08.09.2010

Un gouvernement aux abois

Après avoir complètement raté sa rentrée du fait de la cacophonie au sein du gouvernement et de la majorité, Nicolas Sarkozy semble devoir jouer le tout pour le tout avec sa réforme des retraites et l’affaire Woerth. Que peut-il faire pour redresser la barre ?

Faut-il sauver le soldat Woerth ?

Le cas d’Eric Woerth s’est singulièrement compliqué avec son mensonge sur les liens qu’il entretenait avec Patrice de Maistre. Même si l’on peut admettre qu’un député signe sans doute beaucoup de courrier et qu’il pouvait ne pas forcément se souvenir de celle qu’il avait adressée pour soutenir la candidature du gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt à la légion d’honneur, il lui revenait de bien étudier ses archives avant d’affirmer qu’il ne l’avait pas soutenu. Cela lui aurait fait l’économie d’un mensonge qui met légitimement sa parole en question sur l’ensemble du dossier.

La majorité se met toute seule dans des positions impossibles, comme l’illustre bien le remplacement d’Eric Woerth comme trésorier de l’UMP par Dominique Dord. Même si le fait que ce dernier ait travaillé deux ans chez L’Oréal il y a fort longtemps, n’est sans doute qu’un détail insignifiant et ne porte pas à mal, il est plus que maladroit de retenir un candidat qui présente une telle ligne dans son CV dans le contexte actuel, d’autant plus que sa belle-mère habite dans le même immeuble que… Patrice de Maistre. Quelques soient ses qualités, une telle nomination est incompréhensible.

En laissant Eric Woerth en première ligne du dossier des retraites, Nicolas Sarkozy semble ne pas vouloir désavouer son ministre et celui qui fut son trésorier. Il faut dire qu’il est sans doute trop tard pour céder à la pression médiatique. Soit il fallait agir vite pour stopper la polémique, soit il faut tenir pour ne pas se déjuger. Mais s’il venait à le chasser du gouvernement lors du remaniement, il n’y gagnerait sans doute pas grand-chose tout en semblant admettre une grave erreur.

De l’eau dans le vin de la réforme des retraites ?

Le scénario à venir semble écrit d’avance, comme lors de la réforme des régimes spéciaux : le gouvernement va faire des concessions importantes sur des détails trop techniques ou complexes pour que l’opinion en ait pleinement conscience tout en conservant le principe du passage à 62 ans, qu’il ne peut pas abandonner sous peine de perdre toute crédibilité. En effet, s’il avait obtenu l’alignement des durées de cotisation, c’est en compensant largement par des hausses de salaire sur les deux dernières années, le tout en conservant un calcul de la pension sur les six meilleurs mois…

Bref, Nicolas Sarkozy n’est pas le grand réformateur qu’il prétend être. Sa réforme n’est guère radicale puisqu’elle ne doit restaurer l’équilibre qu’en 2018 et reposera sur une contribution publique complémentaire alors que la réforme de 2003 devait régler les problèmes jusqu’en 2020 (avant que la crise ne bouleverse les échéances). Même le passage de 37,5 à 40 ans de cotisations de la réforme Balladur est en un sens plus radical que ce que propose aujourd’hui le gouvernement. En outre, les choix faits (privilégier l’âge de départ à la durée de cotisation) posent un problème de justice.

Il est fort probable que Nicolas Sarkozy obtiendra le passage à 62 ans du départ à la retraite mais il cèdera sans doute pas mal sur d’autres questions importantes pour un syndicat pour obtenir son accord et quelque soit l’équilibre ou même la justice de la réforme, elle passera.

13.07.2010

Nicolas Sarkozy en roue libre

Hier, sous la pression des évènements, le président de la République est intervenu sur France 2, interviewé par David Pujadas. Il a pu s’expliquer sur l’affaire Woerth-Bettencourt et dresser l’agenda du gouvernement pour les mois à venir.

Un non évènement

A priori, cette intervention devrait être un évènement. Nicolas Sarkozy ne s’est pas adressé de la sorte aux Français depuis six mois. Il a suivi un vrai régime médiatique depuis quelques semaines, se faisant beaucoup plus économe de sa personne sur les écrans. Et la pression médiatique au sujet de l’affaire Bettencourt créait une attente particulière à l’égard de cette émission. Pourtant, il est probable que cette émission n’ait pas changé grand-chose pour les Français.

