14.08.2011

Halte à la tyrannie des marchés !

Cette semaine a été rythmée par les évolutions délirantes des marchés : le CAC 40, à 4000 points le 1er juillet est tombé à moins de 3000 points en séance pour se redresser à 3200 points. Ne faudrait-il pas couper le cordon entre économie réelle et financière ?

Quand la corbeille gouverne le monde

Cela fait maintenant quatre ans que les pays du monde entier vivent suspendus aux mouvements erratiques des marchés financiers. Quatre ans que les dirigeants de la planète sont au chevet de cette hydre financière malade de ses excès et qui entraine le reste de l’économie dans la récession. Quatre ans que les gouvernements de ce monde prennent pourtant toutes les mesures que le monde financier souhaite pour lui permettre d’aller mieux, et il ne va pas mieux.

Il y a trois ans, il fallait recapitaliser les banques, leur offrir une garantie publique et relancer l’économie. Aujourd’hui, il faut les délester des dettes souveraines qui leur semblent suspectes,  rééquilibrer les finances publiques et constitutionnaliser une camisole budgétaire qui a été parée du terme « règle d’or ». Mais les pantins gouvernementaux ont beau s’agiter dans le sens demandé, les marchés ne sont même pas rassurés puisque nous avons expérimenté un mini krach en plein été.

L’hypocrisie de Nicolas Sarkozy

Qu’il est loin le temps où Nicolas Sarkozy promettait de moraliser le capitalisme et dénoncer ses excès ! Qu’il est loin le temps où il promettait un nouveau Bretton Woods ! Dans la réalité, le G20 n’a presque rien fait et les gouvernements sont plus que jamais à la botte des marchés financiers. En effet, dès qu’ils ne se sentent pas bien, alors nos dirigeants se pressent de convoquer une réunion d’urgence et faire (presque) tout ce qui leur est demandés (à l’exception d’Angela Merkel).

Nicolas Sarkozy a démissionné devant les marchés financiers. Il a choisi les agences de notation et les banques plutôt que le peuple. Pour sûr, il n’y a jamais eu de réunion d’urgence pour lutter contre le chômage de masse ou la désindustrialisation. Mais il ne faut pas croire que le Parti Socialiste présente en quoi que ce soit une alternative. Ses candidats (à l’exception d’Arnaud Montebourg) sont engagés dans une course bien illusoire à l’orthodoxie financière.

L’alternative existe !

Alors que le gouvernement français avait refusé de suivre Berlin dans l’interdiction des ventes à découvert, Paris vient de changer d’opinion (avec Rome, Madrid et Bruxelles) mais seulement pour quinze jours et sur les valeurs financières. Pourquoi ne pas le faire définitivement ? Et pendant ce temps, rien n’est fait au sujet des profits indécents de hedge funds qui jouent et gagnent en spéculant sur un apocalypse financier qui a pourtant de graves conséquences sur l’économie réelle.

Pendant ce temps, le PIB de la Grèce a baissé de 6.9% en un an. Si les plans de sauvetage protègent les créanciers d’Athènes, la population, elle, souffre de plus en plus et le poids de la dette (dont la valeur ne baisse pas, contrairement à la dette) devient chaque jour plus insupportable. En France, 90% de la croissance du premier semestre vient de la hausse des stocks… Et la baisse de l’inflation démontre la bêtise crasse de la décision de la BCE de monter ses taux.

Pourtant, les solutions existent pour enfin mettre au pas la finance, la remettre au service de l’économie réelle, et non l’inverse : contrôle des mouvements de capitaux, taxation des transactions financières, séparation a minima entre banques de dépôts et banques d’affaires, interdiction des pratiques spéculatives dangereuses, véritable mise au banc des parasites fiscaux, renationalisation de la  création monétaire (fin de la loi de 1973), constitution d’un pôle public bancaire plus important….

Toutes ces mesures pourraient mettre fin à la tyrannie de la corbeille. Mais, comme le souligne Frédéric Lordon, cette chienlit de la corbeille la mène à l’autodestruction. Alors, nous pourrons reconstruire un système où la finance est au service de l’homme, et non l’inverse.

19.06.2011

Oui, la démondialisation est une nécessité

Quelques jours après une réunion enthousiasmante avec Frédéric Vialle, une partie du conseil scientifique d’attaque a publié sur Médiapart une critique de la démondialisation chère à Jacques Sapir. Mais ce dernier, comme Frédéric Lordon ont justement mis en pièce cette tribune.

Une critique simpliste et superficielle

Il est proprement hallucinant qu’un tel texte ait pu être produit par le conseil scientifique d’Attac, quand on pense à ce que peut produire l’association. Voici un papier pétrit de contradictions, de mauvaise foi, d’approximations et d’un manque de rigueur qui en fait une proie facile à ridiculiser par un Jacques Sapir qui se fait volontiers saignant et un Frédéric Lordon qui joue plutôt la carte du démontage en règle, dans une inversion de leur style respectif.

La thèse des auteurs est que les ennemis ne sont pas les travailleurs chinois mais bien les gouvernements qui ont mis en œuvre les politiques de recul de droits sociaux. Sans craindre la contradiction, ils affirment qu’il « faut évidemment réduire les flux de marchandises et de capitaux, et relocaliser les systèmes productifs », soit une démondialisation... Mais ils souhaitent aussi « plus de coopération européenne et mondiale dans bien des domaines ».

Puis, après avoir évoqué le Front National, ils disent que « la démondialisation n’apporterait rien à l’affaire » sur la réduction des inégalités, ou le chômage. Ils attaquent aussi la sortie de l’euro qui ne ferait « qu’accentuer les problèmes au lieu de les résoudre » puis s’opposent aux mesures unilatérales et soulignent que la réindustrialisation devra être plus écologique. Enfin, ils finissent par critiquer les plans d’austérité qui aggravent la crise.

