04.09.2008

Amateurisme gouvernemental et présidentiel

Si Nicolas Sarkozy a été élu en mai 2007, c’est notamment parce qu’il dégageait une plus grande compétence que ses rivaux. Depuis, les nombreux cafouillages gouvernementaux sont venus tempérer ce jugement, comme le montrent les couacs des derniers jours.

Il faut dire que la semaine a commencé en fanfare avec les nombreuses déclarations contradictoires au sujet du RSA et de l’ISF. Alors que vendredi dernier, Martin Hirsch indiquait sa préférence pour que la taxe sur le capital pour financer une partie du RSA ne puisse pas être prise en compte dans le bouclier fiscal, Christine Lagarde a indiqué qu’elle souhaitait le contraire. La ministre de l’économie a également provoqué un incident dans cette interview en annonçant une possible réforme de l’ISF, qui a été immédiatement démentie par le Premier Ministre sur Europe 1. Le même François Fillon a fini par corriger les prévisions de croissance pour l’année en cours en admettant qu’elle tournerait plutôt autour de 1% alors que le gouvernement parlait encore d’une fourchette de 1,7 à 2% il y a quelques semaines.

Pire, à ces couacs gouvernementaux s’ajoutent les bourdes présidentielles qui s’accumulent depuis quelques jours. La dernière en date est le renvoi du « Monsieur sécurité » de Corse juste après l’occupation de la villa de Christian Clavier à Porto Vecchio. Le lien entre les deux évènements peut amener à penser que la justice n’est pas la même en France selon qu’on soit ami ou pas avec le président de la République. Pire, et cela n’a pas été relevé par la plupart des médias (Le Canard Enchaîné à part), le président de la République, dans sa hâte à trouver un accord sur la crise du Caucase, a proposé un plan qui ne faisait pas référence à l’intégrité territoriale de la Géorgie et laissait de larges possibilités d’action à la Russie. Une fois encore, il a confondu vitesse et précipitation, à tel point que l’Union Européenne essaie de revenir sur cet accord alors que Moscou a beau jeu de s’y accrocher. Enfin, comment ne pas évoquer l’extrême légèreté de son comportement lors d’une cérémonie pour les victimes d’Afghanistan (voir la vidéo ci-après).

Les raisons de ces multiples couacs sont malheureusement assez simples. La cacophonie du gouvernement est un produit de l’exemple donné par Nicolas Sarkozy, dans un gouvernement tout en en critiquant la ligne. Il n’est pas étonnant que l’équipe d’un président qui a été un ministre ignorant le collectif, ignore elle aussi la solidarité gouvernementale. Concernant Christine Lagarde, ses bourdes sont malheureusement une constante dont le summum reste son conseil de faire du vélo ou de marcher face à la hausse du prix de l’essence. Les couacs présidentiels sont, eux, la conséquence d’une attention trop forte donnée à la forme au détriment du fond, comme le montre bien l’accord maladroit sur la Géorgie. Malheureusement, l’addition de toutes ces bourdes donne une impression d’amateurisme qu’on attendait davantage de sa rivale…

Heureusement pour Nicolas Sarkozy, le spectacle pitoyable du Parti Socialiste depuis la présidentielle lui offre un beau filet de sécurité : l’opposition ne semble pas à même d’assumer la moindre alternance. Résultat, malgré les bourdes, il conserve un minimum de soutien.

Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/09/01/tension...

http://www.lemonde.fr/societe/article/2008/09/02/le-m-sec...

La vidéo de la cérémonie : http://fr.youtube.com/watch?v=mTiaJST29XI

21.08.2008

Leçons Américaines et Espagnoles

Tout ça pour ça ! François Fillon  avait convoqué une demi-douzaine de membres de son gouvernement au sujet des mauvais résultats de la croissance. Au final, il ne voit qu’un simple « ralentissement de l’économie » et juge un plan de relance « ni possible, ni souhaitable ». Nos voisins sont mieux inspirés…

Le ralentissement économique ne laisse pas tous les dirigeants occidentaux aussi indifférents que notre Premier Ministre. José Luis Zapatero a ainsi interrompu ses vacances pour reconnaître la gravité de la situation économique et annoncer un plan de soutien de 20 milliards d’euros. Cette annonce tranche d’autant plus avec l’indifférence du gouvernement Français que le PIB Espagnol a cru de 0,1% au second trimestre alors qu’il a baissé de 0,3% en France. Le plan de soutien espagnol est d’un keynésianisme des plus classiques puisqu’il comprend « des aides au financement pour les PME, la construction de logements sociaux, le renforcement de la concurrence et la facilitation des projets de grands travaux ». Mais si ce plan de soutien est possible, c’est aussi parce que le budget espagnol a été excédentaire de 2004 à 2007.