A cela plusieurs raisons. Tout d’abord, Nicolas Sarkozy a trop parlé, est trop intervenu depuis le début de son mandat, ce qui rend la parole présidentielle moins forte, contrairement à son prédécesseur, moins intéressé par les lumières des médias. Ensuite, le timing de cette intervention n’était sans doute pas idéal. Nicolas Sarkozy intervient à la fin de la polémique, la veille du 14 juillet, un peu après la bataille, ce qui limite l’intérêt de son intervention, extrêmement balisée.

Le disque rayé du président

A force d’avoir trop parlé, il a réduit la portée de sa parole. Mais ce n’est pas tout. Nicolas Sarkozy présente également la particularité d’avoir un discours extrêmement stéréotypé et répétitif. Cette intelligence communicative est une vraie force dans la mesure où cela lui donne une grande cohérence et permet de faire passer des messages consistants (dénonciation des 35 heures, réduction du nombre de fonctionnaires…), mais cela peut aussi avoir des limites.

En effet, la répétition de la langue de bois n’a pas de vertu pédagogique, elle éloigne tous les jours un peu plus le président des Français. C’est le cas avec l’inutile refus de parler de « rigueur » au prétexte que les impôts n’augmenteraient pas et les salaires ne baisseraient pas (deux arguments contestables). En outre, le discours du président aurait besoin d’être aéré par de nouveaux éléments car seule la prévisible défense d’Eric Woerth apportait vraiment de la nouveauté.

La future démission d’Eric Woerth de son poste de trésorier de l’UMP est positive, quoique tardive. Pour le reste, si l’intervention de Nicolas Sarkozy a le mérite de la cohérence, elle a montré un président arcbouté sur ses axes de communication, incapable de trouver un second souffle.

11.07.2010

Les soupçons de l’affaire Woerth

La ligne de défense offensive du gouvernement a permis de dresser un rideau de fumée et déplacer le débat sur le complot dont le ministre porteur de la réforme des retraites serait la victime. Mais, jour après jour, les révélations alourdissent un dossier qui devient de plus en plus corsé.

Le soupçon de financement illégal

Jusqu’à présent, j’ai adopté un ton relativement clément à l’égard du ministre et du président car il faut respecter la présomption d’innocence. Néanmoins, face à un gouvernement qui claironne que l’affaire est finie du simple fait des polémiques sur les déclarations de l’ancienne comptable de Liliane Bettencourt et qui fait un procès en fascisme au site Médiapart d’Edwy Plenel, il est sans doute utile de revenir sur les graves soupçons qui pèsent sur l’équipe actuelle au pouvoir.

Le premier soupçon est le financement illégal de campagne électorale. Si deux témoignages remettent partiellement en cause les dires de Claire Thibout, une ancienne secrétaire de Monsieur Bettencourt confirme ses révélations. En outre, une révélation de Marianne montre que 188 000 euros auraient été retiré en liquide sur les quatre premiers mois de 2007, contre seulement 50 000 un an auparavant, potentiellement pour financer la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy.

Le soupçon de contrepartie fiscale

L’autre soupçon qui apparaît est celui d’un traitement fiscal de faveur à l’égard de la riche donatrice de l’UMP. En effet, Marianne a fait une analyse des déclarations fiscales de Liliane Bettencourt. Plusieurs éléments apparaissent troublants. Par-delà les 400 millions qui auraient été versés au fisc depuis dix ans, l’hebdomadaire révèle qu’alors qu’elle devrait toucher 250 millions de dividendes de L’Oréal, ce ne sont sans doute que 28 millions qui figurent sur sa déclaration fiscale.

En outre, la femme la plus riche de France a admis certaines évasions fiscales, avec l’oubli d’une île aux Seychelles et de comptes en Suisse. Pourtant, le fisc ne semble pas s’intéresser à cette contribuable hors du commun, qui a bénéficié d’un chèque de 30 millions d’euros au titre du bouclier fiscal. C’est là que la position d’Eric Woerth, trésorier de l’UMP, ministre du budget avec sa femme comme conseillère fiscale de Madame Bettencourt devient particulièrement malsaine.

