01/10/2011

Le Bundestag prolonge la vie de l’euro

C’était prévisible : le parlement Allemand a très largement voté en faveur des modifications des dispositions du FESF décidées au printemps dernier, malgré l’augmentation substantielle de la caution allemande. Une décision qui va prolonger la vie de la monnaie unique.

Hypocrisies européennes

Le Figaro d’hier titrait « Le feu vert de l’Allemagne pour sauver la Grèce » : voici une présentation des faits audacieuse. Comme beaucoup d’économistes et votre serviteur le répètent depuis longtemps, ce n’est pas la Grèce qui est sauvée mais beaucoup plus ses créanciers. Il est tout de même culotté d’appeler « sauvetage de la Grèce » une politique qui va faire entrer le pays dans sa 4ème année de récession, provoquant une saignée sociale et une baisse de 15% de son PIB.

Ensuite, si on ne peut dénier le fait de parler de l’Allemagne quand on évoque le vote du Parlement, il faut nuancer. Certes, plus de 520 députés ont voté pour (et seulement 80 contre), avec le soutien des socio-démocrates et des verts. Néanmoins, comme le souligne les Echos, la proportion est inversée au sein de la population puisque 75% des Allemands s’opposaient à ces modifications et 19% les soutenaient, 80% s’opposant même à toute aide à destination de la Grèce.

Mais cet épisode aura au moins permis de révéler au grand public les mécanismes du FESF, que j’avais en partie déflorés cet été. En effet, pour prêter 440 milliards, le Fonds dispose d’une garantie des Etats de 780 milliards (60 milliards de versement, le reste en garantie). Les Etats ont donc été contraints d’avaler une augmentation de leur caution, qui est passée de 120 à 165% au printemps dernier. L’Allemagne voit donc sa garantie passer à plus de 200 milliards d’euros…

L’impasse européenne se prolonge

En fait, cet épisode révèle deux choses. Tout d’abord, l’Allemagne n’est pas prête à prendre la décision qui provoquera la mort de la monnaie unique. Il faudra soit le départ volontaire de la Grèce (suivant le modèle de l’Argentine) lassée par la potion amère qu’on lui demande d’avaler, soit la décision unilatérale d’un autre pays (Espagne, Italie ou France). En effet, il est tout de même difficile d’être celui qui sifflera la fin de cette expérimentation hasardeuse qu’est la monnaie unique.

En revanche, comme le montrent le récent arrêt de la cour de Karlsruhe et le refus déterminé de Berlin d’émettre des euro obligations ou d’augmenter les moyens du FESF, l’Allemagne met une limite à sa contribution financière au système. Après tout, 200 milliards, 8% du PIB (dont on ne sait pas s’ils seront perdus) peut paraître un prix raisonnable pour bénéficier d’une large zone avec laquelle le pays encaisse plus de 100 milliards d’excédents… tous les ans.

Bref, aujourd’hui, le coût de maintien de la zone euro est raisonnable par rapport à ses bénéfices. Ce serait une autre histoire s’il fallait aider l’Espagne et l’Italie, ce qui a imposé à la BCE de racheter les dettes souveraines de ces pays cet été en absence d’autre solution. Bref, si la spéculation reprend sur la dette de ces pays (ce qu’elle fait sur l’Italie), l’Europe sera de nouveau dans une impasse, qui ne pourra être temporairement résolue que par l’action de la BCE sur les marchés.

Mais cela ne peut pas durer : la BCE ne va pas racheter toute la dette italienne et espagnole. Et surtout, le vieux continent a besoin de croissance et plus encore de politiques monétaires adaptées à des réalités nationales trop disparates, et donc d’un retour aux monnaies nationales.

26/09/2011

Démonter les éléments de langage des euro béats

La crise actuelle de la zone euro est l’occasion d’une guerre sémantique féroce entre les euro béats et les alter européens (notez le choix des qualificatifs, plus flatteur qu’un duel entre européens et eurosceptiques). Petit dictionnaire des expressions à relativiser.

« L’euro nous a protégé » : tous les partisans de la monnaie unique affirment qu’elle nous aurait protégé dans la crise. Il faut dire qu’en cas de difficulté, on se dit instinctivement qu’il vaut mieux être plusieurs que seul. Pourtant, la réalité démonte ce mythe. D’abord, la crise a été aussi forte dans la zone euro qu’aux Etats-Unis alors qu’elle venait d’outre-Atlantique. Si nous avions été protégés, la récession aurait été moins forte. En outre, les pays hors de la zone euro s’en sont plutôt mieux tirés.

