17.09.2011

Sommet européen : US go home !

C’est un véritable scandale : le gouvernement polonais a invité Tim Geithner, le secrétaire d’Etat au Trésor étasunien lors de la réunion des ministres des finances européens. Celui-ci s’est permis de critiquer les Etats de l’UE sans s’attirer la moindre réplique des gouvernements…

Une présence scandaleuse

Mais quelle mouche a pu piquer la Pologne pour inviter un membre du gouvernement de Barack Obama lors de ce sommet européen ? On se demande bien ce que sa présence peut apporter étant donnée l’arrogance coutumière des Etats-Unis dans les cénacles internationaux. Pire, comment les gouvernements européens ont pu accepter une telle invitation, sachant que l’on imagine bien qu’ils étaient au courant de l’invitation et qu’ils ne s’y sont pas opposés ?

Bien évidemment, Tim Geithner ne s’est pas privé pour critiquer les pays européens, se prenant pour le chef de classe ou le maître venu de l’étranger. Cela est pour le moins paradoxal étant donné que ce sont les Etats-Unis qui sont les responsables de la plus grave crise économique depuis 80 ans en ayant laissé faire n’importe quoi sur leurs marchés financiers et immobiliers. Et en matière de dette et de déficit, leur performance n’est pas particulièrement brillante.

A quand une Europe européenne ?

Mais le pire est qu’aucun gouvernement européen ne semble avoir réagi à cette outrance étasunienne. Pas un communiqué, pas une déclaration de l’ectoplasme à voix grave qu’est François Baroin. Il est proprement hallucinant que des Etats adultes acceptent sans broncher cette humiliation et ce piétinement inacceptable de leur souveraineté. Le fait que cela ait eu lieu dans un cénacle européen est sans doute logique tant la souveraineté et l’honneur nationales y sont déjà piétinées.

D’ailleurs, cela démontre encore une fois l’ambiguïté de cette construction européenne qui n’est pas claire dans sa relation avec les Etats-Unis. Déjà, il est parfaitement anormal que les traités européens renvoient à l’OTAN, mais ce nouvel épisode démontre une nouvelle fois la pertinence du Général de Gaulle qui affirmait souvent qu’il était le seul à vouloir construire une Europe européenne. Le problème est que certains fédéralistes sont plus atlantistes qu’européens.

Si les interventions de la BCE et de la Fed ont permis de stabiliser les marchés financiers, toute cette situation démontre surtout que la monnaie unique est une construction baroque et artificielle qui ne peut pas tenir. Mais ce n’est pas une raison pour accepter les leçons des Etats-Unis.

01.02.2011

L’alliance des marchés et de l’Union Européenne

Beaucoup,  notamment à gauche, voient dans l’Europe le moyen de dompter les marchés et pour cette raison, ils sont partisans de « plus d’Europe » ou d’une Europe sociale. Ils n’ont pas compris que cette Europe n’a jamais servi que les intérêts du marché et qu’elle ne fera jamais rien d’autre.

Naïveté et réalité

Il est tout de même assez incroyable de pouvoir encore croire que cette Union Européenne pourrait être un moyen de domestiquer les marchés alors que depuis 25 ans au moins, elle démontre systématiquement le contraire. Juste en raisonnant par l’absurde, on serait bien incapable de citer aujourd’hui un seul exemple concret de protection. Les plans d’austérité européens démontrent bien aujourd’hui que cette Europe ne nous protège ni de la crise ni de la spéculation.

Aujourd’hui, l’Europe protège les créanciers (refusant la moindre restructuration des dettes souveraines contrairement aux idées avancées par l’Allemagne ou The Economist, qui ne sont pas des farfelus). Elle impose des cures d’austérité violentes aux peuples pour qu’ils honorent rubis sur ongle les créances d’un système financier que la collectivité vient pourtant tout juste de sauver de ses excès il y a un peu plus de deux ans, sauvetage en partie responsable du niveau des dettes.

Une alliance durable

Les évènements récents ont sans doute ouvert les yeux de beaucoup qui ont compris que cette Europe ne défend jamais les peuples mais les asservis à une finance dont elle n’a rien fait pour corriger les excès. Car le problème est plus profond. Il est structurel. Il est dans les gènes (fondamentalement néolibéraux) de cette Europe, éclaboussant tous les traités, qui sanctifient la « concurrence libre et non faussée ». Cette Europe est fondamentalement au service des marchés.