Un détournement du débat

Bien sûr, il n’y a pour l’instant aucune preuve de malversations mais suffisamment de faits et de déclarations pour justifier l’ouverture d’une enquête. Il est piquant de constater que la procédure choisie permet au juge Courroye de conserver la main sur le dossier, sachant ses liens avec le président et l’affaire de l’appartement de Neuilly, qu’il a enterrée. Pendant ce temps, l’UMP monte au créneau dénonçant les méthodes fascistes de la presse en général et du site Médiapart en particulier.

Pourtant, aujourd’hui, la presse se contente majoritairement de raconter les faits, à quelques demandes intempestives de dissolution ou démission prêt. Au mieux, c’est l’UMP qui s’est mise dans un tel pétrin en autorisant un tel cumul de fonctions qui entraîne un gros conflit d’intérêt. Les accusations contre Edwy Plenel sont d’autant plus abusives que l’ancien directeur adjoint du Monde a joué un grand rôle dans les années 90 dans la révélation de scandales mettant en cause le PS, qui se fait discret.

Voilà une partie des faits. Les accusations sont graves. Il n’existe pas pour l’instant de preuves de malversations. A ce titre, il convient de respecter la présomption d’innocence. Grosso modo, la presse le fait bien. Quand Eric Woerth vat-il enfin quitter la trésorerie de l’UMP ?

09.07.2010

Affaire Woerth : la défense intenable du gouvernement

Bien sûr, il n’y a aucune preuve formelle de culpabilité du ministre du travail - trésorier de l’UMP et il faut respecter la présomption d’innocence. Mais le moins que l’on puisse dire est que Nicolas Sarkozy et sa majorité ont une défense extrêmement maladroite.

La meilleure défense n’est pas forcément l’attaque

Il faut croire que l’adage célèbre préside la ligne de défense du gouvernement. Aucune remise en question du cumul pourtant anormal d’Eric Woerth et attaque tous azimuts contre les journalistes et l’opposition, accusée de pratiques fascistes, de faire le jeu de l’extrême droite ou renvoyée à leurs propres affaires. Bref, plutôt que de répondre sur le fond du dossier, la majorité a souvent recours à des attaques massives et souvent outrancières contre leurs détracteurs.

Pourtant, une autre ligne aurait sans doute permis de calmer la polémique. Eric Woerth aurait du démissionner depuis longtemps de sa responsabilité de trésorier de l’UMP. Cela ne revenait pas forcément à admettre des dérapages, mais l’UMP aurait pu expliquer que ce cumul créait un trouble et qu’il était plus prudent d’y renoncer. De même, Nicolas Sarkozy, que l’on a connu plus réactif, tarde à intervenir pour parler aux Français, laissant pour l’instant son ministre en première ligne.

Hier, à l’occasion du nouveau témoignage de l’ancienne comptable de Liliane Bettencourt, nous avons eu droit à un nouveau festival de la majorité, totalement déchaînée contre le site d’Edwy Plenel, accusé de fascisme, Eric Raoult évoquant Cuba et Nadine Morano une opération commerciale. La tactique est relativement habile, la force des mots employés leur permettant d’occuper en partie les unes des journaux à la place des faits. Mais on nous avait fait le coup pour Jean Sarkozy…

L’échec du sarkozysme

Par delà les soupçons légitimes sur ces affaires, il est impressionnant de voir à quel point ces affaires font du mal au président, en chute libre dans les sondages et désormais à seulement 26% de cote de confiance selon le Figaro Magazine. Plusieurs choses expliquent cela. Tout d’abord, cela présente les liens que le président a toujours affichés avec les puissances de l’argent (Fouquet’s, yacht Bolloré, paquet fiscal) sous un nouveau jour guère reluisant.

Mais cela pose également de la communication sarkozyste. Après avoir multiplié les annonces pour faire l’actualité, au bout de trois ans, le gouvernement se trouve un peu dépourvu aujourd’hui, à part le débat sur les retraites, qui dure depuis plusieurs semaines et celui sur la burqa, qui s’est inutilement étalé sur un an. Il est assez logique finalement que les médias se focalisent sur les affaires : le gouvernement n’a rien de nouveau à dire depuis quelques temps…

Du coup, Nicolas Sarkozy se drape dans une distance toute chiraquienne et refuse d’intervenir. Mais cela ressemble à de l’évitement, si ce n’est à un manque de courage… Le Sarkozy que certains ont apprécié aurait au moins affronté le problème au lieu de se terrer comme il le fait aujourd’hui. En revanche, malgré tout, tant qu’il n’y a pas de preuves, je persiste à croire qu’il n’y a pas lieu de demander sa démission ni même une dissolution.

