14.09.2010
Europe : la tentation fédéraliste
L’ambigüité du projet européen s’est encore manifestée la semaine dernière avec la déclaration du parlement européen contre les expulsions des Roms ou l’accord des ministres des finances de l’Union Européenne pour donner un droit de regard à l’Europe sur les budgets nationaux.
La marche forcée vers le fédéralisme
Petit à petit, le projet européen devient de plus en plus fédéraliste. Dans les années 1970, la Commission Européenne fut chargée de négocier les accords commerciaux dans le cadre du GATT, l’ancêtre de l’OMC. Depuis, la dérive est progressive avec quelques phases d’accélération représentées par les traitées (Acte Unique, Maastricht, Lisbonne…). Au fur et à mesure, malgré les dénégations des Etats, l’Europe se rapproche toujours plus d’un Etat fédéral.
Toute l’ambiguïté du projet européen se retrouve dans la résolution votée par le parlement européen demandant à la France de suspendre l’expulsion des Roms. Il est proprement affligeant de voir ces parlementaires passer du temps pour voter des résolutions parfaitement inutiles et qui n’auront aucune conséquence pratique. Cela a néanmoins l’intérêt de montrer la tentation fédéraliste d’institutions européennes toujours prêtes à étendre leur pouvoir.
On se souvient des cris d’horreurs de nombreux parlementaires et ministres quand il avait été évoqué que l’Europe pourrait gagner un droit de regard sur les budgets nationaux, y compris au sein de la majorité. Bien sûr, pour l’instant, nous ne cédons pas grand-chose, mais la France vient de mettre un doigt dans l’engrenage d’un contrôle de son budget et tout le monde sait bien qu’après cette première mise sous tutelle, viendront d’autres propositions de plus en plus contraignantes…
Un gouvernement totalement incohérent
Le plus triste dans ces épisodes est de constater l’impuissance de ce gouvernement « crocodile » « grande gueule, petits bras », pour reprendre l’expression de NDA. D’une part, il proteste fortement (et justement) contre la résolution du parlement, après avoir protesté contre les projets de la commission de Bruxelles sur le contrôle des budgets, mais de l’autre, il cède, encore et toujours, comme Nicolas Sarkozy l’avait fait en acceptant le traité de Lisbonne.
Et quel meilleur exemple que les expulsions de Roms d’ailleurs ! La France les renvoie (parfois en leur donnant de l’argent) tout en sachant que les traités européens leur donnent la liberté de circulation… Comme d’habitude, le gouvernement prend des postures complètement décalées avec la réalité de ce qu’il laisse faire, n’osant jamais remettre véritablement en cause ce que pourtant il dénonce. En toute logique, Nicolas Sarkozy devrait demander à sortir de Schengen.
En Europe, la lente marche vers le fédéralisme continue inexorablement. Cela n’a strictement rien apporté aux peuples européens, bien au contraire. Mais à trop ignorer les peuples, ces derniers finiront par se rebeller. Et la France a toutes les chances d’être parmi les premiers…
10:55 Publié dans Actualités, Europe, Sarkozy | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : parlement européen, roms, commission européenne, fédéralisme
01.06.2010
La solution de Bruxelles à la crise : toujours plus du même !
Il fallait être bien accroché hier pour suivre l’actualité européenne. Le Monde nous a appris coup sur coup que Jean-Claude Trichet souhaite la création d’une fédération budgétaire puis que la Commission souhaite que la SNCF devienne une société anonyme.
La menace fédéraliste
Les déclarations d’hier lèvent le léger voile qui peut subsister pour certains. L’interview du président de la BCE est proprement hallucinante. Quand on lui demande si l’euro est en danger, Jean-Claude Trichet dresse un petit bilan rapide, où il tire deux éléments de succès, l’inflation inférieure à l’objectif de 2% et le fait que « cette capacité de préserver sa valeur est un élément capital pour la confiance des investisseurs domestiques et étrangers ». On voit bien où sont ses priorités. Le chômage et la croissance n’ont aucune importance du moment que les investisseurs sont satisfaits…
Puis, l’ancien président de la Banque de France, après avoir constaté que nous avons construit une « fédération monétaire » en appelle à une évolution vers une « fédération budgétaire ». Pourtant, en 1992, on nous avait assuré que l’Europe n’évoluait pas vers un modèle fédéral et qu’adopter une monnaie unique n’était pas une perte de souveraineté puisque nous ne pouvions déjà plus mener la politique que nous souhaitions… C’est exactement ce que les opposants au traité de Maastricht annonçaient lors de la campagne référendaire et que ses partisans refusaient d’admettre.
La menace néolibérale
C’est bien le seul avantage de ces technocrates européens : ils expriment tout haut ce que les hommes politiques qui les soutiennent n’osent jamais dire aux citoyens. Et ce n’est pas tout, la Commission de Bruxelles souhaite également que la SNCF devienne une simple Société Anonyme et renonce à son statut d’établissement public qui représente une garantie de facto de l’Etat qui lui permet d’emprunter à de meilleures conditions. Pire la Commission veut avancer la date de fin de monopole de la SNCF et de la RATP sur les trains de banlieue, le RER et le métro de 2039 à 2030.
Cette demande amène deux remarques. Tout d’abord, il faut se demander qui, en France, a accepté la fin de ce monopole et s’il y a eu un débat sur ce sujet. Ensuite, comment ne pas s’interroger sur les motifs d’une telle libéralisation ? La privatisation du rail a été une catastrophe en Grande-Bretagne. Et s’il y a bien un domaine qui est un monopole naturel, c’est bien le transport ferroviaire, avec la lourdeur de ses investissements. La privatisation de ce secteur économique n’a aucun sens. Mais Bruxelles n’en a cure, enfermée qu’elle est dans ses dogmes économiques.
La résistance s’organise
Heureusement, les projets des eurocrates ont pour l’instant peu de chances de voir le jour. Si l’Allemagne a acceptée d’être « violée » sur le plan de soutien à la Grèce, il est totalement improbable qu’elle accepte le moindre système de fédération budgétaire qui représenterait pour elle le risque de payer encore plus pour les autres. La fourmi Allemande n’aura guère envie de payer pour les cigales du Sud… Et la Grande-Bretagne demeure allergique à toute forme de transfert de sa souveraineté nationale vers les technocrates européens. Voici deux garde-fous solides.
Car il y a tout de même quelque chose d’hallucinant à voir Bruxelles demander à poursuivre exactement dans la même voie alors que l’Europe va de plus en plus mal. Nous nous sommes pris un mur, mais les technocrates européens ne voient pas pourquoi il faudrait changer de direction. Continuons vers plus de supranationalité et plus de libéralisation même si cet agenda n’a vraiment pas réussi à l’Union Européenne depuis une dizaine d’années. L’absence totale de remise en cause rappelle les dirigeants de l’Union Soviétique de la fin des années 80.
Heureusement qu’en France nous avons Nicolas Dupont-Aignan qui est intervenu hier à l’Assemblée Nationale pour s’opposer au plan « de sauvetage » européen et plaider pour une sortie de l’euro. L’autisme des technocrates européens (qui vaut pour l’UMP et le PS) est décidemment effrayant.
10:55 Publié dans Actualités, Dupont-Aignan, Europe | Lien permanent | Commentaires (51) | Envoyer cette note | Tags : europe, commission européenne, bce, jean-claude trichet, fédéralisme, sncf, secteur public, privatisation



