant ce temps, les emplois fuient l’Europe et la France. Il est grand temps que le président de la république passe aux travaux pratiques : ce n’est pas le manque de solutions qui peut l’en empêcher.

Source : http://www.lefigaro.fr/societes-francaises/2008/03/26/04010-20080326ARTFIG00574-eads-le-double-avertissement-de-gallois.php

http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/03/27/safran-reagit-a-la-hausse-de-l-euro-en-accelerant-les-delocalisations_1028008_3234.html#ens_id=1017655

http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/03/19/la-faiblesse-du-dollar-va-accelerer-les-delocalisations-dans-l-aeronautique_1024968_3234.html#ens_id=1017655

http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/03/28/a-londres-nicolas-sarkozy-fustige-l-euro-fort-et-le-capitalisme-de-la-frivolite_1028204_3214.html#ens_id=1026862