On ne peut que constater la gestion désastreuse de cette affaire par la majorité dont l’agressivité n’arrange rien. Je vous invite à écouter Nicolas Dupont-Aignan, dont la position est très juste entre dénonciation des conflits d’intérêt et demande de démission du poste de trésorier de l’UMP.

05.07.2010

Deux démissions tardives, insuffisantes, mais bienvenues

Coup de théâtre hier en fin d’après-midi : Alain Joyandet et Christian Blanc annoncent leur démission du gouvernement, selon la volonté de Nicolas Sarkozy et François Fillon. Un moyen de remettre les compteurs à zéro à l’orée des grandes vacances ?

Pourquoi eux ?

C’est la question que tout le monde se pose, à un moment où la pression se fait de plus en plus forte sur Eric Woerth et sachant que d’autres ministres sont dans l’œil du cyclone, Christian Estrosi ou Rama Yade par exemple. Certains hommes politiques ne se sont pas privés pour demander d’autres têtes, quand ce n’est pas carrément celle de l’ensemble du gouvernement ! Il s’agit ici d’inutiles polémiques. Pourquoi l’ensemble du gouvernement devrait-il démissionner ?

En outre, il y a tout de même un sens à ce que les deux premiers à partir soient ces deux-là. En effet, dans les deux cas, il y a des soupçons d’utilisation de l’Etat à des fins privés (les cigares pour Christian Blanc et le permis de construire pour Alain Joyandet). Il est donc assez logique que ceux-ci soient les premiers éliminés du gouvernement, même si l’on peut tout de même se poser la question des ministres qui avaient prêté leur logement de fonction à des membres de leur famille.

Une réponse insuffisante

La démission d’Eric Woerth apparaît comme prématurée pour l’instant car, s’il s’est mis (avec l’accord de Nicolas Sarkozy) dans des situations où l’on peut soupçonner de forts conflits d’intérêts, et si sa défense flotte, il n’y a pas de procédure de justice à son encontre. Cependant, nous pourrions au moins attendre du ministre qu’il démissionne de ses fonctions de trésorier de l’UMP, que le gouvernement et lui admettent qu’un tel cumul n’est pas sain, et qu’ils s’excusent de l’avoir accepté.

En refusant de revenir sur ce péché fondateur, le soupçon est légitimement maintenu. Il est tout de même totalement anormal que celui qui empoche les chèques des gros donateurs de l’UMP (et de sa petite association) soit celui qui ait le fisc, qui les contrôle, sous ses ordres. Il est normal que ce mélange des genres éveille tous les soupçons et les fantasmes (en espérant que ce ne soit pas plus…).

Et le fait que sa femme soit la conseiller fiscale d’une grande donatrice de l’UMP qui pratique l’évasion fiscale sans être inquiétée par l’administration était une très mauvaise idée, pour ne pas dire plus, surtout quand il y a des soupçons indiquant que son mari serait intervenu pour la faire embaucher. D’ailleurs, pour le coup, assez logiquement, Florence Woerth a démissionné de son poste.

La décision prise par Nicolas Sarkozy est la bonne. Elle vient tardivement et devra sans doute être complétée par d’autres départs à l’automne. Mais la principale décision qui devrait être prise serait qu’Eric Woerth cesse d’être le trésorier de l’UMP.

04.07.2010

Le grand n’importe quoi de Nicolas Sarkozy

Au plus bas dans les sondages, alors que les polémiques se multiplient sur le gouvernement, le président de la République ne semble pas comment faire pour réagir, ce qui s’est senti lors de sa rencontre avec les députés de la majorité cette semaine.

Déni de réalité

C’est le Figaro qui conte cette réunion de mercredi à l’Elysée. Cet article a le don de montrer à quel point Nicolas Sarkozy détourne le débat plutôt que de répondre aux questions qui dérangent. La polémique sur la fraude fiscale supposée de Liliane Bettencourt ? Il souligne qu’elle n’est pas partie en Suisse et qu’il ne veut pas « qu’elle foute le camp en Suisse ». Est-ce à dire qu’il faut être tolérant vis-à-vis des petites fraudes fiscales des contribuables aisés qui restent en France ?

