30.10.2008

Volontarisme économique de Nicolas Sarkozy : paroles ou réalité ?

La crise économique bouleverse le champ politique Français avec un président qui tient des discours qui semblent emprunter aux socialistes, quand ils ne versent pas dans le registre d’Olivier Besancenot. Que signifie un tel virage ?

Le moins que l’on puisse dire est que Nicolas Sarkozy est un pragmatique absolu dans ses discours, et en partie dans les faits. L’annonce faite cette semaine dans les Ardennes de l’augmentation de cent mille du nombre d’emplois aidés pour 2009 est en effet en contradiction complète avec les premières mesures du gouvernement Fillon en 2007. Néanmoins, comme le président l’a dit, même si cela n’est pas une solution de long terme, il est sans doute du devoir de l’Etat d’amortir les conséquences de la crise économique et d’agir pour limiter la hausse du chômage. En cela, Nicolas Sarkozy a raison de mettre de l’eau interventionniste dans son vin libéral. De même, le gouvernement n’a pas hésité à nationaliser en partie Dexia pour éviter la faillite de la banque des collectivités locales.

Mais derrière le discours volontariste et étatiste du Chef de l’Etat, le penchant libéral de Nicolas Sarkozy reste fort. Le meilleur exemple est sans doute le plan de 10 milliards à destination des banques. Alors qu’une semaine auparavant, le Parlement avait voté une loi qui prévoyait 40 milliards pour recapitaliser les banques à travers des prises de participation, Nicolas Sarkozy a préféré créer un nouveau mécanisme ad hoc pour cette injection d’argent. Les 10 milliards  seront prêtés. Si cela rapportera des intérêts à l’Etat, il faut noter que ce dispositif épargne les actionnaires, qui ne seront pas dilués, et ne permet pas aux autorités publiques de prendre une participation dans le capital qui aurait pu donner une place au conseil d’administration et une meilleure supervision.

De même, le fond mis en place suite à cette loi sera présidé par Michel Camdessus, l’ancien patron du FMI et zélateur du système libéral. Et comment ne pas faire le parallèle entre les mâles déclarations du Chef de l’Etat contre les parachutes dorés et les « patrons voyous » et l’acceptation du timide code de bonne conduite, optionnel, proposé par le Medef ? La palme du volontarisme de papier est sans doute atteinte par le plan de soutien à l’économie de 175 milliards d’euros, qui n’est ni plus ni moins que le programme prévu par l’Etat depuis des années. Les équipes de communication de l’Elysée ont juste cherché à montrer que l’Etat ne soutient pas que les banques et pense également à l’économie réelle. Mais ils n’ont fait qu’additionner des investissements déjà prévus, sur plusieurs années, sans y ajouter grand chose. Le meilleur indice de ce grand bluff est l’absence de loi prévue sur le sujet.

Nicolas Sarkozy est un habile communicant. En pillant le discours de la gauche, et même de la gauche de la gauche, il donne une impression d’activisme pragmatique pour préserver les Français des conséquences de la crise. Dans la réalité, ses décisions reflètent encore un biais libéral inquiétant.

Source : http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/10/25/l-horre...