12.05.2011
Grèce : la sortie de l’euro fait un pas en avant
Il est désormais probable que le processus de déconstruction de l’euro commencera à Athènes. Une réunion qui devait rester secrète s’est tenue au Luxembourg entre grands argentiers de l’Europe pour trouver des solutions à la situation inextricable de la Grèce, après le plan Portugais.
Une situation qui pourrit
Les déclarations de l’Allemagne il y a quelques semaines laissaient présager une telle issue. En l’absence (heureuse) d’euro-obligations, il faut trouver une solution au problème épineux posé par la Grèce. Malgré des plans d’austérité extrêmement sévère, le pays n’est parvenu qu’à réduire marginalement son déficit budgétaire en 2010 (10% du PIB environ contre 12% en 2009, contre un objectif affiché de 8%). Bref, les plans ne donnent pas les résultats escomptés.
Et cela était prévisible (même si, de manière prévisible également, la population ne se révolte pas encore contre les potions amères imposées par le FMI et l’Europe). En effet, il était évident qu’une telle austérité allait prolonger la récession de l’économie grecque, et, se faisant, diminuer les recettes fiscales et augmenter les dépenses, contrariant les plans d’austérité. Résultat, l’assainissement des finances est très lent, détériorant une situation financière qui n’en a pas besoin.
Comme l’a très bien noté Yann, avec l’euro, qui interdit les dévaluations, l’ajustement se fait par le chômage. La Grèce est rentrée dans une spirale infernale du surendettement, en partie du fait qu’elle a trop dépensé, mais aussi à cause de l’euro qui lui a offert pendant quelques années des taux d’intérêt trop bas, qui ont favorisé un comportement trop laxiste. Résultat, on se trouve dans une situation où l’enveloppe prévue il y a un an sera insuffisante pour tenir jusqu’en 2013…
Une perte de temps et d’argent
C’est bien ce que sera ce nouveau plan. Plus nous attendons, plus le problème grossit et sera difficile à résoudre. Il a un an, la dette du pays dépassait 110% du PIB. Au rythme où vont les choses, elle sera de 160% en 2013… La Grèce, qui se retrouve dans une situation proche de celle de l’Argentine en 2001, aurait besoin de deux choses : une restructuration de sa dette, trop lourde à rembourser, et une dévaluation, pour regagner en compétitivité et équilibrer ses échanges.
Car sans dévaluation, la restructuration serait insuffisante puisqu’il faut aussi que le pays équilibre son commerce pour équilibrer sa balance des paiements. Mais l’Europe refuse une telle issue car il est évident que si la Grèce sort de l’euro, la spéculation se déchainera et le processus de décomposition de la monnaie unique sera enclenché. Pire, parallèlement, devant leurs engagements ainsi que ceux de leurs banques, les Etats freinent la restructuration.
Pourtant, les taux à dix ans indiquent que les marchés anticipent in fine un abandon de 40% des créances aujourd’hui ! Seule une décision radicale permettrait peut-être de calmer la situation mais personne n’est prêt politiquement à permettre une telle restructuration, signe des vices de forme de cette construction artificielle et mal conçue. Du coup, les créances pourraient n’être qu’étaler, ce qui, encore une fois, ne fera que repousser le problème, en le faisant grossir.
J’en profite pour vous signaler une analyse dénichée par Edgar. Paul Krugman a qualifié de « folie » la hausse récente des taux de la BCE qui fait monter l’euro. Mais surtout, en pointant que l’Espagne emprunte nettement plus cher que la Grande-Bretagne alors qu’elle est moins endettée et que son déficit est beaucoup plus bas, il en conclut que faire partie de l’euro entraine une prime de risque sur les dettes du fait de l’impossibilité de dévaluer sa monnaie.
Passé un moment, le peuple ou le gouvernement de la Grèce finiront par comprendre que l’euro fait partie du problème et non de la solution. Ils en sortiront, dévalueront et restructureront leur dette. Il n’y a pas d’autres solutions. La question n’est pas de savoir si cela arrivera mais quand.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : grèce, portugal, euro, fmi, yann, edgar, argentine, paul krugman, espagne, grande-bretagne
09.03.2011
Marine Le Pen, bénéficiaire de l’autisme du système
C’est décidemment l’évènement politique du moment, l’accession de Marine Le Pen au statut de « troisième homme » de l’élection présidentielle à venir, avec une chance non négligeable d’arriver au second tour, voir, semble-t-il, de terminer en première position.
