23.09.2011
Nouveau coup de panique sur les bourses
Hier, les marchés financiers ont de nouveau sombré puisque le CAC 40 a clôturé pour la première fois depuis deux ans et demi sous les 2800 points. Les montagnes russes continuent malgré les annonces de la Fed et la rumeur d’une baisse des taux de la BCE.
Tempête sur les marchés
Depuis près de trois mois, la sinistrose règne sur les marchés financiers. Songez que le CAC 40 croisait au-delà de 4000 points le 1er juillet. La baisse est donc de 30% en moins de trois mois, un véritable krach. Les valeurs financières sont littéralement massacrées avec des baisses pouvant atteindre 60% sur la même période. La moindre mauvaise nouvelle (dégradation des notes de trois banques étasuniennes) provoquant instantanément un effondrement des cours.
Pourtant, jeudi matin, les bourses n’étaient pas totalement à court de bonnes nouvelles. La Fed vient d’annoncer un nouveau plan de plus de 400 milliards de dollars de ventes de titres à court terme contre des rachats de titres à long terme, de manière à maintenir les taux longs le plus bas possible et faciliter le financement des ménages et des entreprises. Mieux, après ses hausses de taux imbéciles du printemps dernier, la BCE pourrait revenir à la baisse début octobre.
Malgré tout, les marchés se sont effondrés, effrayés par les annonces de besoin de recapitalisation des banques, avancés par le FMI. Qui plus est, la crainte d’une rechute de l’économie pèse lourdement sur les cours. Si on est optimiste, on peut souligner que le marché semble rencontrer des seuils de résistance forts sous les 3000 points (nous ne sommes plus très loin des plus bas de début 2009). Les pessimistes noteront le maintien d’une tendance à la baisse.
Les esprits animaux
A titre personnel, j’ai l’impression que le niveau extrêmement bas des actions (alors que les bénéfices des grandes entreprises ont fortement rebondi, y compris au 1er semestre) fait qu’aujourd’hui, les cours trop bas pour baisser vraiment davantage. Même si les incertitudes économiques sont colossales, pour l’instant la marche des entreprises n’est pas trop affectée. C’est sans doute cela qui explique les fréquents rebonds des cours, les financiers y voyant des occasions d’achat à bon compte.
Mais à chaque fois, le même scénario prévaut : le marché finit par retomber lourdement, généralement toujours un peu plus bas. Le niveau des cours laisse songeur quand on pense que début 2001, le CAC 40 était au-delà de 6000 points, avec des profits pourtant bien moindres qu’aujourd’hui. Il faut dire que les incertitudes qui pèsent sur l’avenir de l’euro justifient la nervosité des marchés. Les marchés ne font que constater que cette construction monétaire est complètement bancale.
Malheureusement, un phénomène plus pervers est à l’œuvre et qui justifie lui aussi la baisse des bourses : leur caractère auto réalisateur. Il suffit que les marchés prennent peur pour que les cours des actions baissent. Cette chute peut alors provoquer une contraction du crédit et une baisse des achats des ménages et des entreprises, anticipant une baisse de l’activité, qui finit alors par se réaliser, justifiant alors le pessimisme des acteurs financiers !
Difficile de prévoir ce qui va se passer dans les prochains mois. Une seule chose est sûre : il n’y aura pas de vraie reprise. Au mieux, nous aurons une très faible croissance, encore le plus probable. Au pire, une rechute sévère de l’économie, dont la probabilité grandit avec les états d’âme des marchés.
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01.09.2011
Avis de tempête sur le plan Grec
Hier, la forte hausse du CAC 40 illustrait mon papier sur « la crise économique (qui) suspend son vol ». Mais entre temps, les choses se sont considérablement compliquées à Athènes entre les revendications de la Finlande et le rapport du parlement grec jugeant « la dette hors de contrôle ».
Menace sur le plan européen
Décidément, les négociations pour finaliser le plan de soutien aux créanciers de la Grèce traînent en longueur. Depuis le 21 juillet, la Finlande, qui doit contribuer à hauteur de 2% des montants, refuse de donner sa garantie sans contrepartie de la Grèce. Elle souhaite en effet recevoir des cautions en cas de non remboursement. Par exemple, la Grèce pourrait donner une entreprise en garantie qu’Helsinki récupèrerait si Athènes ne pouvait pas honorer sa dette.
En effet, ces plans doivent passer dans les parlements nationaux et les parlementaires finlandais ne sont pas très favorables à une telle aide, ce qui explique les exigences du gouvernement. Malheureusement, il est bien évident que si la Finlande obtenait quoi que ce soit, d’autres pays pourraient faire des demandes équivalentes. L’Autriche, les Pays Bas, la Slovaquie ont déjà indiqué vouloir des garanties similaires, ce qui a fait hurler Jean-Claude Trichet, l’Allemagne et la France.