C’est elle qui cherche à permettre un nivellement social et salarial par le bas avec la directive Bolkenstein. C’est elle qui cherche à tout prix à imposer les OGM à des peuples qui n’en veulent pas, ou qui promeut l’utilisation de farines animales. C’est elle qui impose l’ouverture des marchés sans réciprocité, laissant rentrer les voitures japonaises et coréennes alors que le Japon et la Corée restent fermés aux automobiles européennes. C’est elle qui impose la libéralisation des mouvements de capitaux qui profitent aux plus riches, aux multinationales et aux mafieux.

C’est cette Europe qui a imposé une privatisation complète de la création monétaire au service de la finance, qui peut emprunter à 1% à la Banque Centrale Européenne et prêter ensuite à 3 ou 7% aux Etats, tout en refourguant à cette même BCE leurs créances les plus douteuses. C’est cette Europe qui a imposé le dogme d’un euro cher qui ne profite qu’à une minorité et qui a amplifié le mouvement de délocalisations des emplois, envoyant des millions de travailleurs au chômage.

Tout casser pour toute recommencer

C’est pourquoi il est totalement hallucinant de voir le Parti Communiste défendre l’euro, l’outil de l’asservissement des peuples et des travailleurs européens au grand capital, pour reprendre leur jargon. Bien sûr, l’idée européenne est belle et elle porte en elle de belles promesses, la possibilité de construire des projets utiles pour l’ensemble des pays européens. Mais comment ne pas voir que cette Europe là ne se fera pas dans le cadre actuel ?

Il n’y a pas trente-six solutions aujourd’hui. Le cadre des traités actuels est tellement néolibéral qu’il faut le balayer entièrement pour reconstruire une organisation européenne au service des peuples qui la composent. Vouloir modifier les traités existants pour les orienter dans un sens plus conforme à l’intérêt général est illusoire car les modifications se feraient à partir d’une base de textes dont l’orientation est fondamentalement mauvaise, antisociale et dogmatiquement néolibérale.

Cette Europe n’est pas un moyen de nous protéger des marchés. Au contraire, c’est le moyen s’asservir les peuples aux marchés. D’ailleurs, c’est bien pourquoi les marchés souhaitent le renforcement de ses pouvoirs puisque cela lierait les peuples plus fermement encore.

21.01.2011

L’Europe : les nouveaux Etats-Unis de la Chine

Cela a été un des rebondissements de la crise des dettes souveraines du début d’année. La Chine jette son poids financier considérable dans le soutien de l’euro en rachetant les dettes souveraines des pays en difficulté. Une décision aux multiples implications.

L’euro sert l’intérêt de la Chine

Ce qui est très intéressant dans le choix de la Chine de prendre le risque d’acheter des dettes souveraines qui présentent un risque de restructuration non négligeable, c’est que cela montre que l’Empire du Milieu y a un intérêt. Et si la Chine a un intérêt dans le maintien de la monnaie unique (que les Etats-Unis défendent également), on peut quand même s’interroger légitimement sur les intérêts que défend cet euro auquel tiennent tant les non européens.

En effet, en soutenant l’euro (comme elle le fait avec le dollar), la Chine maintient la surévaluation de la monnaie européenne et ses exportations. Selon les statistiques de l’INSEE, en 2009, la Chine a exporté 214 milliards d’euros vers l’UE et a importé seulement 81 milliards, soit plus de 2,5 euros d’exportation pour 1 euro d’importation. Bien sûr, les écarts de salaire jouent un grand rôle, mais des études montrent aussi que le wuan est sous-évalué de plus de 50% par rapport à l’euro.

Un mécanisme délétère

En clair, avec des parités plus raisonnables, le déficit commercial avec la Chine (qui représente plus de 100% du déficit de l’Union Européenne), serait nettement inférieur. La Chine est en train de faire avec l’Europe ce qu’elle fait avec les Etats-Unis : elle finance les déficits pour s’assurer que les consommateurs locaux continuent à acheter les produits chinois, doublement favorisés par les conditions salariales et sociales locales et le taux de change très sous-évalué du wuan.

Certains disent que la Chine préfère prendre le risque d’un défaut partiel pour financer le développement de son économie. Et il faut dire qu’avec 2 600 milliards de dollars de réserves, la Chine est devenu le prêteur de dernier recours du monde entier. Malheureusement, si la Chine cumule les excédents, c’est aussi parce qu’elle ne veut pas avoir besoin un jour du FMI, comme certains pays asiatiques dans les années 90. Cette crise a profondément nourri les déséquilibres commerciaux actuels.

