19.07.2011
Le Capes et la grande régression de l’éducation nationale
Le Monde du 15 juillet est revenu sur les résultats dramatiques du Capes 2011. Un nouveau signe du désarroi général de l’éducation nationale en France, ainsi qu’une menace majeure pour le niveau de l’enseignement dans les décennies à venir.
La grande désaffection du Capes
Les chiffres rapportés par le Monde font froid dans le dos. En 1997, il y avait plus de quinze mille candidats aux Capes de mathématiques et lettres modernes pour plus de deux mille cinq cent postes, ce qui assurait une forte sélectivité pour ce concours et donc un niveau élevé pour les professeurs. En 2011, 2800 candidats se sont présentés (une baisse de plus de 80% en 14 ans), pour 1750 postes. Du coup, il n’y a eu qu’un peu plus de 1200 postes pourvus.
La crise des vocations est spectaculaire et extrêmement inquiétante. Une vision optimiste des choses consisterait à dire que seuls les plus motivés continuent à se présenter, garantissant un maintien du niveau. Mais il ne faut malheureusement pas être naïf : la baisse de plus de 80% des candidats au Capes depuis 14 ans est doublement inquiétante. Tout d’abord, cela révèle que les inconvénients du métier apparaissent plus importants que les avantages, pourtant non négligeables.
Ensuite, se pose clairement la question de la sélection des enseignants des prochaines décennies. Le niveau des professeurs est un paramètre fondamental pour le succès d’un système éducatif, comme le soulignent de nombreuses études internationales. C’est pourquoi il est particulièrement inquiétant de voir baisser aussi radicalement la sélectivité du Capes. Nous pourrions bien payer pendant quarante ans le fait de n’avoir pas su traiter cette crise aigüe des vocations.
Des professeurs abandonnés
Comme le souligne Jean-Paul Brighelli, il s’agit d’un « indice de la faillite de notre système éducatif » dont les racines remontent malheureusement à des décennies avec un refus de la sélection qui aboutit à un abaissement généralisé du niveau, comme l’illustre tristement la cuvée 2011 du baccalauréat qui a vu un nouveau record dans le taux d’admission, avec 86% et même plus de 89% pour la filière S marquée à jamais par la gestion calamiteuse d’une fuite par le gouvernement.
Plus globalement, il est urgent d’améliorer les conditions de travail des professeurs. Car ce beau métier, essentiel pour l’avenir de la nation, est aujourd’hui boudé par une génération pour qui les vacances, la stabilité de l’emploi et le prestige sont aujourd’hui plus que contrebalancés par la démission de l’école devant la dureté des élèves, le rythme de travail, plus éprouvant qu’on veut le croire, les problèmes de reconnaissance et le sentiment d’être abandonné par l’Etat.
A ce titre, le mandat de Nicolas Sarkozy aura encore aggravé la situation sans rien résoudre. La réduction des effectifs accroît encore la tension dans les établissements, d’autant plus que toutes les réformes du gouvernement semblent dictées par des purs objectifs comptables, quels que soient les conséquences pour les professeurs, accentuant encore la crise des vocations. C’est pourquoi il est urgent de remettre dans les priorités absolues la réforme de l’éducation nationale.
Ici aussi, le bilan du mandat de Nicolas Sarkozy est très mauvais, comme l’indique clairement l’effondrement du nombre de candidats au Capes. S’il n’est pas le seul responsable, loin de là, il n’a pas su redresser la situation. Pire, il l’a encore aggravée.
10:55 Publié dans Actualités, Sarkozy, Société | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note | Tags : capes, éducation nationale, le monde, jean-paul brighelli, nicolas sarkozy
02.09.2010
Luc Châtel : un fiasco et une promesse
Aujourd’hui, c’est la rentrée et elle est chargée pour le ministre de l’éducation. Outre un fiasco calamiteux dans la production des manuels scolaires pour les élèves de seconde, il lance une initiative bienvenue pour lutter contre les incivilités à l’école.
Un immense fiasco
C’est une nouvelle preuve de l’amateurisme terrifiant du gouvernement : les manuels scolaires des élèves de seconde ne sont pas prêts à temps pour la rentrée. Du coup, le ministre se retrouve à devoir mettre en ligne les dits manuels, oubliant qu’une partie encore importante de la population n’a pas accès à Internet, ce qui va pénaliser des millions d’élèves, qui n’auront pas de support papier pour étudier chez eux. Un tel plantage pour une rentrée scolaire semble inédit puisqu’aucun média n’a cité de précédent et qu’un tel épisode ne me rappelle aucun fait comparable.