Il est bien évident qu’il n’est pas possible pour la Grèce de donner des garanties équivalentes au montant du plan. Et il est bien évident également qu’il serait difficile de donner des garanties spécifiques à un pays mais pas aux autres. Si la Finlande obtient quelque chose, la boîte de Pandore sera ouverte. Bref, les difficultés rencontrées dans la négociation du plan semblent indiquer qu’il n’est pas totalement impossible que le plan échoue, même si ce n’est pas l’issue la plus probable.
Athènes sur la voie de l’Argentine
Parallèlement, la situation se tend à Athènes. Le ministre des finances fait tout son possible pour suivre les exigences de la troïka bureaucratique FMI, BCE et Commission, mais la situation commence à inquiéter le Parlement grec. En effet, il vient de publier un rapport jugeant la dette « hors de contrôle » et affirmant que les différents plans « ne peuvent pas restaurer l’état des finances ». Une partie des autorités du pays commence donc à contester la ligne suivie depuis le printemps 2010.
Il faut dire que les résultats sont totalement désastreux. Après une chute du PIB de plus de 4% l’an dernier, la récession devrait s’aggraver cette année (le PIB a baissé de 6.9% au second trimestre) alors qu’il était prévu que la situation s’améliore (la troïka avait même prévu une légère croissance en 2012 !). Idem sur le déficit budgétaire, qui devait être de 8% en 2010, mais qui a dépassé 10% et qui progresse en 2011, alors qu’il était prévu qu’il descende à 7.6% cette année.
Malheureusement, cette issue était prévisible : l’austérité sauvage qui est imposée à Athènes pour rembourser ses créanciers plombe tellement la croissance que ce qui est gagné en réduction de dépenses et en hausses d’impôts est compensé par l’effondrement de l’activité. Dès le printemps 2010, beaucoup d’économistes l’avaient écrit, ainsi que Nicolas Dupont-Aignan, ou votre serviteur. La situation semble sans issue dans le cadre actuel et il est évident qu’il y aura un troisième plan.
Toute la question est de savoir si Athènes arrivera à obtenir une véritable restructuration de sa dette, acceptée par les autorités européens ou si les dirigeants, lassés de saigner leur pays, ne vont pas finir par regarder l’exemple du défaut argentin comme une bien meilleure solution.
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31.08.2011
La crise économique suspend son vol
Les humeurs des marchés sont décidemment difficilement compréhensibles. Il y a quelques semaines, en plein été, nous étions à deux doigts d’un énorme krach financier. Aujourd’hui, après un ajustement très sévère, le calme semble revenu. Pour combien de temps ?
Menace sur la croissance et le plan européen
A dire vrai, les raisons de s’inquiéter sont légions. Tout d’abord, la croissance s’est fortement affaiblie au second trimestre, aux Etats-Unis comme dans la zone euro, où elle ne dépasse pas 1% en rythme annuel. Nous ne sommes pas loin d’une nouvelle phase récessive, ce qui inquiète beaucoup les marchés. En effet, les programmes d’austérité risquent bien évidemment d’annihiler une croissance qui n’était déjà pas très vaillante avant que les Etats ne se serrent la ceinture.
Les pays dits développés se retrouvent donc dans une situation assez complexe où les marchés leur font des demandes contradictoires : à la fois les rassurer sur la croissance tout en garantissant le remboursement des dettes et l’assainissement des dépenses publiques. Pourtant, comme l’avait montré une étude du FMI, les programmes d’austérité pénalisent bien évidemment la croissance, comme le montre bien le cas de la Grèce, saignée par les plans européens.
Pire, des blocages apparaissent aujourd’hui sur le plan décidé le 21 juillet puisque la Finlande demande des garanties à la Grèce pour contribuer financièrement au plan européen. Si trop de pays venaient à suivre l’exemple d’Helsinki, alors le plan serait vidé de sa substance. Du coup, Jean-Claude Trichet a passé un rappel à l’ordre. Et il est évident que si le plan s’effondre, alors, nous serons au bord d’une désintégration désorganisée de la zone euro et donc d’une crise majeure.
Des forces de rappel puissantes
Mais comme je l’avais souligné en pleine crise, il y a tout de même des forces de rappel. La zone euro était au bord de l’explosion quand les taux longs italiens et espagnols ont dépassé le cap des 6%, rendant le financement des dettes publiques de Madrid et Rome périlleusement cher. Devant le refus obstiné de l’Allemagne d’émettre des euro obligations ou d’augmenter la taille du FESF, la BCE s’est résolue à faire ce qu’elle n’est pas vraiment sensée faire : racheter ces dettes.