Cet épisode montre deux choses : l’absurdité d’un monde où un pays en voie de développement finance la consommation des pays dits développés. Ensuite, en mettant tout son poids dans la balance, Pékin pourrait bien prolonger la vie de l’euro de quelques mois, voir quelques années. 

01.01.2011

Solutions pour l’Europe : réponse à Malakine

Hier, Malakine a signé un second papier consacré à l’Europe. Si je partageais le constat de son premier article, je ne suis pas totalement d’accord avec celui-ci. Voici pourquoi.

Monétisation et défaut

Malakine prend curieusement position en faveur de la monétisation par rachat des créances douteuses des banques par les banques centrales. En effet, à la différence de la recapitalisation, qui assure un certain contrôle sur les banques, le rachat de créances est l’option préférée des banquiers et des financiers dans la mesure où elle leur laisse toute autonomie dans la gestion de leurs établissements, tout en utilisant l’Etat à discrétion pour recycler leurs créances pourries…

La monétisation des dettes publiques, impossible dans l’Europe actuelle, le convainc moyennement car cela exigerait un rétablissement de la balance des paiements et il faudrait veiller à ne pas creuser davantage les déficits commerciaux en stimulant la demande de produits importés. Toutes ces remarques sont justes, mais il faut noter que le protectionnisme et la TVA Sociale sont des moyens de répondre à  ces objections. En revanche, il note justement que le risque inflationniste est aujourd’hui limité.

A ma surprise, il soutient que le défaut est une « fausse bonne idée ». Si je ne suis pas partisan d’un défaut généralisé en Europe, je crois que cette option ne peut pas être ignorée pour certains pays de la périphérie du continent. Avec une dette à 140% du PIB, une dépression économique et une forte perte de compétitivité, la Grèce est dans la situation de l’Argentine avant 2002. Naturellement, cette solution est extrême mais pour au moins un pays, elle s’imposera. Et le plus tôt serait le mieux.

La sortie de l’euro, solution de choc

Mais le cœur du débat porte sur la sortie de l’euro. Insister sur cette proposition ne signifie pas que j’oublie l’analyse de la situation, le besoin de protectionnisme ou la réglementation de la finance. D’ailleurs, en avril dernier, j’avais replacé cette sortie comme une solution parmi d’autres. Si je parle beaucoup d’euro, c’est parce que c’est le sujet qui fait débat aujourd’hui et que j’ai moins de choses nouvelles à dire sur les deux autre sujets. Cela ne signifie pas non plus que c’est le remède à tous nos problèmes.

S’il est juste de dire que la dévaluation s’assimile à un défaut partiel sur les dettes (si elles sont converties), ce ne serait pas le cas pour la France. Certes, il y aura un appauvrissement momentané (et encore, limité pour notre pays), comme dans toute dévaluation, mais ne vaut-il mieux pas un appauvrissement momentané suivi d’un rebond plutôt qu’un lent et long appauvrissement  sans issue ? En outre, il faut tout de même souligner que la plupart des dévaluations aboutissent à une reprise économique…

La hausse des taux longs est hypothétique pour la France : a-t-on assisté à une envolée des taux longs en Grande-Bretagne et en Suède quand ces pays ont laissé leur monnaie se déprécier ? En outre, la monétisation permet de régler ce problème. Notre croissance serait dynamisée par le commerce avec l’Allemagne, les Etats-Unis ou l’Asie… Et la TVA sociale, un prix de soutien aux produits agricoles ou d’autres mesures limiteraient les perturbations venues d’Espagne ou d’Italie.

Cette critique du retour au franc présente deux angles morts. Elle ne met pas suffisamment en balance les problèmes que posent l’euro, que souligne pourtant Malakine (surévaluation, baisse des salaires, politique unique inadaptée à des réalités nationales disparates). En outre, il ne considère que les aspects négatifs d’une dévaluation. Après le protectionnisme, les dévaluations semblent être le nouveau tabou économique.

Si dévaluer une monnaie a des inconvénients (renchérissement des importations et des créances en monnaies étrangères…), il y a aussi des avantages réels, comme rééquilibrer la balance commerciale (notre pays n’est pas un désert industriel non plus) et redynamiser la croissance. L’histoire économique récente me semble davantage remplie de dévaluations réussies que ratées…

Bref, si je partage pleinement la dernière partie du papier, sur le protectionnisme et le nécessaire retour à une politique industrielle forte, en revanche, la critique des solutions non traditionnelles ne me convainc pas, et surtout celle de la sortie de l’euro qui présente de sérieux angles morts…

29.12.2010

Cette Europe qui détruit l’idée européenne

Cette année 2010 aura été celle de tous les paradoxes pour l’Europe. D’une part, une forme de « solidarité » européenne a été mise en place au printemps dernier avec la crise des dettes souveraines de la zone euro. Mais de l’autre, les récriminations ne cessent de croître. Nous sommes à la croisée des chemins.