Tout d’abord, il faut noter qu’ils critiquent clairement Jacques Sapir, mais sans le nommer. Ensuite, ils témoignent d’une attention limitée à ses textes, car sinon, ils sauraient qu’il n’est nullement opposé à la coopération internationale ou européenne. En outre, leur papier en reste à des incantations sans la moindre démonstration sur l’euro et le reste. Et refuser l’unilatéralisme est le plus sûr moyen de ne rien faire avec le traité de Lisbonne et les gouvernements en place…

Les réponses de Sapir et Lordon

Finalement ce torchon a malgré tout un intérêt. En effet, il a poussé Jacques Sapir et Frédéric Lordon à publier chacun un (long mais riche) papier de réponse. Directement visé, le premier démonte mot après mot, comme un professeur reprenant la copie superficielle et simpliste d’un élève qui n’a pas fait attention à ce qu’il avait écrit. Il relève toutes les contradictions, malhonnêtetés, simplifications et imprécisions de ce texte qui ne fait pas honneur à un « conseil scientifique ».

Sur l’euro, pourquoi ce large « conseil scientifique » ne produit pas une véritable contre argumentation aux papiers, argumentés eux, de Sapir ? On sent deux choses dans leur critique : un rejet viscéral (pour ne pas dire plus) de la nation et une peur maladive d’être en compagnie du Front National sur un débat, au point où il ne m’étonnerait qu’à moitié qu’ils finissent par dire qu’il n’y a pas assez de chômeurs si le FN faisait de la dénonciation du chômage de masse son axe de campagne…

Frédéric Lordon commence par dénoncer l’amalgame avec le FN en affirmant que l’on « n’abandonnera donc pas le débat de la démondialisation sous prétexte que le FN qui a senti la bonne affaire, s’y vautre avec délice ». Il souligne que l’on ne cherchait pas autant de noises à ce parti sur l’économie quand il était néolibéral et qu’il faudrait plutôt questionner Marine Le Pen que ceux dont elle s’inspire. Au final, cette attitude contribue plutôt à renforcer le FN…

Puis, il dénonce certains arguments, qui viennent en droite ligne des néolibéraux ou des socio-démocrates infirmiers de la mondialisation. Il revient sur « la question décisive de la souveraineté » et souligne à quel point néolibéralisme et mondialisation détricotant les souverainetés nationales vont de pair, soulignant l’angle mort des auteurs. Il développe longuement sa pensée sur la nation, la souveraineté et le politique et livre à nouveau une critique sévère de l’UE.

De ces échanges, une partie de la direction d’Attac ne sort pas grandie devant la légèreté de leur texte. Je vais laisser la conclusion à Jacques Sapir : « la haine de la nation, c’est l’internationalisme des imbéciles ».

18.06.2011

Le M’PEP enterre l’Union Européenne

Samedi dernier, le M’PEP, parti politique rassemblant d’anciens membres d’Attac désireux de passer à l’action politique, organisait un colloque passionnant sur l’avenir de l’Union Européenne, avec Emmanuel Todd, Jacques Sapir et Frédéric Lordon. Petit compte-rendu d’une journée passionnante.

La nécessaire désobéissance à l’Union Européenne

Il est forcément réjouissant de voir un autre parti adopter une ligne politique aussi offensive à l’égard de la construction européenne. Le M’PEP de Jacques Nikonoff fait ainsi partie de ceux qui font campagne pour la sortie de la monnaie unique et qui ont également sorti un livre sur le sujet, comme Nicolas Dupont-Aignan, dont « L’arnaque du siècle » en est déjà au 4ème retirage depuis la sortie le 31 mars 2011, signe d’un intérêt évident des citoyens pour ces questions.

Aurélien Bernier, le porte-parole du mouvement a récemment sorti « Désobéissons à l’Union Européenne », appelant carrément à sortir de l’ordre juridique européen, à reconnaître l’inaliénabilité de la souveraineté nationale et à restaurer la primauté du droit national sur le droit européen. En fait, le M’PEP rassemble une gauche qui ne place plus aucun espoir dans l’Union Européenne telle qu’elle existe aujourd’hui et pour laquelle les rêves d’Europe sociale au sein de l’UE sont des chimères.

Il y a donc là un véritable clivage avec le reste de la gauche de la gauche pour qui l’Europe reste une solution. D’ailleurs, plusieurs militants du Front de Gauche étaient présents (de même que du MRC et d’ailleurs). Il faut dire que le parti de Jean-Luc Mélenchon semble hésitant sur ces questions. Même si le dernier programme du PG semble indiquer un virage plus souverainiste, le parti ne semble pas avoir définitivement tranché cette question si importante.

Un festival alter européen

L’après-midi a été consacré aux interventions d’Emmanuel Todd, Jacques Sapir, Frédéric Lordon, Jacques Nikonoff et Bernard Cassen et aux échanges avec la salle. Les intervenants étaient sur la même longueur d’onde. Ils ont souligné l’impasse absolue dans laquelle se trouve l’Europe aujourd’hui et la crise terminale à venir de l’euro, soulignant que les plans actuels ne font que chèrement gagner du temps et que la monnaie unique fait clairement partie du problème.

Nous avons même eu droit à un mea culpa d’Emmanuel Todd sur son soutien au TCE (pour « maintenir une bonne ambiance entre pays européens »). Très en forme, il a affirmé que l’UE était en voie d’autodestruction et que l’on assistait déjà à un retour des nations, une « envie d’être dans la merde ensemble » ! Pour lui, la fin de l’euro pourrait être une merveilleuse expérience, qui va mettre « l’imagination au pouvoir ». Il en a appelé à dépasser le clivage gauche droite.

Il a reconnu que les questions financières étaient importantes, tout comme Frédéric Lordon a admis que le protectionnisme est un véritable enjeu, mais que ce dernier sujet n’était pas son « avantage comparatif » dans le cadre « de la division du travail ». Jacques Sapir se situait à la croisée des deux intellectuels, ayant synthétisé dans son dernier livre les critiques commerciales et financières de la mondialisation pour en appeler à une « démondialisation » globale.

Ce dernier a pris l’exemple de la fusée Europa, projet européen qui ne fonctionnait pas, qui fut sur les rails quand la France proposa d’en prendre le leadership, ce qui aboutit à la constitution d’Ariane. Jacques Sapir a également souligné que l’Allemagne avait clairement intérêt à abandonner l’euro car si son explosion lui coûtera 2 points de PIB, son maintien imposerait des transferts de l’ordre de 3.5 à 4 points du PIB tous les ans… Bref, l’euro est d’ors et déjà condamné.

