30.09.2011

Leçons internationales pour améliorer l’école

Comme régulièrement, The Economist a publié il y a deux semaines un dossier passionnant sur la révolution scolaire. L’hebdomadaire britannique libéral analyse les résultats des tests PISA et de l’étude de McKinsey pour en tirer des leçons sur les meilleures pratiques en matière d’éducation.

Les bonnes pratiques internationales

Le journal soutient que l’argent ne fait pas tout en soulignant les succès de pays qui dépensent moins que la moyenne et le relatif échec des Etats-Unis qui dépensent pourtant plus que les autres. Néanmoins, d’autres points modèrent cette analyse. Tout d’abord, l’inégalité scolaire est un critère fondamental de la réussite d’un système. Quand l’école oublie ses élèves en difficulté, c’est tout le système scolaire qui en pâtit. Or les inégalités ne cessent de grimper, notamment aux Etats-Unis.

Ils soulignent qu’outre-Atlantique, la performance des élèves s’explique à 60% par les facteurs familiaux, démontrant la panne de l’ascenseur social étasunien. The Economist souligne l’importance du facteur culturel dans la réussite de nombreux pays asiatiques, au prix cependant d’une forte pression sur les élèves. Néanmoins, d’autres pays réussissent différemment. Quatre critères majeurs se dégagent : l’autonomie, la réussite des moins bons élèves, le choix et un statut attrayant pour les enseignants.

Le journal revient également sur les pratiques pédagogistes, qualifiées de « laissez-faire », en Français dans le texte et mettant au centre du système éducatif l’enfant. Il souligne que ces pratiques reculent aujourd’hui du fait de mauvais résultats et qu’il est essentiel d’acquérir d’abord les bases avec un enseignement traditionnel, tant d’un point de vue de la discipline dans l’établissement que de l’apprentissage des bases, comme la lecture, l’écriture et le calcul.

Voyage dans l’excellence scolaire

L’Ontario a obtenu des résultats impressionnants en adaptant son offre scolaire au niveau des élèves mais aussi en y mettant les moyens (le budget a augmenté de 30% depuis 2004. La Pologne est aussi citée en exemple pour l’autonomie de ses établissements (tout en conservant un financement et une administration centralisée) et ses tests nationaux qui permettent de suivre les progrès des élèves. Néanmoins, certains soulignent que ce système entretient une pression trop forte.

La Saxe est également montrée en exemple : elle n’a conservé que deux des trois catégories d’école qui existent en Allemagne et a déplacé à 13 ans au lieu de 11, l’âge auquel les élèves sont orientés. Le maintien de deux niveaux permet d’introduire de la compétition et de différencier mais sans le côté trop discriminant d’un 3ème niveau trop stigmatisant. Enfin, le statut des professeurs, tant d’un point de vue académique que social, est un élément essentiel de la réussite d’un système.

Leçons dans le débat Français

Même s’il faut garder à l’esprit l’orientation très libérale du journal, cela a le mérite d’apporter de l’eau au moulin du débat en France. Tout d’abord, cela valide clairement la nécessité d’une plus grande discipline dans les établissements, sujet sur lequel le gouvernement ne progresse que très timidement. Ensuite, cela valide a contrario tout l’intérêt des examens nationaux qui permettent de mesurer la performance d’un établissement de manière objective, malgré le fiasco de cette année.

Ensuite, cela démontre clairement qu’il y a un énorme problème en France, comme l’illustre l’effondrement du nombre de candidats au Capes depuis une dizaine d’années. Cette évolution est dramatique pour l’évolution du système scolaire national et démontre l’échec patent du gouvernement sur la question de l’éducation. Le gouvernement a été incapable de s’attaquer à la question fondamentale des conditions de travail des professeurs, qui ne cessent de se détériorer.

La réforme de l’éducation nationale devra être une priorité des années à venir. C’est pourquoi il est essentiel de garder un œil sur les bonnes pratiques internationales, qui ne sont pas tendres avec les politiques mises en place par les socialistes comme par Nicolas Sarkozy.

28.10.2008

Le nouveau lycée de Xavier Darcos

Il y a une semaine, Xavier Darcos a présenté les grandes lignes de sa réforme du lycée, qui commencera par une nouvelle seconde pour la rentrée 2009. Elle contient de nombreux éléments intéressants, inspirés par l’expérience des pays scandinaves.

Même si certains syndicats enseignants dénoncent le manque d’ambition de cette réforme, elle apportera des changements importants qui visent à permettre une meilleure transition vers les études supérieures. Le nouveau lycée abandonnera le rythme trimestriel pour être divisé en deux semestres. Les 28 à 35 heures de cours seront désormais scindées en trois groupes : 21 heures d’enseignement de base, 6 heures de modules optionnels, qui seront choisis au semestre et 3 heures d’accompagnement personnalisé. Ainsi, un élève pourra changer d’options en cours d’année scolaire et il disposera d’heures de soutien personnalisées, que ce soit pour son orientation ou de l’aide dans des matières où il est en difficulté. En outre, une semaine de « bilan et d’orientation » aura lieu entre les deux semestres, pour travailler l’expression orale.

Les lignes directrices de cette réforme sont très positives. Tout d’abord, en intégrant de la souplesse et une personnalisation décidée par l’élève, elle le responsabilise et le prépare au mode de fonctionnement des études supérieures, de manière à assurer une meilleure transition avec l’université. En outre, cette réforme introduit un soutien personnalisé aux élèves, élément critique de la réussite du modèle éducatif scandinave ou de Singapour. Les études internationales montrent en effet que le soutien individuel est un critère clé de succès des meilleurs systèmes éducatifs car il permet aux élèves en difficulté de rattraper leur retard. L’introduction de ces trois heures de soutien est donc une réforme extrêmement positive.

Plus grande souplesse et personnalisation qui va responsabiliser les élèves, soutien très républicain aux élèves en difficulté, temps dédié à l’orientation : les mesures annoncées par le ministre de l’éducation nationale vont vraiment dans le bon sens. La réforme des classes de première et de terminale sera annoncée plus tard, mais le gouvernement a déjà annoncé qu’il conserverait le baccalauréat et ne le remplacera pas par un contrôle continu qui aurait brisé l’unité républicaine d’un examen national. Il semble en revanche que le ministre pourrait en profiter pour remettre en cause la suprématie parfois absurde de la filière S qui peut pousser les meilleurs étudiants littéraires à choisir une voie scientifique pour obtenir des places dans les meilleurs classes préparatoires littéraires.

On retient souvent de la politique de l’éducation les suppressions de poste inédites, mais il ne faudrait pas oublier que la plus grande réforme du lycée entreprise depuis longtemps démontre une capacité à changer les choses dans la bonne direction en s’inspirant des bonnes pratiques des autres pays.

Source : http://www.liberation.fr/societe/0101163775-la-nouv...