L’Europe, ce n’est pas la paix

Traumatisés par les horreurs des deux guerres, certains ont conçu le projet d’effacer les nations, de les dissoudre dans un ensemble européen pour assurer la paix du continent. Si les motivations du projet ne sont pas critiquables, leur mise en pratique pose de nombreux problèmes. Outre un déni des réalités nationales un sérieux déficit démocratique et un alignement sur les Etats-Unis (pour ne pas dire une inféodation), son point de départ est faux : ce ne sont pas les nations qui sont responsables des guerres, mais les hommes, les nations n’étant que les véhicules de la démesure des hommes.

On nous rabâche sans cesse que « l’Europe, c’est la paix » de manière à disqualifier toute prise de position un minimum critique à l’égard du projet européen tel qu’il est construit depuis vingt-cinq ans. Mais qui pourrait croire que sans la création de la CEE, la France et l’Allemagne se seraient faites la guerre une nouvelle fois ? Les leçons de l’histoire, la guerre froide, la dissuasion nucléaire ont joué un rôle bien plus important dans le maintien de la paix sur notre continent depuis 1945. Cette incantation a surtout pour objectif d’étouffer tout débat sérieux dans l’œuf.

Cette Europe, c’est la guerre

Pire, 2010 nous révèle au contraire que le projet européen actuel exacerbe les tensions entre les peuples. Cette année, la presse Allemande s’est remplie de portraits peu flatteurs des PIIGS, suggérant à la Grèce de vendre l’Acropole ou quelques îles pour se renflouer. En Grèce, les manifestants défilent contre Jean-Claude Trichet ou Jose-Manuel Barroso. Dans toute l’Europe fleurissent des critiques contre la politique non coopérative de l’Allemagne et lui demandent de relancer sa consommation.

Bref, cette Europe n’est plus que récriminations et rancœur des uns vis-à-vis des autres. Seuls le conservatisme, le conformisme intellectuel et la coresponsabilité de l’édification de cette construction semblent retenir les dirigeants européens d’envoyer tout balader. Mais la tentation existe et commence à trouver une expression publique, certaines personnalités évoquant une fin de la monnaie unique, ou un réaménagement radical, que ce soit au Portugal, en France ou en Allemagne.

L’Europe d’aujourd’hui n’est pas un projet qui protège les peuples, mais une entreprise qui les contraint par idéologie  à s’exposer au grand vent d’une compétition féroce des autres pays. C’est une Europe qui organise une course à la baisse des salaires en son sein avec l’euro. C’est une Europe qui impose des plans d’austérité suicidaires et sans issue. C’est une Europe qui, après avoir détruit la croissance et les emplois, asservit les Etats à leurs créanciers et aux marchés.

Aussi, quand les pays européens traversent aujourd’hui une crise sans précédent, comment croire ceux qui réclament plus d’Europe comme solution à la crise alors qu’ils nous promettaient des lendemains qui chantent. Le sursaut du continent ne viendra pas de plus d’Europe, mais des nations.

02.12.2010

L’Europe contre les peuples

Ces derniers mois, l’Europe semble avoir encore plus perdu contact avec la réalité. On ne compte plus les exemples de décisions ubuesques et injustes, totalement contraires aux intérêts des peuples qui la composent, souvent prises par un dogmatisme néolibéral incompréhensible aujourd’hui.

Coup de tabac et de courant

Jusqu’à présent, il y avait des limitations pour les achats de tabac à l’étranger (deux cartouches par personne). La Commission Européenne souhaite lever toutes les restrictions à l’achat de tabac. Entre la déréglementation économique et la santé des européens, la Commission a choisi. Voilà une décision qui montre bien les ravages du dogmatisme néolibéral. Et comme d’habitude, l’abaissement des frontières va favoriser le moins-disant fiscal. Heureusement, pour une fois, Paris résiste.

Il fut un temps où l’on nous vantait la déréglementation des services publics en nous expliquant que cela allait permettre une plus grande efficacité, que la concurrence allait amener une baisse des tarifs pour les consommateurs. Mais là encore, les promesses ne sont pas tenues. Les tarifs d’EDF ne cessent d’augmenter (près de 7% cette année) et devraient continuer à le faire dans les prochaines années avec le nouveau projet de loi passé par le gouvernement en novembre.

