07.12.2008
Un Parti Socialiste toujours aussi fracturé
Hier, Martine Aubry a présenté son équipe et son texte d’orientation au Conseil National. Mais comme le vote l’illustre, avec seulement 146 voix pour sur un collège de plus de 300 membres, l’unité n’est même pas de façade au Parti Socialiste.
La conclusion du Congrès de Reims est sans doute la pire qui pouvait arriver au PS : le Tous Sauf Ségolène n’a remporté qu’une victoire à la Pyrrhus, qui n’élimine pas l’ancienne candidate à la présidentielle. Et surtout, la nouvelle majorité est profondément divisée. Car s’il a fallu l’union de trois motions pour arriver à barrer la route du premier secrétariat à la présidente de Poitou-Charentes, chacune des trois motions était déjà une union rassemblant divers camps, aux intérêts divergents et aux visions très différentes.
La motion Delanoë par exemple a réparti ses sièges à 45% pour les partisans du maire de Paris, 45% pour les partisans de François Hollande et 10% pour ceux de Pierre Moscovici. La motion Aubry peut être elle aussi découpée en trois tiers : les partisans de Laurent Fabius, ceux de Dominique Strauss-Kahn et ceux de la maire de Lille. Et encore, on ne compte pas Arnaud Montebourg, qui roule essentiellement pour lui-même. Enfin, la motion Hamon rassemblait des partisans de Jean-Luc Mélenchon, des soutiens d’Henri Emmanuelli et les proches du candidat. Bref, le Parti Socialiste est découpé en une multitude de chapelles dont l’unique point commun est l’ambition (trop souvent présidentielle) de son chef.
Comment faire alors fonctionner un tel attelage aussi hétéroclite ? Martine Aubry va diriger le parti avec pas moins de quatre présidentiables (DSK, Fabius, Delanoë et Hollande) dans son dos, prêts à l’éliminer s’ils en ont besoin, ainsi qu’une forte minorité interne, bien structurée autour de sa rivale. Pire, il n’y a aucune raison pour que la guerre des chefs cesse puisque le parti devra bien désigner un candidat à la présidentielle en 2011. Cela promet encore près de trois années de guerre de tranchée pour être dans la meilleure position possible pour représenter le Parti Socialiste en 2012.
Pour affronter les prochaines étapes électorales, Martine Aubry a choisi la solution de la synthèse en confiant le poste de porte-parole à Benoît Hamon, la rénovation à Arnaud Montebourg, la communication à François Lamy et la coordination à Harlem Désir. Chaque courant et sous-courant est représenté dans la nouvelle direction, hormis le camp Royal qui préfère rester dans l’opposition, sans doute pour mieux montrer que le rassemblement autour de Martine Royal est surtout un rassemblement contre leur chef. Et il est vrai que le camp vainqueur ne semble pas faire grand cas du camp vaincu, malgré des déclarations apaisantes.
Les trois prochaines années vont être plus que délicates pour le Parti Socialiste. Tout semble en place pour que le PS continue son processus d’autodestruction par la continuation d’une guerre des chefs qui ne trouvera son épilogue qu’en 2011. Des conséquences du choix d’un mauvais calendrier…
Source : http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/12/06/direct...11:03 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : parti socialiste, royal, delanoë, aubry, hollande, fabius, strauss-kahn
19.11.2008
La fracture socialiste et le conseiller municipal
Il paraît que Nicolas Sarkozy se plaît à parler de François Bayrou comme du conseiller municipal de Pau. Mais devant l’incroyable processus d’autodestruction du Parti Socialiste, il se pourrait bien qu’il soit le principal gagnant du congrès de Reims et qu’il ait pris une sérieuse option pour 2012…
Il faut dire que la succession de François Hollande se fait de la pire manière possible : un parti fracturé en quatre motions dont aucune ne dépasse les 30%, des chefs incapables de sacrifier leur ambition à l’intérêt général du parti et des échanges toujours plus aigres entre ceux qui s’appellent pourtant camarades en public. Rien n’est épargné à de pauvres militants dépassés par tant de haine, qui démontre bien que ce parti n’est plus qu’une franchise électorale que se disputent des ambitieux soucieux de leur carrière. Car c’est bien cette prédominance des ambitions sur les convictions qui explique cette incapacité à se rassembler et à se retenir devant les médias. Pire, aucun des scénarios possibles ne semble devoir mettre fin à cette guerre des tranchées, qui devrait se prolonger jusqu’en 2011.
Car même une victoire nette de Martine Aubry dès le premier tour ou au second ne suffira pas à ramener le calme dans le parti, même si cela aura peut-être le mérite de calmer les ardeurs de Ségolène Royal. En effet, sa coalition ne comporte pas moins de quatre candidats possibles à la prochaine présidentielle, sans compter François Hollande : elle, Laurent Fabius, Dominique Strauss-Kahn, et Bertrand Delanoë. Le ralliement de ce dernier cache simplement une volonté d’éliminer la candidate de 2007 et de faire partie du camp des vainqueurs. Du coup, après le drame de 2008, le PS devra à nouveau subir des primaires sans doute dévastatrices en 2011. Et il est évident que les autres présidentiables ne feront pas de cadeau à une Martine Aubry qu’ils chercheront à éliminer en espérant être en meilleure position qu’elle dans les sondages pour l’élection présidentielle de 2012…
Encore pire, il pourrait bien y avoir une victoire étriquée, que ce soit des partisans de Ségolène Royal ou de ses opposants. Dans le premier cas, il est difficile d’imaginer que le PS reste soudé derrière sa candidate de 2007, tant elle semble haïe. La moindre occasion sera utilisée pour l’abattre, notamment les élections européennes de l’an prochain. En outre, les règlements de compte entre ses opposants seront sans doute sévères et Martine Aubry sera sans nul doute lapidée par ses alliés d’hier pour sa volonté d’aller jusqu’au bout et ils lui attribueront l’entière responsabilité de l’élection de Ségolène Royal. Mais une élection étriquée de la maire de Lille ne sera guère plus satisfaisante car la présidente de Poitou-Charentes soulignera qu’à elle seule, elle pèse presque autant que tous les éléphants. Et outre peut-on totalement exclure une initiative en dehors du PS ? Enfin, l’attelage à la tête du PS restera une coalition d’intérêts divergents…
Bref, s’il y a un gagnant dans ce congrès, son nom est clairement François Bayrou. Devant l’image pitoyable que donne le Parti Socialiste depuis deux ans et qu’il donnera sans doute dans les trois prochaines années, il semble plus que probable que les Français préféreront donner sa chance au président du Modem pour affronter Nicolas Sarkozy au second tour de la présidentielle, avec une grande chance de succès. Après tout, lui se sera consacré à l’opposition au président sortant alors que socialistes se seront surtout consacrés à s’opposer entre eux… Mais le processus d’autodestruction du Parti Socialiste est si violent que d’autres personnes pourront peut-être émerger : Nicolas Dupont-Aignan s’il réussit un bon score aux élections européennes de juin 2009, voir Dominique de Villepin s’il sort de ses ennuis judiciaires à temps.
Nicolas Sarkozy a bien tort de se moquer du conseiller municipal de Pau. La guerre des chefs du Parti Socialiste lui ouvre grand les portes du second tour pour 2012. Et avec une crise économique dont les conséquences se feront encore sentir, les militants de gauche se feront un plaisir de voter pour lui.
Source : http://www.lemonde.fr/web/video/0,47-0@2-811987,54-1120249,0.html
10:55 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : parti socialiste, royal, delanoë, aubry, hollande, fabius, strauss-kahn