L’intérêt de ce colloque était de se projeter dans l’Europe d’après l’euro, une Europe où la France jouera un rôle majeur, une Europe dont l’objectif ne sera pas de sauver cette monnaie artificielle qu’est l’euro mais de protéger les peuples qui la composent et d’investir pour l’avenir.

15.06.2011

Nouriel Roubini et Jean-Jacques Rosa enterrent la zone euro

Y a-t-il encore des économistes sérieux pour soutenir la monnaie unique ? C’est la question que l’on peut se poser. Après Emmanuel Todd, Jacques Sapir et Frédéric Lordon samedi dans un colloque (résumé à venir), Nouriel Roubini dans le Financial Times et Jean-Jacques Rosa ont poursuivi la charge.

Le débat de moins en moins interdit

Bien sûr, beaucoup continuent de balayer d’un revers de main l’hypothèse d’une fin de l’euro. Mais plusieurs indices démontrent leur inconfort. Ils ne parlent presque plus de ses bénéfices, bien théoriques, de même que de l’hypothétique protection qu’elle nous apporterait. Leur dernière ligne Maginot est la catastrophe que provoquerait la fin de la monnaie unique. Mais comment accorder du crédit à ses partisans de l’euro qui nous promettaient croissance et emplois il y a quelques années ?

En outre, il est de moins en moins crédible de rejeter cette hypothèse tant le nombre d’économistes critiques à l’égard de la monnaie unique croît avec le temps. Du côté anglo-saxon, on compte Paul Krugman, Joseph Stiglitz, Martin Wolff et maintenant Nouriel Roubini. En France, nous avons Maurice Allais, Jacques Sapir, Alain Cotta, Jean-Jacques Rosa, Jean-Luc Gréau, Gérard Lafay, Florin Aftalion, Emmanuel Todd, Frédéric Lordon, Patrick Artus, Pierre-Noël Giraud.

Bref, pas moins de 15 économistes importants (libéraux, keynésiens, de droite, de gauche) dont trois « prix Nobel » ont exprimé de très gros doutes sur cette construction artificielle et bancale qu’est la monnaie unique européenne. Le débat est plus que légitime, contrairement à ce que beaucoup, à l’UMP ou au PS essaient de faire croire, affirmant bien imprudemment que ce n’est pas sérieux. Mais dans la réalité, ce sont eux qui ne sont pas sérieux et bien légers.

L’euro, un zombie qui s’ignore

Nouriel Roubini a signé hier une tribune qui démontre que la Grèce n’a pas d’autre solution que de quitter la zone euro pour dévaluer et restructurer sa dette et que cela devrait se faire d’ici cinq ans. Jean-Jacques Rosa, opposant de toujours, affirme que « l’euro est un contresens économique » car il ne s’agit pas d’une Zone Monétaire Optimale et elle ne le sera jamais. Tous deux dédramatisent les dévaluations, pratique courante qui permet à un pays de sortir de la crise.

Fondamentalement, la monnaie unique ne peut pas fonctionner car la zone euro est beaucoup trop hétérogène. Et paradoxalement, une monnaie unique a tendance à faire diverger les économies qui la compose au lieu de les faire converger. Il serait beaucoup plus facile de rapprocher ces économies avec des monnaies nationales. En effet, une politique monétaire unique a tendance à favoriser la croissance des pays qui vont le mieux et ralentir celle des pays qui vont moins bien.

C’est ce que nous avons vu dans les années 2000, où les taux, trop bas pour l’Espagne, ont alimenté la bulle immobilière qui a mené à la crise, alors qu’ils étaient en même temps trop forts pour l’Allemagne ou l’Italie, où ils ralentissaient une croissance déjà atone. En outre, le cours de l’euro est aujourd’hui beaucoup trop élevé pour les pays qui ont un fort déficit des comptes courants, et qui auraient besoin qu’il baisse, alors qu’il pourrait monter pour l’Allemagne.

Merci donc à tous ces économistes pour démontrer toutes les carences de cette construction bancale et merci à Nicolas Dupont-Aignan, aujourd’hui en Grèce pour dénoncer les plans européens, de montrer qu’un homme d’Etat doit lui aussi avoir le courage de braver les interdits.

10.06.2011

L’impasse européenne de Frédéric Lordon et Jacques Sapir

En Europe, la situation est aujourd’hui extrêmement confuse avec les réserves de l’Allemagne sur le plan pourtant annoncé il y a une semaine. Mais la doxa officielle ne veut pas remettre en cause une monnaie unique que Frédéric Lordon et Jacques Sapir mettent à nouveau en pièces.

L’Union Européenne creuse son tombeau

Lordon montre que la Chine utilise l’euro pour se protéger : « c’est probablement ainsi qu’il faut comprendre les étonnantes interventions du fonds souverains chinois à la rescousse de la Grèce et du Portugal (…) : non pas comme un pur jeu de court terme sur les parités mais comme une stratégie transitionnelle de moyen terme visant à maintenir l’euro dans un statut de pôle monétaire international alternatif destiné à éviter un effet de report massif du dollar vers un renminbi pas encore ‘mûr’ ».

Dans ce texte, il montre aussi que la mise en place de l’EFSF démontre « en actes de la légèreté des arguments qui opposent à toute demande politique populaire la lettre irréfragable des Traités, celle-là même que les gouvernants savent suspendre quand ça les arrange. Puisque la chose est donc avérée possible, n’est-il pas temps de leur faire savoir qu’en matière de règles européennes, il y a une ou deux autres choses qu’il nous arrangerait urgemment de changer ? ».

Prophétique, il affirme que « ce que la souveraineté a fait, elle peut à tout instant le suspendre, et puis le défaire, pour mieux le refaire. Il est assurément préférable de faire, défaire et refaire dans les formes. Mais l’urgence n’en laisse pas toujours le loisir. Au cœur de la crise aigüe de 2001-2002, les Argentins ont défait d’un trait de plume une règle constitutionnelle de politique monétaire dont l’absurdité et la nocivité étaient tout d’un coup devenues patentes ».

