19.12.2010
L’euro, zombie qui s’ignore
La question n’est plus de savoir si la monnaie unique va disparaître, mais quand. Six mois, un an, deux ans, cinq ans ? L’intransigeance légitime de l’Allemagne à ne pas se porter caution solidaire des dettes souveraines de l’ensemble de la zone euro condamne la monnaie unique à moyen terme.
Le chantage fait à l’Allemagne
Irresponsable, anti-européenne, voici les qualificatifs que récolte depuis peu Angela Merkel devant son intransigeance à ne pas engager financièrement son pays davantage dans les dettes souveraines des autres pays de la zone euro, que ce soit par l’émission d’eurobonds ou la mise en place d’un fonds de soutien encore plus important. C’est la thèse défendue par les fédéralistes comme Jacques Attali, ou l’institut Montaigne, dont j’ai débattu avec un de ses experts sur France 24.
Les partisans de cette ligne devraient tout de même réfléchir au caractère péremptoire, indécent et injuste de ce qu’ils demandent à Berlin. Parce que l’Allemagne a comprimé ses salaires pour être compétitive et accumule les excédents commerciaux vis-à-vis de ses partenaires, elle devrait devenir caution solidaire de l’ensemble des dettes souveraines de la zone ! Mais un excédent commercial, s’il est une réussite économique, est la conséquence de grands efforts des Allemands.
L’Allemagne, victime de l’euro
Le discours de ses pseudo-européens doit raisonner bizarrement en Allemagne et ne doit pas contribuer à y renforcer le sentiment européen. Pourquoi l’Allemagne, qui a sacrifié ses salaires et sa croissance pour devenir compétitive dans un régime de changes fixes dont elle ne voulait pas vraiment au départ, devrait maintenant commencer à payer pour tous les autres pays ? Je serai curieux d’avoir le sentiment d’Allemands sur ces requêtes bien inconsidérées faites à leur pays.
En effet, alors qu’elle payait déjà près de 100 milliards par an pour intégrer sa partie Est, l’Allemagne s’est retrouvée dans une Union Monétaire avec un taux de change très défavorable puisqu’en 1992, ses coûts salariaux étaient supérieurs de 25% à la moyenne européenne. Pour redevenir compétitive, cette grande nation exportatrice a décidé de comprimer ses salaires pendant quinze ans, hypothéquant pouvoir d’achat, consommation et croissance (seulement 0.8% / an sur la dernière décennie).
Un « nein » prévisible et définitif
Si les dirigeants Allemands ont réussi à arracher à Angela Merkel sa participation au fonds de soutien, il est probable qu’elle n’ira jamais plus loin. Pourquoi l’Allemagne devrait payer parce qu’elle a comprimé ses salaires ? Aux yeux Allemands, cette proposition revient à demander à une fourmi qui aurait fait des sacrifices pour épargner de prêter à des cigales dont elle doute fortement de la capacité à la rembourser. Comment un homme ou une femme politique pourrait bien faire passer une telle proposition ?
C’est pour cela que l’Allemagne s’oppose à l’émission d’eurobonds dont elle serait de facto la caution principale. C’est pour cela qu’elle s’oppose à l’élargissement du fonds. Résultat, en 2013, à la fin du mécanisme, ou si la fièvre des marchés emportait une Italie qui ne pourrait pas être secourue avec les fonds disponibles aujourd’hui, l’euro s’effondrera. Et même si l’Allemagne accordait une petite rallonge, il est probable que cela ne serait qu’un secours de courte durée.
Les Allemands ont raison de dire non. Pourquoi leurs efforts devraient les contraindre à se porter caution de plusieurs milliers de milliards de dettes ? Du coup, cette semaine, l’Allemagne a signé l’arrêt de mort de la monnaie unique.
10:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : euro, angela merkel, france 24, allemagne, eurobonds



