03.02.2010
Le tri sélectif des gaz à effet de serre
Lors du sommet de Copenhague, toute l’attention du monde était portée sur la maîtrise des émissions de CO² par l’homme. Au final, il n’y a eu aucun accord concret. Mais, pire, en se focalisant sur le dioxyde de carbone, nous ne traitons qu’une partie du problème.
Un traitement incomplet
C’est tout le problème du réchauffement climatique aujourd’hui. Au final, seule une petite partie des gaz à effet de serre sont aujourd’hui taxés, ce qui limite considérablement l’efficacité de notre action. En effet, de trop nombreuses activités polluantes échappent à tout surcoût, et donc à toute incitation pour limiter leur consommation et donc leur pollution. C’est le cas d’une partie des émissions de CO² avec le traitement de faveur dont bénéficient le fuel et le kérosène, pourtant responsables d’une grande partie des émissions. De même, beaucoup d’industries polluantes bénéficient d’exemption.
Pire, de nombreuses études montrent aujourd’hui que d’autres gaz ont sans doute un rôle aussi important que le CO² dans le réchauffement climatique. Cet article du Monde montre le rôle de l’ozone. Si des accords ont permis la suppression de ce gaz dans de nombreuses industries, il reste beaucoup à faire pour réduire les émissions de précurseurs d’ozone. Cela est d’autant plus important que l’ozone est un gaz dangereux pour l’homme et qui est responsable d’un grand nombre de morts.
Et pour compléter ce tableau, il y a également le problème du méthane, que certains scientifiques estiment encore plus important pour le réchauffement climatique. Le principal responsable des émissions de méthane serait l’élevage bovin à travers le processus de digestion des ruminants. Des recherches ont été entreprises pour limiter les émissions de méthane par la diète des bovins, ou l’action sur leur flore intestinale. Il manque d’études pour envisager le problème dans sa totalité. En outre, on peut craindre d’autres révélations qui chambouleraient ces théories.
Des politiques en retard
Face à ce problème extrêmement complexe, les hommes politiques ont du mal à réagir. Le réchauffement climatique n’est qu’une probabilité, certes fortes, mais pas une certitude. Pire, l’horizon de temps reste trop lointain pour que le produit des efforts d’aujourd’hui soit perceptible suffisamment rapidement. Résultat, les dirigeants de la planète ne savent pas résister à la pression des lobbys de toute sorte et sont incapables de concevoir une taxe juste, comme le montre le cas de la taxe carbone en France.
Qui plus est, la taxation des gaz à effet de serre se heurte à la libéralisation des échanges. En effet, dans ce système, les industriels peuvent délocaliser la production dans des zones à faible contrainte environnementale pour baisser leurs coûts de production et échapper aux contraintes réglementaires et fiscales des pays les plus en pointe dans la lutte contre les gaz à effet de serre. Bref, le libre-échange agit contre l’environnement en favorisant le moins-disant.
Il y a bien une solution à ce problème, comme l’a évoqué le président de la République en début de semaine, à savoir établir une taxe environnementale aux frontières de l’Europe de manière à égaliser la compétition, au moins dans ce domaine. Mais Nicolas Sarkozy tend à oublier les discours qu’il fait en France quand il est dans un cénacle européen. Il n’a jamais vraiment poussé ce projet nécessaire qui aurait le double mérite de permettre une compétition plus loyale tout en permettant à l’Europe de pousser les industriels de la planète entière à rendre leur production plus écologique.
Bref, et c’est un paradoxe que les écologistes ne soient pas capables de l’expliquer, la lutte contre les gaz à effet de serre est aujourd’hui beaucoup trop limitée. Pire, ils sont incapables de remettre en cause le libre-échange qui met pourtant une pression vers le bas sur les standards environnementaux.
10:55 Publié dans Actualités, Environnement | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note | Tags : environnement, co², méthane, ozone, gaz à effet de serre
21.12.2009
Les leçons du sommet raté de Copenhague
Le jugement de l’ensemble de la presse est sévère, à raison. Rien n’est sorti du sommet de Copenhague. L’objectif de limiter à deux degrés la hausse de la température n’est pas nouveau et aucun moyen n’est mis en face. La déclaration finale est très limitée et pas signée par tous les participants…
La somme des égoïsmes produit… de l’égoïsme
Les ultralibéraux soutiennent que grâce à la main invisible du marché, la somme des intérêts individuels, aussi égoïstes soient-ils, produit de l’intérêt général. Ce sommet a montré le contraire. Tous les pays pensent qu’il est important de limiter les émissions de gaz à effet de serre, mais personne n’est capable de dépasser ses intérêts égoïstes pour accepter des contraintes extérieures. Seule l’Europe semble ouverte à de véritables efforts pour limiter ses émissions.
En revanche, les Etats-Unis continuent à être le mauvais élève de la planète en refusant des contraintes trop fortes, alors qu’ils sont de loin le pays responsable de la plus grande partie des gaz à effet de serre émis depuis un siècle. La position des pays émergents est délicate. Ils ont le sentiment de devoir faire des efforts pour compenser la pollution des pays développés et que ces efforts pourraient être un frein dans leur développement, ce qui freine leur volonté d’accepter des contraintes.