La fin de l’euro commence à Athènes

Jacques Sapir est revenu dans une série récente de trois papiers publiés sur Marianne 2 (partie 1, partie 2 et partie 3) sur le probable éclatement de l’euro suite à la crise grecque. L’économiste souligne en effet que l’ajustement budgétaire du pays est impossible. Il l’estime à 15% du PIB, soit une diminution de plus d’un tiers du budget de l’Etat, à mettre en parallèle avec l’ajustement des salaires de 35% calculé par Patrick Artus dans une note récente de Natixis.

Dans son second papier, il revient sur le coût d’une sortie, soulignant que la spéculation sur la dette qui suivrait représente également l’opportunité de racheter avec une forte décote notre dette (en monétisant) et donc de compenser l’effet d’une éventuelle dévaluation. Il souligne la nécessité d’un contrôle des mouvements de capitaux et rappelle que le fort niveau d’épargne de notre pays lui permettrait de se passer du marché international des capitaux.

Il souligne surtout que le coût du maintien dans l’euro est exorbitant en terme de croissance et d’ajustement budgétaire. Dans son troisième papier, il souligne que cet euro impose des politiques qui font détester l’Europe. Il montre que si l’Allemagne réalisé 80% de son excédent commercial avec l’UE, elle n’acceptera pas les 4% de PIB de transfert financier nécessaire au maintien de la zone euro et que notre pays a des contraintes démographiques trop différentes pour partager la même monnaie.

Pour lui, la seule issue est la transformation de la monnaie unique en monnaie commune car il y a clairement intérêt à continuer à coopérer à l’échelle du continent. Idéalement, Jacques Sapir préconise une sortie coordonnée et progressive, avec monétisation d’une partie des dettes souveraines. Mais il reconnaît qu’il faut également étudier l’option d’une sortie unilatérale. Il cite Lénine pour qui « les faits sont têtus » et conclut en disant « qu’à trop vouloir nier la réalité, elle se venge ».

Même si des progrès se font jour dans le débat public, il est dommage que le débat sérieux sur l’euro soit cantonné à une part restreinte des médias. Le moment de vérité approche et il faudrait pouvoir débattre de la fin de la monnaie unique avant son effondrement…

09.06.2011

Les avertissements de Frédéric Lordon

Frédéric Lordon est un économiste atypique. S’il sait proposer des analyses solides et des propositions souvent originales, il y ajoute une verve et une ironie qui donne à ses textes une saveur incomparable. Nouvel exemple avec les quatre derniers papiers de son blog.

Les petits cochons anglo-saxons

Cette série (en deux parties) remonte à fin avril, quand Standard & Poors avait mis sous surveillance négative la note des Etats-Unis (voir ma note). L’économiste souligne à quel point les Etats-Unis et la Grande-Bretagne présentent des similitudes avec les « trois petits – les cochons. Grèce, Portugal, Espagne. Et comme il fallait un « I » (pour bien faire PIGS), on eut d’abord l’idée de l’Italie – puisque les crottés sont nécessairement les Méditerranéens. Sauf que ce fut l’Irlande ».

Il souligne la situation extrêmement détériorée des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, dont la dette et les déficits sont aujourd’hui largement supérieurs à ceux de l’Espagne, qui est pourtant aujourd’hui dans le collimateur des marchés, avec une poussé de ses taux longs au-delà de 5%, un seuil qui s’approche de celui où le pays aura besoin de « l’aide » européenne.

En effet, il rappelle que le marché immobilier résidentiel va toujours très mal, que le marché immobilier commercial présente des faiblesses importantes (avec des pertes potentielles de 300 milliards de dollars), que le bilan de la Fed est truffé de titres pourris, que les Etats ne parviennent pas à s’en sortir et que les engagements en matière de retraites ne sont pas véritablement couverts…

Il dénonce aussi la schizophrénie des marchés : « résumons-nous : les politiques économiques ne veulent plus que ce que les marchés veulent, mais les marchés veulent trop de choses et finalement ne savent plus quoi à force de vouloir une chose et son contraire. C’est pourquoi ils peuvent ordonner ceci un jour et puis le lendemain cela qui en est l’exact opposé. Moody’s en 2010 n’a-t-elle pas exhorté le Portugal à l’austérité… puis menacé le Portugal pour cause de croissance insuffisante ? ».

La régulation de la finance au point mort

A l’occasion du dernier sommet du G8, il est revenu sur l’échec de la réforme de la finance, quelques jours après mon papier « La France, bonnet d’âne de la réforme de la finance ». Il souligne la vacuité des propos des dirigeants de ce monde, et de Nicolas Sarkozy en particulier : « de ce point de vue, l’inertie européenne est tout à fait impressionnante – et l’inertie française plus encore si on la met en rapport avec les propos martiaux qui annonçaient l’arraisonnement définitif de la finance depuis Toulon ».

Il souligne tout d’abord que la valse de l’agenda du G20 démontre le peu de sérieux de ses participants et dénonce également l’utilisation de bouc émissaires qui permettent de détourner le sujet : « en 2009, l’« idée théorique » veut que bonus et paradis fiscaux soient coupables de tout. On annonce de terribles représailles. Que la réalité accompagne le fantasme n’a jamais été le souci dominant de M. Sarkozy : il suffit que les choses soient dites ».

Pour lui, « le paradoxe veut que les intentions les plus consistantes de re-régulation financière viennent finalement des Etats-Unis » et qu’ « aux yeux de la finance étasunienne, la vraie terre de liberté c’est donc l’Europe – et les populations européennes seront certainement ravies de se savoir à l’avant-garde… ». Bref, tous les mécanismes qui nous ont mené à la crise financière de l’automne 2008 restent globalement en marche, ce qui promet pour l’avenir.

Je vous invite à lire ces textes, même s’ils sont un peu longs car il est peu courant qu’un économiste allie ainsi l’intérêt du fond et la virtuosité de la forme. Il vient de sortir « D’un retournement l’autre. Comédie sérieuse sur la crise financière. En quatre actes, et en alexandrins » au Seuil.

09.04.2011

Les deux familles de l’ordo-souverainisme*

Une partie de la classe politique, des médias, et même de ses sympathisants pratiquent l’amalgame entre les souverainistes. Pourtant, il y a des différences fondamentales entre deux grands courants.