Et pour le coup, cela a grandement calmé les tensions sur les taux longs puisque les deux grandes capitales du Sud peuvent désormais emprunter autour de 5%. La spéculation s’est grandement calmée devant les capacités de monétisation de la BCE, même si on peut imaginer qu’il y aura une limite aux programmes de rachat de Francfort, qui ne plaît guère à Berlin. En outre, le krach de cet été peut paradoxalement donner un répit aux marchés pour quelques mois.
En effet, les bourses européennes ne sont plus si loin de leurs plus bas du début 2009 et la valorisation de la plupart des grandes entreprises apparaît d’autant plus faible que leurs bénéfices ont déjà très fortement rebondi et qu’ils dépendent de plus en plus de marchés émergents qui continuent à croître. Bref, bizarrement, les marchés sont peut-être trop bas aujourd’hui pour permettre un krach boursier amenant à une nouvelle étape (finale ?) de la crise financière.
Si on ne peut pas exclure une rechute rapide, l’effondrement complet du système financier risque de prendre un peu de temps. Mais soyons philosophe : le spectacle des folies de ce système en sape profondément le soutien dans l’opinion, préalable indispensable à une prise de conscience politique de la majorité.
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30.08.2011
Le scandale du rachat des dettes souveraines
Depuis le printemps 2010, les Etats européens rachètent les dettes souveraines des pays qui n’arrivent plus à se financer sur le marché. Ces programmes sont abusivement appelés des aides aux pays concernés. Il s’agit surtout d’une nouvelle aide scandaleuse aux créanciers de ces pays.
Le précédent de 2008-2009
A l’automne 2008, l’administration Bush avait essayé de faire passer un premier plan de soutien aux banques, qui comportait une large part de rachats d’actifs pourris des institutions financières par l’Etat. C’est la solution la plus simple et la plus indolore pour les banques qui peuvent alors se défaire à bons comptes de créances invendables sur les marchés : on collectivise les pertes. Mieux, ces programmes de rachat ne provoquent en général pas de mise sous tutelle des Etats.
Mais la pression de la population avait provoqué un refus du Congrès qui avait imposé un second plan où les aides étaient davantage composées de recapitalisation des institutions financières en difficulté. La recapitalisation est une solution beaucoup plus radicale puisqu’elle a tendance à liquider les actionnaires des institutions aidées, qui paient alors le plein coût des erreurs passées. Mais surtout, l’Etat obtient contre son aide un mot dans la direction des entreprises.
Curieusement (et c’est à mettre à leur crédit), c’est la voie qui a été plutôt choisie dans les pays anglo-saxons. Elle est sans doute plus juste car elle supprime en partie l’aléa moral qui consiste à aider des entreprises privées à éviter une faillite sans conséquences majeures pour leurs dirigeants ou leurs actionnaires, qui n’avaient donc pas bien fait leur travail. C’est d’ailleurs une critique qui vient souvent des milieux libéraux et qui est parfaitement justifiée.
Nicolas Dupont-Aignan s’était distingué en 2009 en critiquant vivement le plan d’aide de la France aux banques Françaises. Nicolas Sarkozy avait décidé de prêter de l’argent pour les sortir de leur impasse de trésorerie. Mais si cette aide leur coûtait de l’argent, elle n’occasionnait aucune sanction, ni ne permettait au gouvernement d’avoir le moindre mot à dire sur leur gestion. Bref, ce mode d’aide représente une nouvelle forme d’aléa moral pour les institutions financières.
Une aide gratuite pour les banques
Nous sommes dans un cas similaire aujourd’hui avec la crise des dettes souveraines en Europe. En effet, cette crise est au moins autant une crise des banques que des pays en difficulté. La Grèce aurait pu suivre la voie de l’Argentine et faire défaut sur sa dette pour ne pas avoir à se soumettre aux potions absurdes du FMI. Les banques européennes auraient souffert, bien sûr, mais les plans de recapitalisation n’auraient pas été plus coûteux que le FESF.
Et surtout, ils auraient permis aux gouvernements de prendre pied dans le système financier pour le réformer (nouveau Glass Steagall Act, séparant a minima banques de dépôt et banques d’affaires, nouvelles normes prudentielles, réorientation des banques vers l’économie réelle, définanciarisation, réforme des pratiques salariales et des bonus…etc). Aujourd’hui, la voie choisie par l’Europe est outrageusement favorable au secteur bancaire qui est aidé sans en payer le coût.
