11.05.2011

Quotas dans le football : beaucoup de bruit pour rien

Hier, la montagne de polémiques a accouché d’une souris : il n’y aura ni sanction, ni saisie de la justice au sujet des quotas de footballeurs binationaux. Cet épisode restera malheureusement comme un cas d’école de polémique stérile et trop souvent caricaturale.

Faut-il des quotas de binationaux ?

Par-delà l’aspect très contestable du fait de juger des personnes en fonction de discussions privées qui n’avaient absolument pas vocation à être rendues publiques, il faut revenir sur le cœur du débat : est-il légitime ou non d’instaurer des quotas de binationaux dans les centres de formation Français ? Devant l’ampleur du phénomène (près de 40% des jeunes formés actuellement pourraient choisir de défendre d’autres couleurs), la question mérite d’être posée.

En effet, Didier Drogba, un des meilleurs joueurs de la planète, a finalement choisi de ne pas défendre les couleurs du pays qui l’a en partie formé. N’est-il pas légitime que la France se pose alors la question de l’utilité de cette dépense ? En effet, il est tout de même gênant que des personnes formées gratuitement chez nous puissent finalement défendre d’autres pays. Une remarquable enquête du Monde montre qu’il ne s’agit pas d’un détail mais d’un phénomène important.

Bien sûr, les meilleurs choisissent en général l’équipe de France mais ce n’est pas toujours vrai. En outre, ces nombreux départs créent des manques pour la sélection nationale en réduisant le nombre de joueurs disponibles. Point important : le fait que les quotas concernent les binationaux contredit le procès en racisme. Enfin, que dire de l’image de mercenaires que cela donne une nouvelle fois des footballeurs, modèles incertains d’une époque incertaine ?

La mauvaise foi en action

Et cela démontre malheureusement la mauvaise foi de beaucoup de protagonistes de cette affaire. Médiapart l’a clairement été en parlant de « quotas de noirs et d’arabes ». J’ai beaucoup aimé quand Edwy Plenel quand il n’hésitait pas à révéler les parts d’ombre de François Mitterrand, ou même quand il a récemment démonté les estimations vaseuses des syndicats sur le nombre de manifestants opposés à la réforme des retraites l’automne dernier.

Malheureusement, ici, ses équipes et lui ne font pas honneur à leur métier en utilisant de tels amalgames. Cela est d’autant plus dommage qu’ils ont sans doute fait du mal à la cause qu’ils défendent en attaquant des personnes qui n’avaient pas à être attaquées. Ce faisant, au lieu de les combattre, ils pourraient bien contribuer à pousser les idées racistes en sous-entendant que Laurent Blanc le serait, en lui volant des propos tenus dans une réunion privée puis étalés hors contexte.

Mais il faut également adresser un carton rouge au PS, naturellement monté sur ses grands chevaux sur la question et au gouvernement. Chantal Jouanno a eu une attitude déplorable pendant toute cette affaire. David Desgouilles a réglé son sort de bien jolie manière sur son blog en soulignant les contradictions majeures de son discours. Elle n’a fait que surfer sur l’événement, en veillant à ne pas heurter certains médias dont la bien-pensance a étouffé la raison.

Certains médias (RTL, TF1…) ont conservé un traitement assez neutre quand certains sont tombés dans un procès caricatural et malhonnête. Heureusement, malgré le battage médiatique absolument insensé autour de cette polémique, les Français semblent avoir gardé la tête froide, comme le montre ce sondage indiquant que seulement 7% des Français souhaitaient la démission de Laurent Blanc. Et Zinedine Zidane a montré beaucoup de bon sens ce week-end.

En fait, l’hystérie qui a parfois accompagné ce débat semble s’être nourrie des questions que se pose notre pays sur son vivre ensemble. Et il faut dire le a bien compliqué les choses, entre un hypocrite et mal conçu débat sur l’identité nationale, ses multiples dérapages et les ratés de Chantal Jouanno.

12.07.2010

L’Espagne, ou la revanche de l’Europe du Sud

La très belle victoire des artistes espagnols face à des bûcherons bataves parfois violents est juste et méritée pour cette belle équipe. C’est également une bonne nouvelle pour une Europe qui dévalorise trop systématiquement les tristement nommés PIGS.

Une victoire pour l’Espagne

Ce très beau résultat de l’Espagne vient à point nommé pour ce pays, douloureusement frappé par une crise dont il n’est que partiellement responsable. En effet, la bulle immobilière des années 2000 est pour une large part la conséquence de l’adoption de l’euro, qui a abouti à une politique monétaire unique sur une zone géographique trop disparate. Les taux étaient trop élevés pour l’Allemagne et la France, mais pas assez en Espagne, où le coût de l’argent était trop faible.

