28/09/2011

La France, exportatrice de technocrates apatrides

C’est Eric Zemmour qui avait eu ce bon mot un matin dans sa chronique sur RTL : la France est bien un pays spécialisé dans l’exportation de hauts technocrates dont l’internationalisme est tel qu’ils en oublient totalement leur pays d’origine. Nouvel exemple avec Christine Lagarde.

Un lourd passé

Jacques Delors, Jean-Claude Trichet et Pascal Lamy sont sans doute les pires exemples de ce que la France a produit comme technocrates irresponsables et apatrides. Si le second a toujours été à droite, le premier et le troisième sont venus de la gauche pour mener des politiques profondément antisociales et dogmatiquement monétaristes et néolibérales. Fâchés avec la réalité, ils n’hésitent pas à nier la crise de l’euro, affirmant qu’il s’agit seulement d’une crise de la dette.

Ces criminels économiques portent tous une très lourde part de responsabilité dans les difficultés de notre pays. Jacques Delors et Pascal Lamy ont été derrière le tournant de 1983. Jean-Claude Trichet a mené une politique monétaire totalement absurde au début des années 1990, montant les taux et envoyant ainsi un million de Français au chômage. Il est le partisan d’une politique monétaire délétère qui produit une monnaie trop chère qui asphyxie notre économie depuis 20 ans.

Jacques Delors et Pascal Lamy sont aussi les responsables de la libéralisation des mouvements de capitaux, qui a créé l’anarchie financière qui nous a mené aux crises des dernières années et qui rend toute tentative de réforme de la finance bien impossible, à moins de revenir dessus. Pascal Lamy s’est aussi fait remarqué pour avoir dit que le SMIC était trop élevé et Jean-Claude Trichet pour avoir affirmé qu’augmenter les salaires était la dernière bêtise à faire.

Internationalisme et néolibéralisme

On voit bien à quel point la frontière est poreuse entre internationalisme et néolibéralisme. Des hommes sensés être issus de la gauche en finissent par s’attaquer aux bas salaires ! Par delà l’indécence de telles déclarations, cela démontre à quel point l’éloignement avec les racines nationales est néfaste. Il permet toutes les dérives intellectuelles les plus dogmatiques et coupées de la réalité Dans leur bulle dorée, les aristocrates des temps modernes refusent même la moindre obole.

Après Jean-Claude Trichet, qui s’était empressé d’affirmer qu’il n’était pas un Français en tant que président de la BCE, nous avons produit de nouveaux exemples de technocrates apatrides. Christine Lagarde plait beaucoup aux étasuniens qui trouvent qu’elle se permet de dire des choses qu’eux-même n’osent pas dire aux européens et aux Français. C’est ce que révèlent deux portraits publiés la semaine dernière dans le Figaro et les Echos qui vantent la conversion de notre ancienne ministre.

Il est tout de même incroyable de constater à quel point une certaine élite est capable de totalement oublier les intérêts de son propre pays, quitte à retourner complètement sa veste sur un certain nombre de dossiers qu’elle traitait encore il y a quelques mois. En ce sens, les autres pays n’ont sans doute pas fini de vouloir recruter des Français à la tête d’institutions internationales tant nous parvenons à produire une élite tellement internationaliste qu’elle en oublie totalement sa nation.

Jacques Sapir a dit que « la haine de la nation, c’est l’internationalisme des imbéciles ». Malheureusement, nos technocrates apatrides tombent souvent dans ce piège mais aussi dans celui de la promotion de politiques néolibérales profondément antisociales.

09/09/2011

Grèce : le retour de l’horreur européenne

L’Assemblée Nationale a fini par voter le second plan d’aide aux créanciers de la Grèce cette semaine, sans enthousiasme, tellement tout le monde sait bien qu’Athènes ne remboursera pas l’argent qui lui est prêté. Un nouvel exemple de l’absurdité de cette Europe.

Un plan imbécile

Ce qui est incroyable, c’est que depuis 16 mois, de nombreuses personnes affirment que ces plans ne servent à rien, qu’imposer une austérité sauvage à la Grèce ne résoudra rien, qu’au contraire, cela va empirer le mal au lieu de le soigner. C’est ce que disaient de nombreux économistes, NDA, ou moi-même. Depuis, tout ce que nous disions s’est vérifié. La Grèce s’enfonce dans une dépression tellement violente qu’elle compense les économies réalisées.