Quel potentiel électoral pour le FN ?
Je n’avais pas du tout anticipé que Marine Le Pen puisse monter si haut si vite. Certes, comme le soutient avec justesse Thomas Piketty dans Libération, il convient de ne pas oublier que les sondages ont des marges d’erreur importantes (en général, un intervalle de quatre points), qui rend tout classement très hypothétique quand les écarts sont aussi serrés. De plus, il serait intéressant de connaître les coefficients de redressement pour la candidate du Front National.
Mais, de toutes les façons, ces sondages révèlent une vraie percée. En effet, depuis trente ans, l’extrême-droite rassemble entre 10 et 20% de l’électorat. Là, il semble que Marine Le Pen soit capable d’étendre sa sphère d’influence. Mais quel est son potentiel. 25, 30% ? Quel score pourrait-elle obtenir dans un second tour l’an prochain ? Et il n’est pas difficile d’imaginer un score nettement plus important que celui de son père en 2012, face à Nicolas Sarkozy ou DSK.
PS et UMP n’ont rien compris
Il y a quelque chose de pathétique à voir la réaction des caciques des deux grands partis, qui, d’une part, dénient le droit à tout autre qu’eux de se présenter pour essayer vainement d’assurer leur place au second tour, et de l’autre, disqualifient ce vote en expliquant doctement que son programme n’est pas sérieux, comme Alain Juppé. Mais quel est le sérieux d’un président qui remanie tous les trois mois, défait les mesures du début de son quinquennat, ou multiplie les bourdes ?
Je ne crois toujours pas que le vote Front National soit un vote d’adhésion à tout ce que dit ce parti. Même à ce niveau, je crois que c’est principalement l’expression d’une profonde révolte contre les pratiques des deux partis qui dominent notre vie politique, leurs promesses non tenues, leurs mensonges, leurs politiques qui ont conduit à tant de chômage et d’insécurité, leur comportement, trop souvent hautain, et finalement, la compréhension qu’ils se soucient plus d’eux que des Français.
La seule opposition visible au système
Comme l’ont souligné Jacques Sapir et Edgar, l’adhésion de tous les grands partis à cette europe (et son corollaire, la globalisation néolibérale) explique sans doute en grande partie la poussée du FN, dans un pays où 55% des électeurs ont voté contre le TCE. PS, UMP, Modem, Verts défendent cette Union Européenne qui organise une grande régression sociale. Pire, les opposants de jadis se convertissent, comme le montrent le nouveau livre de José Bové et le soutien du PC à l’euro.
Le débat sur l’euro est symptomatique : ses partisans balayant d’un revers de main les arguments solides de nombreux économistes de gauche (Jacques Sapir), de droite (Cotta, Gréau) ou même des Etats-Unis (Paul Krugman, Joseph Stiglitz). A ce sujet, j’en profite pour adresser un coup de griffe au site Le Taurillon, qui refuse de publier mon commentaire à un papier qui attaquait nos positions. Ce refus du débat montre bien que l’ouverture d’esprit n’est pas la qualité première des euro-béats.
Du coup, outre quelques marginaux, comme Nicolas Dupont-Aignan et Jean-Pierre Chevènement, il ne reste plus personne pour réellement s’opposer à cette politique européenne, qui intervient à tort et à travers (primes d’assurances, OGM, farines animales, libéralisation des services publics). Marine Le Pen est devenue la seule opposante visible à ce système à bout de souffle dont la crise récente a révélé toutes les carences sans que les gouvernements n’y changent quoique ce soit.
De deux choses l’unes, soit Marine Le Pen reste la seule opposante visible à la globalisation néolibérale et dans ce cas-là, son potentiel continuera à grandir, soit des alternatifs républicains émergent pour montrer aux Français qu’entre le système et le FN, il y a, heureusement, d’autres voies.
Demain, « Les banques centrales, une affaire d’Etat »
10:55 Publié dans Actualités, Europe, Parti Socialiste, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : marine le pen, front national, nicolas sarkozy, dominique strauss-kahn, thomas piketty, libération, alain juppé, edgar, jacques sapir, nicolas dupont-aignan, jean-pierre chevènement
14.02.2010
L’Europe de Maastricht et Lisbonne à bout de souffle
Depuis quelques semaines, l’Europe est sous le feu de la rampe, mais rarement de manière très positive. Refus de Barack Obama de participer à un sommet européen, crise économique et financière. Le vieux Continent va mal. La faute à une construction européenne mal conçue.