Sur les polémiques actuelles, il simplifie à l’extrême le débat en affirmant que « si Eric Woerth ne portait pas cette réforme, il n’y aurait rien à lui reprocher », ce qui est totalement malhonnête. Entre le mélange des genres douteux d’un trésorier de parti ministre du budget et sa ligne de défense mouvante, au mieux, il s’est mis dans une position dans laquelle il n’aurait pas du se mettre. Nicolas Sarkozy a également répliqué en évoquant les affaires de financement du RPR.

Il a aussi affirmé que « quand Pierre Bergé achète le Monde, on dit que c’est la démocratie. Quand Madame Bettencourt donne 7500 euros à l’UMP, on crie au scandale. Elle a le droit, non ? ». Il est désolant de voir tant de mauvaise foi et de manque de rigueur dans la présentation des faits. Ce n’est pas la contribution de Madame Bettencourt qui est en cause, c’est le fait qu’elle verse son chèque à la même personne qui supervise le fisc, alors que son cas ne semble pas très clair…

« Le supplice chinois »

Mais outre ces dérapages verbaux, l’une des choses les plus curieuses reste l’annonce quasi-officielle d’un remaniement gouvernemental à l’automne, avec même le nom des ministres qui devraient le quitter ! Il a ainsi affirmé que « certains comportements ministériels ne m'ont pas plu. J'en tirerai les conséquences sévèrement au moment qu'on aura choisi avec le premier ministre», évoquant « avions, cigares, critiques de la nature des hôtels », dans des allusions transparentes.

Bref, Christian Blanc, Rama Yade et Alain Joyandet semblent d’ors et déjà destinés à quitter le gouvernement. David Douillet est un candidat naturel pour remplacer la secrétaire d’Etat aux sports. La menace est d’autant plus forte que Claude Guéant a évoqué hier dans le Figaro Magazine un gouvernement resserré, parlant même de seulement quinze ministres et cinq secrétaires d’Etat. Même s’il est peu probable qu’ils aillent aussi loin, il devrait y avoir beaucoup de départs.

Mais la question que l’on peut se poser, c’est l’intérêt d’annoncer autant à l’avance de tels mouvements. Quelle va être la crédibilité et le poids de ces ministres et secrétaires d’Etat que l’on dit sur le départ. N’aurait-il pas été plus simple et plus efficace de réagir dès le mois de juin en sanctionnant les abus pour repartir avec une équipe plus solide pour la rentrée ? Dominique de Villepin a bien raison de parler d’un « supplice chinois » pour ce procédé.

Bref, Nicolas Sarkozy semble perdre pied. Il perd pied avec la réalité de la vie des Français, semble incapable de tenir un discours cohérent et crédible et accumule les erreurs de jugement. Le verdict des Français sera dur, très dur pour lui en 2012.

02.07.2010

La défense intenable du gouvernement dans l’affaire Woerth

Nicolas Sarkozy est aujourd’hui empêtré dans une série d’affaires qui minent sa crédibilité et pousse sa popularité au plus bas. Pire, dans la plus importante de ces affaires, plus le temps passe,  plus la ligne de défense du ministre et du gouvernement perd en crédibilité.

Des faits toujours plus troublants

Il faut être clair, jamais le trésorier d’un parti ne devrait être ministre du budget et avoir sous sa houlette le fisc. Le mélange des genres est profondément malsain et c’est la responsabilité d’Eric Woerth et de Nicolas Sarkozy de s’être mis dans une position où les conflits d’intérêt sont patents et où il est logique de se demander si les intérêts du trésorier de l’UMP ne risquent pas d’empiéter sur les actions du ministre. Le gouvernement a commis une lourde faute en autorisant un tel cumul.

David Doucet, dans un nouvel article sur le blog Reversus souligne également l’ambigüité du rôle du juge Courroye, protagoniste de l’affaire de l’appartement de Neuilly acheté par Nicolas Sarkozy. Le Canard Enchaîné de cette semaine fait de nouvelles révélations embarrassantes pour le ministre, rappelant ses liens avec Jean-François Mancel et Yvonne Casetta, plusieurs fois mis en cause dans les affaires du financement du RPR. Bref, de sérieux doutes peuvent être émis.