Ordo-souverainisme et libertaro-mondialisme

Le terme « souverainiste » n’est pas sans poser de gros problèmes dans l’analyse de l’offre politique. En effet, il recouvre des personnes complètement différentes. Il est autant applicable au régime communiste de la Corée du Nord qu’aux conservateurs ultralibéraux de Grande-Bretagne. En fait, il n’est qu’une composante des idées politiques d’un courant et ne saurait être le seul adjectif utilisé pour l’analyser, à moins de réaliser une étude très superficielle du courant concerné.

Malgré tout, l’opposition souverainiste / mondialiste a un sens aujourd’hui. Aujourd’hui, le PS, l’UMP, le Modem et les Verts (et dans une certaine mesure le PG et le NPA) sont clairement des mondialistes, qui ne voient plus dans le cadre national le cadre naturel de l’exercice du pouvoir, qu’ils préfèrent faire glisser dans des cénacles supranationaux. Au global, les mondialistes sont en général plutôt libéraux alors que les souverainistes sont plus sensibles à l’ordre.

Comme le souligne Frédéric Lordon : « en appeler à un gouvernement mondial est le plus sûr moyen d’avoir la paix, à savoir pas de gouvernement du tout ». En effet, la libéralisation conduit à la mondialisation, qui, elle-même favorise la libéralisation. En fait, toutes deux organisent l’absence de prise des gouvernements sur le réel. Au contraire, les ordo-souverainistes pensent que le maintien du cadre national est essentiel pour la démocratie et que les peuples gardent leur destin en main.

J’ai adopté le terme « libertaro » plutôt que « liberalo » car il y a un profond refus des règles, des entraves à la circulation des biens, des personnes et des capitaux de la part des mondialistes, qui me semble davantage relever du libertarisme que du libéralisme (ce qui permet d’y intégrer la gauche de la gauche). Naturellement, il y a plusieurs tendances : sociaux, libéraux, interventionnistes ou identitaires. Mais les deux derniers feignent d’ignorer la contradiction avec leur mondialisme…

Les deux ordo-souverainismes : identitaires contre progressistes

Dès lors, on pourrait conclure que le clivage qui compte est bien celui entre les libertaro-mondialistes et les ordo-souverainistes. Mais cette deuxième famille est profondément coupée en deux, comme me l’ont montré plusieurs discussions récentes. En effet, le retour à la nation et à un certain ordre (autant économique que social) n’ont pas du tout les mêmes motivations pour les deux familles de l’ordo-souverainisme, les identitaires et les progressistes.

En effet, il suffit de discuter un peu longuement avec des militants de ces deux familles pour distinguer une profonde fracture entre les deux. Les ordo-souverainistes identitaires sont principalement motivés par la protection de leur identité, qui serait menacée par des flux d’immigrés aux cultures différentes. Cette prédominance des questions identitaires explique qu’ils réunissent à la fois des libéraux et des dirigistes sur les questions économiques. En France, ils sont dans un réduit limité.

A l’inverse, les ordo-souverainistes progressistes sont motivés par les questions économiques et sociales. Ils voient dans la mondialisation néolibérale la cause d’une explosion des inégalités, du chômage de masse, d’une nouvelle forme d’exploitation  des masses et d’un affaissement de certaines valeurs. Parce qu’ils sont attachés à la nation, les ordo-souverainistes progressistes sont aussi attentifs aux questions d’identité, mais pas de la manière volontiers xénophobes des identitaires.

On reconnaîtra dans les identitaires le FN et le MPF et dans les progressistes DLR et le MRC. Cela explique aussi la séparation (a priori surprenante) entre MPF et DLR, qui peuvent sembler proches à un œil non averti. On peut voir dans l’évolution du discours de Marine Le Pen un souci de s’adresser à ces deux tendances, ce qui est logique étant donnés la sociologie de son électorat et le potentiel beaucoup plus limité de l’identitaire. Mais les racines du FN sont identitaires.

La distinction entre les ordo-souverainistes identitaires et progressistes n’est pas une simple figure de style. Quelques discussions avec les membres des deux familles l’éclaire formidablement bien. En un sens, on y retrouve l’opposition de toujours entre l’extrême-droite et le gaullisme, entre le nationalisme et le patriotisme.

* terme emprunté à Malakine

05.12.2010

Frédéric Lordon nous conte le cataclysme financier à venir

Frédéric Lordon a publié jeudi un très long texte en réponse à la proposition d’Eric Cantona « Ne pas détruire les banques, les saisir ». Il y décrit le cul de sac économique dans lequel la finance a mis le monde ainsi que des perspectives pour le cataclysme financier à venir.

Le cul de sac financier européen

Même si cela prend du temps, je vous conseille vivement la lecture de ce papier qui démonte l’absurdité d’un système où la finance a plongé le monde dans une grave crise en manquant s’autodétruire. Pour échapper à la destruction, les Etats ont été mis à contribution. Mais l’addition de la crise et des aides au système bancaire a déséquilibré les finances publiques où point que les secourus ont fini par se transformer en tortionnaires de leurs secouristes, exigeant meilleure rémunération et garantie, jusqu’à étranglé leurs secouristes, dont dépend pourtant encore leur propre vie.

Frédéric Lordon dénonce  la soumission « des politiques économiques aux injonctions folles des créanciers internationaux » et prévoit que « l’Europe commise à la finance contre  ses citoyens mêmes est sur le point de périr par la finance ». Car le continent européen est dans un cul de sac où les marchés, lourdement engagés sur les dettes souveraines, exigent des plans de rigueur pour garantir leurs créances, mais sanctionnent ensuite les Etats pour leur incapacité à croître économiquement, incapacité causée par ces mêmes plans de rigueur qu’ils demandent…

Une Europe hors sujet

Il démontre également que la réponse européenne n’est pas à la hauteur des problèmes. Il souligne que le fond européen ne dispose réellement que de 300 milliards d’euros si on exclut les participations de la Grèce, l’Irlande et l’Espagne, dont on imagine bien qu’ils ne pourront pas contribuer s’ils ont besoin d’être aidés… Or, les besoins de financement à venir de l’Irlande, du Portugal et de l’Espagne se montent à 430 milliards d’euros pour 2011 et 2012. Autant dire que si l’Espagne ne parvient plus à se financer sur les marchés, le château de cartes risque de s’effondrer…

Pour lui, le « territoire pertinent » pour répondre à cette crise n’est pas l’Europe mais bien les nations, les seules à même à prendre des décisions rapides et efficaces en deux heures s’il le faut, comme l’avait fait l’Argentine en 2002. Il dénonce « cette navrante construction européenne dont on sait bien qu’elle est un barbarisme au regard de la grammaire fondamentale de la souveraineté » et appelle à refaire de la nation le seul dépositaire de la souveraineté.