Ainsi, les Etats européens et le FMI vont ainsi récupérer 220 milliards de créances publiques de la Grèce des créanciers privés, au prix d’une légère contribution (bien inférieure à la décote d’au moins 50% que les marchés indiquent aujourd’hui) et sans la moindre interférence des Etats ou la moindre sanction des dirigeants ou des actionnaires. Il s’agit en fait d’une aide colossale mais totalement gratuite et sans la moindre contrepartie au secteur bancaire.
Car, et il faut le répéter, ces plans d’aide européens sont tout sauf des plans d’aide aux pays concernés. La Grèce est mise sous tutelle et saignée pour lui faire rembourser les engagements que les banques lui ont bien imprudemment accordés. Pire, ces plans sont totalement absurdes car on voit aujourd’hui qu’ils étouffent la croissance (le PIB est en chute libre : -6.9% au dernier trimestre) ce qui compromet tout remboursement. Pire, le risque est transféré aux Etats…
Non seulement cette grande crise n’a pas occasionné de réforme sérieuse du secteur financier. Mais, pire encore, elle renforce encore tous les mécanismes pervers qui y ont abouti, le « too big to fail », l’opacité des marchés (les dark pools) et plus encore l’aléa moral de la finance. Il est temps de se réveiller !
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30.06.2011
Grèce : le parlement choisit l’austérité
C’est fait : par une courte majorité, le Parlement grec a voté le plan d’austérité du gouvernement. Ce choix devrait permettre le versement des fonds du FMI et de l’Europe et ouvre la voie à un nouveau plan. Rien n’est réglé mais l’euro et les créanciers du pays sont temporairement sauvés.
« Sauver les grecs de la faillite » ?
Le traitement de beaucoup de médias est stupéfiant : les pays européens et le FMI aideraient la Grèce à éviter la faillite. Cette présentation des faits est totalement abusive. Tout d’abord, un Etat ne fait pas faillite, dans la mesure où il ne cesse pas son activité comme une entreprise. Un Etat peut faire défaut sur sa dette (ne pas la rembourser), partiellement ou totalement, comme cela a été le cas de l’Argentine en 2002 quand elle a cassé le lien entre peso et dollar.
Ensuite, dire que nous sauvons la Grèce ou les Grecs paraît tout de même un peu abusif quand on constate à quelles extrémités les plans d’austérité demandés par l’Europe et le FMI poussent le gouvernement. Nous assistons à une immense régression sociale que ce papier du Monde met bien en lumière. En général, un sauvetage est moins sanglant et moins violent pour les personnes qui sont sauvées. En fait, ce ne sont pas les Grecs qui sont sauvés par ces plans.
Ce sont bien les créanciers de la Grèce et l’euro qui sont sauvés. Dans le cas des créanciers, c’est d’autant plus choquant que ce sont les Etats (directement ou à travers le FMI) qui se substituent aux institutions financières privées pour assumer le risque d’un défaut que l’immense majorité des analystes estime très probable. Et c’est aussi l’euro qui est sauvé dans la mesure où une sortie de la Grèce aurait probablement un effet domino destructeur pour la monnaie unique.
Une coûteuse perte de temps
Bien sûr, il ne faut pas se voiler la face, l’option de refuser l’aider internationale, de sortir de la monnaie unique, de dévaluer et de faire défaut partiellement ou totalement sur la dette ne serait pas une sinécure pour la Grèce et les Grecs. Le pays n’aurait plus accès aux marchés des capitaux et devrait donc brutalement équilibrer ses échanges. Parallèlement, le prix des produits importés s’envolerait. Il faudrait sans doute introduire un contrôle des changes strict.
Mais, le cas de l’Argentine, qui n’était pas dans une situation moins périlleuse, démontre qu’après quelques mois difficiles, la dévaluation est un puissant outil pour relancer l’économie. A peine un an après le défaut, la croissance reprenait à un rythme vigoureux (plus de 7% par an), la production industrielle s’envolait, le chômage et la pauvreté baissaient fortement, comme le montre Yann. Bien sûr, l’économie argentine souffre encore d’inflation, mais les choix de 2002 étaient les bons.
Le plus incroyable demeure le déni complet de réalité de la troïka qui fait comme si la Grèce pourrait un jour rembourser sa dette. Pire, plus nous attendons, plus la restructuration devra être importante. Mais, entre temps, les Etats (et donc les contribuables) se seront substitués aux banques privées et les Grecs auront beaucoup souffert. L’incapacité des Etats à adopter une solution durable est navrante. Cela tient peut être au fait qu’il est impossible d’en construire une dans le cadre de l’euro.
Une telle décision était malheureusement prévisible : la Grèce n’a pas envie de dire « non » à une Europe qui l’a beaucoup aidé et la sortie de l’euro n’est pas une solution revendiquée par les opposants. Mais comme à Buenos Aires, l’austérité sauvage pourrait bien faire changer les Grecs d’opinion…
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28.06.2011
Grèce : y a-t-il un plan B à la sortie de l’euro ?