C’est bien la méthode du gouvernement qui est en cause, illustrant des travers malheureusement bien connus. La déconnexion avec la réalité est sidérante : en effet, les programmes ont été validés fin avril, ne laissant que quatre mois aux éditeurs, alors qu’il leur faut en général un an pour produire un nouveau manuel scolaire. Le bon sens aurait commandé de repousser la réforme d’un an. En outre, il y a fort à parier que dans ces conditions, les manuels comporteront un certain nombre d’erreurs du fait d’un temps de développement trois fois plus court que la normale.
Une promesse d’ordre
En revanche, j’ai suffisamment dénoncé la chienlit à l’école pour me réjouir des dernières initiatives du gouvernement en matière d’ordre à l’école. Plusieurs choses devraient mises en place. Même si le détail des mesures manque, je considère qu’il est extrêmement positif de créer des établissements spécialisés pour les élèves les plus difficiles. Il faut absolument les séparer du reste des enfants, à la fois pour sanctionner leur comportement, pour faciliter leur remise dans le droit chemin (impossible s’ils sont maintenus dans le même établissement) et améliorer les conditions d’étude des autres.
Une telle mesure permettra de montrer aux enfants que la République, c’est aussi des devoirs et que la société est capable de sanctionner et de mettre des limites aux incivilités, au lieu de les subir comme elle le fait aujourd’hui. C’est pourquoi il est également très positif de sanctionner toute violence verbale, notamment avec des mesures d’utilité collective. En ne sanctionnant pas assez les incivilités, l’école créé un précédent fâcheux où la République laisse faire les petits caïds et ne se fait pas respecter. Il est vital de mettre un coup d’arrêt à ces dérives tolérées depuis trop longtemps.
Luc Châtel passe du pire au meilleur. Le pire avec ce désordre scolaire provoqué par l’absence des manuels de seconde pour la rentrée. Le meilleur quand il semble vouloir enfin mettre un frein à la chienlit scolaire. Espérons que sur le second point, il ne s’agisse pas juste d’effets d’annonce.
10:55 Publié dans Actualités, Société | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : luc châtel, education nationale, manuels scolaires, incivilités
12.04.2010
Le gouvernement s’attaque à la violence scolaire
Jeudi, Luc Châtel a clôturé les états généraux sur la sécurité à l’école par une série de propositions. Si le ministre de l’éducation répond à un vrai problème de société, avec la montée de faits divers plus révoltants les uns que les autres, ses propositions ne sont pas vraiment à la hauteur.
Un problème capital
Le problème de la violence scolaire est absolument capital pour la société, à double titre. Elle illustre à la fois un problème criant d’intégration et de décrochage scolaire, mais aussi un manque de respect inquiétant pour une institution de la République. Comment espérer en effet que les personnes qui ne respectent pas l’autorité à l’école respectent ensuite l’autorité de l’Etat ? S’il est très important que les élèves prennent confiance en eux et puissent s’épanouir, il est tout aussi important qu’ils apprennent que vivre en société impose des limites qu’il ne faut pas dépasser.
Et c’est justement tout le problème de la situation actuelle. Trop souvent, les dérapages des élèves sont « excusés » par les malheurs de la société, et trop rarement sanctionnés. Il est évident que grandir dans des quartiers où 40% des jeunes sont au chômage ou dans un système scolaire où l’on ne trouve pas sa place est un facteur contributeur à la violence, mais cela n’excuse en rien les comportements violents. Une grande majorité des jeunes de quartiers difficiles viennent à l’école pour apprendre et se comportent de manière civilisée. Malheureusement, des exceptions pourrissent le système.
La violence à l’école est une calamité pour la société. Une calamité pour les professeurs qui se trouvent parfois confrontés à des conditions de travail épouvantables, qui ne leur permettent pas d’enseigner sereinement et qui en poussent de plus en plus à démissionner. C’est une calamité pour les élèves studieux dont le travail est perturbé et ralenti par le désordre. Enfin, c’est une calamité pour ces sauvageons qui n’apprennent pas à respecter des limites dans leur jeunesse par manque de sanctions, prélude à des comportements encore plus violents dans le futur.
Des solutions décevantes
Luc Ferry disait fort justement sur Canal Plus cette semaine qu’il est important de permettre à un maximum d’élèves de s’épanouir et que l’échec scolaire est un puissant facteur contributif à la violence. Des actions de long terme doivent être menées pour améliorer l’orientation et revaloriser certaines filières (notamment professionnelles) pour permettre à chacun de trouver sa voie. Xavier Darcos a eu raison de multiplier les heures de soutien aux élèves en difficulté car il est important de lutter contre le décrochage des élèves en difficulté. Les études montrent la pertinence de cette mesure.