Ne la joue pas comme Canto

 L’économiste répond également à la proposition d’Eric Cantona de retirer l’argent des banques. Mais s’il comprend la révolte de l’ancien footballeur, il n’y est pas favorable pour deux raisons. Tout d’abord, la perspective d’une faillite des banques non organisée n’est guère réjouissante. Pour lui, il faut que « ce soit l’Etat qui s’en charge en déclarant souverainement le défaut sur sa dette publique » pour bien signifier  que le pouvoir réside dans le peuple et pas la finance, pour soulager les populations des plans d’austérité et enfin permettre à la puissance publique de réorganiser le secteur bancaire à sa guise.

Car en faisant défaut, les Etats mettraient les banques en faillite et pourraient alors les saisir pour rien, de manière à assurer le fonctionnement de la vie économique. Ainsi, les seuls perdants seraient les actionnaires et en partie les investisseurs, sachant que l’auteur propose tout de même de garantir en partie les dépôts des petits épargnants. Pour lui, l’option du défaut est l’équivalent d’une bombe à neutrons qui nous débarrasserait des banquiers tout en conservant les structures bancaires, la banque centrale étant chargée d’assurer le financement de l’économie.

Bref, le moment de vérité approche car toutes les incohérences du système économique actuel mettent l’Europe dans un cul de sac. D’ailleurs, c’est peut-être pour cela que le monde financier est si fébrile, sentant bien qu’il demande l’impossible aux peuples et que la fin de son règne est proche…

23.11.2010

En Irlande, la finance gagne une bataille…

Ce qui se passe aujourd’hui en Irlande est particulièrement grave. Comme d’habitude, on nous présente le nouveau plan concocté cette fin de semaine comme un plan d’aide au pays. Mais les réactions des marchés et de la presse montre bien qui sont les véritables gagnants…

Un nouveau plan pour les banques

En réalité, ce plan n’est absolument pas un plan pour sauver l’Irlande. Comme l’explique Frédéric Lordon dans cette vidéo postée par Yann, c’est un nouveau plan d’aide pour les banques. En effet, l’Europe ne vient pas au secours des pays membres. Elle cherche uniquement à protéger les créanciers des Etats, à savoir les banques, et sauver l’euro. Tout ce qui est entrepris aujourd’hui a pour unique objectif d’assurer que les créances détenues par les banques seront totalement honorées.

En soi, honorer les créances est sain. Mais quand ce sont ces mêmes banques qui ont provoqué la crise, qu’il a fallu aider à coups de milliards d’argent public et qui sont aujourd’hui les véritables bénéficiaires de ces nouveaux plans d’aide, on peut être pris d’envies révolutionnaires… Nous sommes tout de même dans un système totalement ubuesque où les établissements financiers obtiennent le beurre, la crème, la crémière, la petite sœur de la crémière et son mari comme esclave !

En effet, dans les années 2000, la finance a engrangé des profits de plus en plus importants en spéculant en dépit du bon sens (le précédent de 2001 était pourtant récent). Ces excès ont plongé le monde au bord d’un cataclysme économique. Les Etats ont donc apporté l’argent qu’il fallait pour sauver le système financier, déséquilibrant un peu plus des finances publiques mises à mal par la crise. Et voilà qu’aujourd’hui les banques, qui font à nouveau des profits colossaux, exigent et obtiennent que le remboursement des créances devienne la priorité politique numéro 1 !

Une autre voie possible

Il y a pourtant d’autres solutions. Les Etats les plus en difficulté (Grèce et Irlande) pourraient monétiser ou faire défaut, au moins partiellement. C’est la voie qu’a choisi l’Argentine en 2002 et on voit bien que cela n’a pas eu les conséquences apocalyptiques que certains annoncent. Car qui peut croire un instant qu’Athènes pourra honorer les dettes qu’elle accumule aujourd’hui ? Il faut préparer une autre solution car, en les « aidant » de la sorte, on ne fait que repousser le problème, en le faisant grossir…

Un Etat ne fait pas faillite. Il fait « seulement » défaut, à savoir qu’il n’honore pas ses engagements financiers. Le problème est que le continent européen est soumis à une terrible complication : l’euro. En effet, si l’Argentine a pu rebondir après son défaut de 2002, c’est aussi parce que le peso a été fortement dévalué. Mais la Grèce et l’Irlande, membres de l’euro, ne peuvent pas dévaluer pour relancer leur économie et sont donc prises dans le piège de la déflation.

C’est ainsi qu’alors que le plan Irlandais garantit les paiements dus aux banques, il propose de baisser le SMIC de plus de 11% ! Les contribuables sont doublement perdants : ils paient le plan de sauvetage et voient leur salaire baisser (les entreprises poussant pour que l’impôt sur les sociétés ne bouge pas…). Dans quelques décennies, les économistes se pencheront sans doute avec un certain ahurissement sur cette priorité ubuesque et inhumaine donnée à la finance sur les hommes.

Heureusement, les nations peuvent encore défaire ces plans iniques. Les peuples ont perdu une bataille, mais ils n’ont pas perdu la guerre. La résistance pourrait bien commencer en janvier à Dublin la rebelle. En attendant, souvenons-nous que nous sommes tous des Irlandais en puissance.

Je vous invite à lire les très bons papiers de Frédéric Lordon sur la crise européenne (partie 1 et partie 2)

22.11.2010

Vers une renaissance gaulliste

Discours prononcé hier lors du Congrès de Debout la République

Mes chers compagnons,

Il y a deux ans, nous étions réunis pour notre premier Congrès. Ensemble, et derrière Nicolas, nous avons parcouru un chemin remarquable. Nous n’en avons pas assez conscience.

