17.02.2010

Remettre de l’ordre à l’école

Depuis quelques jours, un véritable malaise s’est emparé de notre école, suite à une série de faits divers, un lycéen blessé à coups de cutters, une agression au couteau d’un jeune de 14 ans, des incidents jusqu’au primaire... Comment traiter ces accès de violence ?

Un besoin de sécurité primordial

Certains accusent le manque d’encadrement dans les établissements scolaires et demandent au gouvernement de répondre à cette crise par une augmentation du nombre de surveillants, qui serait la meilleure solution pour remettre de l’ordre à l’école. Et il est vrai qu’il s’agit sans doute d’un moyen efficace à court terme pour améliorer la situation, encore qu’il est sans doute impossible d’avoir suffisamment de monde pour assurer la sécurité des établissements scolaires.

Il est essentiel que l’ordre républicain soit assuré à l’école. En effet, les établissements scolaires sont le premier et le plus durable contact des jeunes générations avec la République. C’est dans cet environnement qu’ils deviennent des enfants d’une même République. C’est à l’école qu’ils construisent en partie leur avenir. C’est à l’école encore qu’ils apprennent les droits et devoirs de la vie en société, qu’ils deviennent des citoyens. Laisser la violence s’exprimer, c’est affaiblir toute la République.

Un mal plus profond

La semaine dernière, dans le Grand Journal, des professeurs dont la vocation ne pouvait pas être mise en doute, expliquaient la difficulté de leur métier, les altercations trop fréquentes auxquelles ils sont confrontées.  Un d’entre eux expliquait qu’il cherchait à se mettre en cause en cas d’incident, à réfléchir à ce qu’il aurait pu faire pour éviter le débordement. On sentait de vrais héritiers des Hussards de la Troisième République, soucieux de leurs élèves plus que d’eux-mêmes.

Mais souligner leur propre responsabilité dans les dérapages des élèves pose un vrai problème. Cela relativise la responsabilité des élèves, qui devraient tout de même davantage respecter l’autorité à l’école. Ce respect des professeurs, qui représentent la République, n’est pas négociable et ne doit souffrir aucune contestation. Or, ce que l’on constate depuis quelques années est un affaiblissement de la notion d’autorité à l’école, qui n’est plus quelque chose d’acquis.

Vers la tolérance zéro

Combien d’exemples en effet de professeurs malmenés par leur classe, souvent par la faute d’une administration qui ne sanctionne pas les fauteurs de trouble. Ce sentiment d’impunité est une triple catastrophe pour la société : une catastrophe pour les professeurs, qui travaillent dans des conditions parfois effroyables, une catastrophe pour ces sauvageons que l’on laisse prendre un bien mauvais chemin et une catastrophe pour leurs camarades, qui étudient dans de mauvaises conditions.

Comme le souligne Jean-Paul Brighelli dans Marianne 2, il est temps de remettre de l’ordre à l’école. L’augmentation du nombre de surveillants n’est sans doute pas le plus important. Pour éviter les dérapages, il faut déjà mettre fin à toutes les incivilités, qui sont des précurseurs de violences plus graves. Il faut être prêt à sanctionner plus durement les fauteurs de troubles, jusqu’à des placements dans des établissements scolaires spécialisés, pour mettre fin au sentiment d’impunité des sauvageons.

La violence à l’école commence par de trop nombreuses incivilités. Y mettre fin représenterait un grand pas en avant pour éradiquer des actes plus violents, pour que les professeurs puissent travailler, les élèves étudier et les fauteurs de trouble ne pas tomber dans la délinquance.

25.11.2009

La chienlit à l’école

Ce n’est qu’un fait divers mais il est assez significatif du climat qui peut régner dans nos écoles : des élèves de terminale ont lancé une opération pour changer de professeur parce que celle-ci leur a demandé de… ranger leur téléphone portable.

Un fait divers ahurissant

Au départ, cela ne semble qu’un banal fait divers. Un professeur d’anglais en terminale demande à ses élèves de ranger leur téléphone portable pendant les cours, lassée de les voir téléphoner, passer des SMS, ou pour les filles, les utiliser comme miroir pour se maquiller. Elle note qu’elle n’a pas le droit de les confisquer. Du coup, la majeure partie de la classe envoie une lettre au proviseur où ils lui « conseillent vivement d’opérer un changement de prof », lui demandant de « cesser de faire des remarques à chaque fois que l’on a un téléphone entre les mains ».

Ils écrivent même que si « il n’y a aucun effort de changement de votre part, nous n’avons plus que quelques mots à vous dire : allez vous faire enc… ». Bref, les élèves réclament le fait de pouvoir faire ce qu’ils veulent pendant le cours, et notamment le fait de ne pas le suivre. Depuis la semaine dernière, les professeurs du lycée se sont mis en grève. L’affirmation de l’inspecteur d’académie pour qui  « la sanction collective n’existe pas » en est sans doute un peu responsable…

Un manque d’ordre et de repères à l’école

Il est proprement hallucinant de voir que des élèves de terminale ne se sentent pas gênés d’envoyer une telle lettre au proviseur, puis que notre système scolaire soit incapable de punir de tels comportements. Soyons clairs, les élèves qui utilisent leur portable en cours devraient voir leur appareil confisquer pour la journée la première fois, plus longtemps s’il le faut en cas de récidive. Il est inacceptable de laisser faire de telles pratiques qui ne permettent pas d’étudier sérieusement.

Ensuite, il faut trouver un moyen de sanctionner cette lettre (confiscation des portables de la classe pour tous les cours ?) car laisser impuni un tel geste est une incitation à l’affranchissement de toutes les règles élémentaires de savoir vivre en société. Plus globalement, ce cas montre bien que l’école est trop souvent devenue une zone de non-droit. Il est crucial pour la société que les élèves apprennent à l’école qu’il y a des choses qui peuvent être faites et d’autres pas. Et pour le faire, la sanction est essentielle.

C’est pourquoi il est crucial de sanctionner à sa juste mesure les actes d’incivilité des élèves, pas pour le plaisir de punir, mais pour assurer un meilleur respect des règles. Toute faiblesse risque d’entraîner de nouveaux comportements inacceptables. Il faut donc punir tout écart, quitte à le faire par des sanctions relativement mineures afin de montrer que les dérives ne seront pas acceptées. Le moindre renoncement en entraîne d’autres, souvent pires.

L’école est un lieu important pour apprendre les règles de vie en société. Un certain esprit a encouragé une trop grande permissivité depuis quelques décennies. Ce fait divers montre qu’il y a un grand besoin de remettre de l’ordre et des repères pour que l’école puisse continuer à jouer son rôle.

Source : http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/11/21/operation-zappe-ton-prof-dans-un-lycee-parisien_1270172_3224.html#ens_id=1229424