11.04.2010
Le grand mythe des exilés fiscaux
C’est une des obsessions d’une partie de la droite : la fiscalité Française provoquerait la fuite des personnes fortunées. Résultat : chaque année, le Figaro croit trouver la preuve dans le nombre d’exilés fiscaux. Pourtant, un examen rapide suffit à démonter cette analyse.
Un épiphénomène
Le quotidien de droite titre à nouveau de manière dramatisante : « ISF : le nombre d’exilés fiscaux s’est encore accru en 2008 ». On pense alors que l’exode des contribuables les plus aisés devient de plus en plus massif. Sachant que plus de cinq cent mille Français paient l’ISF, on imagine volontiers des dizaines de milliers de ménages fuyant les taxes confiscatoires du pays. Las, la montagne accouche d’une souris, naine qui plus est. En effet, en 2008, 821 ménages payant l’ISF ont quitté la France. Mieux, 312 sont revenus dans l’hexagone, soit un solde d’à peine 509 ménages.
En clair, moins de 0.1% des ménages payant l’ISF ont quitté la France en 2008. Il ne s’agit donc en aucun cas de l’exode que certains essaient de décrire. Quand on sait en plus que la France compte beaucoup de multinationales et que ces entreprises expatrient souvent leurs cadres dirigeants à l’étranger, on imagine bien que le nombre réel d’exilés fiscaux (en ignorant les expatriés qui quittent le pays pour un autre motif) est totalement dérisoire, ce qui signifie donc que la pression fiscale (et que le très controversé ISF) de notre pays n’est en aucun cas la cause de départs massifs.
Une fiscalité pas si confiscatoire
En clair, notre imposition n’a qu’un impact marginal sur les contribuables les plus aisés. Bien sûr, certains grands sportifs aux très hauts revenus quittent le pays, mais ces départs restent beaucoup plus limités que certains veulent bien le faire croire. Il faut dire que la fiscalité Française n’est pas si confiscatoire que cela. Le taux marginal de l’impôt sur le revenu est désormais 5 points plus haut en Grande-Bretagne et le taux étasunien, avant les baisses de Georges Bush, était comparable au nôtre (39.6 contre 40%). Mais surtout, la multiplicité des niches et autres avantages limitent l’imposition.
C’est ainsi que sur les 600 millions que coûte le bouclier fiscaux, près de 400 millions sont consacré à 1055 contribuables, dont le patrimoine est supérieur à 16 millions d’euros et qui récupèrent un chèque de plus de 360 000 euros de l’Etat. Il est évident que ceci a de quoi choquer des Français dans un contexte où les plus faibles souffrent énormément de la crise alors que les plus gros s’en sont soit déjà remis (les traders, dont les bonus progressent à nouveau) soit sont soutenus par l’Etat (les banques). Cela explique la pression de la majorité pour remettre en cause le bouclier fiscal.
Il y a déjà deux ans, j’avais dénoncé cette immense supercherie. Aujourd’hui encore, le Figaro tente à nouveau un grand bluff sur les exilés fiscaux. Pourtant, l’heure n’est plus à une remise en question de l’ISF mais bien au contraire, et à raison, à une limitation du bouclier fiscal…
10:55 Publié dans Actualités, Economie | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note | Tags : isf, exil fiscal, le figaro, bouclier fiscal