Dur avec les petits, doux avec les forts

Mais ce qui est encore plus insupportable avec cette Europe, c’est qu’elle fait systématiquement peser les efforts sur les peuples, les classes populaires et moyennes en épargnant les puissants. C’est ce qui se passe en Grèce, en Irlande ou au Portugal où la population se débat avec des baisses de salaires qui ne permettent plus à certains de payer leur loyer ou leurs mensualités d’emprunts immobiliers. Bref, l’Europe saigne la population pour honorer les créanciers, et donc les banques.

Car les pseudos plans de sauvetage des pays ne servent qu’à cela : honorer les créances souveraines rubis sur l’ongle, quitte à faire suer eau et sang aux peuples. Pourtant, l’Allemagne proposait une solution plus juste, à savoir faire contribuer les investisseurs. Sachant que les Etats ont sauvé les banques, une telle participation aurait été normale. Enfin, on reste songeur de voir l’impôt sur les bénéfices Irlandais maintenu à 12.5%. Là encore, les multinationales ne contribueront pas à l’effort.

Pire, la Cour de Justice européenne a rétabli la hausse de salaires des fonctionnaires européens à 3.7% contrairement à l’avis des chefs d’Etat. Il y a un conflit d’intérêts majeur si cette décision affecte le salaire des membres de cette même Cour de Justice. Enfin, même si la méthode de la Commission est bien faite, il est scandaleux de passer outre le choix des chefs d’Etat, surtout alors que l’Europe impose des plans d’austérité sauvages aux autres fonctionnaires.

Le seul point positif de la situation est que les masques sont tombés. On voit bien aujourd’hui que les bénéfices promis par cette Europe ne sont pas là, au contraire. Pire, se dessine un projet européen profondément injuste, asservissant les peuples au service des multinationales.

26.11.2010

De l’indécence européenne

Nous avons sans doute atteint une forme de moment de vérité. La crise économique actuelle révèle tous les travers de cette construction européenne dans sa bulle dorée, qui casse l’économie réelle, appauvrit les peuples qui la composent et ne sert que ses intérêts et ceux des puissants.

Deux poids, deux mesures

Il y a quelque chose de kafkaïen à apprendre que la Cour de Justice européenne vient de donner raison aux fonctionnaires européens pour imposer une augmentation de leur traitement de 3.7% l’an prochain. Parallèlement, la Commission Européenne se bat avec les Etats pour obtenir une augmentation de son budget de près de 6% alors que les Etats membres veulent la plafonner à 2.9%. Si c’est la crise pour les Etats qui doivent tailler dans leur budget, ça ne l’est pas pour cette Europe !

Quelle indécence révoltante de constater que les mêmes fonctionnaires (déjà très bien payés) qui imposent aux Etats un cocktail amer de baisses de salaires et de hausses d’impôts peuvent employer de tels moyens pour augmenter encore leur traitement alors que tout le continent se sert la ceinture. En signe de solidarité, ils devraient avoir la décence de faire un geste de solidarité vis-à-vis de tous ces peuples qu’ils font souffrir. Mais non, les efforts ne valent que pour les autres et surtout pas pour eux.

Une Europe coupée des réalités

Il est proprement hallucinant que les oligarques européens ne saisissent pas l’indécence d’un tel comportement. Comment ne comprennent-ils pas qu’ils sont en train de couper la branche sur laquelle ils sont assis ? Car il est évident que les peuples vont finir par se révolter contre une construction européenne aussi cynique. Cette Union Européenne est en train de tuer l’idée même d’Europe en exigeant des autres des efforts qu’elle refuse de faire de son côté.

En tout cas, cela nous donne une belle leçon sur les dangers d’une construction supranationale. Non seulement, elle est inefficace économiquement car une seule politique ne peut pas convenir à des réalités différentes, mais en outre, elle entraîne une coupure de la réalité gigantesque de ses élites. Aucun dirigeant national n’aurait l’indécence de faire de telles demandes aujourd’hui. Bref, il faut définitivement se méfier de ces constructions de l’esprit trop déconnectées de la réalité.

Comment des peuples qui subissent baisses des salaires et des prestations sociales parallèlement à des hausses d’impôts pourraient longtemps supporter le cynisme d’une Europe qui demande plus d’argent et protège les multinationales ? Rendez-vous en janvier en Irlande pour une première réponse.