La situation à Athènes ne cesse de se détériorer. Les déficits ont progressé sur la première moitié de l’année, au lieu de baisser, alors que les résultats de l’année 2010 avaient déjà été décevants. Bref, la Grèce est dans une impasse. A quoi bon imposer cette austérité sauvage si au final, elle alourdit le fardeau de la dette en faisant s’effondrer la production ?

En fait, pendant ce temps, les créanciers privés sont remboursés de leurs créances par les aides publics. Car c’est bien le point totalement scandaleux des rachats des dettes souveraines européennes. Il s’agit d’une aide gratuite et sans contrepartie fournie par les autorités européennes aux différents créanciers, qui peuvent ainsi réduire leur exposition aux dettes souveraines risquées à moindre coût, et sans que les Etats ne prennent de participation dans leur capital. Bref, ils ont le beurre, l’argent du beurre et la crémière, alors que la Grèce saigne son peuple pour les payer !

Le débat public évolue

Heureusement, le débat public évolue petit à petit. Hier matin sur RTL, par-delà la rubrique d’Eric Zemmour, il fallait noter l’inflexion dans le discours de certains journalistes. Bien sûr, Alain Duhamel reste un indécrottable fédéraliste, mais Vincent Parizot a posé la question qui fait mal en sous-entendant que l’Europe, ce n’est pas l’euro. Et Jean-Michel Apathie tient un discours relativement équilibré, comprenant la position allemande sur les euro obligations.

Il a souligné que ce n’est pas vraiment la Grèce qui est aidée, mais bien les banques des pays européens, un véritable progrès. En outre, tout le monde constate que les plans mis en place ne résolvent rien. Mieux, le discours de Nicolas Dupont-Aignan à l’Assemblée Nationale est un gros succès sur internet et devrait donner une bonne dynamique pour les universités de rentrée, qui commencent demain à Dourdan (l’entrée est libre pour le discours de dimanche).

Mieux, si la cour de Karlsruhe a autorisé la participation de l’Allemagne au nouveau plan d’aide aux créanciers de la Grèce, il faut noter qu’elle a également formellement pris position contre des euro obligations qui viennent ici de mourir de leur belle mort étant donné que le principal créancier de la zone euro refuse de sauter le pas de cette aventure irresponsable, qui, de toutes les façons, ne résoudrait rien. Bref, tout se met en position pour une nouvelle crise.

Il est proprement hallucinant que le gouvernement ait fait voter en même temps un plan d’économie de 12 milliards tout en jetant par la fenêtre 15 milliards pour les banques qui avaient prêté à la Grèce. Encore un nouvel exemple de l’inconsistance économique de l’équipe en place.

10/07/2011

Euro : réponse à la réponse de Georges à Coralie

Il y a quelques jours, Coralie Delaume taquinait NKM dont les arguments pour essayer de disqualifier le retour aux monnaies nationales pourraient laisser penser qu’elle est encore plus incompétente que Marine Le Pen en économie, s’attirant une réponse de Georges Kaplan.

L’économie -1.0

Démagogie ? Incompétence crasse ? Au final, j’en viens à espérer qu’il s’agit du premier... Car si Marine Le Pen a du mal avec l’économie, Nathalie Kosciusko-Morizet semble vouloir descendre encore plus bas pour la critiquer. C’est ainsi qu’elle s’est bien imprudemment avancée sur les plateaux de télévision en sous-entendant que le retour au franc conduirait à une multiplication par 6,5 des prix et donc à une perte dramatique de pouvoir d’achat pour les Français…

Coralie Delaume l’a donc remise à sa place, suivant l’exemple d’Eric Zemmour qui n’a pas été tendre avec la ministre de l’écologie sur le plateau de France 2, ridiculisant sa bien faible argumentation économique et retournant contre elle son exemple de la baguette, qui montre bien que le passage à l’euro a permis une envolée de certains prix. Où l’on comprend que l’économie n’est pas une matière nécessaire pour entrer à Polytechnique, semble-t-il…

Un nouveau franc pas si mini que ça…

Georges Kaplan en profite pour faire un sort aux partisans d’une transformation de la monnaie unique en une monnaie commune accompagnée d’un retour aux monnaies nationales. Son premier argument est d’évoquer une dévaluation du franc de 25% par rapport à l’euro. Or on peut argumenter que le franc ne dévaluerait pas. Miracle ? Tour de passe-passe médiatique ? Non, même la banque ING confirmait un tel scénario dans ses prédictions.