Aux Etats-Unis également, la réponse au ralentissement de l’économie a été forte. Tout d’abord, la banque centrale a baissé drastiquement les taux, de 5,25% l’été dernier à 2% aujourd’hui, accentuant plus encore la dépréciation du dollar. Cette politique a un double effet positif pour les Etats-Unis. Tout d’abord, elle favorise les exportations (en progression de 10% au second trimestre) et freine les importations (en recul de 6%, malgré la hausse du prix des matières premières). Ensuite, elle diminue le coût des emprunts à court terme aux Etats-Unis. Mais ce n’est pas tout, le gouvernement et le Congrès se sont accordés pour voter un plan de relance de plusieurs dizaines de milliards de dollars sous la forme de chèques envoyés il y a trois mois aux ménages américains. Résultat : 1,9% de croissance au second trimestre en rythme annuel.

La rentrée gouvernementale de cette semaine a été bien peu convaincante. Convoquer en urgence un séminaire gouvernemental pour conclure qu’il y a urgence à ne rien faire de différent malgré les très mauvais chiffres de la croissance est assez ridicule… Le résultat de la France est d’autant plus mauvais que nous ne faisons pas mieux que la moyenne malgré les milliards du « paquet fiscal ». Et c’est à cause de cela que la France se retrouve aujourd’hui avec peu de marge de manœuvre fiscale pour un plan de relance, encore que l’exemple Américain montre qu’on peut prendre des libertés avec l’orthodoxie budgétaire quand on le souhaite.

La France est au bord de la récession et un plan de relance est parfaitement possible et souhaitable, comme le montrent les exemples Américains et Espagnols. Le gouvernement fait à nouveau fausse route, confirmant que l’économie est bien son point faible.

Source : http://www.liberation.fr/actualite/economie_terre/345769....

http://www.liberation.fr/actualite/politiques/346045.FR.php

19.05.2008

La triste comédie du pouvoir

Sommet entre les dirigeants européens et latino-américains, relations avec François Fillon ou déplacement à Melun : les événements de la semaine dernière ont à nouveau démontré à quel point Nicolas Sarkozy est loin d’endosser l’habit de président…

La semaine dernière se tenait le 5ème sommet Europe – Amérique Latine au Pérou. Angela Merkel et José-Luis Zapatero avaient fait le déplacement. En revanche, Gordon Brown, empêtré dans une situation intérieure difficile après le désastre des travaillistes aux municipales il y a deux semaines, et Silvio Berlusconi, qui doit finaliser son équipe et gérer le difficile dossier des ordures de Naples sont restés chez eux. Notre président, guère diplomate, a annulé sa visite tardivement, officiellement pour des raisons d’agenda, et a envoyé sa doublure, François Fillon au sommet. Cette annulation traduit à nouveau l’affaiblissement de notre position sur la scène internationale, ce qui n’est guère étonnant avec un président qui a tendance à confondre libération d’otage et diplomatie…

L’envoi de François Fillon au Pérou est très symptomatique des rapports qu’entretiennent aujourd’hui les deux têtes de l’exécutif, comme le montre le dossier de l’Express de la semaine dernière. L’hebdomadaire raconte de manière extensive à quel point leur mésentente est profonde. Nicolas Sarkozy, après avoir coupé les ailes de son Premier ministre, lui reprocherait désormais de ne pas suffisamment être intervenu pour le défendre et de ne pas être heureux à Matignon… Ce dernier point illustre bien le sens de l’Etat du résidant de l’Elysée… La question du remplacement de François Fillon au premier semestre 2009 serait réglée, au nom du successeur près. Même si Nicolas Sarkozy affirme souhaiter de la continuité pour mieux gérer la présidence de l’Union, il est difficile de comprendre pourquoi il garde aussi longtemps un second avec lequel il s’entend si mal, ce qui ne peut que contrarier l’efficacité du gouvernement.