L’euro, une catastrophe économique
Au début des années 90, on nous avait vendu la monnaie unique comme un moyen pour les européens de retrouver une forme de souveraineté monétaire face au dollar, d’avoir une croissance plus forte. Les dix dernières années montrent bien que l’euro est un très lourd boulet accroché aux pieds des économies européennes. Car l’euro est extrêmement surévalué, d’encore 25% aujourd’hui puisque les économistes estiment qu’il devrait coter entre 1,05 et 1,1 dollars. La baisse récente est insuffisante.
La meilleure preuve est la comparaison des performances économiques de la zone euro et des Etats-Unis depuis deux ans. Alors que les Etats-Unis sortent de la récession vivement avec une croissance du PIB de plus de 5% en rythme annuel au 4ème trimestre, la zone euro atteint péniblement… 0,4% le même trimestre, le tout sachant que la récession a été plus violente de notre côté de l’Atlantique, où le PIB a baissé globalement de 4% en 2009, contre 2.5% aux Etats-Unis.
Il y a un immense paradoxe économique à ce que la récession soit moins violente outre-Atlantique alors que la crise financière y a été beaucoup plus dure, que le désendettement des ménages est plus violent et que des millions d’étasuniens ont été privé de logement et d’emploi. Comme le souligne Paul Krugman, la raison est simple : la sous-évaluation du dollar a donné une bouffée d’oxygène aux industriels, alors que l’Europe traîne la surévaluation de l’euro comme un boulet attaché au cou de ses industriels.
Pire, les crises irlandaises, espagnoles ou grecques montrent que la bonne croissance de ces pays pendant les années 2000 ne reposait que sur une bulle qu’ils paient bien cher aujourd’hui puisque le PIB de l’Irlande a baissé de 10% en deux ans, que le chômage atteint 20% en Espagne et que la Grèce est aujourd’hui soumise à un plan d’austérité draconien. Bref, au final, personne n’a vraiment profité de l’euro et chaque jour qui passe le démontre de manière de plus en plus clair.
Des institutions européennes ubuesques
Mais l’échec économique européen est complété par un échec institutionnel patent. Là encore, on nous avait vendu le Traité Constitutionnel Européen, puis le traité de Lisbonne, comme des moyens pour l’Europe de fonctionner de manière plus efficace. Las, même Daniel Cohn-Bendit finit par dénoncer le fonctionnement de l’Union Européenne avec des accents gaulliens, comme le note malicieusement Slovar.
Plus globalement, l’organisation de l’Europe est encore plus compliquée qu’avant puisqu’il y a désormais trois présidents : le président de la Commission Européenne, le président de la présidence tournante (l’Espagne en ce moment) et le nouveau poste de président de l’Europe, le belge Van Rompuy, Cette architecture compliquée est l’occasion de conflits dérisoires sur le lieu des sommets José-Luis Zapatero le voulant en Espagne alors que la présidence européenne préfère Bruxelles.
Sans doute lassé par cette organisation, Barack Obama a donc renoncé au sommet prévu au printemps, dans un geste assez humiliant pour l’Europe. Bref, l’Union Européenne telle qu’elle est conçue aujourd’hui handicape les pays européens, tant économiquement que diplomatiquement. Loin d’être le moyen de renforcer l’Europe, les évènements actuels montrent qu’elle nous affaiblit, comme le souligne justement Jean-Pierre Chevènement dans une interview à la Tribune.
Le seul point positif de la situation est le fait que cela devrait théoriquement favoriser une prise de conscience des limites de la construction européenne telle qu’elle est conçue aujourd’hui. Comme le souligne Edgar, cela pourrait provoquer un débat nécessaire sur la vocation ou non de cette Union à évoluer vers un modèle fédéral, ce qui permettrait enfin de trancher par la négative étant donnés les résultats actuels. Comme quoi, cette crise pourrait avoir des conséquences positives.
2010 sera peut-être le début de la fin pour cette Union Européenne d’inspiration fédéraliste et néolibérale. Son échec patent sur tous les fronts pourrait bien encourager les peuples à soutenir les partisans d’une autre Europe, plus respectueuse des peuples.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : daniel cohn-bendit, slovar, union européenne, euro, grèce, paul krugman, jean-pierre chevènement, edgar, la lettre volée, barack obama