20.11.2010

Les Etats-Unis cherchent à s’en sortir, mais pas l’Europe

Pendant que l’Europe cherche à tout mettre en place pour honorer les dettes publiques que détiennent les banques et sauver la monnaie unique, les Etats-Unis recourent à des moyens non conventionnels pour se sortir en partie de l’impasse de la dette.

L’intérêt du « Quantitative Easing 2.0 »

Les réactions à la politique de monétisation de la dette publique étasunienne par la Fed ont été mitigées. Certains ont crié au risque d’hyperinflation et d’effondrement du dollar. Mais, ce scénario est extrêmement peu probable. En effet, si la Fed va racheter pour 600 milliards de dollars de bons du Trésor, il faut noter que cela ne représente que 5% de l’ensemble de la dette publique (qui approche les 12 000 milliards) et environ 4% du PIB du pays. La planche à billet reste limitée.

En outre, si la monétisation a un effet inflationniste, cela ne serait pas un mal dans une économie qui subit des pressions déflationnistes. L’inflation est au plus bas, à peine 1%. Pire, malgré l’envolée des déficits et de la dette, l’endettement global de l’économie étasunienne diminue du fait de la réduction de l’endettement des ménages et des entreprises. Du coup, les effets négatifs de la monétisation seront très limités. Mais cela ne règle pas les déséquilibres fondamentaux de l’économie  outre-Atlantique

En revanche, la politique de la Fed sera très utile pour le pays. Ce programme de rachat de Bons du Trésor va permettre de limiter les taux longs étasuniens, qui sont à peine supérieurs à ceux de l’Allemagne. Ainsi, cela va réduire le montant des intérêts payés et contribuer au rééquilibrage budgétaire. Mieux, cela a eu pour effet de faire baisser le dollar, ce qui va améliorer la balance commerciale en pénalisant les importations et en agissant comme une subvention pour les exportations.

Une Europe ballotée par les marchés

A l’opposé du pragmatisme étasunien, l’Europe poursuit une politique totalement irréaliste, dans le seul objectif de sauver l’euro monnaie unique et de protéger les créances des banques. La cure d’austérité drastique imposée aux pays de la périphérie du continent provoque une véritable dépression économique (le PIB de la Grèce et de l’Irlande aura reculé de plus de 10% en seulement trois ans), affaiblissant considérablement la capacité de remboursement de ces pays.

Du coup, les marchés leur imposent des taux longs toujours plus élevés. Pour l’instant, la Grèce s’en sort grâce au fond européen qui leur permet d’emprunter à des taux plus bas que ceux du marché. L’Irlande a des réserves importantes de liquidités qui lui permettent de se passer encore des marchés pendant quelques mois, mais tout le monde sent bien que cette solution n’est pas durable. C’est pourquoi l’Union Européenne et le FMI préparent un plan pour l’Irlande.

Le point positif de cette situation a été de préparer l’opinion publique à la possibilité d’une fin de l’euro monnaie unique, hypothèse évoquée maintenant dans plusieurs pays et qui a poussé le « président » de l’Europe a tiré la sonnette d’alarme. Dans une belle ironie de l’histoire, il est probable que c’est le marché qui fera tomber la monnaie unique, ce même marché dont l’Europe aura paradoxalement assuré la toute-puissance. On ne peut pas nier la réalité…

Si les Etats-Unis mènent une politique insoutenable à long terme, leur choix à court terme est sans doute le bon, pour défendre leurs intérêts. L’Europe, par son dogmatisme néolibéral parvient à mener des politiques qui sont à la fois néfastes à court et à long terme.

13.11.2010

Europe : le danger supranational

En réaction aux deux guerres mondiales, en Europe, une méfiance s’est installée à l’égard des nations, accusées d’être responsables de ces carnages, donnant du grain à moudre aux partisans d’une Europe supranationale. Et si, au contraire, le danger était dans cette vision de l’Europe ?

L’Europe, ce n’est pas la paix

C’est  encore la tarte à la crème que l’on nous sert à toutes les occasions pour essayer de disqualifier les critiques de la construction européenne. Il faut dire que la chronologie aide mais ce n’est pas parce que le continent européen n’a presque plus connu de guerres depuis 1945 que la construction européenne y est pour quelque chose. Les leçons du passé, la guerre froide, l’arme atomique et le redécoupage du continent y sont sans doute pour beaucoup plus que la CEE ou l’UE.

En effet, en quoi la CEE ou l’UE auraient contribué à l’absence de conflit entre la France et l’Allemagne par exemple ? Comment croire que sans le traité de Rome ou celui de Maastricht, les pays européens se seraient fait la guerre ? Ces arguments sont absolument ridicules. Ce sont surtout les leçons de l’histoire qui ont permis d’éviter de reproduire les horreurs passées.

