26.08.2010
François Hollande, l’attaque du vide
Cette semaine, l’ancien premier secrétaire du Parti Socialiste était l’invité de Jean-Pierre Elkabbach sur Europe 1. Celui qui espère (espérait ?) pouvoir être le candidat de son parti pour les élections présidentielles en 2012 a une nouvelle fois démontré l’inutilité totale et affligeante des socialistes.
Contradictions et mauvaise foi
François Hollande était bien mal à l’aise sur la question de l’expulsion des Roms. S’il a attaqué le gouvernement, il a bien été obligé de reconnaître que l’expulsion n’est pas vraiment une solution du fait des contraintes européennes qui permettent aux ressortissants de Roumanie et de Bulgarie la libre circulation au sein de l’intégralité de l’Union Européenne. S’il a soutenu qu’il fallait des réponses européenne, nationale et locale, il a bien été incapable d’esquisser le moindre début d’idée concrète, à part de proposer que tous les républicains s’y opposent, ce qui a déjà été fait…
Pour essayer de se dédouaner des problèmes actuels, il a souligné que c’est la droite qui a accepté l’entrée de la Roumanie dans l’Union Européenne. A cela, on lui répondra que le Parti Socialiste ne s’y est pas opposé, ni à l’échelle nationale, ni à l’échelle européenne. Face à un gouvernement qui s’agite tout en sachant que les Roms pourront revenir et un PS un peu perdu, Nicolas Dupont-Aignan rappelle qu’il s’était opposé à cet élargissement et propose de rétablir un contrôle aux frontières, seule solution pour éviter rapidement et efficacement de tels débordements.
Le bisounours de l’économie
Mais le député de Corrèze n’a guère été plus brillant sur l’économie. Son diagnostic est le suivant : la compétitivité de la France est en berne, de même que ses comptes publics. Il faut donc à la fois faire un effort de redressement et soutenir la croissance. Passons sur le fait qu’il n’avait pas la moindre proposition pour soutenir la croissance, il n’était guère plus à l’aise pour évoquer le moyen d’améliorer la situation budgétaire du pays. La pression de Jean-Pierre Elkabbach lui demandant ce que les socialistes feraient lui a fait parler d’ajustement des recettes et des dépenses.
Mais le pire était sa critique de l’action du gouvernement. Il a commencé par dénoncer les hausses d’impôt du gouvernement, ce qui est presque comique pour un socialiste. Pense-t-il qu’il faudrait uniquement des baisses de dépenses ? Il aurait au moins pu dire qu’on était obligé d’en passer par là et faire le lien avec sa critique du bouclier fiscal, de la baisse de TVA pour la restauration ou des exonérations de charges pour les heures supplémentaires (encore que cela est bien insuffisant). Enfin, l’idée de raboter les niches fiscales est plutôt bonne et il aurait pu avoir le recul pour l’admettre.
Bref, de cette bouillie politique ne subsistait qu’une critique finalement très convenue et franchement paresseuse du gouvernement, sans la moindre proposition alternative. Pas étonnant qu’il n’arrive pas à convaincre les Français de son destin présidentiel…
Lire le très bon papier de Laurent de Boissieu sur les Roms, auquel je souscris totalement
10:55 Publié dans Actualités, Parti Socialiste | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : françois hollande, parti socialiste, roms, laurent de boissieu, europe 1, jean-pierre elkabbach
08.03.2010
Le scandale de la vente de la régie publicitaire de France Télévisions
Le gouvernement n’en finit plus de tripatouiller l’audiovisuel. Après la suppression de la publicité après 20 heures, énorme cadeau aux chaînes privées, il a décidé de vendre la régie publicitaire des chaînes publiques à un consortium de proches du pouvoir.
Une vente injustifiable
Pourquoi diable aurait-on besoin de vendre la régie publicitaire de France Télévisions ? On pourrait également se poser la question inverse et se dire que finalement, étant donnée la croissance de notre endettement, le gouvernement n’a peut-être pas tort de récupérer un peu d’argent de la sorte. Après tout, il ne s’agit pas d’un actif d’une faible importance stratégique et une entreprise privée doit pouvoir faire le travail aussi bien que si la régie était restée au sein de France Télévisions.