En effet, la France se trouve au centre de gravité de la monnaie unique, entre la fourmi allemande et les cigales du Sud. Résultat, si l’euro éclate, le mark nouveau sera réévalué, les peseta, lire, escudo et drachme nouveaux seront dévalués. Et au milieu, notre nouveau franc devrait rester à parité avec l’ancien euro monnaie unique, devenue monnaie commune composée de fractions des nouvelles monnaies nationales. La dévaluation du franc serait limitée au mark et au florin…

Georges au pays des merveilles libérales

Georges poursuit en nous expliquant bizarrement que les déficits commerciaux n’ont aucune importance. Il n’y aurait pas de problème quand la France vend pour 34,2 milliards d’euros et achète pour 41,6 milliards de produits, laissant un déficit de 7,4 milliards en mai. Bien sûr, nous pouvons nous endetter à l’extérieur ou vendre nos bijoux de famille pour combler ce trou. Mais in fine, il y a quand même appauvrissement puisque le pays s’endette vis-à-vis de l’extérieur pour financer ce déficit.

Puis il critique la proposition de revenir sur la loi de 1973 permettant à la Banque Centrale de financer l’Etat. Il agite le spectre de l’hyper-inflation et de la spoliation des épargnants. Tout d’abord, c’est le système actuel qui a permis l’hyper-inflation du prix de nombreux actifs depuis une quinzaine d’années, aboutissant à différents krachs. Ensuite, la monétisation peut être conduite de manière responsable et elle peut permettre d’éviter la déflation en cas de baisse de la masse monétaire.

Enfin, je ne peux pas résister à l’envie d’évoquer la théorie des Zone Monétaire Optimale, évoquée par des économistes libéraux comme Jean-Jacques Rosa, Alain Cotta ou Gérard Lafay, selon laquelle il est absurde d’avoir une seule monnaie pour des pays aussi hétérogènes que ceux de la zone euro. Et je suis curieux de savoir quels seraient les moyens, pour lui, de faire fonctionner l’euro avec tous les travers que nous amène cette construction baroque et artificielle.

Non, Georges, la fausse bonne idée, ce n’est pas le retour aux monnaies nationales, c’était la création de l’euro. En outre, quelle est la crédibilité de ceux qui nous avaient promis croissance et emplois avec l’euro quand ils nous prédisent aujourd’hui l’apocalypse si nous le quittions ?

26/05/2011

Le FMI, ou les incohérences de l’UMP et du PS

Non, il ne s’agit pas d’épiloguer sur les énièmes rebondissements de cette triste affaire DSK. Mais la démission de l’ancien futur candidat socialiste et la candidature de Christine Lagarde pose un double problème à notre classe politique.

Légèreté à droite

Bien sûr, Christine Lagarde semble être la candidate idéale pour prendre la succession de DSK à la tête du FMI. Elle a déjà travaillé aux Etats-Unis, semble appréciée par tout ce que la communauté internationale compte de hiérarques mondialistes néolibéraux. Et comme l’a remarquablement souligné Eric Zemmour dans une de ses chroniques sur RTL, nul doute qu’elle serait une digne représentante de ces Français qui oublient leur pays en prenant de telles responsabilités.

Mais cette candidature pose de multiples problèmes. Par-delà le fait qu’elle continuera à mener les mêmes politiques, comme l’a soutenu Jean-Pierre Chevènement, se pose le problème de l’affaire Bernard Tapie. Alors que la France vient de voir son représentant contraint de démissionner du fait d’une plainte pour viol, il est tout de même paradoxal de vouloir présenter une candidate qui pourrait avoir rapidement maille à partir avec la justice comme l’a souligné Hervé Nathan.