Une ligne de défense malhonnête

La ligne de défense du président et du gouvernement semble aberrante. Pensant que la meilleure défense est l’attaque, ils tirent tous azimuts, affirmant que l’opposition cherche seulement à faire dérayer la réforme des retraites, corrigeant vivement Alain Juppé et sa condamnation ou Ségolène Royal et ses démêlés avec un ancien salarié, rappelant même que Liliane Bettancourt vit toujours en France et n’est pas partie en Suisse. Bref, tous les arguments sont bons pour détourner le débat !

Mais il est difficile de ne pas voir qu’il s’agit simplement d’un rideau de fumée destiné à « protéger » le ministre. Il serait sans doute beaucoup plus compréhensible pour les Français de dire qu’il n’était sans doute pas une bonne idée qu’Eric Woerth cumule de telles fonctions. Une démission de son poste de trésorier aurait sans doute permis de réduire la pression. Mais Nicolas Sarkozy ne veut pas paraître se déjuger. Il refuse par conséquent toute remise en cause…

La révélation ce matin du chèque fait à Liliane Bettencourt au titre du bouclier fiscal, dont Eric Woerth aurait dû être au courant fragilise encore la position du ministre. Décidemment, la république de Nicolas Sarkozy n’est pas irréprochable. Elle est malsaine.

28.06.2010

L’affaire Woerth-Bettencourt est-elle une affaire d’Etat ?

Malgré le soutien affiché de Nicolas Sarkozy et François Fillon, la pression monte sur le ministre du travail Eric Woerth. De multiples révélations le mettent en difficulté dans une affaire où il est bien difficile de voir s’il a seulement fait preuve de légèreté ou plus…

Des faits troublants

Le problème pour le ministre est que le simple rappel des faits est extrêmement gênant, même sans tenir compte des « révélations » des enregistrements pirates des conversations entre Liliane Bettancourt et Patrice de Maistre. En effet, comme le souligne Le Monde, il est troublant que ce dernier ait reçu la légion d’honneur des mains même du ministre très peu de temps après avoir embauché Florence Woerth. Cela créé un doute légitime sur les dénégations du ministre.

En outre, comment ne pas se poser des questions sur l’enchevêtrement de responsabilités de la famille Woerth dont certaines pouvaient apparaître comme difficilement compatible. Déjà, est-il réellement souhaitable que le trésorier d’un parti, qui supervise notamment la gestion des gros donateurs, soit également ministre du budget et donc en charge du fisc ? Si cela n’a pas ému l’UMP et Nicolas Sarkozy, il est difficile de ne pas voir le conflit d’intérêt potentiel.

Et ce dernier devient patent avec Liliane Bettancourt, grande donatrice de l’UMP, semblant pratiquer l’évasion fiscale (puisqu’elle dit vouloir régulariser des comptes en Suisse). En effet, Eric Woerth pouvait avoir à la fois affaire à elle en tant que trésorier du parti majoritaire, mais aussi comme ministre du budget qui disait pourfendre l’évasion fiscale. Et sa femme faisait partie de ses conseillers fiscaux… Les époux Woerth se sont mis eux-mêmes dans une position intenable.

Eric Woerth doit-il démissionner ?

C’est difficile de le savoir. C’est pour cela que j’apprécie le papier de Nicolas Dupont-Aignan, qui, s’il souligne toutes les contradictions du ministre ainsi que l’aspect choquant de cette affaire, garde une certaine modération. De même, David Doucet, du blog Reversus, a signé un papier détaillé et documenté sur le sujet, qui, s’il souligne également les zones d’ombre de ce dossier, n’en oublie pas de signaler que rien de sûr ne peut être affirmé à date, même si une enquête apparaît nécessaire.

D’une part, on peut se dire que le ministre a fait preuve de négligence en acceptant des rôles où les risques de conflits d’intérêt étaient évidents. De l’autre, on peut se dire qu’Eric Woerth est une personne honnête et droite qui a maladroitement accepté ce cumul parce que son honnêteté lui permettait de bien séparer les différentes activités qu’il menait. A date, il n’y a pas de preuves de comportements répréhensibles du ministre, uniquement un cumul de fonction très douteux.