Mais cette vision des choses est trop simple. En effet, cette vente pose de vrais problèmes car il s’agit de la privatisation d’un monopole. Et tout monopole privé, même le mieux encadré du monde, a souvent tendance à se transformer en rente pour son actionnaire, du fait de l’absence de concurrence. C’est pour cela qu’il n’est pas sain de privatisation la régie publicitaire de France Télévisions. C’est un nouvel épisode de la privatisation des profits et de la collectivisation des pertes…
Petits arrangements entre amis
Cette vente devient d’autant plus choquante qu’elle se fait au profit d’amis du président, ce qui créé un fort soupçon de conflits d’intérêt. Bien sûr, Stéphane Courbit a assuré sur Europe 1 « ne pas être dans le premier cercle de ses amis », mais cette façon de botter en touche peut vouloir dire qu’il fait partie du second cercle… Ainsi, il subsistera toujours un doute sur la transparence de cet appel d’offre, comme le suggère Omnicom sur Marianne 2.
Cet article montre également le rôle d’Alain Minc dans ce montage et il est difficile de ne pas trouver malsain que le conseiller du président de la République lui suggère la suppression de la publicité sur France Télévisions puis qu’il conseille les personnes qui rachètent la régie publicitaire du groupe. A dire vrai, je serai curieux de savoir quel profit sera dégagé et de pouvoir le comparer au prix qui a été réellement payé par Stéphane Courbit et le groupe Publicis.
Nicolas Sarkozy a doublement tort. Il a tort de vendre une partie de la télévision publique en situation de monopole, donc susceptible de se transformer en rente. Et il a tort de la vendre à des proches, ce qui pose inévitablement la question du conflit d’intérêt.
10:57 Publié dans Actualités, Sarkozy, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : stéphane courbit, alain minc, nicolas sarkozy, europe 1, france télévisions, régie publicitaire
09.10.2009
Merci Valérie Boyer pour votre combat sur les photos retouchées !
Mercredi, la députée UMP Valérie Boyer était interviewée sur Europe 1 pour son projet sur les photos retouchées, face à un responsable de Gala, qui n’a pas hésité à recourir à la plus habile mauvaise foi pour s’opposer à la moindre régulation.
Un projet juste, une critique malhonnête
Le projet de Valérie Boyer est extrêmement simple. Elle propose que toutes les photos qui ont été retouchées par ordinateur portent une mention l’indiquant. Après tout, il ne s’agit que d’indiquer la réalité aux lecteurs. Le responsable de Gala est alors monté sur ses grands chevaux, dénonçant une volonté de remettre en cause le fonds de commerce même du show-biz, le rêve, soulignant également qu’il était difficile de le faire puisque les photos d’agence de presse arrivent déjà retouchées.
Il s’agit à nouveau de détourner le débat plutôt que de répondre sur le fond du sujet. Car le rêve ne sera pas cassé par une petite mention indiquant que la photo est retouchée. Il ne s’agit pas d’interdire leur utilisation, mais simplement d’en informer un public à qui cela ne fera sans doute pas de mal de se voir rappeler que ces photos ne sont pas complètement réelles. En effet, les photos trafiquées créent un idéal de beauté inatteignable qui est parfois la cause de beaucoup de souffrances.
Faut-il aller plus loin ?
En fait, les canons véhiculés par les revues de mode sont en partie responsables du mal-être de beaucoup de personnes, principalement des femmes, qui n’arrivent pas à se conformer aux corps qui s’étalent dans les magazines. On peut imaginer que si elles savaient que les jambes de tel mannequin ont été allongées de 15% pour les affiner, cela pourrait peut-être les apaiser. Bien sûr, certains y verront une contrainte liberticide, mais si la santé mentale de certaines personnes est en jeu, cela ne vaut-il pas le coup ?
Cela rejoint la démarche du gouvernement espagnol, qui, après le décès de plusieurs top model qui s’affamaient pour rester minces, a décidé de légiférer et a imposé un indice IMC (poids sur taille au carré) minimum pour la profession. Après tout, est-il vraiment souhaitable de voir défiler des filles osseuses, promues modèles de beauté pour des adolescentes parfois fragiles. Paris, capitale de la mode, aurait intérêt à bannir les modèles les plus maigres, qui sont une véritable incitation à l’anorexie.
Là encore, ce débat consternera les partisans du « laisser faire » qui seront effrayés par un tel interventionnisme. Mais la liberté des uns doit s’arrêter quand elle a de mauvaises conséquences pour les autres. Et c’est pour cela que le combat de Valérie Boyer est juste.
10:55 Publié dans Actualités, Société | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : valérie boyer, photos retouchées, anorexie, top model, imc, gala, europe 1
11.09.2009
La farce continue au Parti Socialiste
Pas de chance ! Après avoir traversé l’épisode des Universités de rentrée de manière relativement apaisée, le Parti Socialiste trébuche à nouveau avec la publication d’un livre accablant sur les pratiques bien peu démocratiques des camarades du parti de la rose.