« L’euro fort » : l’adjectif « fort » est habile car il donne une connotation positive à la cherté de l’euro, qui n’est que le prolongement de la politique de franc fort menée par Jean-Claude Trichet il y a vingt ans. Pourtant, une monnaie chère est une calamité pour nos exportateurs qui se font tailler des croupières par les pays à monnaie bon marché. Systématiquement remplacer par « euro cher ».

« Ce n’est pas une crise de l’euro ou de la zone euro, mais une crise de la dette » : c’est ce que nous affirme sans rire le commandant en chef des euro béats, Jean-Claude Trichet : ce serait une crise des Etats qui auraient trop dépensé. Passons sur le fait que les attaques contre l’Espagne paraissent alors bien paradoxales étant donné que Madrid a une dette nettement plus basse que celle de l’Allemagne ou de la zone euro dans son ensemble. Mais surtout, la crise actuelle frappe surtout les Etats de la zone euro et absolument pas les pays qui ont l’intelligence de ne pas la rejoindre. Ceci est donc bien une crise de l’euro et de la zone euro, totalement ingérable.

« Il faut aider la Grèce » les différents plans négociés au printemps 2010 et cet été sont justifiés par la notion très noble d’aide et de « solidarité » entre les pays européens. C’est assez habile car cela donne une dimension positive à ces plans dont le coût astronomique est de moins en moins accepté par les populations puisque deux tiers des Français et des Allemands s’y opposent désormais. Pourtant, ces plans d’aide ne sont en aucun cas des plans d’aide aux pays, mais bien aux créanciers de ces pays, qui subiraient un terrible défaut si la zone euro n’ouvrait pas son portefeuille. D’ailleurs, petit à petit, cette idée commence à passer dans les médias. En outre, les manifestations dans les rues d’Athènes, les baisses de 30% des salaires des fonctionnaires et les différents aspects des plans d’austérité mettent du plomb dans l’aile d’une telle interprétation. Parler de « plan d’aide aux créanciers ».

« L’égoïsme de l’Allemagne » : c’est un moyen habile de présenter l’opposition aux plans d’aide aux créanciers de la Grèce. Les euro béats dénoncent l’égoïsme de toute personne qui critique ces plans de soutien. Mais outre le fait que cette aide est en réalité destinée aux créanciers privés, l’égoïsme a bon dos. L’Allemagne a pourtant fourni une garantie de plus de 200 milliards d’euros pour le FESF, l’équivalent de 8% de son PIB ! Pire, tout le monde sait que ces dettes ne seront pas remboursées…

« Les euro obligations règleraient tous nos problèmes » : malgré une situation complexe et délicate, les euro béats répètent à satiété que les euro obligations permettraient de régler tous nos problèmes. Pourtant, ce dispositif présente deux carences rédhibitoires. Tout d’abord, il est totalement irréaliste de croire que les Allemands les accepteront, comme le montre le jugement de la Cour de Karlsruhe. Et surtout, le mécanisme imaginé par l’institut Bruegel ne fonctionnerait pas.

« La sortie de l’euro provoquerait une catastrophe économique » : c’est la dernière ligne de défense des euro béats. Annoncer l’apocalypse en cas de sortie de la monnaie unique. La banque UBS vient d’annoncer que le PIB de la Grèce baisserait de 50% et que le coût annuel serait de 15% par an. Ceci est totalement absurde. Le cas de l’Argentine, très comparable, démontre que, si la sortie ne serait pas une partie de plaisir, elle permettrait sans aucun doute un fort rebond de l’activité économique. En outre, la catastrophe, c’est plutôt le maintien de l’euro, et la baisse de 15% du PIB grec en 4 ans.

31/08/2011

La crise économique suspend son vol

Les humeurs des marchés sont décidemment difficilement compréhensibles. Il y a quelques semaines, en plein été, nous étions à deux doigts d’un énorme krach financier. Aujourd’hui, après un ajustement très sévère, le calme semble revenu. Pour combien de temps ?

