21.04.2010

Edouard Balladur, l’antigaulliste

Marie-France Garaud aurait dit de lui qu’il est « la face de Georges Pompidou qui n’a été imprégnée par le Général de Gaulle ». Lundi soir au Grand Journal de Canal Plus, l’auteur de « Laissons de Gaulle en paix ! » l’a une nouvelle fois démontré.

Une certaine idée de la France

Confronté à une question sur la participation de Nicolas Sarkozy à des primaires qu’organiserait l’UMP en vue de l’élection présidentielle de 2012, l’ancien Premier Ministre a pensé qu’il serait naturel qu’il s’y présente !!! Un président sortant, élu par 53% des Français en 2007 avec plus de 80% de participation, devrait donc avoir l’approbation des militants d’un parti pour se représenter cinq ans après ! Et si les militants de l’UMP lui en préférait un autre, il pourrait partir à la retraite !

Ensuite, interrogé sur la crise, Edouard Balladur a répondu que c’était l’urgence du moment. Oubliant le chômage, il a donné deux priorités à notre pays : la réduction de son endettement et l’amélioration de notre compétitivité. En clair : hausse des impôts, baisse des dépenses publiques et rigueur salariale à l’Allemande ! Et pour couronner le tout, l’ancien secrétaire général de Georges Pompidou a appelé de ses vœux une « gouvernance européenne » qui pourrait contraindre les pays à la rigueur !

Un nouvel Hoover

Passons sur le besoin de rigueur énoncé par un premier ministre qui avait laissé les finances publiques de la France dans un « état calamiteux » selon Alain Juppé. Face à une crise systémique globale, Edouard Balladur n’a dressé aucune analyse des causes de cette situation pour soutenir son raisonnement. Il se contente de recommander les potions amères que le président Hoover avait mises en œuvre avec le succès que l’on sait de 1929 à 1932. Comment espérer la moindre reprise ainsi ?

Pire, comment ne pas voir le caractère profondément antigaulliste des idées qu’il avance ? Comme solution à la crise, Edouard Balladur propose de réduire la souveraineté de la France, ce contre quoi le Général de Gaulle s’est battu pendant toute sa vie. Et alors que l’homme du 18 juin avait tout fait pour soustraire le président de la République de l’influence des partis en le faisant élire au suffrage universel, il propose que la candidature d’un président sortant dépende de son parti !

Marie-France Garaud avait bien raison. Il est évidemment un peu ridicule qu’un gamin comme moi, né après la mort du Général de Gaulle, donne des leçons de gaullisme à un homme politique qui a servi Georges Pompidou, mais là, Edouard Balladur est allé trop loin !

05.11.2009

Jacques Chirac, le président regretté

Pendant cinq années, Nicolas Sarkozy a prôné une rupture qui valait également vis-à-vis de Jacques Chirac, dont il était pourtant le ministre. Mais cette rupture a provoqué un soudain regain d’affection pour l’ancien Président, qui livre cette semaine le premier tome de ses mémoires.

L’anti-Sarkozy

C’est bien tout le paradoxe de ces trois dernières années. Jacques Chirac avait terminé son mandat impopulaire et diminué, tant physiquement que politiquement, avec le candidat du parti qu’il avait fait construire qui faisait ouvertement campagne contre son action. Nicolas Sarkozy n’a eu de cesse de multiplier les pics contre son ancien mentor, parlant même de « roi fainéant », après l’avoir comparé en 2006 à Louis XVI à la veille de la Révolution Française…

Mais à force de se démarquer de l’ancien Président de la République, Nicolas Sarkozy a fini par faire regretter son prédécesseur. Nous sommes passés d’un président qui savait particulièrement bien représenter la France à l’étranger à un président qui écrit des texto lors d’une réception avec le pape ou qui froisse les officiels d’innombrables pays par ses manières.

Et s’il est vrai que Nicolas Sarkozy est très présent, il le fait en écrasant l’ensemble de son gouvernement, quand Jacques Chirac laissait de la lumière à ses équipes. Comment ne pas voir dans l’utilisation sempiternelle du « je » du premier un contraste saisissant avec le « nous » du second ? Les Français ont fini par ne pas être dupes : l’activisme affiché du président actuel est surtout de façade.

Un homme attachant

Finalement, la plus grande différence entre les deux hommes est finalement que Jacques Chirac était un président attachant. L’ancien occupant de l’Elysée est un homme qui aime les citoyens qu’il a dirigé. L’actuel aime être aimé et n’apprécie pas de ne pas être aimé. Jacques Chirac est, chose rare en politique, un homme modeste, quand Nicolas Sarkozy a tendance à se prendre pour un super-héros, seul capable de faire ce que les autres seraient incapables de faire.

