20.06.2008

Allemagne- France : 4-0

Angela Merkel est une dirigeante habile. Quand elle négocie avec Nicolas Sarkozy, elle le laisse toujours briller une fois l’accord conclu. En fait, elle lui cède volontiers la forme pour mieux l’emporter sur le fond, comme le montre les derniers débats sur les émissions de CO2 ou la TVA sur l’essence.

Lors de la conclusion du traité de Lisbonne déjà, Nicolas Sarkozy avait tiré la couverture à lui et s’était présenté comme le sauveur de l’Europe. En un sens, il l’était puisque c’état lui qui avait permis un accord en cédant sur quasiment toute la ligne aux demandes d’Angela Merkel. À l’origine, les Allemands ne souhaitaient pas remettre en question le Traité Constitutionnel Européen alors que le président Français avait annoncé vouloir un « mini traité » uniquement concentré sur les questions institutionnelles. Au final, nous avons signé un traité à 99% équivalent au TCE, uniquement débarrassé de quelques symboles cosmétiques. De même, sur l’Union de la Méditerranée, Nicolas Sarkozy nous avait vendu un rassemblement des pays bordant notre mare nostrum, indépendant de l’Union Européenne. Angela Merkel en a fait le prolongement d’une sous-politique de l’Union lancée il y a plusieurs années, à laquelle tous les pays participeront, y compris les pays scandinaves…

Mais notre bonimenteur de président ne s’est pas arrêté là en matière de concessions. Il vient tout juste de se faire rabrouer sur le projet (assez démagogique il est vrai) de baisse de la TVA sur l’essence. Et pire, l’Auto Journal vient de révéler que l’accord passé le 10 juin sur les émissions de dioxydes de carbone entre nos deux pays, est largement favorable aux constructeurs allemands. La présentation par les grands médias a bien relayé la propagande élyséenne, mais le détail de l’accord est moins favorable à la France. Les associations écologiques ont dénoncé un accord qui ne marque pas un grand progrès pour l’environnement. Pire, l’Allemagne a quasiment obtenu tout ce qu’elle souhaitait et a réussi à protéger son industrie automobile. Fabienne Keller, sénateur et rapporteur de la délégation française affirme qu’ « un très faible dépassement des normes d’émissions par les constructeurs généralistes entraîne des pénalités beaucoup plus fortes qu’un dépassement majeur sur des voitures puissantes ».

La position allemande n’est pas vraiment critiquable : la chancelière ne fait que son métier quand elle défend les intérêts de son pays. En revanche, il est malheureux de constater à quel point la position de la France est devenue faible dans les négociations internationales. Le problème avec Nicolas Sarkozy est que son souci de trouver un accord, qui lui fournira une couverture médiatique intéressante, prime sur tout. Résultat, il est prêt à tout pour se mettre d’accord avec ses interlocuteurs, quitte à abandonner les positions Françaises. Mais cette piètre capacité de négociateur n’est pas le seul problème. Alors que la relation franco-allemande était basée sur un véritable partenariat et une proximité avec notre voisin d’outre Rhin, nous rentrons dans une relation de plus en plus inégale avec l’Allemagne. Non seulement, il n’y a plus de proximité avec notre voisin, mais en plus, il domine les débat et impose ses choix.

La plupart des médias Français présentent encore le match France-Allemagne comme celui d’une équipe soudée. Malheureusement, avec l’arrivée de Nicolas Sarkozy, nous sommes passés à un duel où nous sommes systématiquement les perdants.

Source : l’Auto-journal 19 juin, http://www.lefigaro.fr/international/2008/06/09/01003-20080609ARTFIG00585-emissions-de-co-sarkozy-et-merkel-se-mettent-d-accord-.php