Alors qu’un nouveau prix Nobel vient de critiquer la monnaie unique, qui n’aurait jamais du être mise en place selon lui, la Grèce est sur le point d’accepter un nouveau plan d’austérité sauvage qui devrait débloquer la dernière tranche d’aide et déclencher un nouveau plan.
Austérité et plan de financement
C’est pour l’instant la voie choisie par la troïka technocratique BCE / Commission / FMI. La Grèce doit réduire drastiquement son déficit (pour viser l’équilibre en 2015) et réduire son rythme d’endettement. En échange, la communauté internationale finance l’intégralité de son besoin de trésorerie (premier plan de 110 milliards d’euros). L’idée est que la meilleure gestion du pays pourrait permettre à Athènes de pouvoir à terme faire face à ses obligations.
Mais cette voie apparaît comme totalement illusoire pour la plupart des économistes. En effet, la Grèce est insolvable et sera incapable de rembourser une dette qui pourrait bien atteindre 180 ou 200% du PIB dans trois ans. En effet, la radicalité des plans d’austérité a plongé l’économie dans une violente récession, qui, en réduisant la richesse nationale, alourdit encore le poids de la dette. Pire, les Etats, le FMI et la BCE se substituent aux investisseurs privés, assurant le risque de défaut.
Austérité et restructuration
C’est pour cela que de nombreux économistes appellent à une restructuration de la dette grecque qui semble aujourd’hui inévitable. Le très sérieux The Economist recommande cette semaine une réduction de 50%, qui correspond à l’évaluation actuelle des marchés. Les banques européennes pourraient absorber une telle somme. Il faudrait en revanche recapitaliser les banques grecques, dont l’exposition est trop forte pour une telle restructuration.
Cela laisserait la Grèce avec une dette d’un peu moins de 80% du PIB, une réduction automatique de son déficit de 3,5 à 4 points de PIB (économie d’intérêt) et diminuerait nettement son besoin de financement pour les années à venir (le déficit 2011 étant divisé par deux par exemple). Un tel scénario permettrait de grandement limiter le coût du plan à venir. On peut estimer que le besoin serait au minimum divisé par deux (moins de 50 milliards au lieu de 100).
La question de la compétitivité
Il est bien évident qu’une telle solution permettrait de grandement réduire la pression sur le gouvernement grec et donnerait sans doute une bouffée d’air dans cette crise sans fin de l’euro en réduisant fortement la pression sur Athènes. Cependant, tout ne serait pas réglé. Le pays ne serait pas pour autant tiré d’affaire car il présente un énorme déficit de sa balance commerciale et de ses paiements : il manque tous les ans 5 à 10% du PIB pour équilibrer ses comptes extérieurs.
Paradoxalement, la restructuration de la dette freinerait le rééquilibrage de la balance des comptes courants car la Grèce se retrouverait dans trois ans avec un budget à l’équilibre mais des comptes courants dans le rouge, nécessitant toujours une l’injection d’argent de l’étranger… En effet, le pays souffre cruellement d’un manque de compétitivité qui plombe ses exportations. Bref, la situation resterait instable à moyen terme, à moins d’un transfert permanent de 5 à 10% du PIB…
Du coup, la seule solution, évoquée par Patrick Artus dans une de ses notes, serait une dévaluation interne, une baisse des salaires pour retrouver de la compétitivité. Cela a déjà été entamé, mais l’économiste en chef de Natixis évoquait le chiffre de 35% ! Une telle évolution serait un cataclysme économique qui provoquerait des années de récession économique qui remettraient en cause le remboursement de la dette, même après un ajustement de 50%.
A moins d’accepter des transferts colossaux pour combler le déficit de la balance des paiements, les deux options qui se présentent pour la Grèce, en complément d’une restructuration de la dette, sont une baisse d’un tiers des salaires ou une sortie de l’euro. La deuxième n’est-elle pas plus humaine ?
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23.06.2011
Grèce, Espagne : l’impasse de l’euro
Plus le temps passe, plus nous comprenons que les politiques qui sont menées dans les pays « aidés » par l’Europe n’aident en réalité que les créanciers et surtout pas des peuples qui sont littéralement saignés et expérimentent une régression sociale inédite depuis la guerre.
Athènes étranglé, dépecé et sous tutelle
La situation de la Grèce est la plus dramatique. Malgré tout, le pays a montré son volontarisme en divisant par deux son déficit en deux ans (qui était encore de 15% du PIB en 2009), malgré une récession sauvage (PIB qui aura baissé de 10% à la fin de l’année). Les plans d’austérité sont impitoyables : baisse du nombre de fonctionnaires, baisse des prestations sociales, coupe à la hache dans les salaires (certains fonctionnaires ont vu leur traitement réduit de 20%).