Les quelques bonnes feuilles de ces mémoires sont l’occasion pour le président regretté de remettre les pendules à l’heure, notamment vis-à-vis de Valéry Giscard d’Estaing et Edouard Balladur, qui ne l’ont pas épargné dans le passé. Au premier, il reproche le manque d’espace qu’il lui a laissé à Matignon et une trop haute idée de lui-même. Ce dernier reproche vaut également pour son ancien ami de 30 ans, même si les quelques lignes qui ont filtré ne sont finalement guère méchantes.

Bien sûr, on pourra objecter que Jacques Chirac manquait de convictions et avait un rapport un peu particulier au financement politique (partagé à l’époque). Mais il a fait partie des derniers véritables serviteurs de l’Etat et a montré des qualités humaines rares dans ce milieu.

Source : http://www.lefigaro.fr/politique/2009/11/04/01002-20091104ARTFIG00072-chirac-livre-sa-verite-sur-la-verepublique-.php

http://www.lefigaro.fr/politique/2009/11/04/01002-20091104ARTFIG00068-ce-que-chirac-dit-de-giscard-de-sarkozy-et-de-bernadette-.php

03.09.2009

Une attaque surprenante contre le dogme de la désinflation

La désinflation compétitive est un des dogmes économiques de la pensée unique les plus ancrés au sein des élites économiques et politiques. Pourtant, un leader de la presse d’opinion vient de le remettre en cause. Marianne pensez-vous ? Non, il s’agit du Monde ! Petit retour sur une révolution.

Un pilier de la pensée unique

Petit retour en arrière : paradoxalement, c’est bien le gouvernement issu du programme commun de la gauche (sans doute le plus à gauche qu’ait connu notre pays) qui a vaincu l’inflation au début des années 80. Alors que l’inflation léguée par les gouvernements de droite atteignait les deux chiffres, c’est bien Pierre Mauroy qui a enclenché le grand mouvement de modération des prix dans notre pays, faisant de la France un des pays les plus « vertueux » des grands pays industrialisés. Il faut noter que cette baisse fut une décision politique et ne fut pas le produit de l’indépendance de la banque centrale.

Car cette dernière fut décidée près de dix ans après la baisse de l’inflation. Entre temps, Pierre Bérégovoy, quatre ans ministre des finances, théorisa la « désinflation compétitive », la modération des prix (et donc des salaires) qui permet de rendre nos entreprises plus compétitives à l’exportation. Devant la hausse de l’inflation en Allemagne, suite à la réunification et au choix de la parité du deutsche mark, la France refusa alors de laisser déraper le cours du franc et les prix et décida de maintenir des taux d’intérêts assassins pour l’activité économique, plongeant notre pays dans la récession en 1993.

Une faille dans le dogme

A l’époque, Jean-Pierre Chevènement et Philippe Séguin critiquaient cette politique dite de « franc fort », plaidant pour une baisse des taux d’intérêt afin de soutenir l’activité et lutter contre le chômage (le fameux « Munich social »). Le pseudo cercle de la raison, notamment défendu par le Monde, Edouard Balladur ou la majorité des socialistes (Delors, Rocard, Bérégovoy) s’étaient alors opposés à toute baisse des taux pour protéger la parité franc-mark et prévenir tout retour au spectre de l’inflation.

C’est pourquoi cet article passé inaperçu est d’une importance capitale. Que le Monde arrive à envisager comme solution à la crise actuelle un léger regain d’inflation pour effacer en partie les dettes contractées par les Etats, parlant même de redistribution entre les emprunteurs et les créanciers, est incroyable ! Bien sûr, nous devrons nous poser la question du niveau d’inflation souhaitable dans les années à venir étant données les dettes léguées par la crise. Une accélération raisonnable du niveau d’inflation (3 à 4%) semble une solution intéressante pour réduire le fardeau qui pèsera sur les Etats.

Bien sûr, le Monde est loin d’être passé du côté des économistes alternatifs. Néanmoins, cela montre que la crise a provoqué une véritable remise en cause de certains dogmes, auprès même de ceux qui en furent les défenseurs les plus acharnés. Et de cela, on ne peut que s’en féliciter.

Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/08/31/sortie-de-crise-la-tentation-de-l-inflation_1233585_3234.html#ens_id=1198047