Mais il y a tout de même un problème dans le sens qu’Eric Woerth et Nicolas Sarkozy aurait du se rendre compte que les multiples casquettes du ministre étaient difficilement compatibles pour être irréprochables. Qui plus est, sa ligne de défense est souvent maladroite (« est-ce que j’ai une tête à cacher une fraude fiscale ? ») et on aurait pu souhaiter de sa part des regrets, voir des excuses pour avoir cumulé des fonctions qui incitent légitimement à des doutes, si ce n’est plus…

Aujourd’hui, il ne me semble pas que les éléments soient réunis pour demande la démission du ministre, mais faute est de constater que la multiplication des casquettes était, au mieux, extrêmement maladroite. Un peu de prudence et de sens de l’Etat auraient permis d’éviter cela.

25.06.2010

Avis de tempête pour Nicolas Sarkozy

Ce n’est qu’un avis pour l’instant car nous sommes fin juin et les grandes vacances approchent. Mais entre la hausse du chômage, la mobilisation contre la réforme des retraites et les multiples polémiques sur les membres du gouvernement, la rentrée s’annonce difficile.

Une rentrée sociale délicate

Tous les voyants sont au rouge pour l’équipe au pouvoir. Le chômage poursuit inexorablement sa hausse et pourrait bien franchir le cap des quatre millions en métropole (en incluant les personnes ayant eu une activité réduite). 3,92 millions de Français sont ainsi en recherche d’emploi (2,7 millions en catégorie A). Alors que l’inflation et les hausses de salaire demeurent très faibles, le prix du gaz va encore augmenter soit une hausse de près de 15% en trois mois !

Hier, la manifestation contre la réforme des retraites a connu une mobilisation « assez forte » selon les mots du ministre du Travail, Eric Woerth : 800 000 personnes selon la police, 2 millions selon les organisateurs. On peut considérer qu’à la veille des vacances, en pleine coupe du monde de football, il s’agit d’un succès, même s’il est vrai qu’il restera isolé. Néanmoins, cela devrait motiver les syndicats pour des actions d’ampleur à la rentrée, moment plus propice.

Il y a clairement un sentiment d’injustice parmi la population. Il faut dire que la réforme en cours pénalise beaucoup plus les personnes qui ont commencé à travailler tôt, qui devront travailler deux ans de plus alors que ceux qui ont poussé leurs études au moins jusqu’à 21 ans ne devront travailler que six mois de plus. Il est probable que le gouvernement lâchera du lest pour éviter un blocage, comme l’a suggéré le ministre sur la pénibilité, dont le rapprochement avec une incapacité de 20% a choqué.

République irréprochable ou république des copains ?

Le sentiment d’injustice est profondément renforcé par les innombrables affaires qui sont révélées sur l’équipe au pouvoir. Nicolas Sarkozy avait fait campagne sur la « République irréprochable ». Il laisse aujourd’hui l’impression que c’est tout le contraire. Bien sûr, le gouvernement allume habillement des contre-feux avec par exemple la suppression de la garden party de l’Elysée et il pourrait annoncer une réduction du budget des ministères la semaine prochaine.

Mais cela demeure des mesurettes par rapport au sentiment profond qui s’installe dans la population. Il faut dire que le problème est ancien et date du démarrage du quinquennat avec l’escapade sur le bateau de Vincent Bolloré, le feuilleton sur la vie sentimentale du président, la hausse de son salaire, les nominations polémiques (Henri Proglio, Radio France, Jean Sarkozy à l’EPAD…). Mais ce sentiment a encore été renforcé par les innombrables polémiques des derniers jours.

Il y a eu la critique de Rama Yade sur le coût de l’hôtel des bleus alors qu’elle avait réservé un hôtel encore plus cher, puis la polémique sur le cumul de rémunération de Christine Boutin pour sa mission sur la mondialisation. Puis, tout s’est accéléré avec la polémique sur les douze mille euros de cigare de Christian Blanc, l’utilisation de jets privés inconsidéré de certains ministres, le permis de construire d’Alain Joyandet et la polémique sur Eric Woerth (lire le très bon papier de Reversus).

Bref, entre un gouvernement dont le comportement se rapproche parfois plus d’une république bananière que d’une « République irréprochable » et un climat social tendu par le chômage, les hausses de prix et la réforme des retraites, la rentrée sera chaude pour Nicolas Sarkozy.