Mardi soir, le Parlement a voté la confiance au gouvernement, ouvrant la voie au déblocage du plan européen. Mais cela nécessitera des privatisations massives, littéralement une vente du pays à l’étranger qui choque de plus en plus la population. Se pose un triple problème : les créanciers sont pour l’instant totalement épargnés, il n’y aucune perspective de redressement solide et enfin, le pays est totalement sous la tutelle de la troïka FMI / BCE / Commission.
Menace sur Madrid
L’Espagne est aujourd’hui le pays que tout le monde surveille car un emballement des marchés sur la dette espagnole pourrait tester durement les capacités financières du fonds européen en nécessitant une aide de plusieurs centaines de milliards d’euros. Pour l’instant, la situation est relativement stable dans la mesure où les taux longs oscillent entre 5 et 5.5% depuis six mois, marquant la relative confiance des marchés à l’égard des mesures du gouvernement.
Mais le FMI vient de publier un rapport alarmant sur l’économie espagnole, reprochant à la fois le manque de croissance et une certaine lenteur dans l’avancement des « réformes », nom commode pour qualifier le démantèlement du modèle social national (même s’il comportait sans doute des défauts). Bref, d’une part le FMI demande des mesures qui pénalisent la croissance, de l’autre il critique le manque de croissance qui résulte des mesures qu’il recommande.
Des plans inhumains et imbéciles
En fait, ces plans sont totalement imbéciles. Dans le cas de la Grèce, tout le monde sait que dans deux ans, la dette aura explosée puisque les plans d’austérité provoquent une contraction sauvage du PIB. Bref, c’est un pays affaibli économiquement et socialement qui devra assumer une dette encore plus importante qu’aujourd’hui, et de facto impossible à rembourser. Seuls les créanciers privés auront profité de l’intervalle pour se désengager, remplacés par les Etats et le FMI…
En fait, ces pays ont autant un problème de dette que de croissance. Calmer la progression de la dette n’aura aucun intérêt si le PIB baisse… Et pour retrouver de la croissance, il faut améliorer la compétitivité. Comme l’avaient souligné Nouriel Roubini ou Jacques Sapir, la voie d’une baisse des salaire serait trop dure socialement et il n’y a donc qu’une seule solution : la sortie de l’euro assortie d’une dévaluation. C’est ce dont j’ai pu débattre mardi soir sur France 24.
Loin de régler les problèmes, les plans actuels ne font que les différer en les faisant grossir. La troïka montre à nouveau son irresponsabilité en engageant beaucoup d’argent pour rien. Mais les lignes bougent : un économiste grec vient de réclamer une sortie de la zone euro.
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16.06.2011
La révolte contre l’UE commence à Athènes
Hier avait lieu la 3ème grève générale en Grèce en protestation contre les plans concoctés par la Commission, la BCE et le FMI et qu’essaie de faire passer le gouvernement. Nicolas Dupont-Aignan était hier à Athènes pour protester lui aussi contre ses plans absurdes.
La partie de poker entre la finance et les Etats
Sur son blog, Hervé Nathan montre justement qu’aujourd’hui que c’est la corbeille qui décide à Athènes et que Commission, BCE et FMI ne font que suivre ce qu’elle souhaite. Assez naturellement, les marchés ne veulent pas entendre parler d’une décote qui risquerait à nouveau de provoquer une crise financière systémique, démontrant à nouveau que le secteur financier n’est qu’un immense château de cartes à la merci du défaut d’un pays pesant 3% du PIB de la zone euro.
On perçoit dans les menaces des agences contre Athènes ou les banques qui ont des engagements en Grèce une forme de chantage, un pur rapport de force entre les marchés et les Etats européens pour se partager l’addition. Il est intéressant de constater à quel point la troïka infernale défend uniquement les intérêts de la finance, appuyée par la France, en contradiction totale avec les propos de Nicolas Sarkozy sur la moralisation du capitalisme.
En revanche, l’Allemagne pèse de tout son poids (qui est grand, en tant que prêteur de dernier ressort) pour partager l’addition avec le secteur financier et imposer qu’il prenne en charge une partie de la note, quitte à accroître les tensions sur les marchés financiers. On peut se demander si, de la sorte, l’Allemagne ne cherche pas tout bonnement à faire pourrir la situation pour enfin sortir d’un euro dont elle n’a jamais voulu. Résultats, les négociations continuent à piétiner.