Il est totalement irresponsable, comme l’ont écrit Nicolas Dupont-Aignan et David Desgouilles de présenter une telle candidate. Il est bien évident que si une procédure judiciaire devait être lancée, les mœurs anglo-saxonnes imposeraient une démission à Christine Lagarde. Bonjour le ridicule pour la France si un deuxième représentant de notre pays venait à devoir démissionner. Il est vraiment hallucinant de proposer un nouveau candidat à risque…

Révélations à gauche

Mais cet épisode est très révélateur sur la « gauche ». Pierre Moscovici a ainsi eu le culot de dire que Dominique Strauss-Kahn avait apporté une dimension plus sociale aux politiques du FMI. Je ne suis pas sûr que les Grecs, les Irlandais ou les Portugais aient le même jugement sur la dimension « sociale » des potions amères imposées par Washington et Bruxelles à leur pays, entre licenciements, baisses de salaire et coupes dans les programmes sociaux.

Pire, les politiques imposées depuis un an révèlent aujourd’hui toute leur inefficacité puisque les 110 milliards décidés l’an dernier ne sont plus suffisants. Et naturellement, les plans enfoncent le pays dans la récession, compliquant plus encore le redressement des finances publiques : la Grèce a fait un déficit de 10.5% en 2010 contre une prévision de 8.1%. Tout le monde sait aujourd’hui qu’il faudra en passer par une restructuration. Bref, ces politiques sont inutilement violentes.

Mais le plus sidérant est de voir les principaux candidats socialistes (Martine Aubry et François Hollande) ne pas hésiter à soutenir Christine Lagarde. Il faudrait savoir, comme le soulignent Jack Dion et Hervé Nathan. Le Parti Socialiste est-il vraiment un parti d’opposition ? Il est tout de même surprenant qu’ils soutiennent une ministre du gouvernement auquel ils s’opposent pour une nomination à la tête d’une institution qui a pourtant un rôle politique éminemment important en Europe…

Plus encore que l’affaire DSK, les récents événements au FMI nous en disent très long, tant sur l’UMP que sur le Parti « Socialiste » : légèreté, relativisme sur les affaires, adhésion aveugle à une mondialisation néolibérale qui fait souffrir les peuples.

29/03/2011

Le vote FN est, logiquement, un vote social

C’est un sondage publié par Marianne 2 qui l’a révélé : quand Marine Le Pen fait 21%, elle obtient 34.5% des intentions de vote des employés  et 37.5% de celles des ouvriers. Le vote FN est un vote social.

Un vote sanction contre un système injuste

Le fait que le Front National réunisse les suffrages de plus d’un ouvrier sur trois est impressionnant. Ces scores, extrêmement sévères pour l’UMP, mais plus encore pour la gauche, montrent que les classes populaires ont totalement perdu confiance dans les partis de gouvernement. De la sorte, elles sanctionnent ces partis qui les ont abandonnées à cette globalisation néolibérale porteuse d’inégalités, qui délocalise leurs emplois et comprime leur pouvoir d’achat.

En effet, l’intégralité de la création de richesses économiques va depuis dix ans aux 10% des Français les plus riches, dans les profits des entreprises et les dividendes pour leurs actionnaires, qui battent record sur record. Et avec le sauvetage des banques, cette crise a démontré que si les profits sont privatisés, les pertes peuvent être collectivisées. Pire, pour sauver l’euro, les gouvernements européens sont littéralement en train de saigner les peuples, en Grèce, en Irlande ou au Portugal…

Dès lors, étant donné que PS, UMP, Modem et écologistes défendent globalisation et déréglementation et ne proposent rien pour le réformer, il est logique que les classes populaires, premières victimes de ce système injuste, instable et inefficace se tournent alors vers le principal parti qui le dénonce: le Front National. Jean-Pierre Chevènement, Philippe Séguin et Philippe de Villiers ont porté une telle parole, mais leur effacement a libéré du terrain pour Marine Le Pen.

Comprendre ce vote pour y répondre

Pour toutes ces raisons, le vote FN est parfaitement compréhensible. Après tout, il est parfaitement légitime de ne pas vouloir voter pour des partis trop souvent d’accord sur les questions européennes ou de libéralisation. Il est totalement absurde et choquant d’insulter les électeurs du Front National. De deux choses l’une, soit ce parti doit être interdit (et il n’a rien fait pour l’être) soit il faut arrêter de jeter l’anathème sur ses électeurs qui expriment juste un choix démocratique.