Menace sur la croissance et le plan européen

A dire vrai, les raisons de s’inquiéter sont légions. Tout d’abord, la croissance s’est fortement affaiblie au second trimestre, aux Etats-Unis comme dans la zone euro, où elle ne dépasse pas 1% en rythme annuel. Nous ne sommes pas loin d’une nouvelle phase récessive, ce qui inquiète beaucoup les marchés. En effet, les programmes d’austérité risquent bien évidemment d’annihiler une croissance qui n’était déjà pas très vaillante avant que les Etats ne se serrent la ceinture.

Les pays dits développés se retrouvent donc dans une situation assez complexe où les marchés leur font des demandes contradictoires : à la fois les rassurer sur la croissance tout en garantissant le remboursement des dettes et l’assainissement des dépenses publiques. Pourtant, comme l’avait montré une étude du FMI, les programmes d’austérité pénalisent bien évidemment la croissance, comme le montre bien le cas de la Grèce, saignée par les plans européens.

Pire, des blocages apparaissent aujourd’hui sur le plan décidé le 21 juillet puisque la Finlande demande des garanties à la Grèce pour contribuer financièrement au plan européen. Si trop de pays venaient à suivre l’exemple d’Helsinki, alors le plan serait vidé de sa substance. Du coup, Jean-Claude Trichet a passé un rappel à l’ordre. Et il est évident que si le plan s’effondre, alors, nous serons au bord d’une désintégration désorganisée de la zone euro et donc d’une crise majeure.

Des forces de rappel puissantes

Mais comme je l’avais souligné en pleine crise, il y a tout de même des forces de rappel. La zone euro était au bord de l’explosion quand les taux longs italiens et espagnols ont dépassé le cap des 6%, rendant le financement des dettes publiques de Madrid et Rome périlleusement cher. Devant le refus obstiné de l’Allemagne d’émettre des euro obligations ou d’augmenter la taille du FESF, la BCE s’est résolue à faire ce qu’elle n’est pas vraiment sensée faire : racheter ces dettes.

Et pour le coup, cela a grandement calmé les tensions sur les taux longs puisque les deux grandes capitales du Sud peuvent désormais emprunter autour de 5%. La spéculation s’est grandement calmée devant les capacités de monétisation de la BCE, même si on peut imaginer qu’il y aura une limite aux programmes de rachat de Francfort, qui ne plaît guère à Berlin. En outre, le krach de cet été peut paradoxalement donner un répit aux marchés pour quelques mois.

En effet, les bourses européennes ne sont plus si loin de leurs plus bas du début 2009 et la valorisation de la plupart des grandes entreprises apparaît d’autant plus faible que leurs bénéfices ont déjà très fortement rebondi et qu’ils dépendent de plus en plus de marchés émergents qui continuent à croître. Bref, bizarrement, les marchés sont peut-être trop bas aujourd’hui pour permettre un krach boursier amenant à une nouvelle étape (finale ?) de la crise financière.

Si on ne peut pas exclure une rechute rapide, l’effondrement complet du système financier risque de prendre un peu de temps. Mais soyons philosophe : le spectacle des folies de ce système en sape profondément le soutien dans l’opinion, préalable indispensable à une prise de conscience politique de la majorité.

27/08/2011

Faut-il oublier la monnaie unique ? - Réponse à Julien Landfried

Suite à mon papier interpellant le MRC dans le débat sur l’euro, Julien Landfried, secrétaire national et porte-parole de Jean-Pierre Chevènement, m’a répondu sur son blog, révélant une vraie divergence d’analyse.

Proximités et divergences

Cette tribune est particulièrement intéressante car elle permet de mieux saisir nos convergences, comme ce qui nous différencie. Le MRC propose donc « une remise à plat des statuts de la Banque Centrale Européenne (BCE) en incluant la croissance et l'emploi parmi ses missions. Nous préconisons également que l'euro soit dévalué par rapport au dollar et au yuan, afin de soulager les secteurs industriels qui souffrent de sa surévaluation ».

Julien Landfried développe ensuite deux propositions que j’avais en effet mal comprises. Tout d’abord, il propose de substituer les fonds structurels par des euro obligations (uniquement pour les investissements d’infrastructures). Enfin, il propose d’augmenter la dotation du FESF par une monétisation de la BCE, en lieu et place de nouvelles dettes pour les Etats. La seconde est en effet un moyen plus intelligent de financer les plans de soutien des créanciers des pays victimes de la spéculation.