Un autre épisode, rapporté par Libération, montre bien la réalité du « changement » du président. Rasséréné par les bons chiffres de la croissance de cette semaine, il s’est déplacé à Melun pour parler emploi et fusion entre l’ANPE et l’Unedic, des sujets sérieux que le président n’a pas hésité à défendre auprès de militants syndicaux pas vraiment favorables à sa politique. Mais derrière cette forme de courage pointe surtout le « complexe de Superman » qu’avait évoqué fort justement Franz-Olivier Giesbert : le président aime se mettre en scène et montrer sa bravoure. Malheureusement, ce « super héros » ne sait toujours pas se tenir et il n’a pas pu résister au plaisir de parler à nouveau de sa femme.

Je me répète, mais malheureusement, toutes les semaines semblent apporter leur lot d’épisodes illustrant les immenses carences de notre président, qui ne se montre pas du tout à la hauteur. Il y a un an, je pensais qu’au moins, il pourrait en partie donner le change…

Source : http://www.liberation.fr/actualite/politiques/326783.FR.php

http://www.liberation.fr/actualite/politiques/326779.FR.php

http://www.lexpress.fr/info/france/dossier/sarkozy_president/dossier.asp?ida=471318

29.02.2008

Popularité de papier

Le couple exécutif connaît un décalage inédit dans les sondages. Alors que leur côte était en général corrélée, hormis sous la cohabitation, le décrochage de Nicolas Sarkozy est concomitant à une remontée de son Premier Ministre. Quel est le sens de ce décalage ?

L’UMP se rassure en soulignant que la côte de popularité largement positive de François Fillon signifie que les Français approuvent la politique du gouvernement, mais désapprouvent seulement le style Sarkozy. Cette explication est un peu facile car le moins que l’on puisse dire, c’est que Nicolas Sarkozy est le gouvernement. C’est lui qui effectue quasiment toutes les annonces, et quand ce n’est pas lui, les membres de son cabinet s’en chargent. L’autonomie des ministres et du premier d’entre eux est bien limitée. S’il est chef du gouvernement en titre, François Fillon n’est que le coordinateur des impulsions décrétées à l’Elysée. En cela, il n’est pas possible que le jugement sur Nicolas Sarkozy épargne la politique gouvernementale. À ce titre, la déception à l’égard du pouvoir d’achat affecte l’ensemble de l’exécutif.

Il y a une double raison à l’apparente popularité de François Fillon : son style et son absence. Il est aujourd’hui acquis que le style du président (langage direct, surexposition médiatique de sa vie public et privée…) est une des raisons de son impopularité. Or, il se trouve que le style du premier ministre est quasiment l’exact opposé de celui du président. Autant Nicolas Sarkozy est un leader avec du caractère et qui aime les caméras, autant François Fillon apparaît comme réservé, modéré et fuyant presque toute exposition médiatique. En outre, la stratégie présidentielle de communication journalière a focalisé l’attention sur l’Elysée à tel point que Matignon est extrêmement peu exposé. Finalement, c’est le président qui protège son premier ministre ! François Fillon est à peine présent. Tant son effacement médiatique que son style effacé expliquent ses bons sondages.

Il est clair pour tout le monde que le responsable de l’action gouvernementale n’est pas François Fillon, mais bien Nicolas Sarkozy, qui phagocyte tout. Pourquoi critiquer le lampiste qui ne fait qu’essayer de mettre en musique les « intuitions » désordonnées et peu préparées de son chef ? Pourquoi critiquer celui qui vit dans l’ombre d’un chef qui n’accepte pas de partager la moindre lumière ? Ce n’est pas François Fillon qui est populaire, c’est son rôle sans réelle responsabilité mais difficile qui peut difficilement être impopulaire. Le caractère difficile du chef et l’empiètement permanent de ses responsabilités peuvent même créer une forme de sympathie pour un homme politique dont tout le monde comprend qu’il a une place difficile.

Les bons sondages de François Fillon ne sont que le corollaire des mauvais sondages de Nicolas Sarkozy, tant son style est l’opposé de celui de son chef. Mais je ne crois pas que les Français approuvent quoique ce soit. En fait, ils peuvent difficilement critiquer son rôle de coordinateur quasi muet et sans réelle responsabilité, qui ne fait qu’essuyer les plâtres des tempêtes déclenchées par son patron.

Source : http://www.lefigaro.fr/politique/2008/02/27/01002-20080227ARTFIG00576-seul-un-tiers-des-francais-soutient-nicolas-sarkozy.php