Les dessous du Congrès de Reims
C’est la sortie du livre « Hold-up, arnaques et trahisons » qui a mis le feu aux poudres. Antonin André, d’Europe 1, et Karim Rissouli, de Canal Plus, y racontent les coulisses du congrès qui a permis à Martine Aubry de prendre la tête du Parti Socialiste, avec 102 voix d’avance sur Ségolène Royal. Le moins que l’on puisse dire est que cette plongée dans les mœurs du PS est assez effarante. Les deux journalistes, invités du Grand Journal de Canal Plus cette semaine affirment tranquillement que ces magouilles étaient jusqu’à présent acceptées car elles ne changeaient pas l’issue des votes !
Le problème est qu’il semble que cette fois-ci, la victoire du clan Aubry soit la conséquence directe de ces arrangements avec la démocratie interne du parti. Les auteurs révèlent ainsi que les résultats du Nord étaient mis en attente avant l’annonce du résultat des autres fédérations de manière à pouvoir les ajuster afin d’assurer la victoire de leur clan. On parle d’un millier de voix de plus pour Martine Aubry, dix fois plus que l’écart qui l’a finalement séparé de Ségolène Royal…
Un parti bien peu démocratique
Bref, à la lecture de ces éléments, il semble bien que l’on ait volé la victoire au camp Royal l’an dernier, ce qui jette une lumière bien différente sur les déclarations de l’époque. Se pose néanmoins la question fondamentale du rapport du Parti Socialiste avec la démocratie. Comment un parti à vocation gouvernementale peut-il fonctionner de la sorte ? Comment accorder la moindre confiance à un parti qui se laisse aller à des pratiques de république bananière ? Voici une nouvelle pièce au dossier de la remise en question de l’alternance démocratique que peut représenter le PS.
Il est probable que Ségolène Royal, après avoir ménagé son effet, ne remette pas d’huile sur le feu. Le Parti Socialiste est en lambeaux, ses militants lui seront redevables d’une attitude magnanime. Après tout, a-t-elle intérêt à rallumer la guerre entre camarades ? Pour gagner en 2012, il faudra que le PS soit en ordre de bataille. En outre, sa position de gagnante officieuse sans avoir à assumer la direction du parti est peut-être la meilleure. Et l’échec de Martine Aubry aux européennes a disqualifié sa rivale pour les primaires, présageant un duel avec Dominique Strauss Kahn.
Peut-on faire confiance à un parti pour lequel le bourrage des urnes semble une habitude ? La brutalité des mœurs du PS a toutes les chances de dégoûter les Français d’un parti dont toute once d’idéalisme semble avoir disparu depuis longtemps.
11:20 Publié dans Actualités, Parti Socialiste | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : parti socialiste, congrès de reims, martine aubry, ségolène royal, karim rissouli, antonin andré, europe 1, canal plus
05.09.2009
Clearstream est un procès politique
Après les attaques de Jean-Claude Marin au micro d’Europe 1 la semaine dernière, c’est au tour d’Imad Lahoud de charger l’ancien Premier Ministre dans le Journal Du Dimanche à la veille du procès. Une nouvelle illustration de l’aspect purement politique de l’affaire.
Lagardère charge Villepin
A l’origine déjà, le timing de l’affaire Clearstream était suspect. En effet, elle avait éclaté à peine quelques jours après la fin de l’épisode du CPE, comme un second et définitif coup de massue porté sur le seul rival crédible de Nicolas Sarkozy pour l’élection présidentielle. Les interventions consécutives de deux protagonistes majeurs de cette affaire, quelques semaines avant le début du procès, le tout sur des médias appartenant au groupe Lagardère, le groupe de celui qui se déclare être comme un « frère » pour le président, renforce la suspicion que l’on peut avoir sur toute cette affaire.
En effet, il est déjà extrêmement choquant que Jean-Claude Marin se soit exprimé publiquement sur l’affaire en mettant lourdement en cause Dominique de Villepin. Mais, pire, il le fait sur Europe 1, au micro de Jean-Pierre Elkabbach, qui ressemble plus à un « pom pom boy » du président qu’à un véritable journaliste. Cette semaine, il a émaillé son interview de Martin Hirsch de « bravo » alors qu’il retrouvait son mordant face à Jean-Christophe Cambadélis… De même, les confessions d’Imad Lahoud se sont faites dans le JDD. Comment ne pas y voir l’influence de l’Elysée ?