Résultat, une énorme bulle financière et immobilière s’est formée, et son explosion a porté le niveau de chômage à 20%. Certes, le gouvernement aurait sans doute pu agir pour réduire cette bulle, en rendant plus sévère les règles pour acheter un logement, mais en revanche, le budget a été géré de manière rigoureuse, accumulant les excédents pendant plusieurs années. Les comparaisons entre la Grèce et l’Espagne sont hasardeuses : le second avait la dette la plus faible de la zone euro.

Certes, aujourd’hui, le pays a adopté la même cure d’austérité que la plupart des pays européens et il demeure fragile face à la spéculation des marchés sur sa dette souveraine. Mais cette belle performance sportive pourrait bien apporter un peu de croissance au pays en ses temps difficiles. En attirant l’attention du monde sur l’Espagne et en engendrant un regain d’optimisme dans le pays, la Coupe du Monde pourrait être un vrai plus pour l’économie.

Une victoire de l’Espagne

Autre élément très positif, dans un contexte où les régions autonomes cherchent de plus en plus à affaiblir Madrid, certains évoquant même l’indépendance prochaine de la Catalogne, cette victoire de l’unité espagnole pourrait renforcer le sentiment national. Cela est crucial alors que les majorités dépendent souvent des petits partis régionalistes qui en profitent pour négocier toujours plus d’autonomie face à un Etat central de plus en plus affaibli.

Il faut dire que l’Europe voit en général d’un bon œil cet affaiblissement des Etats-nations et la montée en puissance des régions, alliées objectives d’une marche vers le fédéralisme où les Etats-nations seraient réduits au rôle de fossile de l’organisation démocratique européenne. En cela, la réaffirmation de l’identité nationale dans un des pays où les régionalismes ont réussi plus qu’ailleurs à pousser leur agenda autonomiste est particulièrement bienvenue.

Enfin, dans cette Europe où le modèle absolu est une Allemagne où le pouvoir d’achat stagne au mieux, et la croissance est anémique (0.8% sur la décennie 2000), et où les pays du Sud ont presque toujours été moqués (les pays du « Club Med » dans les années 1990, puis les PIGS : Portugal, Italy, Greece, Spain), il n’est pas un mal que l’Espagne soit venue à bout des pays qu’on nous présente comme des exemples, l’Allemagne et les Pays Bas.

Bien sûr, il ne s’agit que de football. Néanmoins, cette performance de l’Espagne, après sa victoire en coupe d’Europe des nations en 2008 peut contribuer à cimenter l’unité du pays et montre également que les meilleurs peuvent également se trouver au Sud.

03.07.2010

Pays-Bas / Brésil : la défaite du football ?

Je ne suis pas le plus grand fan de football, loin de là (que les amateurs m’excusent à l’avance). Je préfère la Formule 1 et le rugby, mais j’avais envie de regarder ce choc des quarts de finale, avec le Brésil, pour lequel j’ai toujours eu une grande faiblesse, pas uniquement en football.

Un beau match

Ce match était sans doute l’idéal de ce que l’on peut voir à ce niveau de la compétition : les deux pays alignent des équipes fortes, où les individualités s’emploient pour le collectif, où l’on ne sent pas les tensions qu’il pouvait y avoir au sein de notre équipe. Mieux, les deux équipes jouent différemment, entre le beau jeu des brésiliens, certes tempéré par Dunga et le jeu plus rugueux des Bataves, que l’on retrouve souvent à un haut niveau. La plus belle affiche des quarts avec Argentine / Allemagne.

La dramaturgie du match a été parfaite avec un but des brésiliens, plus mobiles, dès la première mi-temps, puis l’égalisation des Pays-Bas sur une boulette du gardien Julio César. Les Pays-Bas ont réussi à revenir au score et à prendre l’avantage, ce qui n’est pas rien face aux quintuples champions du monde. La deuxième mi-temps a été très plaisante à regarder avec d’innombrables occasions des deux côtés, les brésiliens manquant revenir au score et les hollandais faire le break.

Un sport de gentlemen joué par des voyous ?

Mais ce match, ce n’était pas seulement un beau match de football, qui pourrait plaire à l’amateur très occasionnel que je suis ou aux amateurs plus réguliers. Ce match, c’était aussi des simulations de faute des Hollandais, dont une justement sanctionnée par un carton jaune et une autre, juste avant l’égalisation, oubliée par l’arbitre. Ce match, c’était aussi les innombrables fautes de Van Bommel, qui savait stopper les occasions dangereuses, mais qui n’a jamais été sanctionné.