Ce vote est notamment un cri de Français qui ont mal à leur démocratie, qui ont envie d’un changement que PS, UMP, Modem, Verts sont incapables de leur apporter. C’est le cri de Français qui souffrent du chômage, de fins de mois difficiles, qui craignent le déclassement pour leurs enfants (pour la première fois, une génération pense que ses enfants vivront moins bien qu’elle, ce qui est triste). Bref, c’est un désir de changement qui ne trouve pas encore de traduction concrète.

L’alternative, ce n’est pas forcément le FN

Mais essayer de comprendre les électeurs du Front National ne doit pas mener forcément à de la complaisance avec le parti. Critiquer le FN parce qu’il a investi un jeune nazillon aux cantonales, ce n’est pas critiquer ses électeurs. Au nom de quoi faudrait-il tout lui passer parce qu’on se situe aussi dans l’opposition aux politiques européennes et de déréglementations menées par le Parti Socialiste et l’UMP, et soutenues par les Verts et le Modem ?

C’est exactement ce que souhaitent UMP et PS. Si l’alternative se cantonne au FN ou à des partis proches, alors elle sera teintée par les scories de ce parti. Le système utilise le FN pour se maintenir. Au contraire, il est essentiel que les Français comprennent que l’alternative est plurielle et qu’elle n’impliquera pas forcément le FN. C’est pourquoi il faut montrer qu’une alternative distincte et indépendante existe. Il y a Debout la République, il y a le MRC et il y a le Front de Gauche.

Il est également heureux que des intellectuels alternatifs affrontent la vindicte bien-pensante pour développer des thèses originales. Merci donc à Jacques Sapir ou Emmanuel Todd, qui a signé une très belle tribune au sujet de la montée du FN. Et merci aux journalistes qui honorent le débat public en ouvrant leur colonne à tous les penseurs libres, Philippe Cohen, Elisabeth Levy et Eric Zemmour, contre lesquels une gauche antisociale a fait une campagne révoltante.

Aujourd’hui, les Français ont le choix. Ne compter que sur le FN pour apporter le changement est une erreur, entre ses scories et ses difficultés à casser le plafond de verre. La crise est forte. Les mouvements du corps électoral seront brutaux. Ne nous enfermons-pas dans une voie sans issue. Un petit peut devenir grand.

07/11/2010

Un autre regard sur la Chine

Cette semaine a été dominée par la visite d’Etat d’Hu Jintao qui a eu droit à tous les honneurs de notre pays. Par-delà le sempiternel débat sur les droits de l’homme et le commerce, le poids grandissant de l’Empire du Milieu amène à se poser la question de son rôle dans la réforme du capitalisme.

Droits de l’homme contre souveraineté

Bien sûr, il est naturel de se soucier de la condition humaine en Chine, mais on peut se poser la question de l’utilité de ces déclarations publiques. Contribuent-elles réellement à une amélioration de la situation dans les pays ainsi critiqués ? Ne sont-elles pas surtout un moyen pour les belles âmes d’être en paix avec elles-mêmes ? Ne serait-il pas plus productif d’avoir ces discussions en privé, pour avoir une véritable chance d’influencer la trajectoire de ce pays ?

On pourrait même se demander si les gesticulations occidentales contre la Chine n’ont pas exactement l’effet inverse vis-à-vis d’un pays qui est aujourd’hui en position de force économique et sur lequel nous avons peu de moyens de pression. En outre, la Chine sait bien que nous ne ferons rien de concret et qu’il s’agit donc essentiellement de postures. De plus, les pays occidentaux sont parfois extrêmement mal placés pour faire la leçon à la Chine sur les droits de l’homme.

Les Etats-Unis notamment donnent un bien mauvais exemple en déclenchant des guerres arbitraires qui font des dizaines de milliers de morts, ou en mettant en place une prison en dehors de tout droit international… Bien sûr, la Chine est une dictature, et l’oppression des opposants est révoltante. Ce pays se comporte sur bien des aspects beaucoup plus mal que les Etats-Unis. Mais il faut aussi prendre en compte la tendance globale : la situation s’améliore sensiblement.

De plus, ces leçons rappellent les chimères d’une gouvernance mondiale, que l’on habille d’un idéalisme humaniste et bienfaisant, alors qu’elle consacre la loi du plus fort contre les plus faibles, comme le souligne Jacques Sapir dans « Le nouveau 21ème siècle ». Et nous oublions qu’en critiquant les dirigeants Chinois, nous critiquons également la Chine et les Chinois. S’il est naturel de chercher à influencer sa trajectoire, nous devons le faire en respectant cette nation souveraine.