Il y a deux ans, nous étions un club. Un club qui avait présenté des candidats dans un peu plus de 10% des circonscriptions aux élections législatives. Un gros quart de ces candidats avaient dépassé 1% des suffrages. Aujourd’hui, nous sommes un parti national, qui a présenté des listes dans toute la métropole aux élections européennes, réunissant 2% des voix dans des circonstances difficiles. Et cette année, nous avons dépassé le Modem et le NPA aux élections régionales en Ile de France. Ce que nous avons accompli en deux ans est une immense réussite.

En seulement deux ans, nous nous sommes installés dans le paysage politique, avec très peu de moyens grâce au courage et à la motivation de tous. Bien sûr, nous pouvons encore avoir des frustrations, mais que sont-elles par rapport à ce magnifique parcours ? Aujourd’hui, nous sommes à la croisée des chemins. Si nous continuons à grandir, nous serons définitivement installés dans le paysage politique Français.

Et nous pourrons le faire lors de l’élection présidentielle qui se profile en soutenant Nicolas Dupont Aignan. La crise économique majeure que nous traversons depuis 2008 a bouleversé le paysage politique. Car cette crise est celle de la globalisation néolibérale que nous dénonçons depuis longtemps et qui est défendue par l’UMP comme le PS. Aujourd’hui, les Français ont compris que notre système économique est aussi inefficace, qu’injuste et instable.

En effet, cette crise est bien une crise de la globalisation. Car c’est la suppression des frontières qui explique que la crise du marché immobilier étasunien ait déclenché un tel chaos. En globalisant les économies, on a globalisé les crises. Pour reprendre l’image de Jacques Sapir, supprimer les frontières revient à supprimer les compartiments étanches de la cale du bateau économique mondial. La moindre voie d’eau menace alors de faire couler le navire.

Cette crise est aussi une crise du « laissez-faire » et du « laissez-passer » que le Général de Gaulle avait si souvent dénoncés. La déréglementation économique a abouti à une loi de la jungle, une triple anarchie néolibérale.

La première, c’est, depuis 1971, l’anarchie monétaire, un système où on laisse à ces marchés cupides et irrationnels le soin de fixer la valeur de ce bien collectif si précieux qu’est la monnaie. Un système où, depuis 1973 en France, ce sont les banques privées qui créent cette monnaie pour leur seul profit.

La deuxième, c’est l’anarchie financière, un système où les banques sont trop grosses pour qu’on les laisse tomber. Résultat, on collectivise les pertes alors qu’on a privatisé les profits. Un système où la finance s’est transformée en une sangsue qui extrait toujours plus d’argent de l’économie productive.

La troisième, enfin, c’est l’anarchie commerciale, un système où l’on met en concurrence les salariés des pays dits développés avec ceux des pays en voie de développement. Maurice Allais nous avait pourtant prévenu : dans de telles conditions, le libre-échange encourage les délocalisations, détruit nos emplois, et comprime les salaires.

Et parce que tout est lié, l’anarchie néolibérale et la globalisation sont les deux faces d’une même réalité, l’une soutenant l’autre. Elles ont un ennemi commun : les nations, qui sont encore les seuls moyens pour l’homme de construire une alternative. Comme le dit Frédéric Lordon, « en appeler au gouvernement mondial est le plus sûr moyen d’avoir la paix, à savoir pas de gouvernement du tout ».

En supprimant les frontières financières, commerciales et humaines, on a privé les États nations des moyens de choisir leur voie. Et cela représente un terrible recul démocratique. Car la nation, en plus d’être une communauté de destin culturelle et solidaire, est également le moyen pour les hommes d’agir sur leur destin. Affaiblir les nations, c’est retirer aux hommes la capacité d’influencer leur avenir. La globalisation telle qu’elle est conçue aujourd’hui entraîne une aliénation de l’homme et un affaiblissement de la démocratie.

Bien sûr, certains affirment qu’une mystérieuse main invisible protègerait l’intérêt général. Mais il suffit d’examiner l’évolution du partage de la valeur depuis trente ans pour réfuter cette thèse.  Toute la création de richesse est partie dans les profits des multinationales et les revenus des plus riches.  Le système actuel ne sert les intérêts que d’une minorité.

La France, l’Europe, le Monde ont besoin de construire un nouveau système, où la croissance profite à tous. Nous devons remettre le développement économique au service de l’homme et non pas asservir les hommes à des multinationales sans scrupules et assoiffées de profits. Et ce combat, nous devrons le mener en 2012 car il ne faut rien attendre des autres partis.

Les partis anticapitalistes semblent avoir oublié l’échec de l’URSS et les réussites du capitalisme colbertiste et keynésien des Trente Glorieuses. Le Front National s’est construit dans la haine des autres. Leurs extrémismes en font les idiots utiles du système.  En stérilisant l’opposition sans espoir d’arriver au pouvoir, ils prolongent le duopole PS-UMP.

La solution, ce n’est clairement pas l’UMP de Nicolas Sarkozy.  La France aura encore perdu cinq ans avec ce président au gant d’acier mais dont la main est faible.

Rien n’a été réglé. Les violences aux personnes, baromètre le plus fiable de l’insécurité, augmentent depuis huit ans. Le pouvoir d’achat recule. Près de cinq millions de Français sont privés d’emplois. Le financement de notre régime de retraites par répartition n’est pas assuré. Et en 2011, notre pays affichera le déficit le plus élevé de la zone euro, devant la Grèce ou le Portugal. Non, Nicolas Sarkozy n’a strictement rien réglé.

C’est sans doute pour cela qu’il a essayé de nous distraire pendant cinq mois avec le feuilleton interminable et ridicule du remaniement. Comme toujours, il parle beaucoup, mais ne fait pas grand chose. C’est la présidence crocodile que dénonçait Nicolas il y a deux mois. Ne prenons pas la brutalité de ses méthodes pour une capacité d’action. Presque tous les dossiers traités par le gouvernement l’ont été de manière superficielle.