D’ailleurs, Xavier Gravelaine s’exclamait en disant « adorer » ce joueur tant il pèse sur l’équipe adverse. Cette glorification du mauvais jeu m’a choqué. Plus globalement, je me pose encore et toujours la question de l’exemple que donne le football, comme sport le plus populaire, à toute notre société. Bien sûr, il ne s’agit que d’un divertissement, mais n’est-il gênant de voir la triche et les mauvais comportements s’étaler de la sorte, quand ils ne sont pas carrément donnés en exemple.

La nécessaire réforme de l’arbitrage

Il y a pourtant une solution qui permettrait de grandement améliorer et moraliser le spectacle qui est donné par le football. Le rugby, sport de voyous joué par des gentlemen, a donné l’exemple en instaurant l’arbitrage vidéo il y a quelques années. Et cette innovation permet une plus grande justice dans l’arbitrage. En outre, le football étant un sport beaucoup plus simple dans ses règles, l’intrusion de l’arbitrage vidéo serait sans doute encore plus simple que dans le rugby.

Imaginons un football avec arbitrage vidéo. Très rapidement, les simulations de faute disparaîtraient du jeu puisqu’elles ne pourraient plus rapporter de coup francs ou de pénaltys injustifiés. Les mauvais comportements ne seraient plus oubliés. Un joueur commettant trop de fautes pourrait être sanctionné à meilleur escient, comme Van Bommel hier, qui méritait largement un carton jaune sinon plus. Mieux, le spectacle qui serait donné aux amateurs serait beaucoup plus moral.

Je n’ai jamais compris pourquoi l’arbitrage vidéo ne parvient pas à s’imposer au football après avoir démontré tout son intérêt au rugby. Sans doute la volonté de « laissez faire » va également  se nicher jusque dans les instances de certains sports…

19.11.2009

La pire des qualifications

Hier soir, la France s’est qualifiée pour la coupe du monde 2010 en faisant match nul un partout face à l’Irlande au stade de France. Une occasion de faire la fête gâchée par la manière, qui n’aurait pas pu être plus mauvaise.

Un collectif à la peine

C’est tout le paradoxe de cette équipe de France depuis 2002, à l’exception de quelques matchs, notamment lors de la coupe du monde 2006 : malgré un des, sinon le meilleur potentiel individuel, l’équipe de France ne parvient pas à le traduire dans son collectif. En effet, sur le papier, l’équipe d’hier soir était imbattable, chez elle, après avoir gagné un à zéro en Irlande et avec de telles individualités qu’il n’y avait de place pour un attaquant du Real de Madrid que sur le banc des remplaçants…

Pourtant, l’équipe a été dominée par une équipe Irlandaise qui a pu compter sur un meilleur collectif et son « fighting spirit » légendaire. La France n’est vraiment pas passée loin d’une élimination en seconde mi-temps, quand, par trois fois, les Irlandais ne sont pas passés loin d’aggraver le score, ce qui aurait rendu la qualification quasiment impossible puisqu’il nous aurait fallu marquer deux buts. Heureusement, le gardien Hugo Lloris a été une nouvelle fois exceptionnel.

Un mauvais exemple

Finalement, l’équipe de France a fini par se qualifier, mais de la plus mauvaise manière possible, avec la main de Thierry Henry dans la surface de réparation. Le but qui nous envoie à la coupe du monde n’était pas valide. Le capitaine de l’équipe de France a reconnu sa faute, mais soutient que « pas vu, pas pris ». Triste exemple, sans doute encore pire que celui de Zinedine Zidane en 2006. La morale de l’attaquant de Barcelone est que l’on peut tricher, du moment que l’on ne se fait pas attraper.

Encore une fois, le football donne un mauvais exemple. Outre les trop fréquents débordements violents, comme lors de la défaite de l’équipe d’Algérie, le football donne la tricherie comme moyen de gagner, pour marquer un but ou obtenir une faute imaginaire. Pourtant, une solution simple, la vidéo, permettrait d’éliminer cela, surtout s’il y avait de véritables sanctions contre les responsables. On aurait aimé que Thierry Henry évoque cette nécessité…

Le football est le sport le plus populaire. Mais parce qu’il est le plus populaire, il doit veiller à garder une certaine exemplarité vis-à-vis de la collectivité. C’est pour cela qu’il est urgent de penser à une réforme de l’arbitrage pour éliminer des actes qui n’en font pas toujours un très beau sport aujourd’hui.