La seule chose qui est certaine est que les conditions de l’accord qui doit être trouvé d’ici la fin du mois seront à nouveau sanglantes : baisse des salaires, hausse des impôts, véritable dépeçage du service public national pour dégager de la trésorerie (50 milliards d’euros de privatisations, c’est 20% du PIB du pays, l’équivalent de 400 milliards en France…). Comme le soutient Morad El Hattab, cela revient à presser un citron jusqu’à ce que les pépins craquent…
Une situation totalement intenable
J’avais écrit il y a quelques semaines qu’il n’y avait qu’une solution pour la Grèce, à savoir la sortie de l’euro, une forte dévaluation et une restructuration, si possible ordonnée, de sa dette. C’est exactement ce qu’a écrit Nouriel Roubini dans le Financial Times de mardi. Les médias ont assez mal rendus compte de cet article, qui, avant de conclure, étudie les autres possibilités offertes à la Grèce : dévaluation de l’euro, voie allemande ou dévaluation interne.
Mais l’économiste qui avait prédit la crise de 2008 juge que ces options sont impraticables car les traités impliquent un euro cher, (d’autant plus quand on met des psychopathes à la tête de la BCE) et que le principe d’une compression interne des salaires pour améliorer la compétitivité de la Grèce provoquerait une Grande Dépression qui, non seulement achèverait l’économie grecque, mais rendrait totalement illusoire le remboursement des dettes que le pays a contracté.
Certes, certains évoquent la solidarité européenne mais celle-ci est illusoire tant elle devrait être importante. Jacques Sapir a chiffré à 3.5 à 4% du PIB l’effort annuel que devrait consacrer l’Allemagne. Pire, comme je l’avais expliqué, cette solidarité, si elle améliorerait la situation de la population grecque, ne ferait qu’entretenir un déséquilibre de la balance des paiements du pays qu’il faudra bien tôt ou tard corriger. Cette solution revient à une fuite en avant dans toujours plus de dettes.
La Grèce n’a pas 36 solutions aujourd’hui : elle doit dévaluer pour retrouver sa compétitivité. Soit elle procède à une dévaluation interne pour rester dans l’euro. Mais dans ce cas, Patrick Artus estime qu’il faudra baisser les salaires de 35% : je vous laisse imaginer la boucherie que représenterait un tel ajustement. C’est pourtant la voie prise aujourd’hui. L’alternative consiste à sortir de l’euro pour procéder à une dévaluation en bonne et due forme.
L’Argentine s’était imposée quatre années de récession avant d’abandonner le lien avec le dollar. La Grèce est dans sa troisième année. Si Athènes suit Buenos Aires, le moment de vérité aura lieu début 2013… Mais la situation est tellement instable que cela pourrait arriver plus vite…
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04.06.2011
La énième fausse solution à Athènes
La situation continue à se compliquer en Grèce. Bien sûr, un accord a été trouvé avec la troïka FMI, la BCE et la Commission Européenne, ce qui va libérer une tranche de financement de 12 milliards du plan initial de 110 milliards, qui sera complété par une soixantaine de milliards. Mais rien n’est réglé.
Un énième plan d’austérité
C’est un nouveau plan d’austérité de 6,4 milliards d’euros (environ 2,5% du PIB, l’équivalent de 50 milliards d’euros pour la France), qui a été décidé. Cela devrait permettre d’atteindre l’objectif d’un déficit public de 7.5% du PIB cette année, après l’échec de 2010, où l’objectif de 8.1% du PIB avait été largement dépassé (10.5% en réalité). Du coup, la nouvelle tranche de financement du FMI et de l’Union Européenne va bien être accordée à la Grèce.
La troïka a également mis en place un financement complémentaire de 60 à 65 milliards, dont 20 milliards seront pris en charge par l’Union Européenne, 10 par le FMI, 15 par la Grèce. Fait nouveau, les banques devront contribuer à hauteur de 15 à 20 milliards à savoir qu’elles devront prolonger d’ici à 2014 pour 15 à 20 milliards d’euros de prêts accordés à la Grèce quand ils arriveront à échéance. A priori, les besoins de financement de la Grèce sont couverts pour 3 ans.
Pour l’instant, nous restons donc sur les mêmes solutions que depuis un an. L’Allemagne, qui poussait à une restructuration de la dette qui ferait porter une partie du poids sur les institutions financières, a perdu devant l’opposition conjointe de la France, de la BCE et de la Commission Européenne. L’Europe continue d’acheter du temps, sans rien résoudre, et continuant à transférer le risque des institutions financières privées sur les contribuables européens…
Une situation qui reste intenable
Car si ce nouveau plan achète à nouveau du temps, il ne résout rien à la situation du pays. Tout d’abord, rien dans ce qui a été décidé ne va permettre à la Grèce de sortir de la violente récession dans laquelle le pays est plongé depuis trois ans. Et ce n’est pas en serrant plus encore la vis budgétaire que la situation va s’améliorer. Nous devrions donc avoir bientôt un deuxième pays européen, après l’Espagne avec un taux de chômage supérieur à 20%.