Enfin, il reprend une image très parlante qui synthétise assez bien nos divergences, que Jean-Pierre Chevènement avait utilisé lors des universités d’été du MRC de l’an dernier, où j’étais intervenu sur le sujet. Pour lui, « maintenant que l'avion a décollé, il est dangereux de sauter par le hublot, et préférable de reprendre les commandes de l'appareil pour le faire atterrir en douceur ». Il poursuit en jugeant que nous sommes condamnés à nous entendre avec l’Allemagne.

Faut-il sauver la monnaie unique ?

Je partage volontiers le point sur l’Allemagne, ayant débattu plusieurs fois de la question sur le blog et prenant la même position. Je crois que Berlin est un partenaire naturel de notre pays pour réformer le capitalisme, un partenaire étranger à la financiarisation délétère de l’économie avec qui nous pourrions construire une nouvelle Europe. La remise à plat de la mission de la BCE est juste, tout comme la dévaluation de l’euro dont je dénonce depuis toujours la cherté.

Mais malgré tout, notre analyse diverge également. Je crois justement qu’il faut sauter de l’avion car malheureusement, toutes ces réformes, aussi pertinentes soient-elles, ne reviennent qu’à redisposer les fauteuils sur le pont du Titanic. Cette année de débats sur l’euro m’a renforcé dans la conviction que cette monnaie unique ne pourra jamais marcher et que même si les réformes majeures proposées par le MRC étaient mises en place, cela ne serait pas suffisant.

D’ailleurs, si je reconnais volontiers que ces mesures amélioreraient la situation globale de la zone euro, elles ne permettraient pas de régler les problèmes très différents qu’ont les pays qui la composent. Qu’adviendrait-il des bases productives grecque, espagnole, italienne et même française, de moins en moins compétitive par rapport à l’Allemagne ? Je crois que les pays de la zone euro sont simplement trop différents pour partager la même monnaie.

Une double impasse économique et politique

Pour reprendre mon image de la maison euro, même si refaire la toiture et les fenêtres améliorerait notre sort, cela ne règlerait pas le problème des fondations pourries. Comme le souligne Jean-Jacques Rosa et de nombreux économistes, le fait d’avoir une monnaie unique accentue les problèmes et les divergences au lieu de les régler. Oui, il faut sauter de l’avion car il va exploser en vol du fait de problèmes de conception qui ne peuvent pas être corrigés.

En outre, se pose un énorme problème politique. Quelles seraient les contreparties nécessaires à la marche en avant fédéraliste que représentent les euro obligations ou l’augmentation des moyens du FESF ? La mise sous tutelle des budgets nationaux, qui avance déjà, ne serait-elle pas encore renforcée ? En outre, le rachat des dettes souveraines me semble insupportable car c’est une aide gratuite aux banques, la recapitalisation me semblant beaucoup plus juste et utile.

Il n’y a nul « mécanisme » dans ma démarche. Le vif débat des derniers mois n’a fait que renforcer ma conviction de la non viabilité d’une monnaie unique. Bien sûr, il est possible de mieux gérer l’euro, mais cela ne rend pas la zone euro moins dysfonctionnelle par nature.

22/08/2011

Pourquoi l’euro ne peut pas marcher – Réponse au MRC

Jean-Pierre Chevènement est, avec Philippe Séguin, la personne qui a le plus influencé ma construction intellectuelle au début des années 1990 (débats sur Maastricht et l’autre politique). Même si je suis très souvent en accord avec lui, je crois qu’il fait fausse route dans la crise de l’euro.

Les propositions du MRC

Cet été, le Mouvement Républicain et Citoyen n’est pas resté inactif. Jean-Pierre Chevènement a ainsi publié une lettre ouverte au président de la République, pour appeler à un soutien franco-allemand au rachat des titres de dette espagnols et italiens par la BCE. Il appelle à un « rachat massif » pour « sauvegarder la cohésion de la zone euro ». Il a également estimé que le FESF est sous doté. Il vient de confirmer ses propos dans une interview sur Marianne.

Julien Landfried porte-parole du sénateur de Belfort, a prolongé sa réflexion sur Atlantico et dans le Monde. Il prône un euro moins cher, une lutte contre le dumping fiscal, une mutualisation partielle des dettes publiques (contre la fin des fonds structurels) et une mobilisation l’épargne nationale. Il y ajoute une réforme des statuts et missions de la BCE pour y inclure la croissance et l’emploi et une coordination de la politique de change. Enfin, il prône une relance salariale en Allemagne.