En revanche, l’arsenal répressif est mal pensé. Entre vidéosurveillance et suppression des allocations familiales, l’Etat semble surtout vouloir se décharger de sa responsabilité. Si les parents ont une grande responsabilité dans l’éducation de leurs enfants, le manque de discipline n’est pas leur responsabilité exclusive, comme semble le suggérer cette mesure. L’absence de sanction adéquate au sein des établissements scolaires est également une cause essentielle. Trop souvent les élèves indisciplinés ou manquants de respect à l’égard de leurs professeurs ne sont pas sanctionnés.
Pour le coup, il faudrait instaurer une véritable tolérance zéro contre les mauvais comportements des élèves pour leur faire comprendre que la vie en société impose certaines limites. Car ne pas sanctionner les petits écarts revient à les accepter et entraîne irrémédiablement des écarts plus graves. Mieux que des heures de colle, des sanctions éducatives (petits travaux d’intérêt général) peuvent être envisagés. Enfin, il ne faudrait pas hésiter à retirer les éléments les plus perturbateurs pour les mettre dans des établissements spécialisés (éventuellement à encadrement militaire) pour les remettre sur le droit chemin.
Si Luc Châtel a eu raison de convoquer ces états généraux, les conclusions ne sont malheureusement pas du tout à la hauteur des enjeux du développement de la violence scolaire, malgré la recrudescence de faits divers qui devraient appeler à une véritable prise de conscience.
10:55 Publié dans Actualités, Société | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : luc châtel, éducation nationale, violence scolaire
06.10.2009
Améliorer les conditions de travail dans l’éducation nationale
Tel le monstre du Loch Ness, le débat sur la simplification de l’orthographe a ressurgi. Mais si, au lieu de chercher à baisser le niveau d’exigence pour améliorer artificiellement le niveau, on cherchait plutôt les moyens d’améliorer le niveau général ?
Des conditions de travail difficiles
Cela a beau être une condition essentielle de la réussite de notre enseignement, presque personne n’en parle. Pourtant, quand on discute avec des enseignants, on se rend compte de la difficulté de leur métier. Passées les polémiques souvent stériles sur leur temps de travail (après tout, leur salaire reste limité vu leur niveau d’études), comment ne pas reconnaître que tout n’est pas fait pour leur permettre d’enseigner dans de bonnes conditions, que ce soit vis-à-vis d’eux ou des élèves.
Déjà, après avoir passé leur concours, la plupart des professeurs se retrouvent souvent envoyés dans une autre région. Comment imaginer que le déracinement constitue un plus pour l’enseignement ? Ensuite, ils sont fréquemment envoyés dans des établissements difficiles, où ils doivent à la fois apprendre à enseigner et à faire la discipline. Pire, l’éducation nationale refuse trop souvent de sévir face aux élèves dissipés, entretenant un désordre peu propice à l’enseignement.
Quelques propositions de bon sens
Pourtant, il est essentiel que les professeurs soient bien dans leur peau et qu’un climat studieux soit garanti dans les classes. Pourquoi ne pas permettre aux professeurs débutants d’enseigner dans leur région d’origine ? En effet, la stabilité géographique peut être un facteur favorisant leur travail. Puisqu’il est plus facile pour le pays d’avoir des professeurs mobiles, cette mobilité doit être récompensée sous financièrement. Aux jeunes professeurs de choisir entre la prime et le lieu d’enseignement.
De même, l’enseignement dans des établissements difficiles ne doit pas être autorisé à de jeunes enseignants, sous réserve de motivations exceptionnelles et d’une véritable reconnaissance financière. Enfin, il est essentiel que la discipline règne dans les classes, de manière plus systématique. Et là, une solution avancée par Jean-Pierre Chevènement semble évidente : l’envoi des éléments perturbateurs dans des centres éducatifs spécifiques, sans possibilité de recours pour les parents.
Si les élèves qui perturbent les cours ne sont pas sanctionnés, comment espérer que la discipline règne ? Aujourd’hui, les consignes du rectorat sont trop souvent laxistes et ne permettent pas de sanctionner un élève. Pourtant, si tout élève véritablement perturbateur pouvait être envoyé dans un établissement spécialisé, cela serait un plus pour tout le monde. Pour l’élève, qui apprendrait à se comporter de manière civilisée, pour le professeur, qui pourrait enseigner et les autres élèves, qui pourraient étudier.
Bien sûr, on ne règlera pas les problèmes de l’éducation nationale juste avec ces mesures. Néanmoins, elles pourraient grandement contribuer à l’amélioration des conditions de travail des professeurs et des élèves, et donc au niveau général de l’éducation nationale.
10:55 Publié dans Actualités, Société | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : education nationale