Et puis, il est évident que ces plans ne font qu’acheter du temps. Il est probable que dans un ou deux ans, quand une bonne partie des nouveaux crédits auront été utilisés, que le pays sera toujours en récession, que le poids de sa dette aura alors dépassé les 160% du PIB, il sera toujours impossible à la Grèce de se financer sur les marchés. Que fera-t-on alors ? L’Europe demande aux Etats de jeter de l’argent dans un puits sans fond alors même qu’elle leur demande plus de rigueur…
D’ailleurs, il y a un fait très inquiétant pour la suite : les Grecs retirent de l’argent de leurs banques pour se protéger d’une éventuelle faillite ou d’une dévaluation. Les dépôts, continuent à baisser : les Grecs ont retiré pour 1,5 milliard d’euros en une seule journée. Cette fuite des capitaux pourrait provoquer l’effondrement du système bancaire dans un mouvement auto réalisateur des marchés. Il y a fort à parier que le gouvernement va être contraint d’agir pour sauver ses banques…
Bref, l’ensemble des faits montre aujourd’hui que la Grèce est définitivement sur le chemin de l’Argentine, comme Martin Wolff l’a souligné une fois de plus. Les « solutions » mises en place ne règlent que le problème de trésorerie sans rien régler aux problèmes de croissance et de solvabilité.
11:25 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : athènes, grèce, fmi, bce, union européenne, commission européenne, plan d'austérité, fuite des capitaux
01.06.2011
Athènes outragé ! Athènes dépecé! Athènes martyrisé ! A quand Athènes libéré ?
50 milliards : voilà le programme de privatisations massif que la Grèce se voit imposer par le FMI, la BCE et la Commission Européenne en contrepartie du plan « d’aide ». Pour donner un ordre de grandeur, cela revient à 400 milliards à l’échelle de la France.
Le grand dépeçage de la Grèce
Je me permets de reprendre le titre du papier de Nicolas Dupont-Aignan, invité avant-hier soir à l’émission de Pierre-Louis Basse sur Europe 1. Car comment qualifier autrement le programme qui est imposé aujourd’hui au peuple grec ? A-t-on vraiment conscience de ce l’immense régression que traverse le peuple grec ? Certes, le pays a trop emprunté et a trafiqué ses comptes (avec l’aide de Goldman Sachs), mais les mesures actuelles sont aussi dures qu’inutiles.
Car quelle sera la situation du pays dans deux ans ? Un pays qui aura une dette de 160% du PIB, une grande partie de ses actifs vendus à des entreprises étrangères, un PIB qui aura reculé de 10 à 15%, un taux de chômage de plus de 20% et sans doute toujours un déséquilibre important de sa balance des paiements, et donc toujours un besoin de financement étranger. Bref, quoique l’on fasse, la Grèce finira par restructurer sa dette. Nous ne faisons que repousser le problème.
Le besoin de se libérer de la monnaie unique
Patrick Artus, économiste à Natixis, a fait un papier sur les pays périphériques de la zone euro. Bizarrement, il affirme que « l’ajustement demandé à ces pays est de l’ordre de celui réalisé par l’Allemagne ». Pourtant, il montre qu’ils ont besoin d’une baisse des coûts salariaux de 20 à 35% et une baisse de la demande intérieure de 13 à 27 points du PIB ! A partir de là, comment la Grèce pourrait bien faire 3% de croissance par an comme il le prévoit pour étayer ses prévisions ?
Car si les salaires baissent d’autant, il est bien évident qu’il n’y aura pas de croissance. En fait, le problème de compétitivité des pays de la périphérie de la zone euro est assez simple : soit il est traité par une baisse sauvage des salaires, aux effets dépressifs catastrophiques, soit il est réglé par une dévaluation (et donc une sortie de l’euro). Et comme le besoin d’ajustement des coûts salariaux est aujourd’hui trop important pour être réalisé par les salaires, il faut passer par la deuxième solution.
Les plans actuels sont d’autant plus choquants qu’ils sont aussi cruels qu’inutiles. Ils ne font que repousser la résolution du problème, en le faisant grossir. Résultat : les peuples souffrent absolument pour rien, la dette sera restructurée et l’ajustement sera encore plus brutal.
07:55 Publié dans Actualités, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note | Tags : athènes, grèce, fmi, bce, commission européenne, nicolas dupont-aignan, pierre-louis basse, patrick artus, natixis