Tout cela est basé sur un raccourci historique malheureusement très populaire selon lequel les nations seraient responsables des guerres alors qu’elles n’en ont été que les véhicules, du fait qu’elles sont le moyen d’action des hommes depuis des siècles. Toute organisation humaine porte en elle les qualités et les défauts de l’homme et si l’échelon européen devenait le nouveau standard, il ne serait pas moins guerrier que l’échelon national, car il est humain, comme les nations.

L’Europe, un horizon indépassable ?

Le problème est que du fait de ces croyances, l’Europe se construit littéralement contre les nations, avec le clair objectif de leur imposer sa volonté, les ravalant au rang de régions. Le projet européen cherche clairement à imposer une autorité supérieure à celle des nations et une nouvelle étape vient d’être franchie récemment avec la mise sous tutelle des budgets nationaux. La souveraineté nationale continue à être détricotée méticuleusement.

Les fédéralistes affirment que l’échelon européen est plus à même de résoudre les problèmes actuels et qu’il n’est plus possible d’agir à l’échelle nationale. C’est faux : il est parfaitement possible de mener des politiques parfaitement indépendantes et contraires à la pensée unique, comme le montrent des pays de taille moyenne comme la Corée qui ferme son marché automobile à la Chine ou au Japon ou la Malaisie, qui restreint les mouvements de capitaux.

Leur autre argument est de dire qu’ils défendraient un intérêt général européen. On peut en douter. Tout d’abord, comment ne pas constater que l’agenda suivi par les institutions européennes ne profite qu’à une toute petite minorité, les plus riches et les grandes multinationales, qui sont les seuls à profiter du peu de croissance qu’il nous reste. Je ne crois pas qu’il s’agisse d’un complot, mais plus des conséquences d’une vie hors-sol, profondément coupée des réalités, y compris démocratiques.

L’Europe, régression démocratique

Cet affaiblissement des nations pose d’innombrables problèmes. Tout d’abord, il disqualifie les politiques, qui ne semblent plus avoir de prises sur le cours des choses. Il s’agit d’un mécanisme assez pervers qui a tendance à s’auto-entraîner. En effet, du fait du manque de prise supposée des politiques (alors qu’il ne s’agit que d’un renoncement dogmatique à utiliser leur pouvoir), davantage de compétences sont transférées à l’échelon européen, renforçant à nouveau l’impuissance des Etats-nations.

Le problème est renforcé par le fait que les organismes exerçant le pouvoir à l’échelon européen (Commission Européenne, BCE) sont le plus souvent des institutions technocratiques et anti-démocratiques (il faut dire qu’il est totalement impossible de créer un débat démocratique à l’échelle européenne, du fait des différences de langue et de culture). Pire, une partie des élites européennes, méfiantes à l’égard du peuple, n’est pas mécontente de protéger du processus démocratique certaines décisions.

Se dessine alors une organisation qui aliène les citoyens des pays de l’Union dans le sens où, loin de leur donner une plus grande influence sur le cours des choses, elle leur retire progressivement leur capacité d’agir sur leur destin. En effet, l’Europe d’aujourd’hui soustrait de nombreuses politiques des choix démocratiques en les gravant dans le marbre des traités ou en les confiant à des organisations administratives indépendantes. Le projet européen actuel est profondément anti-démocratique.

Les partisans de l’Europe actuelle rétorqueront que le moyen d’agir des peuples sur leur destin a juste changé d’endroit, que c’est l’Europe au lieu de la nation. Mais cela est faux. Les politiques suivies sont « protégées » de la démocratie puisqu’elles sont inscrites dans des traités, la majorité du Parlement n’a pas changé depuis 1979 et les organismes indépendants règnent en maître. L’Europe serait démocratique s’il y avait des alternances, une véritable responsabilité et une possibilité de changer de politique…

L’Europe, un danger pour les européens

Le problème est que cette aliénation de la capacité des peuples à agir sur leur destin est très dangereuse pour l’avenir du continent. Car on ne peut pas longtemps priver les peuples de leur souveraineté sans qu’ils réagissent. On peut voir dans cette aliénation les raisons des conflits internes qui ont secoué l’ancienne Yougoslavie et l’ancienne URSS. Loin d’assurer la paix, cette construction européenne est sans doute le meilleur moyen de ranimer les esprits guerriers en Europe.