Un procès de Moscou à Paris
Même le tribunal de Nanterre a jugé récemment qu’il y avait une asymétrie anormale dans ce procès entre l’accusé, Dominique de Villepin, et le plaignant, Nicolas Sarkozy, dans la mesure où le locataire de l’Elysée ne peut pas être inquiété par la justice, du fait de son immunité. Il faut rappeler ici que ce dernier est le premier président de la République qui mène une action judiciaire pendant l’exercice de ses fonctions, alors qu’il peut exercer une influence non négligeable sur le cours de la justice. Et avec le soutien de Lagardère, il est à la fois, juge, partie et commentateur…
Il est temps que cette farce, qui dure depuis plus de trois ans, se termine. Aujourd’hui, il semble de plus en plus clair que ce procès est avant tout un outil pour essayer de tuer politiquement un des rares hommes politiques capables de remettre en question le président. Le comportement de Jean-Claude Marin amène à se poser la question de l’indépendance d’une partie de la justice, qui semble de parti-pris. Mais outre la partialité apparente du pouvoir judiciaire, s’y ajoute un plan médiatique, lancé par un groupe proche du pouvoir, redoutablement orchestré pour décrédibiliser le Premier Ministre.
L’addition de tous ces points amène à s’interroger sur Clearstream. Qui manipule qui ? Qui a réellement bénéficié de toute cette affaire ? D’où viennent les fuites destinées à mouiller l’accusé ? On peut se demander si, un jour peut-être, les rôles ne seront pas inversés devant les tribunaux…
11:13 Publié dans Actualités, Sarkozy, Villepin | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : clearstream, dominique de villepin, nicolas sarkozy, imad lahoud, journal du dimanche, jean-claude marin, europe 1, jean-pierre elkabbach
31.08.2009
Europe 1 : bienvenue à Sarkozy FM !
La semaine dernière, j’ai décidé d’écouter la nouvelle formule de la matinale d’Europe 1, dont les nouvelles chroniques me semblaient intéressantes. Puis, sont arrivées les interviews de Jean-Pierre Elkabbach…
Trois hommes et un soutien
L’ancien président de France Télévisions a décidé d’interviewer François Pérol, René Ricol, puis Jean-Claude Marin. Ces trois hommes ont beaucoup en commun. Ce sont à la base de hauts fonctionnaires qui occupent des postes importants, qui doivent tout à Nicolas Sarkozy, et le lui rendent bien… Le premier, ancien membre du cabinet du président, qui a supervisé la catastrophique création de Natixis, est aujourd’hui le président du regroupement des Caisses d’Epargne et des Banques Populaires. Le second est le médiateur du crédit et le troisième procureur de la République.
Et il est peu de dire que le ton des interviews n’était guère inquisiteur. Jean-Pierre Elkabbach a renoncé à quasiment toute question dérangeante, préférant valoriser leur chef à tous, Nicolas Sarkozy. François Pérol a défendu la réforme des bonus annoncée par le président. René Ricol, ne voulant pas être en reste, est allé jusqu’à dire qu’elle allait permettre de réduire drastiquement les pratiques spéculatives des traders (par un miracle qu’il s’est bien gardé de révéler). Quant à Jean-Claude Marin, il a jeté son fiel sur Dominique de Villepin à la veille du procès Clearstream.
L’Etat Sarkozy
Nicolas Sarkozy pense en effet que verrouiller le plus possible l’Etat, les grandes entreprises et les médias est une forme d’assurance-vie pour gagner en 2012. Il devrait pourtant se méfier d’abus aussi grossiers. En 2005, passant outre l’avis de plus de 90% des médias trop bien-pensant, 55% des Français ont rejeté un Traité Constitutionnel Européen qui était pourtant censé leur apporter paix et prospérité alors que son rejet devait nous plonger dans la guerre et le malheur. Le soutien grossier apporté au président par Europe 1 est aussi grossier que la campagne de 2005 et pourrait donc se révéler contre-productif.
Dans le cas bien concret de l’affaire Clearstream, comment ne pas être choqué par les déclarations du procureur de la République ? Pourquoi avait-il besoin de s’exprimer publiquement de la sorte ? On peut imaginer que le camp Sarkozy a préféré l’attaque plutôt que de chercher à se défendre contre la remise en question formulée par le tribunal de Nanterre qui affirme que « l’immunité pénale dont bénéficie Nicolas Sarkozy dans la Constitution introduisait une atteinte au principe d’égalité des armes avec les prévenus », comme le rappelle Mancioday dans un très bon papier.
Nicolas Sarkozy veut tout contrôler et refuse toute tête qui dépasse, un peu à la manière de Valéry Giscard d’Estaing. Puisse-t-il connaître le même destin et ne pas être réélu en 2012.
Source : http://reversus.fr/affaire-clearstream-une-justice-execut...
10:55 Publié dans Actualités, Sarkozy, Villepin | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, europe 1, jean-pierre elkabbach, dominique de villepin, clearstream, reversus, françois pérol, rené ricol, jean-claude marin