La Chine, un pays sur lequel compter ?

En outre, cette trajectoire rappelle celle du Japon ou de la Corée, et si l’Empire du milieu part de beaucoup plus loin d’un point de vue démocratique, ces deux pays avaient des régimes très autoritaires qui se sont peu à peu assouplis et sont devenus de vraies démocraties. On peut imaginer que la Chine suivra un mouvement comparable dans les prochaines décennies. Mais le succès actuel de cette lente marche rend improbable une accélération de la libéralisation, même si on peut le regretter.

Donner publiquement la leçon à la Chine ne la fera pas changer. Cela ne fait que renforcer un ressentiment vis-à-vis d’un occident qui n’est pas toujours bien placé pour le faire. S’il ne faut pas se taire, la façon dont la majorité cherche à le faire est totalement contre-productif. La Chine évoluera dans le bon sens car la liberté économique finira par imposer une plus grande liberté politique, sans doute dans un premier temps au niveau des collectivités locales, et même si cela prendra du temps.

En outre, en vue de la nécessaire réforme du capitalisme, la Chine peut être un appui décisif pour reconstruire un système économique moins inégalitaire, où l’Etat n’abandonne pas la régulation à des Autorités Administratives Indépendantes pour reprendre le bon mot d’Eric Zemmour et où les nations ont un véritable rôle à jouer. La Chine est un pays protectionniste, qui refuse la liberté de mouvement des capitaux, et qui contrôle le cours de sa monnaie….

Bien sûr, son modèle de développement se fait à notre détriment mais c’est nous qui le lui avons suggéré lors de la crise asiatique. Et demain, la Chine ne pourra pas nous reprocher de suivre enfin des politiques plus conformes à notre intérêt. Mieux, face à des Etats-Unis et une Grande-Bretagne qui ont imposé un modèle inégalitaire et anarchique qui devrait convenir à l’Inde, la Chine, au côté de la France, l’Allemagne, le Japon, la Russie et le Brésil peuvent imposer un modèle ordo-national.

Bien sûr, il ne s’agit pas d’accorder un blanc seing à une dictature. Mais ne serait-il pas plus intéressant de travailler à la réforme du capitalisme avec un pays dont le modèle n’est pas inintéressant ? Se faisant, nous pourrions agir indirectement et plus efficacement en faveur des droits de l’homme…

29/08/2010

Les Roms, symbole politique

Quelque chose a changé depuis que Nicolas Sarkozy a mis en cause la communauté rom, avant de continuer à faire procéder à des expulsions de membres de cette communauté en situation irrégulière : les réactions des uns et des autres sont de plus en plus exagérées.

Des polémiques totalement démesurées

Le président de la République a encore réussi un joli coup. Certes, il a sans doute outrepassé ce qui devait être dit en stigmatisant l’ensemble de la communauté dans un premier temps. En revanche, comme le souligne Laurent de Boissieu sur son blog, les expulsions sont à la fois légitimes et normales. Mais elles ont déclenché une polémique gigantesque où toutes les bonnes âmes se sont précipitées pour prendre la défense de la communauté, n’hésitant pas à recourir à des comparaisons totalement ridicules avec la rafle des juifs.

Outre une bonne partie de l’opposition de gauche, une partie de l’Eglise, la Commission Européenne et les Nations Unies ont exprimé leur remontrance vis-à-vis du gouvernement Français. Libération, pourtant jamais avare de critiques à l’égard du Pape, n’a pas hésité à s’abriter derrière la sentence papale pour dénoncer le gouvernement. Enfin, d’une manière totalement abusive, Alain Minc a pris la défense du gouvernement en soulignant qu’un pape Allemand ne pouvait pas donner de leçons au gouvernement sur les Roms du fait de leur traitement par les nazis.

Le jeu dangereux du gouvernement

A première vue, le gouvernement semble avoir raison. Jusqu’à 65% des Français (et j’en fais partie) approuvent les expulsions. A tous ceux qui évoquent les enfants renvoyés dans leur pays d’origine des trémolos dans la voix, il faut rappeler que la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde, surtout aujourd’hui. Certains suggèrent aux beaux penseurs de recueillir quelques Roms chez eux pour être cohérents. Il est tout de même normal de pouvoir expulser les étrangers en situation irrégulière. D’ailleurs, plus de dix mille Roms ont été expulsés depuis le 1er janvier.