Des propositions intéressantes et des angles morts

Bien sûr, comment ne pas partager un nombre important de ces propositions (lutte contre le dumping fiscal, croissance et emploi dans les objectifs de politique monétaire) ainsi qu’une partie du constat ? Cependant les propositions faites ici souffrent de gros angles morts. Appeler Berlin à une relance salariale, à une baisse de l’euro, à une réforme de sa gouvernance de la monnaie unique ou à des euro obligations me semble illusoire tant cela est contraire à la politique allemande.

Mais c’est surtout sur la mutualisation des dettes publiques et la demande d’augmentation du FESF que va porter ma critique. J’y vois un écho des politiques du FMI des années 1990, dénoncées par Joseph Stiglitz, quand le Fonds prêtait de l’argent aux pays émergents pour défendre leur monnaie, tout en imposant une austérité dévastatrice. Ces politiques ne font que traiter un problème de liquidité en ignorant le problème de solvabilité et profitent surtout aux créanciers !

En effet, faciliter le financement de la dette des pays en difficulté ne rend pas cette dette forcément plus soutenable. Le cas de la Grèce est à ce titre particulièrement éclairant avec un PIB en chute libre qui ne permet pas le rééquilibrage des comptes. Qui plus est, cela revient à transférer les créances privées (et donc le risque) sur les Etats, ce que je trouve particulièrement insupportable. En outre, tous ces pays ont surtout besoin de croissance.

L’euro, une maison trop grande, mal construite, et en zone inondable

Le problème de la zone euro est très complexe. On pourrait dire qu’il s’agit d’une maison trop grande, mal construite, et en zone inondable. C’est une maison trop grande (sur des fondations trop petites) en ce sens qu’il ne s’agit pas d’une Zone Monétaire Optimale, ce qui impose d’innombrables ajustements pour la faire fonctionner, comme nous le voyons depuis 18 mois.

Malheureusement, c’est aussi une maison mal construite, dans le sens que la politique monétaire suivie est totalement absurde, aboutissant à une monnaie extrêmement surévaluée, qui provoque un désastre industriel. Et enfin, c’est une maison construite en zone inondable, en ce sens qu’elle est offerte à tous les vents de la mondialisation, laissant rentrer toutes les importations, subissant la sous-évaluation des autres monnaies ou les crises venues d’ailleurs.

Ce triple problèmes de construction fait que l’on peut se dire qu’en en corrigeant deux, la situation irait mieux, ce qui est vrai. Mais, malheureusement, si les fondations ne sont pas solides, elles finiront par s’effondrer, même si on règle les autres problèmes. Une monnaie unique pour des pays aussi hétérogènes créé des cercles vicieux qui pourront être compensés un temps par beaucoup d’argent, mais qui finiront toujours par nous rattraper après nous avoir coûté très cher.

Car cette construction artificielle et bancale accroît les problèmes au lieu de les régler. Comme le rappelle Jean-Jacques Rosa, « la politique monétaire unique freine ainsi les économies en récession et stimule les économies en surchauffe ». Elle pousse aussi les pays à un moins-disant salarial et social pour gagner en compétitivité et elle empêche le rééquilibrage des balances commerciales. Bref, loin de faire converger les économies qui la composent, elle les fait diverger.

Car supposons que l’Allemagne accepte des euro-obligations ou une augmentation radicale du FESF (ce qui semble bien improbable, comme l’a montré le sommet de la semaine dernière), seul le problème de liquidité sera réglé. Patrick Artus avait affirmé que la Grèce avait besoin de baisser ses salaires d’au moins 30%. La sauvegarde de l’euro impose de toutes les façons une immense régression sociale et la « solidarité » européenne ne s’exerce en réalité qu’avec la finance.

Oui, le MRC a raison de dire que si nous refaisons la toiture et nous nous protégeons des inondations, cela ira mieux. Malheureusement, la maison euro est bâtie sur des fondations extrêmement faibles. Mieux vaut reconstruire de nouvelles maisons nationales avant l’effondrement…

21/08/2011

Pourquoi l’Allemagne refusera les euro obligations

Euro obligations, euro obligations, euro obligations : c’est le nouveau mot magique des cabris du 21ème siècle face à la crise financière. Pourtant, un examen de leurs modalités conduit à largement relativiser leur efficacité potentielle autant que la possibilité pour l’Allemagne de les accepter.

