01.05.2010

La Grèce accepte l’euro-camisole

Cette phase de la crise des dettes souveraines européennes touche sans doute à sa fin. La Grèce devrait annoncer un plan de rigueur extrêmement sévère et l’Europe et le FMI un plan de financement capable de couvrir trois années. Avant une prochaine phase ?

Une situation stabilisée pour un temps

Ce matin, sur RTL, un journaliste faisait la comparaison avec Lehman Brothers, que les autorités étasuniennes avaient laissé faire faillite. Il disait très justement que si la Grèce n’était pas soutenue, alors les attaques spéculatives provoqueraient sans doute une énorme crise des Etats européens, comme cela avait été le cas pour les banques à l’automne 2008. Pour les dirigeants en place, à moins de vouloir une révolution financière, il n’y avait pas d’autres solutions.

Mais pour aider la Grèce, l’Allemagne a imposé des conditions drastiques : gel du salaire des fonctionnaires pendant trois ans, suppression des 13ème et 14ème mois, deuxième hausse de la TVA, relèvement de l’âge de départ à la retraite de 53 (!!!) à 67 ans. Bref, cette potion amère représente un ajustement de 10 points du PIB en seulement deux ans qui donne une certaine crédibilité au plan de redressement financier et permet de montrer qu’Athènes fait de gros efforts pour justifier l’aide internationale.

L’Europe achète du temps, cher

Ce plan d’économies, couplé à une aide de 120 à 135 milliards devraient permettre à la Grèce d’aborder sereinement les trois années à venir, sans souci de financement. Cependant, comme le souligne Pierre-Antoine Delhommais dans le Monde, beaucoup de choses ne sont pas réglées. Tout d’abord, il est plus que probable que l’économie grecque, en l’absence de dévaluation, va poursuivre une longue récession vu la sévérité des ajustements budgétaires.

Trois années de baisse de PIB (2009-2011) vont contribuer à alourdir la dette. Ensuite, l’effort drastique de la Grèce (après ceux de la Lettonie et de l’Irlande) risque bien de devenir la norme pour les pays européens. Déjà, le Portugal a fait des annonces proches de celles d’Athènes. L’Espagne et la Grande-Bretagne, dont les déficits sont supérieurs à 10% du PIB devraient rapidement être contraintes à des plans de rigueur. Puis, ce sera le tour de l’Italie et de la France.

Mais surtout, quelle sera la situation en 2013 ? Dans trois ans, il est certain que les déficits publics auront beaucoup baissé, sans doute à 3%. Le poids des dettes publiques, en revanche, aura d’autant plus progressé que le PIB des pays européens n’aura sans doute pas beaucoup progressé du fait des politiques de rigueur. Mais avec entre 90 à 140% de dette rapportée au PIB, la situation de l’Europe sera très instable, dépendante du moindre mouvement d’humeur des marchés.

Comme je l’avais annoncé en février et début mars, la Grèce choisit la rigueur. Mais la situation n’en reste pas moins intenable à plus long terme. Pourtant, il existe des solutions bien plus durables (monétisation de la dette, retour aux monnaies nationales…). Nous allons perdre trois ans.