Mais le gouvernement n’est pas à l’abri de tout reproche. Comme l’ont souligné Nicolas Dupont-Aignan et Eric Zemmour, l’afflux de cette population est la conséquence directe de décisions prises par l’UMP comme le PS, à savoir les traités autorisant la libre-circulation des personnes dans l’Union Européenne associés à l’adhésion de la Roumanie et la Bulgarie à cette même Union. Bref, comme d’habitude, le gouvernement s’agite devant les caméras sans réellement apporter de solutions durables au problème. Car les Roms renvoyés pourront rapidement revenir à loisir.

Entre un gouvernement utilisant les expulsions pour montrer qu’il agit alors qu’il laisse faire et une opposition qui hurle au loup en semblant ignorer qu’il est naturellement impossible de ne pas mettre un frein à l’arrivée des Roms dans notre pays, cette polémique montre le besoin de sortir du duopole UMPS.

12/03/2010

Le protectionnisme expliqué par Eric Zemmour

C’est une idée surprenante mais rafraîchissante que RTL a eu d’embaucher Eric Zemmour pour faire une chronique matinale à 7h15. En effet, la première radio de France donne la parole à un journaliste qui a l’habitude de pourfendre le politiquement correct.

Le libre-échange expliqué aux enfants

Après une chronique très intéressante sur l’euro, il a signé hier une chronique sur le protectionnisme des Etats-Unis dans l’affaire du marché des avions-cargos auquel Airbus a renoncé. Cette intervention était d’une limpidité dont tous les partisans d’une autre politique (moi le premier) pourraient s’inspirer. En effet, le chroniqueur impertinent a réussi à présenter la réalité du commerce international depuis deux siècles d’une manière extrêmement pédagogique et clair.

Il a commencé par rappeler que le libre-échange a toujours été défendu par les grandes nations exportatrices, la Grande-Bretagne au 19ème siècle, les Etats-Unis après 1945 et aujourd’hui, la Chine et l’Allemagne, les deux premiers exportateurs mondiaux (et ceux qui ont les excédents les plus importants). Ce premier rappel a déjà l’immense intérêt de montrer un biais majeur du débat. Ce sont ceux qui tirent le plus parti de la libéralisation du commerce qui la défendent…

Un dogmatisme européen imbécile

Le chroniqueur d’RTL a eu également l’intelligence de prendre l’exemple de l’appel d’offre des Etats-Unis pour le renouvellement des ses avions-cargos pour montrer qu’outre-Atlantique, l’attitude est à mille lieues du dogmatisme libre-échangiste de Bruxelles. Alors que la Commission Européenne rappelle à l’ordre le gouvernement Français quand celui-ci demande à Renault de ne pas délocaliser la production de la Clio en Turquie, les Etats-Unis favorisent ouvertement Boeing.

En effet, le gouvernement étasunien mène un appel d’offre interminable pour le remplacement de ses avions ravitailleurs. La première manche a été gagnée par Boeing, mais le Congrès a fait annuler cette décision pour conflit d’intérêt. Airbus a gagné la deuxième manche en promettant de construire l’usine d’assemblage sur place mais les élus ont fait en sorte de casser cette décision. L’avionneur européen vient de renoncer au 3ème appel d’offre tant celui-ci est taillé sur mesure pour son concurrent.

Bref, il n’y a que l’Europe pour appliquer un libre-échange sans nuance, sans le moindre souci des intérêts nationaux ou des emplois, qui sont de plus en plus délocalisés. Nous sommes bien les seuls à pratiquer une telle politique ! La Chine a eu recours à un protectionnisme radical pour construire son industrie automobile, n’hésitant pas à imposer des droits de douane de 100%. Et l’Allemagne utilise les normes pour favoriser ses industriels au détriment des concurrents.

Merci Eric Zemmour de cette leçon de bon sens qui montre à quel point l’Europe est le seul continent à pratiquer un libre-échange dogmatique qui vire à une anarchie économique destructrice d’emplois alors que tous les autres ont le bon sens de défendre leurs intérêts.