La solution, ce n’est pas le Parti Socialiste non plus. C’est le parti qui préfère depuis vingt ans les sans-papiers aux chômeurs, un choix qui en dit long sur sa mentalité. Les derniers textes du PS montrent bien qu’ils n’ont toujours rien compris. Celui sur l’égalité réelle est absolument sidérant. Il propose de distribuer de nouveaux milliards comme s’il y avait une cagnotte fiscale, cachée on ne sait où…

En revanche, rien de crédible pour remettre en cause cette globalisation néolibérale qu’ils ont autant soutenu que l’UMP. Aucune remise en cause sérieuse du libre-échange, de la liberté de circulation des capitaux ou de la privatisation de la monnaie.

Le PS ne semble pas comprendre que cette mondialisation affaiblit dramatiquement notre économie. Pire, il feint d’ignorer qu’elle est responsable des délocalisations, du chômage de masse et de la paupérisation des classes populaires comme des classes moyennes. Ce n’est pas pour rien que le Parti Socialiste a perdu les classes populaires. Il est littéralement devenu un parti social-traître !

Le Général de Gaulle disait « je n’aime pas les socialistes parce qu’ils ne sont pas socialistes et je n’aime pas les miens parce qu’ils aiment trop l’argent ». Comment mieux décrire aujourd’hui le Parti Socialiste de Dominique Strauss-Kahn et Pascal Lamy ou l’UMP de Nicolas Sarkozy et Jean-François Copé ?

Mais le Général n’était pas seulement un commentateur lucide de la vie politique Française. Il avait également compris toutes les limites de la déréglementation quand il soutenait que « le laissez-faire, le laissez-passer appliqués à l’économie (…) a souvent donné (…) au développement  une puissante impulsion. Mais on ne saurait méconnaître qu’il en est résulté beaucoup de rudes secousses et une somme énorme d’injustices ».  Pire, aujourd’hui cette déréglementation ne contribue même plus à notre développement économique.

Enfin, il était le défenseur acharné de la souveraineté nationale, seule garante de l’intérêt général. Et c’est pourquoi les solutions à cette crise (le retour des souverainetés et le rejet du laissez faire et du laissez passer) sont profondément gaullistes.

Bien sûr, certains nous diront que le gaullisme, c’est dépassé. Mais que dire alors du socialisme, né au 19ème siècle, ou des théories libérales, qui ont plus de deux cent ans ? Non, le gaullisme est sans doute la pensée politique cohérente et globale la plus moderne. Et il nous offre deux moyens pour remettre l’économie au service de tous.

Le premier moyen, c’est rétablir des frontières pour restaurer la souveraineté des Etats sur le marché et stabiliser le système économique.

Nous devons dé-globaliser, conserver nos activités agricoles et industrielles sur notre territoire, comme les pays asiatiques l’ont bien compris.  Toute économie a besoin de ces fondamentaux. Il ne s’agit pas d’autarcie, mais comme le font le Japon, la Chine ou la Corée du Sud, s’assurer que nous conservons une économie diversifiée et indépendante. Ce rétablissement des frontières économiques nous permettra de reprendre notre destin en main tout en stabilisant notre économie.

Le second moyen consiste à remettre le développement économique au service de l’homme et non pas à y asservir l’humanité.

En premier lieu, nous devons quitter la monnaie unique, revenir sur la loi de 1973, et supprimer l’indépendance de la Banque Centrale. Puis, nous pourrons participer à la construction d’un nouveau système monétaire européen et international qui retirerait à la corbeille sa prééminence.

En second lieu, nous devons remettre la finance au service de l’économie productive. Cela passe par une limitation drastique de la spéculation, une forte contribution à la collectivité avec une taxe Tobin qui ne soit pas symbolique, et par la constitution d’un pôle public bancaire plus important.

En troisième lieu, nous devons mettre fin à cette anarchie commerciale mortifère qui instaure une loi de la jungle où le moins-disant salarial, social et environnemental est toujours gagnant. Nous devons encadrer le commerce mondial pour en supprimer les effets pervers, à savoir un appauvrissement général des classes populaires et moyennes des pays dits développés.

Plus globalement, nous devons reconnaître le rôle majeur de l’Etat pour diriger l’économie dans le sens de l’intérêt général car le laissez faire et le laissez passer n’aboutissent qu’à l’anarchie et à la loi du plus fort.

Bref, l’alternative que nous devons porter, dirigiste et souverainiste, est profondément gaulliste. Comme en 1940, comme en 1958, la solution ne sera pas de droite ou de gauche. Justement, il faudra casser cette globalisation néolibérale que droite et gauche ont construite conjointement. Il faudra abattre cette construction européenne anti-démocratique, anti-nations et dogmatiquement néolibérale pour construire une nouvelle Europe des coopérations entre Etats-nations.

2012 sera une étape cruciale pour le retour en force des idées gaullistes. Elle va transformer le petit parti que nous sommes en un parti établi. Ainsi, le moment venu, nous pourrons porter l’alternance dont la France a tellement besoin.

On aurait pu croire que cette crise allait provoquer un véritable changement, une prise de conscience. Mais aucun dirigeant de la planète n’a voulu remettre en cause ce système inefficace, injuste et instable. Cette crise n’aura été que l’équivalent de la guerre d’Indochine pour la 4ème République. Mais il y a fort à parier que la prochaine sera sa guerre d’Algérie, qui imposera un nouveau New Deal.

Et parce que nous, gaullistes, sommes les héritiers de la pensée politique qui détient les clés de la crise (souveraineté et refus du laissez-faire), nous sommes amenés à jouer un rôle majeur dans sa résolution. Nous sommes les dépositaires d’idées et de principes qui peuvent remettre la France et l’Europe dans la bonne direction. Et en 2012, rassemblés derrière Nicolas Dupont-Aignan, nous allons contribuer à une nouvelle renaissance gaulliste.

Car comme le disait le Général de Gaulle, « puisque tout recommence toujours, ce que j’ai fait sera tôt ou tard une source d’ardeur nouvelle après que j’aurai disparu ». Cette crise démontre toute l’actualité de cette pensée qui peut encore être la boussole de notre pays.

Chers compagnons, à nous de nous rassembler pour proposer un autre avenir à notre patrie. Pour que vive la République et vive la France.