Car comment interpréter les réactions ultra-agressives de la presse Allemande à l’égard de la Grèce ce printemps ? Bien sûr, le gouvernement grec avait trafiqué ses comptes, mais le moins que l’on puisse dire est que l’unification politique du continent ne semble pas renforcer la fraternité entre les peuples, loin de là. Et que dire de cet acronyme, PIIGS (Portugal, Ireland, Italy, Greece, Spain) qui qualifie les pays de la périphérie de l’Europe ? Les tensions augmentent au lieu de se réduire.

J’ai toujours cru que c’est l’unification inconsidérée de l’Europe qui portait en elle le risque d’un retour à des conflits armés au sein du continent. Le premier risque serait celui d’une guerre civile, d’un peuple qui finirait par se lever contre l’oppression d’un pouvoir central, comme dans l’ex-Yougoslavie ou l’ex URSS. L’autre risque serait un affrontement communautaire

Le projet européen pourrait être un beau projet. Mais à date, il s’est transformé en un monstre bureaucratique, centralisateur et antidémocratique qui aliène les peuples qui le composent tout en se montrant incapable d’en défendre les intérêts. Il est grand temps d’en changer !

30.10.2010

L’Europe hors-sujet

L’ensemble du continent affronte une crise sans précédent depuis quatre vingt ans : chômage, endettement, déficits, et plans d’austérité jamais vus. L’Europe devrait essayer de venir en aide aux pays pour les aider dans des circonstances aussi difficiles. Que nenni !

Toujours plus de sanctions !

C’est devenu la priorité du moment : sanctionner les pays qui font des déficits. Bien sûr, la Grèce a trafiqué ses comptes, mais il est incroyable que ce sujet ait pris tellement d’importance dans les agendas continentaux. Les déficits actuels sont surtout le produit de la plus grave crise économique depuis quatre-vingt ans. A quoi auraient servi ces règles imbéciles pour un pays comme l’Espagne qui avait un excédent avant la crise ? Faudrait-il lui retirer aujourd’hui son droit de vote ?

C’est d’autant plus ridicule que la crise ibérique est en grande partie la conséquence du passage à une monnaie unique, qui a imposé des taux trop bas, et donc encouragé un endettement excessif alors qu’un maintien de la peseta (avec des taux plus élevés) aurait pu sans doute éviter cette débacle. Nous sommes face à des déficits conjoncturels et la réponse de l’Europe devrait être de chercher à trouver des moyens d’accélérer la croissance économique du continent.

Mais non, le délire normatif et bureaucratique de cette construction européenne la pousse à vouloir créer des règles absurdes. Un minimum de recul permet de comprendre qu’elles n’auraient strictement servi à rien avant la crise que nous venons de traverser. Ce ne sont pas des sanctions arbitraires qui auraient permis de limiter les déficits de l’immense majorité des pays. Encore une fois, l’Europe est hors sujet, ignorant chômage et croissance faible, qui sont les véritables problèmes.

Toujours plus de pouvoir

Tout ceci illustre aussi la soif toujours plus grande de pouvoir de cette Europe qui cherche en permanence à prendre le dessus sur les Etats et se poser en autorité supérieure. Et alors que la Commission demande des efforts sans précédent aux pays, elle ne voit même pas la contradiction qu’il y a à demander une augmentation du budget européen de 6% l’an prochain ! Et que dire de la procédure ubuesque de la Commission contre la France sur le bouclier fiscal et l’ISF ?

J’ai été amené cette semaine à participer à une émission de France 24 sur la création officielle du service diplomatique européen. En fait, il existait déjà puisque la Commission possède des représentations dans de nombreux pays pour des projets d’aide. Mais il est proprement sidérant de voir à nouveau qu’une coûteuse diplomatie européenne parvient à se créer alors que la règle de l’unanimité existe sur ce sujet. A quoi peut bien servir une diplomatie sans décideur à sa tête ?

Comme d’habitude, la construction européenne procède par petits pas. Aujourd’hui, on créé un corps diplomatique. Demain, devant son inutilité, on demandera de passer à la majorité sur ces questions pour justifier son existence, comme cela a été fait sur l’euro. On voit ici la logique perverse d’un projet européen qui fait passer des morceaux de décisions (dans des circonstances en outre très contestables avec le TCE) dont on nous dit qu’ils en nécessitent d’autres ensuite.

Tout ceci illustre à nouveau la déconnexion profonde de ce projet européen avec les préoccupations des citoyens des pays du continent. Ses élites cherchent à imposer une vision fédérale en pratiquant une politique de petits pas et de faits accomplis aussi malhonnêtes qu’anti-démocratiques.