Mais on peut se demander si ce comportement n’est pas le fruit de trente années de mondialisation néolibérale qui a appris une seule chose aux pays émergents : la loi de la jungle. En effet, l’anarchie économique actuelle pousse chaque pays à défendre ses intérêts indépendamment de tout destin collectif. C’est pourquoi les pays émergents amassent des réserves de change colossales pour éviter de dépendre du soutien du FMI. Nous leur avons malheureusement appris l’égoïsme…
Un oubli : le libre-échange
C’est Nicolas Dupont-Aignan qui le souligne avec raison sur son blog : le commerce est le grand oublié de Copenhague. En effet, une bonne partie de la pollution est aujourd’hui la conséquence directe de la libéralisation anarchique du commerce. Aujourd’hui, on délocalise de zones où les normes environnementales sont sévères (l’Europe) vers des zones moins régulées (la Chine), tout en démultipliant le recours au transport pour le commerce.
Pire, le fuel et le kérosène ne sont absolument pas touchés par la taxe carbone pour l’instant, malgré le coût collectif que représente le transport en émissions de CO2. Plus globalement, la relocalisation de la production aurait dû être une des questions majeures du sommet de Copenhague, un moyen aisé de réduire la pollution émise par les transports. Mais aucun dirigeant de la planète n’a eu le courage d’évoquer cette piste pourtant fondamentale.
Pourtant, les Etats peuvent encore faire quelque chose. Libre à chaque pays d’établir des bonus-malus écologiques pour prendre en compte le véritable impact des produits. En effet, si on appliquait un malus aux produits qui font des milliers de kilomètres, alors on prendrait en compte la véritable empreinte environnementale. Cela pousserait les industriels à limiter les délocalisations et éviter que la Chine ne se transforme définitivement en atelier du monde.
Un accord a minima sur un vieil objectif, aucune contrainte chiffrée, l’oubli d’une des causes majeures des émissions de CO2 : le sommet de Copenhague a eu tout faux. Mais il reste toujours la possibilité pour les Etats d’agir seuls pour l’environnement.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Environnement | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : sommet de copenhague, environnement, taxe carbone
09.02.2009
L’urgence environnementale
La crise économique a fait passer le réchauffement climatique au second plan des préoccupations de la plupart des pays. Pourtant, même si nous ne le ressentons guère depuis quelques semaines, le sujet préoccupe plus que jamais les scientifiques, qui craignent que le point de non-retour soit proche.
De nombreuses solutions envisagées
Il n’y a plus grand monde aujourd’hui pour contester que la planète est entrée dans une phase de transformation rapide sous le coup de l’action de l’homme. Jamais autant d’espèces n’ont disparu depuis 65 millions d’années et la disparition des dinosaures. Jean-Pierre Dupuy affirme ainsi « qu’on ne sait pas si le réchauffement climatique issu des gaz déjà présents dans l’atmosphère provoquera (…) une augmentation de température de moins de deux degrés ou de plus de sept degrés, la différence d’impact entre ces deux conjectures étant du même ordre que celle qui sépare un bobo au menton d’un choc mortel sur le crâne ».
C’est pourquoi de multiples initiatives ont été lancées : le processus de Kyoto ainsi que les quotas de CO2 échangeables en Europe. Mais certains scientifiques, inquiets que l’action de l’homme sur les émissions de gaz à effet de serre soit trop lente, travaillent sur des solutions ayant pour but d’agir directement sur le climat, indépendamment des émissions. Deux idées sont plus avancées aujourd’hui : l’envoi de particules de sulfates dans l’atmosphère pour réfléchir les rayons du soleil afin de refroidir l’atmosphère, ou la culture extensive d’algues stockant le dioxyde de carbone.
Toutes les solutions ne sont pas bonnes à prendre
Les interventions directes sur le climat posent de nombreux problèmes, tant juridiques (qui en sera responsable ?) que scientifiques (il y a des doutes sur les effets secondaires). Le système de quotas d’émission et d’échanges des droits à polluer n’a même pas convaincu les plus libéraux. En effet, en l’absence d’un accord mondial global, il suffit aux entreprises de déplacer leur production dans des pays moins regardants. En outre, les variations erratiques du cours de la tonne de CO2 ne permettent pas aux industriels d’investir sur le long terme.
James Hansen, un climatologue qui avait averti le monde des dangers du réchauffement climatique dès 1988, a ainsi adressé des recommandations à Barack Obama. Plutôt que d’avoir recours aux quotas et au marché, il recommande des interdictions pures et simples et une taxation du carbone. Les quotas échangeables sur des marchés ne marchent pas car chacun se bat pour pouvoir polluer davantage. Il recommande donc un système de taxation en fonction de la consommation dont les recettes seraient redistribuées afin de pénaliser les gros consommateurs et favoriser les petits.
Il y a urgence à avancer sur la question des gaz à effet de serre. La communauté internationale est parvenue à sauver l’ozone en interdisant les CFC. Il faut espérer que nos dirigeants sauront aller plus loin qu’à Kyoto sur le réchauffement climatique.
Source : http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2448, The Economist
10:55 Publié dans Actualités, Société | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : environnement, effet de serre, co2, james hansen, jean-pierre dupuy