Les euro obligations, ou la fin de l’euro

Patrick Artus en a fait le sujet d’une de ces dernières notes en concluant « on ne pourra pas éviter les euro bonds ». Il note justement qu’au bout d’un certain temps, la BCE risque de vouloir freiner ses rachats de dettes espagnoles et italiennes. Il faut noter le succès de cette opération pour faire baisser les taux d’intérêt à dix ans de ces deux pays qui tournent autour de 5% aujourd’hui après s’être envolés au-delà de 6% début août. Mais l’appétit de la BCE risque de se tarir.

En effet, la Banque Centrale Européenne a déjà racheté pour plus de 90 milliards d’euros de dettes souveraines des PIIGS, et son appétit risque d’être un peu limité devant les 2700 milliards de dettes souveraines italiennes et espagnoles. Patrick Artus évoque donc deux possibilités (qui sont proches en fait) : un renforcement du FESF ou des euro obligations. Sinon, « la seule solution serait de sortir de l’euro et de monétiser les déficits publics sur une base nationale ».

Comment demander 4000 milliards à l’Allemagne ?

C’est pourquoi beaucoup pensent que l’Allemagne finira par céder et accepter les euro obligations. Mais les partisans de cette solution devraient quand même étudier un peu plus en profondeur ses implications. Le PIB de la zone euro était d’environ 9400 milliards fin 2010, dont 2600 milliards pour l’Allemagne. La proposition du centre Bruegel de mai 2010 consiste à collectiviser les dettes publiques à hauteur de 60% du PIB en une tranche sénior qui serait collectivement garantie.

Que cela implique-t-il pour l’Allemagne ? In fine, cela signifie que Berlin deviendrait caution solidaire d’environ 5600 milliards de dette collective dont seulement 1600 milliards lui reviennent à la base (sachant qu’il y aurait en plus 600 milliards environ de dette souveraine allemande au-delà des 60% du PIB). En clair, le mécanisme présenté par les cerveaux malades de certains eurocrates revient à demander à l’Allemagne une garantie de 4000 milliards d’euros, 150% de son PIB.

Pas étonnant que les Allemands toussent et refusent mordicus cette proposition depuis le début. En outre, il est probable que cette dette fourre-tout augmente les taux d’intérêt payés par l’Allemagne (la presse locale fait état d’un surcoût de 17 milliards). Pire, la dette émise au-delà des 60% du PIB risque d’être payée très chère, même par l’Allemagne, du fait qu’elle serait caution solidaire de plus de 5000 milliards de dettes qui auraient priorité sur toute émission purement nationale…

C’est pourquoi il est proprement hallucinant de voir les dirigeants socialistes critiquer aussi vertement la décision de l’Allemagne de refuser les euro obligations. Se rendent-ils seulement compte des sommes qu’ils demandent à Berlin de garantir ? Quelle légèreté devant l’argent public également car la France serait aussi garante des 5600 milliards de dettes qu’implique le dispositif !

Une proposition dysfonctionnelle et irresponsable

En fait, ce qui est incroyable avec cette proposition, c’est qu’elle ne marcherait même pas. Bien sûr, on sécuriserait le financement des Etats jusqu’à 60% du PIB, mais que ce passerait-il au-delà ? Et même pour l’Allemagne, car elle se serait portée caution sur une dette senior de 5600 milliards… Il est évident que les prêteurs demanderaient des taux confiscatoires pour la dette souveraine qui irait au-delà des 60% du PIB. Qui voudrait prêter à l’Italie les 60% restant ? A quel taux ?

Bref, même les euro obligations ne parviendraient pas à stopper la spéculation, elles ne feraient que la déplacer sur les dettes souveraines restantes. A la rigueur, seule une monétisation totale des dettes souveraines pourrait fonctionner, mais il faudrait décupler le bilan de la BCE ! En outre, il serait irresponsable de monétiser des montants différents de dette par pays car cela reviendrait à donner une prime à ceux qui se sont le plus endettés.

Bref, les euro obligations ne sont pas une solution et il est normal que l’Allemagne les refuse. Et que le SPD et les Verts défendent une telle idée lors des élections législatives de 2013, ils seront balayés par les électeurs et cela pourrait bien être l’acte de décès définitif de la monnaie unique.